dimanche 23 novembre 2014

Les Extrémistes contre les Radicaux


« Un fait s’impose : toute grande histoire est exaltation, remontée révolutionnaire de son irrationnel profond ».
Jean Parvulesco, « Le règne du brochet ».
« Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ».
Arthur Rimbaud.
« Voilà je voulais te le dire, depuis l'instauration du califat, je sens que tout cela est de bon augure pour la parousie.
Bisous »
Une amie lectrice
En ce moment, je n’arrête pas d’écouter ces deux prêches musulmans, pas forcément fondamentalistes, mais en tout cas fondamentaux pour comprendre notre époque.
Celui de Hassan Nasrallah, prononcé le 27 octobre à l’occasion de l’Ashura :

Et le premier prêche public de Abu Bakr al-Baghdadi, prononcé à Mossoul après la proclamation du Califat, le 29 juin dernier.

Le premier est relayé par la dissidence internaute officielle, structurée depuis dix ans suivant la Grande Triade : nationalisme, marxisme et complotisme.
Le second n’est relayé par personne, sauf par moi dont la Triade est plutôt : Eurasisme, Catholicisme et Révolution, rigoureusement opposée en chaque point à celle de la dissidence officielle. Le prêche d’Abu Bakr Baghdadi sera même probablement bientôt interdit de diffusion puisque notre gouvernement se décide à lutter contre toute « propagande djihadiste » sur internet.
Pourtant, ce prêche contient quelques phrases merveilleuses, bouleversantes de vérité :
« C’est cela, la base de la Religion : un Livre qui guide et une Epée qui secourt ».
« Je ne vous promets pas ce que promettent les rois et les dirigeants à leurs administrés : la prospérité, la tranquillité, la sécurité et l’aisance. Mais je vous promets ce qu’Allah exalté soit-Il a promis à Ses serviteurs les croyants ».
N’étant pas musulman, je ne sais pas dans quelle mesure l’Etat islamique peut être religieusement considéré comme une véritable promotion du Califat islamique, mais en tout cas, l’ambition est là. Il semblerait que l’EI contrôlât un territoire aussi vaste que le Royaume-Uni, ce qui n’est pas aussi petit que le laissent entendre les perfides de tous ordres, et qu’il désire y installer les conditions de résurgence du Califat primordial. Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais de critiquer cette magnifique volonté de puissance, ce lumineux combat révolutionnaire pour l’avènement archaïque et primordial des califes bien guidés, le temps béni des Rashidun.
Il semble que ce combat traditionaliste et radical ne s’accompagne de quelques actes de justice parfois sévères de la part de l’EI : rétorsions, mises en prison, condamnations à mort. Réfléchissons cependant un petit peu : si un Ordre de Chevalerie catholique voyait enfin le jour quelque part en Europe pour mener à bien une Révolution spirituelle intégrale, les événements se dérouleraient-ils dans le calme, la tolérance et la bonne entente ?
Mais cependant on en rajoute beaucoup, aussi bien du côté médiatique que du côté dissident. Il est amusant que les deux articles suivants n’aient été repris ni par TF1 ni par La Libre Panse :
« Mgr Sako dément la persécution des chrétiens par l'EIIL » (La Croix)
« La fatwa de l’EIIL sur l’excision était un faux » (Slate)
http://parousia-parousia.blogspot.fr/2013/11/servitude-de-liberation.html


« A force d’avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d’honneur qu’il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu’on les vomit et qu’après les avoir vomis, on les réavale avec fureur pour les déféquer. La corporation est logée à cet étage d’ignominie où la conscience ne discerne plus ce que c’est que d’être un salaud ».
Léon Bloy.

Bien sûr, l’EI s’en prend aux kurdes, aux yazidis et aux chiites. Je ne sais pas exactement dans quelle mesure, mais c’est une chose que je déplore de manière tout à fait certaine et sans aucune ambiguïté. Mais, encore une fois, je ne suis pas musulman et je ne suis pas originaire du Proche- ou du Moyen-Orient. Si l’Ordre Chevaleresque catholique dont je parlais plus haut voyait enfin le jour quelque part en Europe, je ne sais pas comment il se comporterait envers les protestants, les athées ou les atlantistes qui se trouveraient sur son chemin ; mais je trouverais très malvenu que des irakiens ou des syriens reprochent alors à l’Ordre de ne pas traiter humainement ses prisonniers, et envoient ensuite des avions militaires en guise de représailles pour bombarder ses zones d’influence.
Il reste la question chiite. Mon rêve serait, bien sûr, qu’un axe d’entente surgisse d’une manière ou d’une autre entre l’EI et les principaux mouvements chiites pour édifier enfin une union panislamiste de combat. Cela se fera peut-être un jour. En attendant, je comprends tout à fait que le Hezbollah ne soit pas en faveur de l’EI. J’espère que mes nombreux amis chiites (surtout mes amis libanais) me comprendront, lorsque j’écris que l’idée de la création d’un Califat islamique est la meilleure idée méta-politique en provenance du monde musulman depuis 1924. Et j’espère que mes nombreux amis sunnites me comprendront, lorsque j’écris que je ne cautionne en aucune manière leur condamnation des chiites, les conflits sunnites-chiites ne bénéficiant la plupart du temps qu’à l’Occident.
Il est tout à fait symptomatique de voir qu’en 2014, un journaliste de France 24, un ésotériste toulousain de cinquième zone et un médecin-dentiste marseillais s’entendent à merveille pour se moquer ouvertement de la pseudo-Rolex de Abu Bakr al-Baghdadi. On avait bien compris, cependant, que si le calife se battait, c’était « Not in their names ».
Ça me rappelle Marion Sigaut (et ses suiveurs) qui crachent sur les Templiers parce qu’ils étaient riches (et donc satanistes, pédophiles, etc.)… Mais c’est une critique à géométrie variable : en ce qui concerne Dieudonné, par exemple, le fait d’avoir beaucoup d’argent constitue pour la dissidence internaute une caution d’autonomie vis-à-vis du « système monétaire tyrannique qui conduit à l’oppression des musulmans ».
Les derniers mots entre guillemets sont ceux de l’EI. Ces derniers contrôlent une centaine de puits de pétrole qui leur rapportent 800000 euros par jour. De plus, ils ont décidé le 13 novembre de frapper leur propre monnaie, en restaurant celle du premier califat : le dinar d’or et le dinar d’argent, avec la mosquée des Omeyyades et la mosquée Al-Aqsa gravées dessus !
Il est donc possible que l’Etat Islamique dure plus de temps que ne l’avaient prévu les cyniques de tout poil, en pariant sur une autorité spirituelle de combat et une stabilité économique de fond. Et, surtout, il est possible que cet Etat Islamique soit suffisamment radical – et j’entends par là, radicalement anti-occidental – pour qu’il n’atteigne effectivement à la dimension historique et parousiale du Califat Islamique.
En attendant, c’est la dissidence qui s’écroule…
Je reviens à la Grande Triade, le ternaire structurel de la dissidence internaute. Il s’agit d’une Triade dont chacun des termes est intrinsèquement moderne et occidental, et dont la combinaison ne pouvait que donner lieu à une instabilité de plus en plus périlleuse. La dissidence repose sur une dynamique extrémiste, et pas du tout radicale : c’est ce qui la rend si maladive.
Certains me connaissent pour m’être livré à des critiques virulentes du complotisme, ce qui ne suffit assurément pas pour apparaître comme un anti-dissident cohérent. Je veux prouver ici que cela fait longtemps que je critique également les deux autres termes de la dissidence internaute, à savoir : le nationalisme et le marxisme.
Premièrement : le nationalisme. J’ai souvent affirmé que la nation était une construction de la classe bourgeoise pour éradiquer les traditions vivantes. L’exemple le plus frappant pour moi étant la construction de la nation française, clairement et frontalement établie contre le peuple gaulois. Le nationalisme est une maladie moderne.

Au nationalisme extrémiste, j’oppose donc la poétique radicale de l’eurasisme, cette vision multipolaire du monde où chaque civilisation serait libre de vivre suivant sa propre spiritualité fondatrice. Laissez-moi vous citer deux passages de l’ouvrage de Douguine « Pour une théorie du monde multipolaire », concernant justement l’islam, le Onze Septembre et le Califat Islamique. Vous pourrez apprécier à quel point on est loin de la pensée dissidente internaute.
« La civilisation islamique est une autre puissance mondiale. Aujourd’hui, les musulmans sont divisés par les frontières des Etats nationaux, mais il y a des points sur lesquels les représentants de la civilisation islamique en général sont solidaires les uns des autres malgré les frontières nationales. Alors que nous assistons à la modernisation des sociétés islamiques et au renforcement de leur potentiel économique, politique et militaro-stratégique, les élites islamiques et les milieux intellectuels sont de plus en plus conscients des différences entre les systèmes de valeurs du monde islamique et de la civilisation occidentale, provoquant de manière sans cesse croissante des sentiments anti-occidentaux. L’attaque des groupes terroristes islamiques Al-Qaïda sur les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 montre à quel point l’amertume de ce conflit est capable de croître. Eu égard à un certain nombre de paramètres, la civilisation islamique pourrait bien prétendre être un pôle indépendant du monde multipolaire ».
« L’intégration islamique recouvre la Conférence islamique, la Banque islamique de développement, l’espace chiite commun incluant l’Iran, l’Irak et le Liban, ainsi que les projets fondamentalistes du nouveau califat ».
Deuxièmement : le marxisme. Qu’il fasse partie de la dissidence ou pas, tout marxiste est un ennemi dans la mesure où ses valeurs sont entièrement redevables à l’Occident. Inventé en Occident par des penseurs modernes, le marxisme est un paradigme basé sur des concepts typiquement occidentaux qui, transposé à des sociétés non occidentales, devient un colonialisme particulièrement spécieux. Car il s’agit toujours, à un moment donné, de désintoxiquer le peuple, et de le « libérer » de la religion.
Le marxisme est une maladie moderne.
Au marxisme extrémiste, j’oppose donc le catholicisme radical ; mais également toutes les religions vivantes et agissantes de tous les continents.
Il y a quelques semaines, je me suis cogné à un marxiste sur Facebook, non-dissident (et même anti-dissident), pro-musulman mais colonialiste sans le savoir (puisque marxiste, ce qui est toujours amusant). Il venait de poster sur son mur cette image de propagande occidentale anti-EI (subtilement ôtée depuis) :

J’étais intervenu dans une discussion au cours de laquelle Douguine avait été traité de « fasciste ». Je m’étais un peu énervé, parce que cela se passait au moment même où des dizaines de séparatistes ukrainiens pro-russes se faisaient assassiner en masse par les troupes armées ukrainiennes occidentalistes, arborant des croix gammées… Je compris rapidement que pour lui, le problème n’était pas Douguine (auquel il ne connaissait strictement rien), mais la Russie : un pays qui, d’après lui, ne serait rien d’autre qu’un concurrent des Etats-Unis, avec lesquels il partagerait un ennemi commun : l’islam. Retrouver la thèse du complotiste pro-E&R Pierre Hillard sous la plume d’un marxiste anti-dissident, il y a de quoi rire… La Chine, l’Inde, le Japon,… sont-ils également tous « anti-islam » ? La Fédération de Russie compte 15 % de musulmans, et huit républiques autonomes sur vingt-et-une sont musulmanes… Constatant que sa connaissance de la Russie était aussi vaste, précise et pertinente que sa connaissance de Douguine, je quittai la conversation sans claquer la porte.
Douguine, « Pour une théorie du monde multipolaire » :
« Si les marxistes soutiennent les pays non occidentaux dans leur lutte anti-coloniale, c’est simplement dans le but que ces derniers passent le plus tôt possible au travers de toutes les étapes de l’évolution qui a été celle de l’Occident, et pour qu’ils construisent une société en substance identique à celle qui a déjà été construite en Occident. En effet, selon la théorie marxiste, toutes les sociétés doivent passer par la phase du capitalisme, et les classes qui les constituent doivent pleinement s’internationaliser. Alors seulement, apparaîtront les conditions nécessaires à la révolution mondiale ».
 « Le monde multipolaire ne doit pas advenir après le libéralisme, comme le pensent les néo-marxistes, il doit au contraire se substituer au libéralisme. »
Troisièmement : le complotisme
Je n’ai pas attendu la fracture ouverte entre Soral et LLP pour m’en prendre au complotisme de l’un (février 2012)
Le complotisme est une maladie moderne. J’invite le lecteur à en lire l’implacable démonstration dans cet autre texte.
Au complotisme extrémiste, j’oppose donc le principe radical de la Révolution. Le complotiste pense que toute révolution est obligatoirement franc-maçonne, et que tout révolutionnaire est payé par les gens contre qui il se bat, dans le but de favoriser la répression tous azimuts.
Je vois que Soral diffuse ma vidéo anti-LLP sur sa page Facebook. Je me sentais bien seul, à l’époque où je mis cette dernière en ligne le 9 septembre 2013 : non pas du côté des « anonymes » qui se félicitaient en masse de ce que quelqu’un osât s’en prendre à Sa Majesté La Libre Panse, mais du côté des dissidents officiels (nationalistes et marxistes, et les autres : royalistes, souverainistes, rebelles, dissidents français, etc.) qui suaient tous de trouille à l’idée de relayer ma diatribe artaudienne.
Aujourd’hui, c’est la porte ouverte. On se lâche, et de tous les côtés… Ça sera sans moi.
Soral a commis l’inconcevable outrage de traiter LLP de « dentiste obèse » (moi, ça me plairait pas qu’on me traite de dentiste), et ce dernier, qui passe sa vie à insulter, vomir et chier sur la tête des gens du fin fond de son bureau, se trouve suffisamment touché dans sa chair pour en venir à faire des Soraloscopies… Il va maintenant nous révéler tout ce qu’il sait sur Soral, c’est-à-dire ce que tout le monde savait sur Soral depuis dix ans et qu’il était le seul à taire.
Et ce, malgré les relances permanentes de nombreuses personnes (« tu as vu ce qu’il a fait Soral, et tu ne dis rien ? »), et qu’il envoyait chier avec sa coutumière bonhomie.
 
« Je vais vous expliquer qui est cet énergumène » assène aujourd’hui LLP. Vas-y, continue à nous expliquer la vie, monsieur le docteur professeur… Mais sur ce coup-là, tu es vraiment le seul à croire que tu vas nous apprendre quelque chose sur Soral ! Ce qui nous intéresserait beaucoup, c’est de pratiquer ton autopsie à toi (comme je le disais à la fin de ma vidéo artaudienne), afin de savoir ce qui est vraiment tapi au fond de ta cervelle, ce qui te permet de penser sincèrement que tu sortiras toujours indemne de tes compromissions, toi qui détestes profondément Soral depuis toujours et qui, par exemple, l’as invité à parrainer ta candidature aux législatives à Marseille le 30 mai 2012. « J’ai effectivement fermé les yeux sur des comportements inqualifiables et croyez-moi, j’en ai honte moi-même aujourd’hui. Mea culpa ! » te désoles-tu aujourd’hui. Pauvre, pauvre LLP…
Soyons très clairs. Il y a deux types de personnes que je déteste tout particulièrement en cette fin de novembre 2014 : les musulmans qui offrent leur service à LLP pour contrer Soral par solidarité religieuse, et les nationalistes anti-musulmans qui applaudissent Soral pour son action contre LLP. Pour les uns comme pour les autres, quatre ans d’hypocrisie sont effacés d’un seul coup, et les militants trouillards vénèrent la paire de couilles de leur chef. Personnellement, je n’ai jamais connu un seul membre de E&R qui ne soit pas persuadé de la débilité vocifératrice de LLP, et je n’ai jamais connu un seul proche de la Cobema qui ne soit pas dégoûté par « ce queutard de Soral ».
Qu’ils s’entre-tuent tous jusqu’au dernier, s’ils le désirent.




3 commentaires:

  1. Bonjour Laurent James,
    Merci pour votre dernière conférence à Bruxelles.
    Voici quelques lectures qui peut-être vous parleront :
    https://www.youtube.com/channel/UC40PZatFbui6ocNIP2SJGjw
    Bien à vous,
    Quixote.

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  2. Réponses
    1. Le Tutuguri est présent partout pour tous les hommes de bonne volonté.

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