lundi 9 mars 2015

La potion lunaire de Frédéric Barberousse


“Depuis la mort de Frédéric, chaque roi est usurpateur”

Vingt-deuxième prophétie de Jean XXIII

 

Parmi la petite constellation d’hommes et de femmes qui participèrent au cinquième anniversaire de Parousia le dimanche 21 juillet 2013 dans le massif de la Sainte-Baume, il en est qui passèrent la nuit avec nous au sommet de la sainte montagne sous une Lune aussi pleine et blanche qu’une roche gypseuse du massif de Kyffhäuser. Il s’agissait de vivre une cérémonie quelque peu lycanthropique en cette nuit giganto-sélénite de sainte Marie-Madeleine. Cette relation entre la sainte et le loup-garou n’étonnera aucun lecteur de Jean-Yves Leloup, qui fut pendant dix ans dominicain et directeur spirituel du monastère de la Sainte-Baume.

Voici ce qu’il écrit dans « Marie-Madeleine à la Sainte-Baume » : « Quand l’énergie animale l’habitait, elle était vraiment une femme sauvage, capable de courir pendant des heures à la recherche d’un parfum rare qui l’appelait d’un des sommets de la montagne. Son regard voyait au loin ; son ouïe la renseignait sur des voisinages parfois très lointains ; surtout, elle savait reconnaître le son de chacun des vents qui traversaient la forêt. Elle ne donnait pas de nom à cette énergie animale qui l’habitait parfois et la rendait capable de communiquer à travers divers chants, cris et rugissements avec les autres animaux. L’énergie animale prenait différentes formes – à chaque fois bien adaptée à la situation dans laquelle elle se trouvait. Etait-elle louve, loutre ou lièvre ? Elle ne se laissait posséder par aucun pelage ou aucun plumage ; toutes ces forces la servaient et l’aimaient. »

Qui sera surpris d’apprendre que sainte Marie-Madeleine était bel et bien parvenue à chevaucher le tigre ?

 

 Ainsi, après avoir franchi le sentier escarpé du dépassement de la forêt de la Sainte-Baume, nos confrères illuminés par les halos lunaires aux abords de la chapelle du Pilon furent introduits vers l’antre du Loup-garou magdalénien, escortés par un jeune helvète qui leur chantait à l’oreille les vers suivants :

«Dans les nuits et les effondrements, dans les autodéprédations apocalyptiques d’un millénaire en train de pénétrer, avec sa fin, dans la Mahapralaya, dans la Grande Dissolution, les meutes de Julius Evola agissant en ordre dispersé, les confréries de loups-garous courant dans les sentiers les plus interdits de l’être et de l’histoire en train de devenir, définitivement, sa propre transhistoire, risquent encore de pouvoir répondre, envers et contre toute non-attente, au mot suprême de ce qui est ainsi sur le point de nous en venir, si épouvantablement.

Nous attendons les loups-garous et la septième lune hoerbigerienne. »

 

Or, cette litanie spectrale se trouve précisément scandée au début du dernier album de Barbarossa Umtrunk titré « L’Âge Noir », un recueil sonore entièrement dédié à l’exploration et la maîtrise de ces énergies cosmologiques aptes à nous faire recouvrir la vision des Grands Anciens.

Car il s’agit d’établir la plus puissante des relations entre l’être et sa propre transcendance, de mettre en œuvre les retrouvailles entre soi-même et son propre noyau inconditionné qui se trouve alors reflété au milieu du ciel aux dimensions de cette Lune blanche et pleine. La projection astrale de notre être couronnera notre vulnérabilité animale. Puis, à rebours de cette expansion principielle, il nous faudra ensuite parvenir à greffer la Lune blanche et pleine aux racines de notre être propre, opération inverse portée par un souffle secrètement catalyseur, en une genèse eschatologique de notre insécable identité. Le vol plotinien du Solitaire vers le Solitaire est accompli.

 

Mais l’Age Noir, c’est aussi l’Age des Trois Mères, ces trois sorcières nées vers l’an mil au bord de la Mer Noire, et dont Thomas de Quincey narra jadis l’histoire... Quelqu’un, dans l’ombre, s’était enhardi à briser le silentium à leur sujet. Furieuses, elles se dispersèrent alors de toutes parts pour envoûter l’Occident de leurs ténèbres malfaisantes, l’enserrer dans l’épouvante et la peur : la Mater Suspirorium s’établit à Fribourg, la Mater Tenebrarum à New York, et la Mater Lacrymorum – la plus terrible de toutes – à Rome, dans les catacombes d’une maison où vécut leur mère Levana il y a très longtemps ; des catacombes plus noires que l’antre des ténèbres, enfouies à quelques dizaines de mètres seulement du domicile d’un certain Julius Evola…

Le Règne de l’Hiver a commencé…

« La Dernière Doctrine », sur un texte de Yuri Mamleev, est une transfiguration sonore de la suprême négativité cosmique de la réalité, une élégie de l’initiation à la volonté de puissance eschatologique.

Car ce que tu peux entendre n’existe pas, et ce que tu ne peux entendre est la vérité.

 
Le loup-garou de la Primatiale Saint-Jean, sur la rive droite de la Saône à Lyon, est – comme nous autres – en état permanent de prière fervente face à la Vierge Marie à la main blanche démesurément large, la Vierge Marie de la colline archaïque de Lug.

Au Revers Sanglant des lyriques incantations de Barbarossa Umtrunk se loge le brutal minimalisme d’un amoureux de la nuit européenne. Sept titres en giration sur une spirale involutive, prophétiquement plongée dans la glace noire des étoiles mortes.

Voilà tout ce qui se cache derrière les morceaux saignants de cet album baroque et rocailleux, une nouvelle conception d’avant-garde du surhomme pour contrer la Mère des Larmes, une conception polarisée par la Cosmogonie Glaciale de Notre-Dame de la Lune Blanche.
Nous devons être absolument désespérés, nous autres chevaliers blancs et noirs, pour en finir avec le monde et tout recommencer à partir du Vide sidéral qui nous habite et nous hante.
 

 
Parmi les meutes de la dernière heure, il n’en restera plus qu’un seul à pouvoir contempler la Lune.
Noli me tangere… C’est vers Tsukuyomi que nous nous tournons tous, désormais.

触らないで、月の者になったから
 

Site pour acheter l’album « L’Age Noir » :

Site de Barbarossa Umtrunk :
http://www.barbarossaumtrunk.com/

4 commentaires:

  1. “Depuis la mort de Frédéric, chaque roi est usurpateur”
    Vingt-deuxième prophétie de Jean XXIII

    Stanislas Parvulesco serait donc un usurpateur et mon roi Philippe aussi?

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    1. Angelo Roncalli utilise ici le terme "roi" dans son acception impériale, Frédéric Barberousse étant roi d'Italie et des Romains, mais avant tout empereur du Saint Empire Romain Germanique. Et le réveil de Frédéric, endormi dans une grotte de Thuringe, est attendu par tous les nôtres. C'est dans ce sens que la prophétie de Roncalli doit être comprise, sa dixième prophétie évoquant clairement le "Temps de paix" surgissant après l'alliance entre le dernier Petrus Romanus et le dernier Tsar (c'est-à-dire le rétablissement d'un Saint Empire).
      Selon Roncalli, tous les rois post-Barberousse sont donc usurpateurs car ils ne règnent que sur des nations et pas sur des Empires. Or, SAR Stanislas Parvulesco est un Roi profondément eurasiste, c'est-à-dire un Roi à vocation spirituelle impériale.

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  2. je te conseille chaudement la série japanime Wolf's Rain. Il est question de loups (qui peuvent prendre apparence humaine), de fin des temps, de mages noires, d'une ville curieusement envoutée par une sorcière, et de paradis ;-). Etrangement contemplatif, proposant un rythme ample et cassé à la fois, une errance interrompue par de furieuses agressions toutes très sensées, des questionnement bio-technologique en filigrane mais pas centraux, Wolf's Rain devrait te ravir. Le générique a pour lui de ne rien dévoiler de l'histoire, d'installer l'ambiance, et contre lui une musique, ma foi, aïe aïe: https://www.youtube.com/watch?v=xoQuu7GPxAI

    Vas-y, c'est d'la bonne. Pile poil dans le sujet.

    Sinon l'allusion aux trois mères est passionnante et me replonge dans mon trauma d'ado, à savoir bien sûr le Suspiria d'Argento. Et il me semble que la Mater Suspirorium ne s'établit pas à Fribourg (Suisse) mais à Freiburg (Allemagne). Enfin j'espère, j'ai habité Fribourg, brrrrrr ;-)

    s

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    1. En fait, "Freiburg" en allemand et "Fribourg" en français désignent la même ville.
      Mais c'est effectivement en Allemagne que s'était établie la Mère des Soupirs...

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