mercredi 10 juillet 2013

Nabe, ou le Désordre juste

Au bout du cours Mirabeau, juste derrière l’impérieuse statue du Roi René de David d’Angers, se tient jusqu’à fin juillet une galerie de portraits d’un naturel désarmant. Il ne faut pas pénétrer dans ces lieux avec la volonté de tout comprendre, comme le font couramment les cultivés téléramesques en allant voir une expo. Quand ce revolver nazi qu’est la culture vous tombe des mains, vous pouvez être sûr que vous avez affaire à une œuvre d’art.
Ce qui désarme en premier, avec ces portraits exécutés par Nabe, c’est leur naturel et leur ressemblance avec leurs modèles, qualité qui – on en conviendra – n’est pas la vertu première des portraits de la peinture contemporaine, depuis que les peintres se targuent de révéler ce qui est censé se cacher sous les apparences de la réalité, excuse bien facile pour peindre n’importe quoi sous couvert de subjectivisme forcené.
Ceci dit, Nabe peint également ce qu’il y a sous la réalité, à cette différence près que lui, il y trouve la vérité. Une vérité indiscutable, absolument indéniable et pleinement objective.
C’est d’ailleurs la même chose avec sa littérature. Un des points communs les plus forts entre ses tableaux et ses livres, c’est que tout est rigoureusement documenté. Même si la plupart des poses des personnages sont entièrement imaginées par Nabe, il est important de comprendre qu’elles sont toutes vraisemblables – et peut-être même véridiques ! Le moindre pliement d’auriculaire ou plissement d’yeux est justifié, cohérent avec l’ordre de l’univers. Le Marquis de Sade se penche nettement plus sur son encrier que Mozart sur son clavier : qui en douterait ?
Ainsi, les liens entre les portraits s’avèrent très fructueux. Déjà en plein ciel, sainte Thérèse de Lisieux a visiblement deviné que celui qui a fait si petit le garçon perché sur l’épaule de Charles Mingus, c’est l’amour.
 
Regardez le portrait de « Rimbaud à l’Hôtel de l’Univers », et comparez-le à la célèbre photographie de Georges Revoil. Le portrait a-t-il été dressé quelques secondes avant ou après le déclenchement de la photo ? C’est difficile à savoir, mais ce qui est important, c’est que le tableau rend justice à l’existence, furtive mais définitive, de ce coin de table à Aden.
 

Comme toujours chez Nabe, la justice est intrinsèquement liée à la justesse. C’est-à-dire qu’il existe à chaque fois un ordre secret, occulte et lumineux, derrière l’anarchie plastique formelle de l’œuvre. Dante, saint Jean ou Rimbaud : la trame de fond confère à ses livres une justification harmonique. Et c’est ainsi que la notion fondamentale - et nabienne par excellence - du désordre juste, s’impose comme le troisième terme impérial entre les mots d’ordre gauchistes anti-hiérarques ("le désordre injuste ") et droitards militaro-sociaux ("l’ordre juste "). Mais, quelle peut bien être la nature cosmologique de l’ordre qui sous-tend à présent cette exposition de portraits ?
Nous avons posé la question à Homère, dont le buste orne une placette de Marseille, à quelques dizaines de mètres de l’ancien appartement de Sade sur la rue d’Aubagne. Pour toute réponse, il s’est contenté de continuer à regarder les étoiles.

7 commentaires:

  1. Samantha, la "stagiaire" t'as arrangé le portrait à sa façon sur touiteur...

    "Le tableau que Laurent James n’achètera pas car il déménage à la fin du mois avec sa femme et ses enfants : Rimbaud à Paris, Encre de Chine, 1000 euros pic.twitter.com/CPrr7CQB0Q
    Laurent James a écrit:"Tous les gestes les plus beaux donc les plus belles phrases, provoquent une suite logique d'actions temporelles fondamentalement irréversibles... Chaque jour, infatigablement, il faut trahir sa famille, ses amis, sa femme, son pays et son sexe."

    Est-ce que cela ne laisse pas songeur de la part d'une nabienne de la vingt-cinquième heure ?

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  2. En l'occurrence, c'est plutôt la stagiaire galeriste et son assurance quelque peu orgueilleuse que j'ai trahie, puisque le tableau, je l'ai acheté, bien évidemment...

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  3. c'est faux, le tableau c'est moi qui l'ai , mon râtelier conflagrationnelle unique aux yeux de google .

    brûlez en enfer, soyez damnés bande de gueux.

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  4. Mais fallait pas l'acheter ce tableau, Laurent ! Ils sont en train de partir en couille là bas...! Le texte de Marian est extremement pertinent, je t'invite à le lire...
    Amitiés

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  5. Ce même Marian qui tape du pied pour qu'on retire son fameux texte de twitter !... Pauvre garçon. Il ne lui reste décidément plus qu'à acheter un tableau à son tour !

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    1. Mais non Antoine, tu fais 1 mètres 05, t'as pas de couilles, t'es un bourgeois coincé du cul... ça n'a rien a voir avec toi tapant ce message de merde sur ton clavier.

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  6. Nabe a fait tout ce qu'il fallait. Chantage à l'achat, délations, insultes grossières pour répondre à des piques blagueuses et spirituelles mais pleines de déférence envers le génie nabien, etc.
    On reconnait l'arbre à ses fruits.



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