jeudi 26 juillet 2012

Colossus


Je décide de commémorer ce jour d’anniversaire, où notre fils accomplit sa dixième année dans le Paradis, en assistant à un concert de Sonny Rollins au Parc Longchamp de Marseille. Bien sûr, cela commence par St Thomas, une invocation du Jumeau gnostique qui écrivit : « Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort ». Rollins est une gigantesque araignée de quatre-vingt ans enveloppée dans une chemise rouge feu, qui surgit en bondissant d’un calypso suave pour plonger à l’intérieur d’une chapelle post-bop (Sonny Rollins a toujours préféré les chapelles aux cathédrales). Le public gonfle littéralement d’amour à mesure que s’élève dans les airs la spirale prophétique. Les gens se regardent sans comprendre ce qui leur arrive, mais en réalisant qu’ils ont été complètement transformés par une tornade d’organes inouïe.
Le week-end dernier, un jeune pèlerin suisse était venu à pied à Saint-Maximin pour participer à la procession des reliques de Sainte Marie-Madeleine. Il est reparti dans la campagne française, toujours à pied. L’Amour est partout en train de transformer les esprits : c’est lui qui me l’a affirmé, et il est sûr de lui. Je le crois fermement. On entendra beaucoup parler de ce jurassien, dans les prochains mois : il parle du Christ universel aux loups, aux renards et aux lièvres de nos forêts et aux femmes de nos villages, et tous l'écoutent. Peut-être qu’il n’y aura pas de crise ni de guerre, mais simplement une montée de sève chaude à l’intérieur des hommes de bonne volonté, une sève animale, archaïque, néandertalienne, irrationnelle, une sève harmonique et convulsionniste, une sève immémoriale de loup-garou, une sève issue de nos profondeurs ontologiques antérieures à l’avènement du Christ et qui nous préparera à l’immersion dans le baptême de feu du Paraclet, une sève brillamment évoquée par Jean-Paul Bourre dans ses récents entretiens avec Sébastien d’Altavilla, une sève originelle et eschatologique, un sang transcontinental qui fortifiera la foi connaissante et amoureuse que brandiront ces meutes de la dernière heure.