samedi 17 novembre 2012

Toujours Nègre !

Texte de Nabe sur la première élection d'Obama à la Présidence des Etats-Unis en janvier 2009. Rien n'a changé.

mardi 6 novembre 2012

La doctrine des Noms dans la tradition islamique


Maël-Moustafa Mathieu est un très grand théologien musulman.
Son étude de l'Unité de l'existence (wahdat al-wujûd) avait été mise en ligne ici même en juillet 2011.

Voici un texte inédit époustouflant d'intelligence sensible, à propos de la doctrine des Noms dans la tradition islamique. Il y est question de la doctrine des cycles civilisationnels, de l'antériorité de l'ésotérisme sur l'exotérisme, et de l'Eternité en tant que principe du Temps.

Maël-Moustafa Mathieu est vivant. Chacun de ses mots est une ardente pépite de vérité.

Maël-Moustafa Mathieu nous rappelle que l'Islâm est une religion savante, lumineuse et bouleversante.


Ism et Nismah ou Onoma et Pneuma
Si le ism, c'est-à-dire le Nom, trouve le moyen de s'exprimer, c'est grâce à la nismah, au souffle vital, qui lui permet de mettre en branle l'air au voisinage des cordes vocales, et finalement, de se répandre jusqu'aux confins de l'espace, tout en demeurant en lui-même. À l'inverse, dès que le souffle vital s'éveille à sa propre existence, et se met à opérer dans les profondeurs de l'être, il se modalise suivant un Nom, que ce soit celui de l'Ipséité, le plus indéterminé de tous les Noms connus, ou quelque autre plus secret encore. Il y a une complémentarité évidente entre le ism et la nismah, entre onoma et pneuma, entre le Nom et la Respiration principielle. Celle-ci n'est elle-même rien d'autre, au fond, que le premier des Noms manifestés, celui par lequel s'accomplit la manifestation de tous les autres. Dans le dhikr, qui est le rite par excellence mettant en œuvre la vertu opérative des Noms, il ne s'agit de rien d'autre, finalement, que de régler son propre souffle sur le mouvement continu de l'Inspiration et de l'Expiration divines, jusqu'à ne plus respirer que par Lui, pour Lui et à travers Lui. Mais l'homme n'est pas le seul être créé à respirer. Tout ce qui vit respire ; en particulier, la tradition, qui est éminemment vivante, a sa propre respiration, comme tout être vivant. – Je suis évidemment de ceux qui pensent que, quand il s'agit de traditions au sens véritable, non seulement il n'y a pas de « progrès » concevable, mais il ne saurait même pas y avoir d'« histoire » au sens strict, au sens moderne et « scientifique » du terme. Il y a l'Histoire sainte, oui ; la seule et unique « histoire » que puisse reconnaître un croyant, mais elle est heureusement tout sauf une « histoire » au sens moderne. Pour reprendre une distinction chère à un philosophe controversé, elle serait plutôt historiale qu'historique, elle est proprement l'historial de l'Absolu, et c'est à ce titre qu'elle ne peut que remporter l'adhésion du vrai croyant et le rejet du moderne, pour qui il n'y a pas d'absolu et tout est historique (et non pas historial, donc). Comme disait Antonin Artaud : « On peut dire par conséquent que la question du progrès ne se pose pas en présence de toute tradition authentique. Les vraies traditions ne progressent pas puisqu'elles représentent le point le plus avancé de toute vérité. Et l'unique progrès réalisable consiste à conserver la force et la forme de ces traditions » (Les Tarahumaras, p.94). On retrouve ici ce que nous disions plus haut, sur le caractère essentiellement conservateur de toute tradition. Encore faut-il savoir de quel mode de conservation l'on parle. Il y a celui d'une momie dans ses bandelettes, qui maintient peut-être sa forme pendant un temps indéterminé, mais certainement pas sa force. Et puis il y a celle du vivant. C'est la vie qui est le principe de conservation véritable. La vie n'est pas seulement changement, adaptation, écoulement perpétuel, comme le pensait Bergson et comme le pensent encore tant de gens peu informés, elle est bien davantage continuité, permanence, unité. Comme l'a bien montré M. Henry, - rejoignant là de façon remarquable une ancienne doctrine soufie - c'est d'ailleurs l'idée d'unité qui permet le mieux de saisir ce qu'est en elle-même la vie. La vie est l'unité d'un être organique. Certes cette unité se maintient dans l'adaptation constante de l'organisme aux conditions extérieures et intérieures, mais cette adaptation n'a lieu que parce qu'il y a en cet être un principe qui l'incite à garder son unité, son identité et son intégrité. En tant que vivante, la tradition s'adapte pour conserver sa forme et sa force, elle n'« évolue » et ne progresse pas. En tant que vivante, la tradition possède une unité organique qui lui est donnée dès l'origine, et qui subsistera tant qu'elle sera vivante, tant qu'elle conservera « sa force et sa forme ». Voilà ce que signifie « représenter le point le plus avancé de toute vérité ». La tradition islamique (comme la tradition tarahumara) « représente le point le plus avancé de toute vérité », et c'est pourquoi, il fallait nécessairement que tout fût donné au départ ; autrement dit, il est absurde d'imaginer, comme a quelquefois l'air de le faire Corbin, quelque chose comme un processus historique au cours duquel elle se serait « constituée », un approfondissement graduel qui aurait débouché sur un « ésotérisme » non intégralement présent dès l'origine, et même de toute éternité. Elle n'a pas d'histoire, tout au plus un historial ; elle n'a pas d'histoire, mais, en tant que vivante, elle a une respiration, un mouvement propre, composé de phases alternées, au cours desquelles elle déploie les multiples aspects enveloppés dans l'unité de son essence, comme tout être vivant et en particulier pensant. Cette unité vivante de la tradition est aussi celle d'une pensée qui ne cesse de se saisir elle-même à travers les multiples « visages » qu'elle présente au monde à travers les âges. Tous ces « visages », tous ces aspects successifs présentés par la tradition islamique à travers le temps se ramènent ainsi à l'unité de son essence, par le biais de cette respiration subtile qui relie tous les aspects et les transcende, qui est la saisie de son unité par elle-même, en elle-même.

Parti d'une terre sans nom, brûlée par un astre implacable qui consume tout jusqu'à la racine comme s'il voulait tout anéantir pour forcer l'être à témoigner de son propre néant, d'une terre vouée depuis toujours au culte ardent de l'Unité, du lieu même où le Premier Homme a rencontré la Mère de l'humanité, l'islam a répandu sa nismah, son parfum ou souffle vital sur les vieilles civilisations fatiguées aux alentours, les revivifiant de son esprit, et s'assimilant au fur et à mesure les éléments encore vifs de ces civilisations afin de les faire participer à sa propre œuvre de glorification du Vivant Un. Mais on se doute bien que si parfaite soit la forme islamique originaire, ou plutôt en raison de cette perfection même, l'accomplissement de la vocation eschatologique inscrite dans la nature d'une telle perfection impliquait, et implique d'ailleurs toujours, une constante adaptation de cette forme aux conditions qu'elle contribue elle-même à créer du fait qu'elle transforme le paysage des civilisations où elle pénètre. Parmi les plus remarquables de ces adaptations, il faut mentionner l'élaboration, à partir du 2e siècle de l'ère islamique, d'une théologie rationnelle et spéculative en accord avec les principes fondamentaux de l'islam. On a souvent écrit, tant dans le monde musulman que dans le monde de la recherche universitaire occidentale à sa suite, que la fonction première de ce qui deviendra la discipline du kalâm était apologétique : il se serait agi essentiellement de répondre aux objections des non musulmans. Cette vision me paraît bien réductrice. En réalité, si l'on réfléchit un peu, on verra qu'il était simplement impensable que l'islam s'implantât durablement sur le sol de civilisations exprimant traditionnellement leurs plus hautes vues sur le Principe de toute chose selon les modalités de l'argumentation dialectique, sans développer à son tour une théologie basée sur ces mêmes modalités. Ce faisant, un écart est créé par rapport à la pureté originelle d'une sagesse à l'image du désert dont elle est issue, s'exprimant par un silence dont le pieux recueillement n'est interrompu que de loin en loin par la soudaine exubérance d'une oasis de locutions témoignant de la fugitive vision du transcendantal. Mais cet écart, loin de signifier l'éloignement et l'exil comme on le croit souvent à tort, a pour seul but de se ressaisir soi-même, dans une conscience de soi accrue et renouvelée, bien que fondamentalement inchangée. Au fond, c'est l'histoire même de la civilisation, de toute civilisation traditionnelle en tant qu'elle ne peut être envisagée comme rigoureusement fixe à travers le temps, qui peut se résumer ainsi : un procès par lequel le principe fondateur de cette civilisation s'écarte de lui-même, pour revenir à lui-même dans un accroissement et un renouvellement de soi qui est en même temps une perpétuation de son identité. C'est ainsi que M. Henry définit la « culture » comme « l'autotransformation de la vie, le mouvement par lequel elle ne cesse de se modifier soi-même afin de parvenir à des formes de réalisation et d'accomplissement plus hautes, afin de s'accroître ». Cette définition me paraît tout à fait exacte, à condition de préciser – ce que M. Henry ne fait malheureusement pas ici, mais qui n'en résulte pas moins des postulats mêmes de sa pensée – que ce « mouvement » est essentiellement cyclique, et le demeure tant qu'aucune cause extérieure, génératrice d'entropie ou de « barbarie », ne vient le perturber et le dénaturer, car comme le disait Artaud, « les vraies traditions ne progressent pas puisqu'elles représentent le point le plus avancé de toute vérité. Et l'unique progrès réalisable consiste à conserver la force et la forme de ces traditions ». Il n'est pas difficile par ailleurs de voir que le cycle d'une civilisation ainsi envisagé ne fait que reproduire, à un certain niveau, le cycle total de la manifestation telle que le décrivent justement les doctrines métaphysiques traditionnelles, et cela parce que le noyau fondateur d'une civilisation (traditionnelle) donnée est une certaine représentation du Principe, auquel il s'identifie symboliquement, et qu'il imite dans sa façon de se manifester. Ce noyau primitif qui contient en acte la totalité d'une civilisation telle qu'elle se manifeste à elle-même au cours des cycles de son « histoire », constitue le véritable nom de cette civilisation ; le mouvement par lequel elle s'écarte dans ses productions culturelles et revient à elle-même par le dépassement constant de celles-ci qui est le fait d'une élite intellectuelle, est sa respiration, sa nismah. Rien, peut-être, n'illustre mieux ce schéma que la façon dont l'islam, qui n'était précisément rien d'autre à l'origine qu'une élite intellectuelle absorbée dans la contemplation de l'Un (on pense au saint Bilal, voué à la torture et répétant inlassablement, comme un mantra, la parole plus qu'humaine « ahadun ahad », « l'Un est Un », en guise de témoignage et de seule « réponse » possible à ses agresseurs), s'est progressivement constitué comme une civilisation complexe, avec ses institutions variées et ses savoirs multiples, notamment sa théologie. Le plus remarquable est que, pour jeter les bases de cette théologie discursive, c'est vers un fonds gnostique, ésotérique, « mystique » réellement au sens des Mystères antiques, présent en lui depuis l'origine, que l'islam va se tourner. C'est de ce fonds, pour ainsi dire co-essentiel à la Révélation coranique – événement « mystique » par excellence – que sont issus directement le soufisme et le gnosticisme chi'ite, dont l'ismaélisme représente la forme la plus ancienne. Mais c'est d'une rupture interne à ces mouvements essentiellement initiatiques, ou du moins d'une « extériorisation » de leur enseignement que, d'après l'historiographie traditionnelle, seraient nés la théologie et la philosophie « exotériques ». On a donc là l'illustration parfaite de l'antériorité de l'« ésotérisme » sur l'« exotérisme » et de la complète dépendance de celui-ci par rapport à celui-là, la Révélation, elle, se situant encore à un plan supérieur, au delà de cette distinction – comme de toute autre. Par suite, on ne s'étonnera pas que, dans la grande mutation que les institutions de l'islam subissent à ce moment clef de leur histoire qui se situe aux alentours du 6e-7e siècle, la théologie rationnelle et la philosophie se voient « réabsorbées » dans la gnose, dans l'ésotérisme qui connaît à la même époque une véritable « crue » : ibn Barrajân (le grand oublié !), abou Madyan et ibn 'Arabi dans le sunnisme occidental, Ghazâli puis Semnâni dans le sunnisme oriental, Qayçârî puis un peu plus tard Amuli, Mir Damad etc. dans le chi'isme vont contribuer de façon décisive à l'éclosion d'une forme radicalement nouvelle de discours théologique, qui constitue la synthèse de la gnose, de la philosophie et de la théologie rationnelle ; tant et si bien que, si l'on excepte quelques tentatives isolées dont ibn Rushd (Averroès) constitue le plus parfait exemple, la théologie et la philosophie au sens strict ne produiront plus de grandes œuvres après ibn 'Arabi : la vitalité intellectuelle de l'islam ne se dément pas – contrairement à ce que prétendent certains perroquets et autres roquets – mais elle s'est définitivement déplacée vers le soufisme et la gnose ; une gnose d'un genre nouveau, il est vrai, qui a su intégrer le meilleur des disciplines « concurrentes ». En somme, tout cela était dans l'ordre des choses : pour qui sait voir, le kalâm des origines, tout pétri encore du fond gnostique dont il est issu, devait tôt ou tard finir par fusionner avec le tassawwuf, qui illustre la permanence de ce même fond. Ce qui veut dire aussi que la « nouveauté » radicale que constitue, en son temps, le soufisme « spéculatif » d'ibn Barrajân, ibn 'Arabi, etc. n'est, comme toute « bonne » nouveauté, qu'un retour aux sources sous une apparence différente ; il résulte en effet de la réunification d'éléments qui n'ont été que progressivement distingués, pour des raisons d'adaptation de l'islam aux conditions qu'il avait lui-même contribué à créer. Une telle réunification ne signifie pas que la distinction est rayée d'un trait de plume, supprimée purement et simplement, mais plutôt, qu'elle coexistera désormais avec l'unité de ces éléments, dans le cadre d'une synthèse qui reflète, sur un mode de complémentarité, l'indifférenciation primitive. Autrement dit (et de façon bien sûr très schématique) : chez un Ja'far Sâdiq, le gnostique ('ârif) n'est pas distingué du théologien (mutakallim) ; chez un Bistâmi, le premier exclut absolument le second ; chez un ibn 'Arabi, les deux coexistent, à la fois distincts et inséparables, transcendés par l'unité de l'ensemble qu'ils forment. – Il y a encore une autre chose qui mérite d'être notée ici. D'un point de vue conceptuel, le principal sinon le seul moteur de la théologie islamique, à ses débuts et dans la suite, n'est autre que la question du statut ontologique des multiples Noms et Attributs divins mentionnés dans le Coran, relativement à l'Essence dont celui-ci affirme l'Unité et l'Ineffabilité. Bien que d'autres problèmes, plus ou moins connectés à celui-là, viennent moduler ce processus, telle est la contradiction motrice, ou, pour utiliser un terme plus approprié, tel est le Mystère central autour duquel s'organise le développement des sciences islamiques – développement qu'il convient d'envisager plutôt comme « historial » qu'« historique », comme « respiration » plutôt que comme écoulement unidirectionnel. Que cette respiration, en islam, ait justement pour principe moteur l'idée de Nom dans la contradiction vertigineuse et vitale qu'elle implique me paraît, en soi, pourvu d'une forte charge symbolique. C'est ainsi que dans sa constitution « historiale » même, l'islam semble avoir pour fonction de révéler l'identité originelle, l'interpénétration réciproque, dans le principe, du Ism et de la Nismah, de l'Onoma et du Pneuma. Une conséquence de cela est qu'en islam, la question des Noms divins contient une référence implicite à l'histoire. Cette idée, dans laquelle il faut voir l'un des axes théoriques fondamentaux du présent travail, a d'ailleurs été exprimée de la façon la plus explicite par le plus grand sage de l'islam, ibn 'Arabi, au chapitre quinzième des Futûhât al-Makkiyyah, dans un passage extrait d'un long développement sur le Pôle, dont voici la traduction aussi fidèle que possible :

« Lorsque cet imâm [appelé Mudâwi-l kilûm, « Celui qui guérit les blessures »] partit, il adouba pour le remplacer dans la fonction de Pôle [l'homme appelé] al-Mustaslim. La plus grande partie de ses connaissances avait trait au Temps (zamân), et c'est là une science vénérable, au moyen de laquelle on connaît l'Éternité (azal), qui manifeste le sens de la parole divine: « Allah était, et il n'y avait nulle chose avec Lui ». Cette science [de l'Éternité], nulle ne la connaît si ce n'est les Isolés (afrâd) parmi les hommes, et c'est cela – l'Éternité – que l'on désigne par les expressions de « Temps primordial » (ad-dahr al awwal) et « Temps des temps » (dahr ad-duhûr). De cette Éternité a procédé le Temps, et c'est à cause d'elle qu'Allah s'est appelé « le Temps » (« ad-Dahr »), conformément à la parole du Prophète (PBSL): « n'instultez pas au Temps, car c'est Allah qui est le Temps ». Le hadith est sain et sûr, et celui qui parvient à la connaissance du Temps [véritable] (ad-dahr) ne s'arrête pas à une chose sans la rapporter à la Vérité principielle (al-Haqq), car c'est à Lui qu'appartient l'élargissement suprême.

C'est par cette science également que se sont multipliés les discours relatifs à la Divinité, et que se sont différenciées les formulations doctrinales, et elle les accueille toutes, sans en rien rejeter. Elle est la Science générale et l'Auxiliaire divin, et ses secrets sont merveilleux; elle ne possède pas d'existence individuelle, mais elle est en toute chose comme un juge qui accueille le rapport à la Vérité, et qui accueille le rapport à la Manifestation. L'Éternité est le Sultan de tous les Noms, ceux qui sont connus comme ceux qui sont cachés de nous. »

Pour bien comprendre ce texte, il importe de remarquer qu'il existe en arabe deux termes que l'on peut traduire par « le Temps » : az-zamân et ad-dahr. Ibn 'Arabi établit néanmoins une différence sémantique entre les deux, le premier désignant le Temps qui passe, l'écoulement proprement dit, tandis que le second, qui est également un des Noms d'Allah selon la tradition islamique, se rapporte de façon beaucoup plus générale à l'idée de temporalité comme puissance qui mesure et unifie les phénomènes. Tellement générale qu'elle en vient à englober l'Éternité même, désignée comme le « Temps des temps », c'est-à-dire la mesure par excellence des phénomènes, et le principe du Temps proprement dit (soit dit en passant, tout ceci rejoint remarquablement les conceptions de Proclus sur les rapports entre l'Un, le Temps et l'Éternité, mais je n'ai malheureusement pas la place pour développer cette idée). C'est d'ailleurs cette assimilation de l'Éternité au « Temps primordial » et au « Temps des temps » – au sens de dahr, non de zamân – qui permet à ibn 'Arabi d'expliquer, par une exégèse très subtile, l'attribution traditionnelle du Nom « ad-Dahr » à Allah. Cela étant posé, ce texte est remarquable en ceci qu'il fait apparaître clairement le lien fondamental entre la doctrine des Noms divins et la doctrine du Temps dans son acception la plus générale, englobant aussi bien l'écoulement temporel (zamân) que l'Éternité (azal), et touchant par là à la connaissance du Principe même. Ceci appelle encore une autre remarque, à savoir que, dans cette acception supérieure de « mesure générale des phénomènes », le Temps apparaît, loin devant l'Espace, comme la condition par excellence de la manifestation, sur laquelle toute autre condition – notamment spatiale – est plus ou moins calquée. De même, l'Éternité qui est le principe du Temps, et proprement sa négation, apparaît comme le modèle de toute modalisation inconditionnée du Principe, autrement dit de tout aspect non manifestable de l'Essence, par lequel Elle détermine une modalité manifestable correspondante. Or telle est bien la définition des Noms divins, pris dans leur signification transcendante. On comprend dès lors que l'Éternité – ou plus exactement le Temps, mais compris comme Temps primordial – soit désignée comme Sultan des Noms ; en tant que Nom divin, c'est elle en effet qui assigne à chaque Nom sa fonction et son caractère propres ; et envisagée en tant que forme primordiale (et négative) de la temporalité, c'est elle également qui régit les différentes phases des multiples cycles temporels. Il y a un domaine où ces deux aspects fonctionnels de l'Éternité se rencontrent : c'est la question de la succession, à la fois logique et chronologique, des formes théologiques ou des doctrines relatives au Principe suprême, et de leurs rapports. Vu que ces doctrines peuvent être considérées comme les innombrables variantes des réponses possibles à la question « comment nommer le Principe de toute chose ? », le fait que leur multiplication, leur distinction et leur ordonnancement (chrono)logique relève du même principe métaphysique qui commande à la distinction et à l'ordonnancement des Noms, et que ce principe soit lui-même un Nom, revêt une signification éminente, en accord avec ce qui précède. Il signifie que le pouvoir de déterminer sa propre manifestation, d'en varier et d'en sérier les modalités, n'appartient qu'au Nom, car il est, en lui-même, ce pouvoir par lequel l'Unité conditionne, mesure et rapporte à Elle-même ses multiples procession, tel qu'il ne dépend d'aucun pouvoir plus élevé, hormis celui de l'Essence non participable. En d'autres mots, le ism est le fondement de la nismah, il est ce qui, dans l'Identité suprême de la Divinité, détermine sa propre expression, notamment à travers la succession des formes théo- ou hénologiques. On constate d'ailleurs qu'en islam, si les différentes écoles de pensée spéculative se sont distinguées principalement sur base de leur rapport à la question des Noms et Attributs divins, les autres grandes questions qui font entre elles l'objet d'un désaccord doctrinal – lorsqu'elles ne sont pas définitivement au dessus de tout désaccord doctrinal possible, comme c'est le cas dans la perspective purement métaphysique d'ibn 'Arabi – ont précisément trait au problème du Temps et de l'Éternité : éternité ou non-éternité du monde, rapport de la prédestination à la volonté humaine (et à la responsabilité qu'elle implique), etc. On a là un autre indice sûr du lien qui existe entre la science traditionnelle du Temps – et de la succession des doctrines et des formes traditionnelles – et celle des Noms divins. Enfin, il ne faut pas oublier que tout ceci prend place, chez ibn 'Arabi, au sein d'un développement plus vaste lié à la fonction du Pôle et à ses prérogatives en matière de science. Dans ce contexte, il est rappelé par le Hâtimite que « le véritable Pôle, c'est l'Esprit muhammadien », et que l'avènement de l'islam comme forme traditionnelle correspond à son passage dans le domaine « visible », qui caractérise la fermeture du cycle de la Prophétie légiférante (mais aussi à l'ouverture du « cycle de la Wilâya », ou sainteté, qui culmine avec une forme propre de « prophétie » - nubuwwa -, la « prophétie de sainteté » ; ceci néanmoins sort largement du cadre de cette étude).

Cette circonstance suffit certainement à expliquer le statut particulier de la doctrine des Noms au sein de la tradition islamique. Étant liée, comme nous le verrons plus en détail par la suite s'il plaît à Dieu, à l'émergence et à la constitution progressive de toute une « culture spéculative », jusqu'à la réintégration de cette dernière dans la Gnose primordiale dont elle est issue, elle ne peut s'étudier qu'au travers des formes successives par lesquelles cette culture est amenée à révéler intégralement, en le voilant, le Mystère impénétrable qui lui a donné naissance. Aussi, il ne faut pas s'étonner si la suite de ce travail prend une tournure en partie « historique » (en réalité plutôt « historiale »). Ce qui est recherché ici, dans l'énumération des formulations théoriques successives, ce n'est pas cette énumération pour elle-même, mais comme étapes d'un processus qui dévoile sa propre origine en la voilant, et devient ainsi le symbole même du procès au cours duquel le Principe se voile dans sa manifestation.

mercredi 17 octobre 2012

Lire Parvulesco chez Kemi Seba

« Il faut que les Grands Galactiques nous reviennent comme aux Temps anciens qui sont déjà les Grands Temps de demain. Il faut prier pour que s’accomplisse le mariage de l’alpha et l’oméga en nous et en dehors afin que survienne le Grand Monarque, le Mahdi et les Cosaques ! »

Tony Baillargeat




C’était en mai dernier. Je me retrouvai à nouveau au Sénégal. Ce fut très intense, une période de très grosse chaleur : 35°C à Dakar, presque 50°C à Ziguinchor. J’y repense aujourd’hui, alors que le froid mistral perçant se met à souffler dans les rues marseillaises.

J’ai dévoré trois ouvrages en parallèle durant cette quinzaine en ébullition, ces longues journées portées au fer rouge par une terrible combustion interne des organes, le foie flambant en torche vive. Ces trois livres sont : « L’étoile de l’empire invisible » de Parvulesco, « Le collier du prêtre Jean » de John Buchan, et « Le roman d’un spahi » de Pierre Loti. Trois romans sourdement entremêlés, totalement interdépendants dans leurs architectures conflagrationnelles à vocation céleste et nécromantique. On pourrait même parler de nigromancie, tant les morts qui peuplent ces livres sont noirs, des morts dont l’absence servira aux vivants de révélation à la fois crépusculaire et révolutionnaire. Car ces trois livres sont authentiquement et terriblement révolutionnaires.

Que décrit vraiment le baron Buchan, dans son épopée guerrière mettant en scène l’activation d’une volonté de libération totale de l’Afrique, publiée de manière tout à fait visionnaire en 1910 ? Il nous montre l’émergence d’une prise de conscience continentale d'une unité spirituelle, sous l’égide de l’héritier de l’ancien Empire d’Ethiopie, ce Prêtre Jean qui déclare à ses guerriers : « Héritier de Jean je suis à présent devant vous comme prêtre et comme roi. Roi, je le serai demain. En ce moment je suis prêtre et j’intercède pour mon peuple ».
Un Roi du Monde nègre, une synthèse vivante et agissante des trois grands guerriers sénégalais du XIXè siècle qui luttèrent, chacun suivant sa propre voie, contre la France, c'est-à-dire contre l’Occident. Il s’agit de El Hadj Omar Tall, de Lat Diop et du Cheikh Amadou Bamba. Le premier fonda un empire théocratique étendu du Sénégal jusqu’à Tombouctou, se livrant à une concurrence de type impérial avec la France ; le deuxième brandit l’islam contre l’occupant. Quant au troisième, le Touba anti-toubab, il choisit la voie religieuse pure, la mystique polémologique sans guerre de tranchées, fondant la confrérie mouride pour bien montrer aux français qu’ils n’avaient aucune importance dans sa vie propre.

Ces trois Kshatriyas utilisèrent peut-être des mots semblables à ceux du héros de John Buchan, lorsqu’il s’adresse à ses soldats rugissant d’électricité musculaire : « Qu’avez-vous gagné au contact des Blancs ? Une civilisation bâtarde qui a énervé votre virilité ». Seuls les gens qui n’ont décidément rien compris à l’Esprit pensent que l’art – la littérature ! - est révolu. C’est l’Apocalypse qui est derrière nous, pas la Jérusalem Céleste. Les gens pensent toujours de manière dualiste, ce sont tous des enflures de cathares, des éperdus de pureté infoutus de se laver la gueule, des paumés si fatigués de vivre qu’ils se croient ressuscités avant même d’être morts. Ô incohérence temporelle ! Ils ont la même mystique que les passagers du Mayflower : repartir à zéro en raturant, s’il le faut, les paroles de la Vierge. D’ailleurs, ils finiront tous au Canada. Qui vous dit que le fait de lire trois livres en Casamance m’a empêché d’y vivre quelques terribles aventures ? Mais je n'évoquerai pas maintenant la cosmogonie vivante des Diolas, ni les cérémonies initiatiques pratiquées dans la forêt d’Enampor, ces libations méditatives sous la pluie ignifugée et le Ñái Ñái drastique du Mof Ewi. En réalité, si je ne suis jamais fatigué, la raison en est bien simple : c’est parce que je ne dors pas.


J’ai terminé de lire « Le Roman d’un spahi » juste avant de rencontrer Kemi Seba. On croise chez Loti une ancienne servante de El Hadj Omar Tall, et un soldat de Faidherbe qui porte un toast à ceux qui sont tombés à la bataille de Mecké contre Lat Diop.
En arrivant dans le quartier de M’bao, situé bien après Pikine et Thioroye, j’étais encore pénétré par la tragédie languide de Jean Peyral, un sombre vortex mortifère dans lequel se noie le spahi des Cévennes, qui découvre l’islam au crépuscule sur les plages de Saint-Louis :

« Les crêtes des dunes bleues devenaient roses ; des dernières lueurs horizontales couraient sur tout ce pays de sable ; le soleil s’éteignait dans des vapeurs sanglantes, et alors tout ce peuple noir se jetait la face contre terre pour la prière du soir.
C’était l’heure sainte de l’Islam ; depuis la Mecque jusqu’à la côte saharienne, le nom de Mahomet, répété de bouche en bouche, passait comme un souffle mystérieux sur l’Afrique ; il s’obscurcissait peu à peu à travers le Soudan et venait mourir là sur ces lèvres noires, au bord de la grande mer agitée.
Les vieux prêtres yolofs, en robe flottante, tournés vers la mer sombre, récitaient leurs prières, le front dans le sable, et toutes ces plages étaient couvertes d’hommes prosternés. »


Kemi Seba est un homme très calme et souriant, comme tous les véritables révolutionnaires. Son maître est le Dr Khalid Muhammad, qui fut l’un des premiers à lier les cosmogonies antiques africaines avec les religions révélées. Il en a tiré un enseignement fondamental : l’enracinement doit s’opérer dans une Afrique non pas fantasmée mais originelle, c’est-à-dire que les multiples envahisseurs chrétiens ou musulmans n’ont aucunement dénaturé l’Afrique, mais l’ont au contraire ravivé et refleuri, comme une nouvelle mangrove redonne la vie au palétuvier millénaire et fatigué.

Cette question évoque les rapports entre la Nouvelle Droite et le christianisme : le paganisme européen a-t-il vraiment succombé sous les coups de boutoir de Jésus-Christ ? Pour Kemi, c’est là toute la différence entre l’afrocentrisme et le panafricanisme. Il considère que le plus grand ennemi de l’Afrique sont ses élites. Le courant afrocentrique préconise le choc des civilisations intra-africaines : il faudrait éliminer les monothéismes « importés », et revenir à la pureté animiste d’antan. Mais de quelle pureté parlent-ils, ces païens de pacotille ? « L’Afrique antique comme celle d’aujourd’hui a toujours été monothéiste et non polythéiste, monolâtrique, hénothéiste, panthéiste ou encore animiste comme le prétendent les spécialistes auto-proclamés de la religion africaine. Où que vous alliez en Afrique, vous trouverez l’Etre Suprême » écrit fort justement Fari Taheruka Shabazz.
Et au Sénégal, où que l'on aille, on trouve le Cheikh Bamba.


Pour les afrocentristes "néo-droitistes", en fait, les religieux sont des aliénés. C’est à une balkanisation spirituelle accélérée qu’ils aspirent.

Kemi Seba est pour un monde multipolaire. Ca semble facile à dire, mais ça l’est moins à faire.. Il a participé à la construction d’un village de huit hectares nommé Dalaal Diam, situé à cinq kilomètres de la Somone. La diversité des croyances est la plus grande richesse de ce village, avec des chrétiens, des rastafaris, des musulmans. Le jour où on verra un survivaliste suisse bâtir une église dans son centre d’autonomie temporaire, on m’appellera !

Le credo de Kemi Seba, c’est celui de Marcus Garvey : « Back to Africa. ».

Il est panafricain comme Douguine est eurasiste. Il est des nôtres, car il est des siens.

Car je pense que l’Afrique antérieure n’a rien à voir avec l’Europe antérieure. Deux origines distinctes, conduisant à deux destinées, deux eschatologies différentes. De la même manière que la guerre moderne contre la liberté trouve son aboutissement dans la démocratie quantitative, le sommet du racisme moderne, c’est l’antiracialisme universaliste. On peut être blanc raciste anti-noir, noir raciste anti-blanc, et même blanc anti-blanc ou noir anti-noir, on ne sera jamais autant profondément raciste qu’un anti-raciste d'Occident.


dimanche 7 octobre 2012

Beau fixe sur la Salette



 
 

 

 

 

 
 

« Nous n’avancerons que sous la protection d’une étoile limpide et toute puissante, la Spica Scintillans, l’Epi de la constellation de la Vierge, l’étoile bleue de ceux qui sont appelés, prédestinés à faire l’histoire dans ses profondeurs »

« Car, sous la terrible lumière irradiante de l’Unique Maîtresse préfigurée, à l’heure présente, par Notre-Dame sous le Vent, ce sont les anciens dieux occidentaux qui reviennent, pour soutenir, de leur souffle de vie retrouvée, le travail de renouvellement parousial commandé, au sein du christianisme, par l’Unique Maîtresse elle-même, réapparaissant à la veille des immenses changements cosmologiques dont l’imminence n’est même plus du domaine du secret ».

Jean Parvulesco

samedi 6 octobre 2012

S'enfouir sous Laurent PELLECUER



Laurent Pellecuer est l'un des derniers peintres vivants de France (à vrai dire, je n'en connais qu'un ou deux autres). Il vient de réaliser un site internet, qui contribuera - je l'espère grandement - à le faire connaître aux yeux de ceux qui le méritent.
La théière ci-dessous vous donnera accès au texte que j'avais publié dans la revue Tsimtsoûm en novembre 2005, à propos de l'oeuvre authentiquement alchimique de ce Provençal des derniers âges.


jeudi 6 septembre 2012

"Le mouvement PAROUSIA fête ses 4 ans d'existence"

 
Interview par E&R Aquitaine.


http://www.eraquitaine.fr/le-mouvement-parousia-fete-ses-4-ans-dexistences/

 ENTRETIEN AVEC LAURENT JAMES, FONDATEUR DU MOUVEMENT PAROUSIA

1-A l’occasion du quatrième anniversaire du mouvement Parousia, vous organisez une commémoration à la Salette le Samedi 15 Septembre. Aux lumières de ces quatre années d’existence, pourriez-vous nous expliquer la genèse et l’histoire de ce mouvement ?

Parousia est la partie émergée d’un long et lent travail de réappropriation des espaces antérieurs de nos fondations raciales et spirituelles, un désenfouissement aussi harassant qu’exaltant des réseaux tectoniques de notre plaque tournante eurasiatique. Il s’agit d’établir à nouveau une connexion vivante et agissante entre celtisme et christianisme, dégager les écorces mortes de ces deux mondes archaïques, anti-modernes, pour en célébrer les épousailles héroïques et régénératrices. Deux mille ans après que le Christ ait prolongé et couronné les spiritualités de l’ère du Bélier (Yahvé, mais également Jupiter, Odin, El et Taranis), il nous faut aujourd’hui reboucler la ceinture du Temps, provoquer une nouvelle remontée de l’être, laisser resurgir en nous la sève ardente des anciens dieux, que leurs souffles brûlants nous enflamment la moelle épinière comme une brochette lumineuse, et que notre peau ne soit plus qu’une interface vitrifiée entre le brasier interne de nos organes vitaux et la langue de feu céleste du Paraclet.

Parousia est né le 22 juillet 2008 sur le parvis de la basilique de Saint-Maximin, en cette terre de Provence totalement ignorée par la plupart des apprentis spirituels de notre temps. Les reliques de Sainte Marie-Madeleine sont le troisième tombeau le plus important du christianisme, et tout le monde s’en fout : les gens préfèrent la pyramide du Louvre. Tant mieux, bien sûr.

Marie-Madeleine était une louve mystique, parfaitement décrite par Jean-Yves Leloup dans son dernier ouvrage « Marie Madeleine à la Sainte Baume » : « Quand l’énergie animale l’habitait, elle était vraiment une femme sauvage, capable de courir pendant des heures à la recherche d’un parfum rare qui l’appelait d’un des sommets de la montagne. Son regard voyait au loin ; son ouïe la renseignait sur des voisinages parfois très lointains ; surtout, elle savait reconnaître le son de chacun des vents qui traversaient la forêt. Elle ne donnait pas de nom à cette énergie animale qui l’habitait parfois et la rendait capable de communiquer à travers divers chants, cris et rugissements avec les autres animaux. L’énergie animale prenait différentes formes – à chaque fois bien adaptée à la situation dans laquelle elle se trouvait. Etait-elle louve, loutre ou lièvre ? »

Seuls les Elus viennent à la Sainte-Baume humer le crâne flamboyant de la Madeleine : ça facilite le tri. Je n’y ai jamais vu aucun de ces prétendus royalistes catholiques, qui professent partout leur foi hystérique de nouveau converti, tout en méconnaissant gravement les fondations celtes de leur religion. On dirait, à les entendre, que le christianisme est arrivé en Gaule par la Germanie. En réalité, ces gens sont irréductiblement français (c’est-à-dire francs) : voilà tout ce qui nous sépare d’eux.

La France est la nation qui inventa la Modernité, en étouffant pour ce faire la terre surnaturelle et enchantée sur laquelle elle s’est juchée. Allez-y les gars, continuez à affirmer partout que votre peuple est né à la fin du cinquième siècle, persistez allègrement à nier la foi ardente de vos aïeux qui n’ont pas attendu Clovis pour s’agenouiller devant l’Homme-Vert Jésus : n’ayez crainte, la Peste Noire vous rattrapera tôt ou tard, avec ou sans musique.

Le combat de Parousia, qu’il passe par internet, le théâtre grand-guignol, la conférence-baston ou la lecture-fleuve, est toujours le même : la lutte eschatologique de la Gaule contre la France, sans aucune discussion possible. Les mondialistes d’aujourd’hui sont les enfants de ceux qui ont transformé la Gaule en France, tout en appliquant strictement la même méthode et en l’élargissant à la planète : ultra-centralisation politique (de Paris à Jérusalem), pleins pouvoirs francs-maçons sous couvert de dogmatisme républicain (de la Convention à Maastricht), libéralisme déterritorialisé (de Colbert à Attali), dissolution raciale (cela commence par la prise en mains d’un pays celte par une poignée de Germano-Belges, et ça finit par la bruxellisation de l’Europe) et acculturation maximale (nomadisation des peuples sédentaires et sédentarisation des peuples nomades, …). L’éradication anti-traditionaliste de la civilisation celto-chrétienne par l’appareil administratif parisien est le modèle structurel et archétypal de l’occidentalisation du monde. 

C’est le génie celte qui permit de transposer la structure sociale tri-fonctionnelle du village gaulois (druide/chef/paysan) à la société féodale (prêtre/roi/tiers-état). Mais c’est la bourgeoisie française qui rongea et détruisit ce modèle universel traditionaliste (le modèle des castes), qui n’est pas du tout – comme l’affirme Francis Cousin – une tradition dévoyée ! Comme tous les intellectuels prisonniers de leur grille de lecture marxiste, Cousin – très bon penseur, par ailleurs – est incapable de voir que s’il y a dégénérescence, elle se trouve dans la substance même de l’homme, et certainement pas dans le modèle social de ses élites justifiées ! C’est l’homme qui est dévoyé, pas la tradition. Un marxiste ne peut résolument pas intégrer la chute de l’homme – ou péché originel – dans sa vision du monde, et pour lui, la destruction de la communauté organique primordiale – ou Paradis originel – ne peut qu’être due à la volonté de certains d’opprimer leurs semblables, aucunement à la nature lourde et vicieuse de certains hommes du peuple. Le pauvre n’est pas toujours vertueux, il faudrait tout de même lire un peu Céline. Les marchands proviennent des basses couches de la population, pas de l’aristocratie…

Revenons à la France. Comme le savent tous les véritables révolutionnaires (slaves et scandinaves, mais aussi noirs, arabes ou chinois), c’est dans ce pays que s’enclenchera la libération, car c’est ici que le grand renversement a commencé. Des bords ardents et calcaires de la Méditerranée jusqu’aux hauteurs arides des sommets alpins, des pentes douces des Vosges jusqu’aux forêts profondes de Bourgogne, les êtres humains et les animaux commencent à sortir de leur longue léthargie millénaire, à discuter sans passer par Facebook ou le téléphone portable, à caresser des troncs d’arbres en pleurant d’amour, à couronner des enfants au cœur flamboyant juchés sur des rochers ronds comme des planètes et hauts comme des éléphants, et certains s’assoient pour attendre le Verbe qui renaît et revient au galop. La moitié est de la France constitue, à ce titre, une avant-garde mystagogique de premier ordre. J’espère que la moitié ouest suivra ; pour l’instant, on y falsifie abjectement le celtisme et on y vote François Hollande.

Pour résumer en une phrase, Parousia est le contraire même d’une société secrète : c’est la confrérie des loups-garous des derniers temps.



2-Pourquoi avoir choisi La Salette ?

« La Salette est le plus grand événement depuis la Crucifixion ». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jacques Maritain, que l’on ne peut guère soupçonner d’un quelconque fanatisme religieux. Effectivement, l’apparition de la Vierge Marie à La Salette le 19 septembre 1846 fut le signe le plus évident de l’enclenchement des Temps de la Fin, le signe que le Christ commença à Se décrucifier pour Lui permettre de siéger au cœur de la Jérusalem Céleste. Bien plus qu’un « simple » témoin d’une Apparition mariale, la bergère Mélanie Calvat recouvre l’antique fonction de la prophétesse (fonction devenue exclusivement masculine avec le judaïsme).

La Sybille de Cumes avait prophétisé la naissance du Christ, Mélanie Calvat a prophétisé celle du Paraclet.

Lorsque Paul Claudel vit la photographie du squelette de Mélanie, exhumé dix-huit ans après sa mort à Altamura, il écrit (dans L’Evangile d’Isaïe) : « C’est la même profonde émotion pour moi que lorsque l’on me mit entre les mains le crâne rayonnant de Marie-Madeleine à Saint-Maximin ».

Mises à part quelques mariophanies datant justement du début du seizième siècle (Guadalupe, Cotignac), commencement historique effectif de la Modernité, c’est la première fois dans l’histoire que Marie prononce des paroles absolument eschatologiques, utilisant un vocabulaire tout à fait similaire à celui de l’Apocalypse. L’époque de l’apparition de La Salette correspond au surgissement de la production industrielle, des journaux à grand tirage et de la politique médiatique : la mise en garde de la Vierge est d’une cruciale – et décrucifiante – actualité. Par ailleurs, il faut insister sur le rôle grandissant de Marie en cette fin de cycle : le dogme de l’Immaculée Conception a été énoncé huit ans après l’apparition de La Salette, et on peut espérer que d’autres dogmes ne tarderont pas à être formulés par la papauté des temps derniers, des dogmes attendus depuis Joachim de Flore qui mettront l’accent sur la Royauté Absolue et Cosmique de la Sainte Vierge. Tout est arrivé par Marie, tout passe par Marie, tout changera grâce à Marie.

De plus, il existe des liens fascinants entre La Salette et la Royauté. Nombre d’observateurs ont noté le lien entre Naundorff et le Secret salettin, dont Léon Bloy bien sûr : « Analogie ou affinité, correspondance ou relation mystérieuse entre le Miracle de la Salette et le Miracle de la destinée du Fils de Louis XVI. Un roi pauvre, un roi mourant de faim et de misère, le fils couvert d’ordures et obstinément renié de soixante rois, vient offrir à la France de la sauver, et on l’assassine, après l’avoir longtemps flagellé. Nolumus hunc regnare super nos. » (Celle qui pleure, chap. XXVI « La Salette de Louis XVII »).

Mais curieusement, bien peu ont su voir que le premier homme d’église à avoir pleinement accrédité l’Apparition, à savoir Mgr de Bruillard évêque de Grenoble, était un homme d’une extrême singularité : en plus d’être, selon toutes vraisemblances, un fils naturel de Louis XV, il était le dernier évêque de France encore en vie à avoir été ordonné avant la Révolution ! Sur le simple plan historique, La Salette est donc un événement extraordinaire qui tisse des liens très mystérieux, à la fois avec Louis XV et Louis XVII.

Et dire que certains guénolâtres m’ont reproché d’être un disciple de La Salette ! Ces très sombres abrutis confondent, comme toujours, la doctrine de Guénon (dont un des points distinctifs, par exemple, est la mise en évidence du caractère anti-traditionnel de la nation française, comme le montre le chapitre VII de Autorité spirituelle et Pouvoir temporel) avec ses avis et opinions. C’est ce qu’on appelle le lettrisme, et là comme en religion, le pied de la lettre est d’abord la preuve de l’incurie spirituelle de celui qui le pratique. Quand, dans une affaire comme La Salette, on a d’un côté Bernanos, Bloy, Massignon, Claudel, Parvulesco, Pie IX et Léon XIII comme fervents adeptes salettins, et que de l’autre, on a Guénon un tantinet dubitatif, permettez-moi de me placer très humblement dans le premier camp.

De manière générale, les guénolâtres font partie des pires tribus du monde contemporain. Leur frigidité alliée à leur nocivité trouvent peut-être en partie leur origine dans l’écriture « neutre » de Guénon, son éloignement volontaire de tout effet littéraire, ce qui autorise les lecteurs malsains en quête de pureté rhétorique ou ascétique à se réclamer de son œuvre. Rien n’est plus facile que de déguiser son atrophie humaine sous une prétendue exigence de dépersonnalisation spirituelle. La littérature clarifie toujours les intentions de l’auteur, ce qui n’est paradoxal que pour les imbéciles. Il y a nettement plus de gens intelligents et spirituels – et même, plus de gens ontologiquement proches de la Tradition – chez les bloyens que chez les guénoniens !

Encore quelques mots sur La Salette. Suivant le précepte de Parvulesco selon lequel les plus grands sites spirituels sont agencés comme certains groupes stellaires, je n’ai pas mis longtemps à constater que les lignes joignant les points névralgiques du Sanctuaire de La Salette (croix, basilique, Marie en élévation, groupe de la conversation – ou du chien, Vierge à l’ancre, mont Gargas, cimetière, mont Bonne-Mère) reflétaient la géométrie zigzagante de la constellation de la Vierge (Spica, Thêta, Perrima, Auva ou étoile du chien, Jiao Xu, Vindemiatrix, Zaniah, Nu). Cela se voit d’ailleurs très nettement sur les dessins préparatoires de l’architecte Berruyer pour l’érection de la basilique. La commémoration des quatre ans de Parousia, le 15 septembre prochain, se basera sur cette pénétrante analogie en égrenant une poignée d’actes artistiques (représentation de l’Apparition, lecture de « Celle qui pleure » de Bloy, musiques archaïques et ultra-contemporaines, sculptures minérales,…) le long de ces stations, comme la récitation lancinante d’un chapelet brûlant entre ciel et terre.



  3-Disciple de Jean Phaure, Artaud, Rimbaud… vous semblez vous être amoureusement rapproché d’Alexandre Douguine et Jean Parvulesco. Comment ces deux auteurs influent-ils sur votre pensée ?

Parousia s’investit dans trois domaines qui restent souvent contigus : la spiritualité, l’art et la politique. C’est leur enchevêtrement dynamique qui permet d’exhausser un acte cohérent en action révolutionnaire. Cet art totalitaire a été élevé au plus haut rang par Dominique de Roux, Marc-Edouard Nabe et Jean Parvulesco, qui ont commencé à écrire là où Artaud et Gilbert-Lecomte se sont arrêté. Ces derniers ont commencé à écrire là où Rimbaud s’est arrêté. Quant à Rimbaud, il n’a fait que prolonger l’Apocalypse de Jean dans les temps modernes, littéralement et dans tous les sens. La succession de ses Poésies initiales, d’Une saison en Enfer et des Illuminations est une transposition alchimique du Verbe johannique, sur le même rythme ternaire (et trinitaire) qui sous-tend l’Apocalypse.

Jusqu’à Rimbaud, la grande littérature nous apprenait à mourir. Après lui, elle nous apprend à ressusciter. 

Quant à Alexandre Douguine, il est porteur de la pensée métapolitique la plus pertinente aujourd’hui : l’élaboration du Royaume Eurasien par l’alliance élitiste entre les spiritualités actives et justifiées de notre continent. L’Eurasie est le meilleur moyen d’annuler le traumatisme du néolithique, et de retrouver ce que Pierre Gordon appelait l’Institution Sacrée du Paléolithique. C’est un projet résolument suprahistorique. Laissez-moi expliciter ce dernier terme, à l’intention de Johan Livernette qui « rigole » dans une de ses dernières vidéos parce qu’il n’en comprend pas le sens (lors de la lecture moqueuse d’un texte de Parvulesco consacré à Poutine) : cela signifie que le projet en question est aimanté par un point situé bien au-delà de l’histoire, un point inamovible et brillant de mille feux comme une couronne de diamants. La mission de Jeanne d’Arc, par exemple, était suprahistorique. Le rire de Livernette est glacial ; c’est celui de l’adolescent qui surprend des adultes en train de faire l’amour, qui ne comprend pas encore vraiment ce que cela veut dire, et qui choisit de s’en moquer.

Il finit d’ailleurs en disant que « l’initiation, c’est la porte ouverte au démon », et que « la gnose est le projet de la franc-maçonnerie ». C’est plutôt rigolo (je peux me marrer, moi aussi ?), quand on sait que la société contemporaine – fruit partiel de la conspiration talmudo-libéralo-maçonne – est sans doute la première société de toute l’histoire où les notions d’initiation, de transmission et de gnose n’ont plus aucun sens, et ont été absolument et rigoureusement éradiquées (les hommes étant atomisés, et dissous dans une horizontalité niveleuse). On ne peut que constater la profondeur des abysses entre « la pensée dissidente » de 2012 et la pensée suprahistorique des Templiers au treizième siècle, qui était axée sur la lutte eurasienne unissant frères initiés (à la spiritualité et à la guerre) contre les nations modernes, ainsi que sur l’alliance spirituelle entre chrétiens et musulmans (aussi bien Cheikh al-Jebal que Saladin) contre le principe sataniste de la division, et pour l’instauration d’un Empire spirituel sous l’égide de la Vierge Marie… Quant à la question de la gnose, j’ose à peine évoquer la pensée, probablement diaboliquement franc-maçonne, de saint Clément d’Alexandrie (Père de l’Eglise fêté le 4 décembre), qui définissait par gnostique : « celui qui est dans la connaissance exacte de la foi chrétienne », et qui écrivait dans ses Stromates : « La Gnose, communiquée et révélée par le Fils de Dieu, est la sagesse ».

Un dernier petit détail, toujours à propos de cette vidéo de Livernette. Il glisse en passant que Louis Massignon a « fini athée ». Or, parmi tous les écrivains et intellectuels du vingtième siècle à se battre pour un véritable renouveau catholique, Massignon s’est démarqué en étant le seul à se faire ordonner prêtre (en janvier 1950)… Mais il est vrai qu’il s’est affilié à l’église melkite, église catholique orientale de langue arabe. C’est très suspect, ça…

Permettez-moi de conclure votre question en citant une phrase de Parvulesco à l’intention d’Olivier Germain-Thomas, publiée dans « Agora – Les aventuriers de l’esprit » (Ed. La Manufacture, 2003), phrase que je reprends entièrement à mon compte : « La mission de notre génération est celle de procéder, dans les termes d’une nouvelle métapolitique révolutionnaire, et nouvelle absolument, à l’établissement, au rétablissement à la fois suprahistorique et le plus directement, le plus subversivement politique, de la plus Grande Europe et partant de l’unité impériale grand-continentale de la Forteresse Eurasiatique, de définir géopolitiquement et théosophiquement les retrouvailles de l’histoire et de l’ancien concept polaire et hyperboréen du Grand Continent, l’Ile du Milieu du Monde. Or la mise en réalisation finale, à la fois métahistorique et directement politique, du projet d’un retour nuptial à l’Ile du Milieu du Monde ne saurait en aucun cas se faire autrement que sous l’identité transcendantale du Regnum Sanctum, autrement que sous la protection et dans l’exaltation dogmatique du Règne Impérial de Marie et du soleil blanc du Cœur Immaculé de Marie, le Soleil Blanc de Fatima ».

Le jour où l’Etoile Rouge du Kremlin sera remplacée par une statue de la Vierge Marie, ce programme deviendra très clair pour tout le monde.



  4- Vous vous êtes démarqué des milieux « anti-conformistes » en conspuant ce que l’on appelle le complotisme. Cette prise de position n’a peut-être pas été clairement comprise, pourriez-vous la réexpliquer ? Vous êtes par ailleurs un fin lecteur de Jean Parvulesco, qui pouvait s’adonner également – selon un lecteur non averti – au complotisme. Quelles sont les différences entre la vision Parvulescienne et les différentes formes de conspirationnisme que l’on peut voir sur le net, ou ailleurs ?

Le véritable nœud de l’affaire est proprement théologique : les « complotistes » pensent, au fond, que l’homme devient tout-puissant lorsqu’il est satanisé, et que ce dernier se trouve au cœur de l’union secrète entre multinationales, banques et gouvernements. Or, je pense pour ma part que si le nombre d’hommes atteints par le Mal est en croissance exponentielle, ces derniers se caractérisent généralement par une très-profonde bêtise ontologique, et que ce ne sont pas ces hommes eux-mêmes qui dirigent l’Occident, mais une force luciférienne qui les dépasse absolument. Parvulesco parle « de la somme infernale des opérations négationnistes secrètement menées, en Europe, depuis la fin du Moyen-Age, par les puissances occultes au service commandé du non-être et du chaos antérieur ». En d’autres termes, il ne s’agit pas d’hommes qui utilisent les moyens de Lucifer (vision de comic book amplifiée et démultipliée par le web), mais de Lucifer qui utilise des moyens humains (vision sérieuse et parvulescienne des rapports de force authentiques, qui sont des rapports de force spirituels).

La différence est de taille entre ces deux visions de la conspiration libéralo-maçonne : la première, celle qui assigne aux hommes eux-mêmes l’entière maîtrise des conspirations planétaires, est celle des « complotistes » : elle est en réalité totalement hérétique, car elle repose sur la croyance en l’omnipotence de l’homme, fût-il satanisé jusqu’au trognon. Elle est également anti-traditionaliste, et elle va tout à fait à l’encontre de ce qu’écrivait Guénon (toujours dans Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, dont le chapitre IX constitue un véritable bréviaire pour « la véritable réalisation du Saint-Empire ») : « plus les éléments sociaux qui l’emportent sont d’un ordre inférieur, moins leur domination est durable. Comme tout ce qui n’a qu’une existence négative, le désordre se détruit lui-même ».

Idéologie profondément moderne et non-guénonienne, le « complotisme » est la croyance en l’extrême solidité toute-puissante du pouvoir temporel démoniaque. Cela permet d’affirmer, par exemple, qu’il est beaucoup plus logique de dire que le Onze-Septembre est le produit d’une gigantesque conspiration du gouvernement américain, qui a dû mobiliser pendant des années une somme colossale de réseaux financiers, militaires, administratifs et médiatiques dans le but de justifier une guerre contre l’Afghanistan (alors que les USA avaient déjà envahi les trois quarts de la planète auparavant, sans jamais avoir eu besoin d’une quelconque justification), et bien cette explication serait beaucoup plus logique et raisonnable, intelligente et indiscutable, plutôt que celle qui consiste à y voir le détournement de quatre avions par une vingtaine de mecs (il y a eu plusieurs centaines de détournement d’avions dans le monde depuis juillet 68). Mais le « complotisme » est formel : c’est la première explication qui est la bonne, car les hommes de l’Empire sont absolument et entièrement omnipotents. Et puis, dire le contraire, c’est injurier nos compatriotes musulmans qui n’aspirent qu’à prier tranquillement Allah sans causer de problème à personne…

Poussé dans ses derniers retranchements, le « complotisme » est une négation de la grâce, et bien sûr de Dieu. A leurs yeux, tout ce qui est un peu étrange est suspect, et tout ce qui est suspect est sioniste. Les seuls musulmans « complotistes » que je respecte, sont ceux qui quittent l’islam parce qu’ils pensent que c’est une construction du rabbin de la Mecque pour enjuiver les Arabes jusqu’à la garde.

Lorsque Jésus commença à prêcher la Bonne Nouvelle, les zélotes pensèrent que c’était un envoyé de l’Empire Romain (une « stratégie Mohamed Merah » avant l’heure), lequel voulait en finir avec la rébellion armée en balançant un semi-fou manipulé dans leurs troupes pour les diviser entre eux. Le plus célèbre de ces « complotistes » était Judas, bien sûr.

Le jour de l’avènement de la Jérusalem Céleste, les « complotistes » diront que c’est un coup du Mossad. 

Les ravages du « complotisme » chez les internautes persuadés que c’est la secte Skull&Bones qui dirige leur vie tout entière à partir d’une petite clairière du Connecticut, relève d’un mécanisme d’imbécillité généralisée de plus en plus monstrueux, et surtout absolument contre-productif. Parano pour parano, je prétends, moi – et depuis le début ! – que les Etats-Unis sont clairement derrière le développement intensif du « complotisme » via internet, cette terrible arme de guerre américaine. Le tri très soigneux de leurs sources et références m’insupporte de plus en plus ; il me semble qu’ils n’ont pas beaucoup relayé l’aveu d’Alex Jones (une de leurs idoles complètement débiles) selon lequel il était sioniste, ainsi que les accusations disant qu’il serait un espion de la CIA…

Ils ne relaient non plus pas beaucoup le fait que le « complotisme » a été le moyen pour le KKK de régner sur le sud des Etats-Unis au début du dix-neuvième siècle, payant des mecs bien placés dans les milieux noirs pour leur faire croire que c’était le KKK qui organisait secrètement les actes de rébellion qui secouaient le pays de temps à autre. La conclusion ? Et bien, ça ne servait à rien de s’armer et de se battre, puisque le KKK contrôlait tout. « L’attentat d’hier soir n’a jamais eu lieu », leur répétaient à l’envi les collabos de l’époque… Et puis, prétendre le contraire, c’était injurier leurs compatriotes noirs qui n’aspiraient qu’à vivre tranquillement sans causer de problème à personne…

« False flag, inside job, black operation… ». Tous les concepts et les termes utilisés par les « complotistes » sont américains. Le « complotisme » est un produit de la sous-culture américaine (directement manipulée par la CIA). Tout comme la CIA avait jadis créé le gauchisme à partir de San Francisco pour lutter contre le communisme, elle a aujourd’hui amplifié le « complotisme » à partir d’internet pour lutter contre la révolution spirituelle authentique. Dans cinquante ans, tous les dissidents parleront d’Alex Jones (et des autres…) comme ils parlent aujourd’hui de Cohn-Bendit. Le « complotisme » est une colonisation supplémentaire de l’esprit européen par la débilité profonde des Etats-Unis (que je connais parfaitement pour avoir naguère effectué un séjour en Caroline du Nord, là où ne se rend jamais aucun touriste).

On nous assène maintenant qu’Hitler était une marionnette des juifs… Un de mes amis antisémites, terrassé par les révélations du révisionnisme, s’était même tout à fait arrêté d’admirer le nazisme depuis qu’on lui avait dit que la Shoah n’avait jamais existé !… « Merde alors, moi qui croyais que les nazis étaient des mecs efficaces ! », m’a-t-il dit, désespéré… Le révisionnisme a fait beaucoup de mal au nazisme.

De toutes manières, tout est très simple aux yeux des « complotistes » : rien n’existe ni n’a jamais existé. Il paraît, par exemple, que la sonde Curiosity récemment envoyée sur Mars est un jouet en plastique filmé dans un studio d’Hollywood… Leur stupidité nihiliste culmine avec le récentisme, cette nouvelle théorie qui vous démontre que Charlemagne est une pure invention de quelques moines catholiques (encore une attaque contre l’Eglise, au demeurant). Il existe même un universitaire retraité, Pierre Dortiguier, qui nous apprend dans une de ses conférences que Platon ne pouvait pas être aussi intelligent qu’on le prétend, puisqu’il vivait en Antiquité : or, à cette époque, on ne pouvait pas savoir autant de choses que ce qu’on peut lire dans le Timée ou la République, bien sûr ! Par conséquent, le véritable Platon ne peut qu’être Gemiste Pléthon (mort en 1452). Quand je pense que certains m’accusent de dire des choses pas très sérieuses durant mes conférences !… Face à autant de bêtise cosmique tranquillement assumée, je ne suis pas certain d’avoir à faire un commentaire…

Aujourd’hui, tout groupe islamique révolutionnaire est jugé en deux secondes et demie par un « complotiste » comme étant stipendié de l’Empire américain, exactement comme le faisaient Alexandre del Valle et les pires droitards anti-musulmans des années 90-2000… Alexandre Douguine est loin de faire cette erreur grotesque, lui qui déclare dans un entretien de février 2012 à New Delhi avec Arktos qu’il distingue très clairement l’universalisme salafiste de l’hégémonie libérale, et que l’efficacité de notre combat exige une alliance – au moins temporaire – entre les Eurasiens et certains mouvements musulmans. Ces propos relèvent du bon sens le plus élémentaire, et étaient compris par tous les « dissidents » jusqu’à la massification de la pensée internaute « complotiste ». Ce n’est pas parce que Douguine goûte peu à la théologie salafiste (il préférerait travailler avec des Soufis traditionalistes) qu’il les accuse d’être tous sionistes ! Yahia Gouasmi a d’ailleurs la même attitude, et ce n’est pas un hasard si ces deux personnes font partie des plus grands traditionalistes révolutionnaires du monde contemporain.

5-Un mot à dire sur l’actualité récente ? Syrie, réélection de Poutine, François Hollande et retour d’Harlem Désir… ?

L’élection de François Hollande à la tête de notre pays est la plus grande catastrophe de ces deux dernières centaines d’années. L’histoire politique française est très simple à suivre : chaque nouveau président fait regretter le précédent. Et il fallait être vraiment très fort pour nous faire regretter Sarkozy ! J’étais à Dakar lors de l’investiture de Hollande : en voyant les visages réjouis de Guy Bedos, Jean-Michel Ribes, Bruno Masure et toutes les autres vieilles merdes du socialisme français, tous ces Untermensch que j’avais tant aimé voir se liquéfier de peur le 21 avril 2002, j’ai dégueulé mon tiéboudienne de la veille dans les chiottes de l’hôtel Al Afifa. Mais le pire, c’est le sourire de Moscovici. Les actes les plus immondes se déroulent aujourd’hui en souriant : c’est le principe même de la démocratie quantitative. Rendez-vous en Angleterre ou aux Etats-Unis : tout le monde y sourit en permanence (sans manifester aucun humour), et ce que les gens reprochent souvent aux Russes, c’est de faire la gueule. C’est en souriant que l’on nous enverra faire la guerre contre la Syrie, puis contre la Russie, l’Iran et la Chine. Savoir que nous sommes aujourd’hui gouvernés par le sourire de Moscovici, c’est vraiment se préparer à la révolution intégrale de tous les instants.

La gueule de Moscovici, c’est la figure de la Grande Extinction Cosmique, c’est Lucifer-Bouche-d’Egout. 

6- Un livre est-il en préparation ? Quelle est votre actualité ?

C’est par la jonction spirituelle entre la Russie, le Liban, le Japon et la France que jaillira la véritable force chevaleresque des derniers temps. J’y consacre chacun de mes souffles. Je me rends la première semaine de septembre à St Petersbourg et Moscou pour cela ; et également pour inviter Alexandre Douguine au colloque Parvulesco qui se tiendra prochainement à Paris. Par ailleurs, je travaille depuis longtemps sur un roman – mon premier et dernier roman – qui sera une ode au Cœur Polaire et Impérial de Sainte Marie-Madeleine.
  










jeudi 26 juillet 2012

Colossus


Je décide de commémorer ce jour d’anniversaire, où notre fils accomplit sa dixième année dans le Paradis, en assistant à un concert de Sonny Rollins au Parc Longchamp de Marseille. Bien sûr, cela commence par St Thomas, une invocation du Jumeau gnostique qui écrivit : « Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort ». Rollins est une gigantesque araignée de quatre-vingt ans enveloppée dans une chemise rouge feu, qui surgit en bondissant d’un calypso suave pour plonger à l’intérieur d’une chapelle post-bop (Sonny Rollins a toujours préféré les chapelles aux cathédrales). Le public gonfle littéralement d’amour à mesure que s’élève dans les airs la spirale prophétique. Les gens se regardent sans comprendre ce qui leur arrive, mais en réalisant qu’ils ont été complètement transformés par une tornade d’organes inouïe.
Le week-end dernier, un jeune pèlerin suisse était venu à pied à Saint-Maximin pour participer à la procession des reliques de Sainte Marie-Madeleine. Il est reparti dans la campagne française, toujours à pied. L’Amour est partout en train de transformer les esprits : c’est lui qui me l’a affirmé, et il est sûr de lui. Je le crois fermement. On entendra beaucoup parler de ce jurassien, dans les prochains mois : il parle du Christ universel aux loups, aux renards et aux lièvres de nos forêts et aux femmes de nos villages, et tous l'écoutent. Peut-être qu’il n’y aura pas de crise ni de guerre, mais simplement une montée de sève chaude à l’intérieur des hommes de bonne volonté, une sève animale, archaïque, néandertalienne, irrationnelle, une sève harmonique et convulsionniste, une sève immémoriale de loup-garou, une sève issue de nos profondeurs ontologiques antérieures à l’avènement du Christ et qui nous préparera à l’immersion dans le baptême de feu du Paraclet, une sève brillamment évoquée par Jean-Paul Bourre dans ses récents entretiens avec Sébastien d’Altavilla, une sève originelle et eschatologique, un sang transcontinental qui fortifiera la foi connaissante et amoureuse que brandiront ces meutes de la dernière heure.




mercredi 6 juin 2012

Interview par Kemi Seba

Afro Insolent Radio, émission "Géopolitique" de Kemi Seba
Jeudi 7 Juin, 22h-00h

http://www.kemi-seba.com/afro-insolent-radio/



 

samedi 26 mai 2012

Conférences sur Le Libre Teamspeak

"Initiation à l'histoire des auteurs ésotériques et de la littérature mystique, de l'Antiquité à nos jours" par Kokopelli et Laurent James.

Première partie le 27 mai (21 h)
Seconde partie le 3 juin (21h)

http://lelibrets.blogspot.fr/



Retranscription des vidéos sur le blog suivant :