« Nos compatriotes musulmans n’ont rien à voir avec les motivations folles d’un terroriste, il ne faut procéder à aucun amalgame. Avant de prendre pour cible des enfants juifs, le tueur a tiré à bout portant sur des musulmans ».
Nicolas Sarkozy, Allocution retransmise en direct sur TF1 au JT de 20 h, 22 mars 2012
Apparemment, tout le monde est d’accord en France pour dire que l’affaire Mohamed Merah ne concerne que les Juifs et les Musulmans. Assis côte à côte pour bien montrer qu’ils restent amis par-delà les meurtrières actualités, les pires représentants collabos de ces deux religions ne cessent de hanter les radios et les plateaux télés : Marek Halter et Malek Chebel sur Paris Première pour les intellos, Richard Prasquier et Dalil Boubakeur sur TF1 pour les beaufs, le but est de montrer à tous les publics que les Arabes sont vraiment désolés de ce qui est arrivé aux Juifs, et que, surtout, il ne faut pas pratiquer l’amalgame ni la stigmatisation.
Il y a trois problèmes principaux dans cette affaire. D’abord, tous ceux qui posent l’égalité Arabe = Musulman font preuve d’ignorance très crasse, à la fois des Arabes et des Musulmans, ainsi que de racisme profond (assumé ou non). Les assyro-chaldéens qui ont fui l’Irak jusqu’à Marseille en savent quelque chose : quand l’Imam vient personnellement les voir pour leur demander la raison pour laquelle ils ne viennent pas au prêche du vendredi à la mosquée, les fidèles de l’Eglise Saint-Marc de Bois-Lemaître ne peuvent que répondre : « Si on ne vient pas, c’est parce qu’on est chrétien ! ». « Mais vous êtes arabes ! » leur dit l’imam, « vous avez trahi votre religion ! » « Mais non », répliquent les chaldéens, « c’est vous qui avez trahi le christianisme, il y a mille ans, en vous convertissant à l’islam ! »…
Bref. Ceci pour dire que si mes prières vont vers les âmes des Arabes musulmans Mohamed Legouad (lyonnais) et Imad Ibn Ziaten (marocain), ainsi que vers celles du rabbin Jonathan Sandler, et des enfants juifs Arieh, Gabriel et Myriam – tous ces morts qui sont évidemment les miens, de manière strictement équivalente en regard de la loi divine, parce que les amoureux de la Torah et du Coran sont et seront toujours mes frères – , je n’oublie pas, moi, le caporal parachutiste Abel Chennouf, ce catholique de Martigues (était-il maurrassien ?) dont il ne faut cesser de lire la poignante oraison funèbre prononcée par l’abbé Venard.
Excusez-moi d’avoir encore à citer Sarkozy : «Les amalgames n'ont aucun sens, je rappelle que deux de nos soldats étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique». Cette phrase est certainement à apprendre par cœur ; c’est un des plus grands symboles de l’ignominie contemporaine que j’évoquais au début de ce texte. Sur BFMTV, il était très douloureux d’entendre Albert Chennouf, le père d’Abel, s’écrier en larmes : « Monsieur le président de la république, s’il-vous-plaît, soyez digne : taisez-vous. Laissez mon fils dormir tranquille. »
Le deuxième problème lié à l’affaire Merah, c’est la lâcheté, la couardise dégoûtante de ces Musulmans qui n’ont peur que d’une chose, c’est d’être « amalgamés » et « stigmatisés ». Savent-ils seulement ce que ça veut dire, théologiquement, d’être stigmatisé ? Dès qu’il y a un problème quelconque soulevé sur la place publique (le voile, le hallal, Merah), on les voit surgir d’un seul coup, comme des mendiants infects, dépourvus du moindre sens minimal de la dignité, supplier les yeux pleins de larmes pour que l’on ne les confonde pas avec les méchants. Bande de stupides larves ! Mais c’est un honneur d’être stigmatisé par la République Française ! Ces Musulmans qui ne rêvent que d’être intégrés à la France me dégoûtent profondément. Ils veulent vivre leur religion tranquillement, sans faire de bruit, devenir comme tout le monde, comme ces bons chrétiens français émasculés depuis plus de deux cents ans par la Démocratie. Frères musulmans, je vous en supplie, ne vous franchouillardisez pas ! Ca vous intéresse tant que ça, l’éthique républicaine ? Ne tombez pas dans le même piège que celui où est tombé l’Eglise catholique ! Pas de modération, pas de compromis ni de réconciliation avec la France laïque et franc-maçonne !
J’en arrive au troisième problème. Les complotistes professionnels ont été les premiers à dégainer leur détestation de Mohamed Merah (bien plus copieusement insulté sur leur sites internet que sur les sites sionistes) : « abruti complet, vendu à l’Empire, esclave du Mossad », et j’en passe… C’est pratique, hein, de chier sa haine, planqué derrière son ordinateur… Un complotiste, c’est tellement prévisible que sa pensée pourrait être simulée en trois lignes par un logiciel de calculs. Il peut affirmer sans problème que Marine Le Pen et Mélenchon sont amis en secret, parce qu’il les a vus discuter ensemble dans un couloir. Si vous lui expliquez qu’un homme politique ne peut que forcément rencontrer son pire ennemi un jour ou l’autre, parce que les hommes politiques fréquentent à peu près les mêmes lieux, il vous traitera d’agent de la CIA. Leur réaction par rapport aux actes de Merah me font songer à l’attitude de Libération face à Action Directe dans les années 80 : les séides de Serge July se foutaient de la gueule des terroristes anarcho-communistes parce que ces derniers menaient un combat d’arrière-garde et contre-productif, et les critiquaient ouvertement parce qu’ils étaient manipulés par le pouvoir. Et July, il n’était pas manipulé, lui ? Trente ans après, qui avait raison : les démocrates républicains de Libé qui voulaient combattre le pouvoir avec des bulletins de vote (on voit où ça les a menés), ou les révolutionnaires d’A.D. qui ont vécu comme des héros ?
Il semble qu’un type comme Mohamed Merah menait des activités souterraines de combat (militaire ou de guerilla), ce qui ne pouvait que lui faire croiser la route de types de la DCRI dont le boulot est justement de suivre les français de son genre, et de tenter d’en faire un indic. Ca a toujours été le rôle de la police. Les tueries de Merah à Montauban et Toulouse, c’est l’acte d’un semi-indic qui s’est senti pousser des ailes de plomb.
Ces assassinats montrent que la faiblesse principale du terrorisme, qu’il soit mis en action par Emile Henry, Jean-Marc Rouillan ou Mohamed Merah, réside toujours dans le mauvais choix de la cible. Pour le dire simplement : la plus grande « idiotie » de Merah est qu’il s’est attaqué à la Torah au lieu de s’en prendre au Talmud, ce qui est une très grave erreur théologique. Le 16 septembre 1920, il y a eu un attentat contre la banque JP Morgan à New York. Pourquoi ne pas recommencer aujourd’hui ? C’est ça que tu aurais dû faire, Mohamed : au lieu de tirer une balle dans la tête des militaires qui retiraient de l’argent à un distributeur, il fallait faire exploser la banque : c’est là où vit l’Ennemi. Bien sûr, si tu avais été courageux, et même un peu mieux organisé, tu serais monté à Paris et tu aurais flingué en direct tout le plateau d’une émission télévisée d’Arthur. Là, tu aurais été beau, cohérent et authentiquement anti-talmudiste. Cela n’aurait évidemment pas empêché les complotistes d’affirmer sur Facebook que tu étais un stipendié de l’Empire. Mais, au moins, ton anti-anti-antisémitisme aurait été eschatologiquement splendide.
Voici donc ce qu’écrivait Nabe en 2004. Je me permets de vous renvoyer à mon analyse du langage de l’anti-antisémitisme, publiée en 2007 dans la revue Jibrile.
La vidéo de la conférence de Nabe avec Tariq Ramadan est beaucoup diffusée en ce moment sur le web. Il s’y dit des choses très sensées et très fines, quand on prend la peine de la regarder en entier. Ahmed Moualek est le premier à l’avoir diffusée sur le site de « La Banlieue s’exprime », l’introduisant avec un commentaire très honnête.
Je ne veux pas développer ici mes idées sur la Syrie, car le sujet est très complexe (notons par exemple que les Juifs d'Israël sont favorables à El Assad, alors que les sionistes d'Occident lui sont opposés). Mes amis chiites libanais remercient Bachar El Assad d’avoir aidé le Hezbollah durant la guerre de 2006 contre Israël, mais mes amis maronites se souviennent du rôle infect joué par la Syrie durant la guerre du Liban (même si le général Aoun soutient publiquement Al Assad depuis le mois de mai 2011). Aussi, ce n’est pas parce que Nabe soutient la révolution syrienne qu’il faut en faire un « complice de l’Empire » ou un « idiot utile au complot maçonnique ». Je connais certains complotistes qui s’étaient également enthousiasmés pour les révolutions tunisiennes, sans qu’ils n’aient été accusés de quoi que ce soit (à juste titre).
Tariq Ramadan précise bien qu’une des priorités est d’éviter toute opposition frontale entre sunnites et chiites. Voilà une chose qu’on aimerait entendre plus souvent. Par ailleurs, il insiste sur cette alliance permanente existant entre les salafistes littéralistes et l’Occident. Comme « idiot utile au complot maçonnique », on fait mieux… « Chaque fois qu’il y a un intérêt stratégique pour l’Occident, il y a tout à coup, soit des littéralistes, soit des radicaux extrémistes qui s’installent ». Ce qui est rigolo, c’est que les complotistes (toujours les mêmes) croient que ces phrases de Ramadan s’opposent à celles de Nabe, lorsque ce dernier déclare que seul l’islam puisse être un rempart contre l’Occident (dans les pays musulmans) ! Comme si Nabe et Ramadan pouvaient confondre le littéralisme islamiste avec l’islam révolutionnaire, le véritable islam ! N’importe quel être humain sensé, traditionaliste ou non, libéral ou non, sait très bien qu’aujourd’hui, c’est la spiritualité authentique (christianisme, islam, bouddhisme, hindouisme), qui peut servir de rempart contre l’Occident, et que le lettrisme – quelle que soit la religion – sera toujours une ruse de l’Empire du Non-Etre pour assécher, pervertir et dévoyer la spiritualité.
Entre l’Occident et la Nation, il y a une troisième voie : c’est celle de Parvulesco, Rimbaud, Gilbert-Lecomte, Ibn’Arabi, Hônen, Swami Premananda et Saint Jean : l’Eurasie organique et apocalyptique des Temps de la Fin, le Royaume Spirituel total régi par l’Ordre unificateur universel supratraditionnel de Madame Sainte Marie.

