Un colloque d’une importance
fondamentale se tint à Chișinău (République de
Moldavie) les 26 et 27 mai 2017. Le thème était : « De l’Atlantique au Pacifique : Pour un
destin commun des peuples eurasiatiques ».
Chișinău est une
ville centrale, c’est-à-dire omphalique et dextrogyre.
L’une des
capitales de l’Empire qui vient.
Le colloque fut d’abord béni par
le Métropolite de Moldavie, le Père Nicolae Ciobanu.
Deux autres autorités religieuses
de premier plan faisaient partie des dix-huit intervenants : l'archiprêtre Nicola Madaro de la cathédrale
Saint-Georges de Venise, et le
Frère Isidor du Mont Athos.
Spécialiste de grande littérature
russe, Anna Gichkina a récemment écrit cet aphorisme : « Lire Dostoïevski
est un châtiment ; ne pas le lire est un crime ».
Voici mon intervention, le texte
correspondant est donné ci-après.
Le Comité Jean Parvulesco a
l’honneur d’être l’un des organisateurs de ce colloque.
Ce Comité a été fondé par les
descendants de Jean Parvulesco, Constantin et Stanislas (co-auteurs du texte de
cette intervention) en date du 12 novembre 2016 à Câmpulung-Muscel, en
Roumanie, non loin de Pitești, lieu de naissance de l’écrivain Jean Parvulesco
(et jumelée avec Chișinău). Un service
religieux orthodoxe fut alors célébré en l'église princière du Monastère de
Negru Voda, commémorant le décès de Jean Parvulesco survenu le 21 novembre
2010, à l’intention à la fois du repos de son âme, de l’unité de l’Eglise et de
la plus grande Europe. Une réunion fut ensuite tenue sur le thème : "Les
racines spirituelles de la grande Europe eurasiatique".
(Une publication de ces allocutions est présentement en cours, il est possible d'en commander un exemplaire sur le lien suivant : https://www.lepotcommun.fr/pot/0u22zl5r ).
(Une publication de ces allocutions est présentement en cours, il est possible d'en commander un exemplaire sur le lien suivant : https://www.lepotcommun.fr/pot/0u22zl5r ).
Ce thème a été la ligne de fond
de toute sa pensée, aussi bien poétique que géopolitique, affirmée au cours de
ses nombreux textes et ouvrages, dont certains sont actuellement en cours de
traduction en langues roumaine et russe.
Il est parfois difficile pour
nombre d’entre nous d’établir un lien direct entre la spiritualité et la
politique. On se souvient que Charles Péguy craignait que « la mystique
soit dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance ». Or, il est
fort possible que nous nous trouvions aujourd’hui à une époque si particulière
que ce soit au contraire la politique qui donne naissance à la mystique, et
afin précisément de pouvoir être dévorée par celle-ci.
Ou, dit autrement : les
événements politiques majeurs de notre temps sont tous concernés directement
par la spiritualité, et de plus en plus, car la politique se débarrasse
aujourd’hui complètement de l’idéologie pour entrer tête la première dans la
géopolitique. Et, comme l’écrivait Jean Parvulesco en 2005 :
« C’est la géopolitique en tant qu’expérience gnostique abyssale de
l’histoire qui en pose les buts ultimes, et tend en avant les ultimes raisons
eschatologiques en action ». Ou alors, de manière encore plus
claire : « La géopolitique transcendantale est, en effet, une
mystique révolutionnaire en action ».
Deux événements très importants
eurent lieu en Europe durant la même période que la fondation du Comité Jean
Parvulesco en fin d’année dernière, deux événements politiques absolument
opposés l’un à l’autre.
L’élection de M. Igor Dodon à la
présidence de la Moldavie d’une part, et la transformation du Régiment Azov en
parti politique à Kiev, le 14 octobre 2016, d’autre part. Une dénommée
« Marche de la Nation » menée par Azov, Praviy Sektor, C14 et d'autres
formations nationalistes a alors réuni plusieurs milliers de personnes dans
les rues de la capitale ukrainienne.
Ces deux événements témoignent de
la présence réelle, dans le champ politique européen, de deux pôles spirituels
absolument opposés entre eux, deux ennemis irréconciliables dont la lutte sans
merci se tient depuis les origines de l’humanité.
D’abord un pôle continental
anti-atlantiste, régi par la volonté d’unification de destin des peuples
eurasiatiques, porté par une foi vivante et agissante, catholique à l’ouest et
orthodoxe à l’est, un pôle d’obédience christique et mariale pour lequel Jean
Parvulesco a combattu durant sa vie entière.
Et puis, en face, un pôle
violemment nationaliste, en réalité dépendant intégralement des forces atlantistes.
Les discours tenus publiquement
par les dirigeants du Corps National, la branche politique du mouvement Azov, évoquent
ouvertement une volonté d’en finir avec l’Eglise et toutes ses valeurs. Les
textes théoriques et publics des intellectuels d’Azov, tels que Olena
Semenyaka, coordinatrice du projet « Reconquista Azov » et membre du
service de presse du Parti, mettent en avant une conception gnostique et
anti-cosmique du monde basée sur le rejet absolu de l’idée messianique
chrétienne au service intégral des Dieux des profondeurs. Ils estiment que le
monde moderne, qu’ils prétendent combattre sans merci, est symboliquement
incarné par le christianisme. Différentes modalités de la Voie de la Main
Gauche sont proposées dans ses textes afin de faire intégrer la musique Black
Metal et ses valeurs « nationalistes et chthoniennes » dans l’espace
politique de l’assemblée de Kiev. Ces modalités peuvent être (je cite) :
l’athéisme radical et nihiliste, l’occultisme, le satanisme théiste, et les
cultes païens archaïques reliés à l’« aryano-luciférianisme ».
Je rajoute que le 17 mars 2017,
un Manifeste politique national pan-ukrainien a été signé à la Maison des
professeurs à Kiev entre les responsables des forces nationalistes
les plus importantes du pays. Parmi les vingt points du Manifeste se trouve
ceux-ci : « Reconnaître la fédération de Russie comme un pays
agresseur à tous les niveaux de la diplomatie internationale. » ;
« Reconnaître juridiquement certaines zones des régions de Donetsk et
Louhansk comme des territoires occupés et développer un véritable plan pour
libérer la Crimée et le Donbass de leurs occupants. Procéder immédiatement à la
mise en œuvre d’actions concrètes allant de la reconnaissance militaire et du
sabotage à la guerre économique et de l’information. » ; « Assurer
à la langue ukrainienne le statut de langue d’État unique. ». Le texte de
ce véritable manifeste de guerre ouverte a été déclamé par le chanteur du
célèbre groupe de rock gothique ukrainien Komu Vnyz.
Il faut bien comprendre que ces mouvements
ne se déclarent pas anti-eurasistes, dans la mesure où ils estiment être les
seuls véritables pan-européens, revendiquant l’héritage de la Révolution
Conservatrice. C’est la vieille tradition bien connue de l’inversion des
paramètres : le vrai soleil c’est la lune, l’enfer est la porte du
paradis, etc.
Nous comprenons donc aisément que
ces deux pôles politiques très récemment inscrits dans l’espace européen sont
la face visible de deux pôles spirituels antagonistes : le premier pôle
est christique, ecclésial et favorable à la notion d’Empire comme serviteur du
Christ, basé sur un faisceau d'alliances pacifiques entre souverainetés
européennes et une synergie économique au service de l'homme, un Empire de la
Paix ; le second pôle peut également être favorable à l’Empire mais avec
une finalité toute différente, c’est l’Empire du Dragon détourné du Christ et
résolument hors de l’Eglise, un pôle nationaliste par idolâtrie et ouvertement
luciférien.
Les ramifications françaises du
luciférianisme sont également très importantes, et elles ne sont pas près de
faiblir depuis que la carte du Tarot « Le Pendu » vient d’être élue
président de la République, l’envoyé des profondeurs parrainé par le maître Barack
Obama.
On évoque toujours, à juste
titre, la Révolution française, mais ces événements sont également la
prolongation directe de la Révolution américaine, dont les Pères fondateurs
n’étaient absolument pas chrétiens. Thomas Paine, qui en fut l’inspirateur,
publia après celle-ci « The Age of Reason » qui constitue une des
plus violentes attaques jamais écrites contre la Bible et les Evangiles. Il y dénonce
la conception virginale du Christ, et écrit des phrases comme :
« Ce n’est pas un Dieu,
juste et bon, mais un diable, sous le nom de Dieu, que la Bible décrit ».
« Un bon maître d’école est
plus utile qu’une centaine de prêtres ».
« Le Vatican est un poignard
au cœur de l’Italie ».
ou encore des professions de foi
progressistes comme : « La nature humaine n’est pas vicieuse
d'elle-même ».
Une véritable littérature de
Pendu par les pieds, d’homme à l’envers.
Un écrivain russe encore trop peu
connu en France a donné des prédictions qui correspondent tout à fait à notre
monde contemporain. Il s’agit de Daniel Andreiev, qui prévoit dans son ouvrage
« Roza Mira » (La Rose du Monde), écrit en prison sous Staline et parfois
comparé à la Divine Comédie, la transformation des Etats nationaux en machines
infernales, en centrales de production d’énergie négative.
Le seul avantage de notre époque
repose sur le fait que la visibilité politique de ces deux pôles spirituels
(l’un christique et l’autre luciférien) soit d’une clarté absolue. Néanmoins,
la dernière chance pour certains est de tenter d’introduire la confusion et de
mélanger ces deux pôles, ou plutôt de les inverser, et ceci au seul bénéfice du
mal, bien entendu. L’inversion des paramètres dont je parlais à l’instant.
Il y a le détournement en Ukraine
du principe de la Révolution Conservatrice par des nationalistes autoproclamés
lucifériens. Et puis, en ce moment même, a lieu en France une tentative de
récupération de Jean Parvulesco au service intégral de la puissance des
ténèbres, essayant d’inverser sa pensée et de le faire passer pour un membre de
la secte des Adorateurs du Serpent, c’est-à-dire un contempteur des religions
assimilées à des égrégores dégénérés et des vampires psychiques, un ennemi
absolu des trois monothéismes vus comme des trahisons de la spiritualité
première, un opposant radical au processus de la création démiurgique et un
gnostique fidèle de Lilith l’avorteuse.
Notre grand écrivain catholique,
notre grand visionnaire de l’Empire Eurasiatique du Saint-Esprit a écrit de
nombreux textes très clairs sur toutes ces questions, et notamment deux que
l’on peut trouver dans « Le Retour des Grands Temps ». Il pressentait
sans doute déjà, de son vivant, l’éventualité d’une telle malversation.
Il est beaucoup plus simple d’attendre
qu’un écrivain soit mort pour lui faire dire le contraire de ce qu’il a
toujours dit.
La notion d’Empire défendue tout
au long de sa vie par Jean Parvulesco ne doit pas être confondue avec la
volonté d’hégémonie politique au service d’un seul pays.
D’abord, il livre un appel à ce
que (je cite) « les uns et les autres nous trouvions comment revenir à la
vision contre-révolutionnaire de l’Empereur Mystique, le grand Alexandre Ier,
et de la Sainte Alliance des Trois Empires chrétiens, l’Empire d’Allemagne,
l’Empire d’Autriche et l’Empire Russe, ce qui revient à prévoir à terme
l’intégration du catholicisme et de l’orthodoxie en une seule instance
impériale de présence et de témoignage de vie au sein d’une même et seule
structure impériale d’Eglise ».
N’oublions pas que Guillaume II,
qui se considérait lui-même comme l’Empereur de l’Atlantique, appelait son
cousin Nicolas II, l’Empereur du Pacifique.
« Ainsi les actuelles
retrouvailles nuptiales de la Russie et de l’Europe vont-elles devoir imposer le
retour du sacré vivant au sein de la communauté impériale grand-continentale »,
écrivait encore Jean Parvulesco.
L’Empire est la structure
naturelle de toute organisation communautaire. Il est basé sur le principe de
subsidiarité : tout ce qui peut être réglé politiquement par la base doit
être réglé par la base.
Ce sont les communautés
naturelles qui régissent elles-mêmes leur propre organisation, l’économie de
leur territoire.
Le principe de l’Empire est celui
de l’unité suprême au sommet, et de l’hétérogénéité à la base.
On retrouve le principe spirituel
de la monarchie, liée à une logique organique de la vie des peuples, et qui
fait qu’un empire est naturellement lié à la notion de civilisation.
Le philosophe catholique et
anti-communiste Jean Daujat a parfaitement décrit la manière dont les
corporations de métiers des XIIè et XIIIè siècles en France furent codifiés par
Saint Louis, mais pas organisés ni dirigés par celui-ci. « Ce qui
couronnait tout l’intense mouvement de la vie sociale du XIIIè siècle était
l’inspiration chrétienne de la politique mise au service du règne du Christ
dans l’ordre temporel dont les souverains se considéraient comme les
ministres », écrit-il. Et encore : « Tous les rois de France, en
étant sacrés à Reims, s’engageaient à préserver le peuple contre toutes rapines
et iniquités. »
Des événements historiques tels
que la querelle des Investitures puis, bien plus tard, le Traité de Westphalie,
ont engendré la dislocation des Empires, et conséquemment de leurs spiritualités,
puis l’avènement des nations athées et orgueilleuses qui se sont toutes mises à
guerroyer les unes contre les autres. Au seul bénéfice intégral de la puissance
financière régnant sur le chaos.
Personne ni aucun peuple ne doit
être identifié ni s’identifier lui-même au pouvoir impérial. Le pouvoir
impérial n’est pas l’attribut d’une nation, mais un attribut divin prêté et
repris au souverain. Et il a pour seule fin le service des communautés.
Aucun pays européen, aucune
nation européenne n’a hérité de l’Empire de Rome. C’est l’Eglise elle-même qui en
a hérité, comme l’a bien expliqué Soloviev dans son ouvrage « La Russie et
l’Eglise Universelle », où il écrit les phrases suivantes :
« Les grandes puissances du
monde ancien n’ont fait que passer dans l’histoire : Rome seule vit toujours.
La roche du Capitole fut consacrée par la pierre biblique, et l’empire romain
se transforma en la grande montagne qui, dans la vision prophétique, était née
de cette pierre. Et la pierre elle-même, que peut-elle signifier, sinon le
pouvoir monarchique de celui qui fut appelé Pierre par excellence et sur qui
l’Église Universelle — cette montagne de Dieu — fut fondée ? »
L’Eglise est une et indivisible, à
la fois catholique (universelle dans l’espace) et orthodoxe (permanente dans le
temps).
L’Empire et l’Eglise sont donc indissolublement
liées l’un à l’autre.
C’est ce que démontre avec
superbe Dante dans son De Monarchia.
Je terminerai ma courte
allocution en citant une phrase très significative de Jean Parvulesco, extraite
d’une conférence donnée à Neuilly le 20 décembre 1994, titrée « La
signification suprahistorique du massacre des Romanov ». Cette phrase
permettra d’effectuer une ouverture à la fois sur nos origines les plus
lointaines et sur la thématique précise de notre colloque.
« Ainsi que l’observait
Guido Giannettini dans un de ses essais géopolitiques d’avant-garde, pour la
première fois depuis des temps indéfinis, depuis la fin même, peut-être, du
néolithique, les hommes d’un même sang et appartenant à la même vision
fondamentale de l’être et du monde, à une même civilisation profonde, se
retrouvent à nouveau ensemble, prêts à intégrer l’ancienne unité de leur
prédestination commune, de l’Atlantique au Pacifique. »
Cousin de Vlad Tepes, Stefan cel Mare brandit la croix au cœur de Chișinău
La plupart des interventions se trouvent ici :




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