mercredi 31 juillet 2013

Confiteor Deo omnipotenti

La commémoration des cinq ans de Parousia à la Sainte-Baume s'est déroulée dans un climat extrêmement orageux, tout à fait sain ; un climat particulièrement adapté à la violence de ses rocailles de calcaire acérées et à la touffeur elfique de ses forêts enchantées.
Une lecture intégrale de "L'Age du Christ" de Marc-Edouard Nabe fut donnée, de l'hôtellerie dominicaine jusqu'à la chapelle du Pilon au sommet de la sainte montagne. Vingt-deux stations furent accordées, des arrêts scénographiques permettant d'insérer le texte dans des sites prodigieusement adaptés : description de la messe au sein d'une clairière murmurante, récitation du chapelet par-dessus un tronc d'arbre moussu, évocation de "l'Eglise invisible" dans les profondeurs obscures de la Grotte aux Œufs,...  L'ouvrage se termine sur la première communion de Nabe à Jérusalem ; la lecture se déroula au sein de la chapelle du Pilon, construite à l'endroit où Marie-Madeleine fut élevée sept fois par jour par des anges durant sa retraite contemplative. La pleine Lune se leva alors avec une autorité radicale, et la commémoration bascula sous les auspices de Jean Parvulesco et ses meutes de loups-garous des derniers temps...  
 

 
 

Comme à chaque fois ou presque, un pourrisseur était présent, un de ceux qui n'aiment rien tant que de tout recouvrir de merde, par passion négative. Roger Gilbert-Lecomte appréciait les hommes suivant leur capacité d'admiration.  Ceux-là, au contraire, ne savent que salir, critiquer et détruire. Il s'agit d'une race d'hommes particulièrement féconde à mesure que s'étend, via internet, la possibilité d'accès aux chefs d'œuvre de tous lieux et de toutes époques : au lieu de stimuler le désir de connaissance et de création, cette abondance alimente au contraire chez eux le moteur de la haine. Se sachant incapables de créer, ils en éprouvent une frustration et un ressentiment tels, qu'ils ne peuvent que vomir sur leurs chaussures.
L'an dernier, lors de notre lecture-fleuve de "Celle qui pleure" de Bloy sur les pentes de la Salette, un de ces pourrisseurs s'était amusé à téléphoner à l'hôtellerie mariale pour leur signaler la venue d'un groupe "d'hérétiques" attaché au Secret de Mélanie Calvat. Une petite discussion avec le responsable religieux du sanctuaire permit d'arranger les choses, et notre commémoration se déroula à merveille.
Cette année, le pourrisseur était parmi nous : Kokopelli.
Parousien de fraîche date, il s'était d'abord rendu, la veille de la lecture, à la galerie aixoise où Marc-Edouard Nabe expose ses portraits. Là, il ne put réfréner sa terrible potacherie de doctorant en lettres : il dénigra ouvertement les portraits, avant de laisser une note infantile dans le Livre d'Or ("Y en a bien quelques-uns de potables... Quand même !"). Ah, si on ne peut plus rigoler, maintenant,... Le brave homme pensait débarquer chez un pote de fac. Il paraît qu'il fut ensuite profondément choqué de ne pas être invité à partager un verre avec l'équipe, qu'il a décrit comme "une bande de cloportes". Je veux bien que Nabe soit pris comme un homme irascible et hyper-susceptible, mais quel peintre au monde supporterait de trinquer avec un merdeux pareil ? Essayez d'avoir un comportement aussi minable lors d'un vernissage des tableaux de Jean-Louis Costes, vous verrez si vous en sortirez intacts... Essayez donc de faire chier Jean-Paul Bourre pendant une séance de dédicaces...
Kokopelli rumina ensuite pendant des jours, puis torcha un texte ("Megalomystique nabienne") qu'il fit soumettre à Nabe afin d'obtenir son avis, usant toujours de cette démarche d'étudiant attardé qui attend qu'on lui donne une bonne ou une mauvaise note. Pour toute réponse, Nabe publia ce texte sur le Tweeter de l'expo, ce qui mit Kokopelli hors de lui. Depuis, il y est toujours, et aux dernières nouvelles, il n'est pas prêt d'y rentrer, chez lui... Il m'envoie vingt courriels par jour (signe manifeste de dérangement très préoccupant), il prend le monde à témoin de sa bonne foi. "Mon texte est clairement un éloge au-delà des éloges, une flatterie au delà de toute flatterie commune" tente-t-il de se justifier. C'est sans doute pour cela qu'il se trouve désormais en ligne sur les sites de Joe le Corbeau et du Libre Penseur, célèbres fanatiques radicaux de Marc-Edouard Nabe. Ce qui, par ailleurs, le gêne infiniment moins que d'être publié sur le Tweeter de l'expo. Allez comprendre...
Le dernier accès de pénible fébrilité vaniteuse de Kokopelli consiste à m'assommer de leçons avec un ton hautain et professoral, se prenant à m'expliquer comment j'aurais dû m'y prendre pour faire cette journée Parousia (quels étaient les temps morts et les baisses de régime, quelles sont les personnes que j'aurais dû choisir pour m'aider à organiser la lecture), à m'expliquer que j'ai "de la merde dans les yeux", que je me repentirai de tout cela, etc.  Lui qui n'a encore jamais rien produit ni créé de sa vie, il me dit que je suis dans la confusion entre les genres (reproche courant chez les universitaires), allant jusqu'à m'écrire ces phrases merveilleuses, si symptomatiques de cette haine dénégatrice évoquée plus haut  :
"Je ne retiens de cette histoire que la trahison pure et simple d'Antoine ['homme qui se contenta de faire lire à Nabe son texte] et la puérilité confondante de Nabe. Cet homme est un génie, mais il n'est pas mon maître, et peut-être serai-je un génie supérieur à lui, je ne me sens aucunement inférieur à cet écrivain".
Tous les six mois environ, un mec se décide à m'envoyer des missives insistantes (pluri-quotidiennes) de ce genre, j'ai donc eu le temps de m'y habituer. Si j'insiste un peu aujourd'hui sur cette histoire minuscule, c'est bien parce que c'est la première fois qu'un tel énergumène surgit directement des rangs de Parousia. Quelle en est la raison ? C'est le moment pour moi d'avouer ma faute : ne pas avoir révélé plus tôt que Kokopelli est un Témoin de Jéhovah. Au fond de moi, j'espérais que la fréquentation de fanatiques mystiques catholiques ou orthodoxes, ainsi que de musulmans guerriers et ésotéristes, allait changer sa perception du cosmos et le pousser à embrasser une foi plus saine. Mais, las ! je me trompais cruellement : on ne convertit pas un Témoin de Jéhovah à la Vérité.  La Tour de garde est inflexible. Kokopelli considère que c'est une entreprise de délation que de révéler aujourd'hui son "origine confessionnelle", laquelle explique grandement son dogmatisme infantile et sa rigide puérilité. Moi, j'éprouve une honte considérable d'avoir caché cette atroce particularité auprès des gens que j'ai pris la peine de lui avoir présentés. Beaucoup d'entre eux n'auraient certainement pas considéré Kokopelli s'ils avaient connu sa confession, et pour cela, je leur demande pardon d'avoir commis ce mensonge qu'Ernest Hello considérait comme le plus grave de tous :   le mensonge par omission.  

Je confesse à Dieu tout-puissant,
Je reconnais devant mes frères
que j’ai péché,
en pensée, en parole, par action et par omission.
Oui, j’ai vraiment péché.
C’est pourquoi, je supplie la Vierge Marie,
les anges et tous les saints,
et vous aussi, mes frères,
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

 

mercredi 10 juillet 2013

Nabe, ou le Désordre juste

Au bout du cours Mirabeau, juste derrière l’impérieuse statue du Roi René de David d’Angers, se tient jusqu’à fin juillet une galerie de portraits d’un naturel désarmant. Il ne faut pas pénétrer dans ces lieux avec la volonté de tout comprendre, comme le font couramment les cultivés téléramesques en allant voir une expo. Quand ce revolver nazi qu’est la culture vous tombe des mains, vous pouvez être sûr que vous avez affaire à une œuvre d’art.
Ce qui désarme en premier, avec ces portraits exécutés par Nabe, c’est leur naturel et leur ressemblance avec leurs modèles, qualité qui – on en conviendra – n’est pas la vertu première des portraits de la peinture contemporaine, depuis que les peintres se targuent de révéler ce qui est censé se cacher sous les apparences de la réalité, excuse bien facile pour peindre n’importe quoi sous couvert de subjectivisme forcené.
Ceci dit, Nabe peint également ce qu’il y a sous la réalité, à cette différence près que lui, il y trouve la vérité. Une vérité indiscutable, absolument indéniable et pleinement objective.
C’est d’ailleurs la même chose avec sa littérature. Un des points communs les plus forts entre ses tableaux et ses livres, c’est que tout est rigoureusement documenté. Même si la plupart des poses des personnages sont entièrement imaginées par Nabe, il est important de comprendre qu’elles sont toutes vraisemblables – et peut-être même véridiques ! Le moindre pliement d’auriculaire ou plissement d’yeux est justifié, cohérent avec l’ordre de l’univers. Le Marquis de Sade se penche nettement plus sur son encrier que Mozart sur son clavier : qui en douterait ?
Ainsi, les liens entre les portraits s’avèrent très fructueux. Déjà en plein ciel, sainte Thérèse de Lisieux a visiblement deviné que celui qui a fait si petit le garçon perché sur l’épaule de Charles Mingus, c’est l’amour.
 
Regardez le portrait de « Rimbaud à l’Hôtel de l’Univers », et comparez-le à la célèbre photographie de Georges Revoil. Le portrait a-t-il été dressé quelques secondes avant ou après le déclenchement de la photo ? C’est difficile à savoir, mais ce qui est important, c’est que le tableau rend justice à l’existence, furtive mais définitive, de ce coin de table à Aden.
 

Comme toujours chez Nabe, la justice est intrinsèquement liée à la justesse. C’est-à-dire qu’il existe à chaque fois un ordre secret, occulte et lumineux, derrière l’anarchie plastique formelle de l’œuvre. Dante, saint Jean ou Rimbaud : la trame de fond confère à ses livres une justification harmonique. Et c’est ainsi que la notion fondamentale - et nabienne par excellence - du désordre juste, s’impose comme le troisième terme impérial entre les mots d’ordre gauchistes anti-hiérarques ("le désordre injuste ") et droitards militaro-sociaux ("l’ordre juste "). Mais, quelle peut bien être la nature cosmologique de l’ordre qui sous-tend à présent cette exposition de portraits ?
Nous avons posé la question à Homère, dont le buste orne une placette de Marseille, à quelques dizaines de mètres de l’ancien appartement de Sade sur la rue d’Aubagne. Pour toute réponse, il s’est contenté de continuer à regarder les étoiles.

mercredi 3 juillet 2013

PAROUSIA à la Sainte Baume



Prévoir eau, nourriture, lampe frontale, et autres armes de survie en territoire mystique.