dimanche 1 janvier 2012

« Jésus est antisémite, au sens célinien du terme »

Ce dimanche 11 décembre, j’ai participé sur la place de l’Alma à un rassemblement de personnes opposées à la mode actuelle des pièces de théâtre supposées blasphématrices (j’y reviendrai). Je n’y étais pas spécialement pour participer activement à la manifestation, ayant une sainte horreur de tout ce qui peut ressembler à une manif. Pour le coup, cette marche ressemblait plutôt à une procession, une lutte contre la bêtise par des faisceaux de prières enflammées. Et ce qui m’intéressait le plus, c’était de rencontrer les musulmans du Centre Zahra qui s’étaient décidés à accompagner des catholiques pour afficher clairement leur amour lumineux de Jésus, ainsi que leur volonté de Le défendre face à la puissance dissolvante de la Culture.
Le Cheikh Jamel Tahiri est un homme d’une grande intelligence supra-rationnelle, empli d’une incontestable autorité spirituelle. La présence de ces musulmans de feu à une procession catholique s’inscrit dans une authentique AVANT-GARDE spirituelle.
Il y a cent ans exactement, la véritable avant-garde était constituée par les tableaux suprématistes de Malevitch, où l’ukrainien s’évertuait à montrer avec des termes plastiques neufs la structure intime de la matière et du Vide, entièrement basée sur des motifs géométriques comme l’a établi une longue lignée de penseurs, de Platon jusqu’à Nassim Haramein.




De manière tout à fait analogique, on sait que la structure intime de la spiritualité modelée par le Vide est à la base de toutes les religions justifiées. En Russie, c’est l’élite avant-gardiste de la Connaissance, regroupée autour d’Alexandr Dugin, qui montre avec des termes rhétoriques neufs cette structure agissante. Au Liban, ce sont les armées avant-gardistes du général Aoun et de Hassan Nasrallah qui dévoilent cette pulsation de la Vérité. En France, nous espérons que l’année qui vient verra l’avènement d’un couplage dynamique entre l’élite et les guerriers, donnant lieu à l’émergence d’actes esthétiquement flamboyants, d’attitudes révolutionnaires qui entailleront la chair du réel pour contaminer les hommes d’une lumière bouleversante. La République Nouvelle, c’est ça : une communauté organique d’hommes désespérés, fous de Dieu et délibérément fanatiques. Le Parti Anti-Sioniste est au Centre Zahra ce que l’alliance CPL/Hezbollah est à Eurasia.


Je me répète : tout slogan est imbécile. « Christ insulté, on en a plus qu’assez », « Touchez pas à Jésus ! », « Respectez Moïse, Jésus et Mahomet ! »,… Rien de tout ceci n’est convaincant. Il n’existe qu’une seule attitude noble : créer, et faire la guerre. Cette courte vidéo ne permet pas de voir que le rassemblement a débuté par l’énoncé d’une belle diatribe contre les journalistes, et qu’il s’est terminé par une foule à genoux en pleine avenue Franklin Roosevelt, égrenant son chapelet et chantant à l’unisson le « Je vous salue Marie », tout cela à quelques dizaines de mètres du Théâtre du Rond-Point dont l’accès était interdit par quelques troupes de C.R.S. solidement armés.

Que l’on me permette de rappeler que dans son avant-dernier roman « L’Homme qui arrêta d’écrire », Marc-Edouard Nabe plaçait les cinq dernières fosses du cercle des Trompeurs à l’intérieur même de ce Théâtre du Rond-Point, laissant à Jean-Michel Ribes le soin d’endosser la défroque de Caïphe, le prêtre juif collaborateur du pouvoir romain et persécuteur des apôtres !

« Je l’ai connu dans ma jeunesse, il faisait des pièces pas mal. Il a tourné directeur de théâtre gauchiste. Un militant en quelque sorte. Il accueille des manifestations qui sont bien dans l’axe. L’axe du bien-pensant, celui de la morale, des droits de l’homme, de la liberté d’expression et de la démocratie, tous ces mots qui bientôt ne voudront absolument plus rien dire. » (« L’Homme », p. 224)

Léon Bloy n’aurait jamais défilé dans la rue en hurlant « Christianophobie, ça suffit ! ». Lorsque le quotidien « L’Intransigeant » publia un appel à rejoindre un banquet gras de libres-penseurs organisé le Vendredi-Saint de l’an 1885, il répliqua une semaine après par la publication de son texte « Le Christ au dépotoir » dans son propre journal « Le Pal ». Bien plus que d’attaquer l’outrage public, il s’en prit à ses coreligionnaires qu’il accusait d’aimer Jésus avec la plus terrible des médiocrités.

Le problème est aujourd’hui sensiblement identique. Tout le monde a bien compris - du moins je l’espère ! - que les descendants directs de la « Société de Libre-Pensée » donnant ces bals impies sont aujourd’hui les organisateurs de ces atroces « apéros saucisson pinard », tenus le vendredi à côté d’une mosquée. Comme ça, on attaque deux religions pour le prix d’une ! Par ailleurs : « Piss Christ », « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » et « Golgota Picnic » ne sont pas des œuvres « christianophobes » ni même blasphématrices : n’oublions pas que leurs auteurs respectifs – Andres Serrano, Romeo Castellucci et Rodrigo Garcia – se disent eux-mêmes chrétiens, et que leur but déclaré est de vouloir réactualiser le message des Evangiles. En réalité, le seul et unique problème de ces œuvres, c’est leur caractère infiniment médiocre, dégoulinant, mauvais,… en un mot : Tiède. Si j’attaque Rodrigo Garcia, ce n’est certainement pas pour applaudir ensuite Robert Hossein. « Golgota Picnic » au Rond-Point et « Une femme nommée Marie » au sanctuaire de Lourdes sont les deux faces de la même médaille de merde.

Il faut donc tout recadrer et tout réinventer. Une seule urgence : accorder la beauté avec la spiritualité, et partir au combat. Bonne année.



(A propos de Nabe, je suggère fortement d’écouter en intégralité l’entretien sur Louis-Ferdinand Céline qu’il a accordé à Arte en avril 2011. Tout est dit sur le Cuirassier Destouches : son byzantinisme, sa cohérence, son langage, … et surtout sa biblicité, thème jamais soulevé par aucun célinien, et qui permet à Nabe d’émettre des aphorismes renversants - tel que celui servant de titre à ce texte)



7 commentaires:

  1. Laurent, c'est parfait, et si approprié, merci pour cette lecture. Je te souhaite comme aux autres la plus christique, amoureuse et dantesque des années.


    Samuel Frund

    PS: viens dans le Jura suisse un de ces jours, faire la noce sous notre chêne millénaire en phase d'agonie (le Chêne des Bosses de Chatillon), je te présenterai comme je peux Ursinicus, sa grotte et son ours domestiqué, le protecteur de St-Ursanne, le Saint Ermite du centre du plus jeune canton politique mais aussi le plus vieux territoire vivant de Suisse. Viens avec ta femme et tes jumeaux longer le Doubs, cette rivière si particulière, faire connaissance des brutes amoureuses et renfrognés, des indomptables résignés du Jura. Viens donc voir de la sorcière sanctifiée, du druide polytechnicien et des traces de dinosaures. Viens faire un tour du côté de ce territoire substantiellement anti-genevois. Je fournis les bières, le vin et le logis, avec vue sur les écoliers le matin, et vue sur l'église le soir. Viens donc voir ses irréductibles anonymes, ces Beatrice Dill, ces Diego Botticeli, ces Patrick Frund, ces Laurent Crevoisier, tous ces inconscients fous de Dieu, ces fous d'amour. Hop hop:-)!

    http://www.youtube.com/watch?v=8UY7Kbx3MYY

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  2. "En réalité, le seul et unique problème de ces œuvres, c’est leur caractère infiniment médiocre, dégoulinant, mauvais,… en un mot : Tiède."
    C'est tout à fait ça.

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  3. et surtout sa biblicité, thème jamais soulevé par aucun célinien"

    pas si sûr, je crois que Zagdanski-le-faux-joyeux en parle dans son bouquin mal ficelé sur Céline.

    Dans le cahier de l'Herne sur Céline, je pense aussi que le thème d'un Céline ,prophète biblique soit évoqué..

    Bravo pour votre lecture même si je trouve votre rapprochement entre les laicards du 19eme fustigés brillamment par le héraut de Dieu et les tenants d'aujourd'hui des "apéros saucissons pinards" largement fallacieux.

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  4. Merci Laurent pour ce très bon texte

    Je confirme tes propos et ceux de Nabe (pour une fois) avec ceux du génie en titre lui-même : 

    "ils rêvaient déjà tous pantoufles, retour dans leurs meubles... grâce à moi !... à moi les supplices gratinés !... "avec les livres qu'il a écrits" ! pas eux ! pas eux !... eux immuns, pépères, et gris-gris ! moi qu'avais à expier pour tous !..."

    Louis-Ferdinand Céline - "D'un château l'autre" pages 292/293 de l'édition Folio imprimée en 2010

    Bonne Année à toi ! 

    Nicolas "Nikemsi" Deloffre

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  5. Bonjour Laurent James,
    Votre lecture de Léon Bloy est saisissante, merci.
    J'apprécie aussi l'attention que vous portez dans vos textes à la nécessité de l'art comme voie authentiquement révolutionnaire (accomplir sa révolution métaphysique) et moyen de retrouver l'authentique tradition.
    J'aimerais avoir votre avis sur le texte d'un universitaire qui se rapproche de votre pensée puisqu'il a écrit une thèse qui démonte le faux hermétisme de nombre de penseurs modernes en suivant la méthode critique de René Guénon. Il s'agit de Patrick Geay (Hermès Trahi).
    http://reimssyndromeknoebel.over-blog.com/article-le-syndrome-knoebel-72431345.html
    Dans ce texte, il déplore la profanation de la cathédrale de Reims par la commande de vitraux à Imi Knoebel, artiste abstrait. Jugez vous sa critique pertinente alors qu'il critique la vacuité de l'oeuvre de Knoebel en lui reprochant de ne pas passer par la figuration? Vous qui célébrez des artistes non figuratif comme Malevitch ou Kandinsky, pensez vous qu'il se trompe totalement ?
    François Vicente

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  6. Je ne connais pas Patrick Geay, ni les oeuvres de Knoebel. Je ne me prononcerai donc pas sur la qualité des vitraux de ce dernier. Mais il me semble qu'insister sur une prétendue opposition figuratif/non-figuratif est stérile. Parmi les premières peintures pariétales, beaucoup étaient "abstraites". De plus, il y a deux raisons pour lesquelles cet exemple de la cathédrale de Reims n'est pas très bon. Premièrement : pour autant figuratives qu'elles soient, les oeuvres de Chagall sont toutes épouvantablement débordantes de putride sensiblerie, et parler de "douceur des vitraux de Marc Chagall", comme le fait l'abbé Guerlin, démontre une mièvrerie sous-sulpicienne qui ne donne pas envie de défendre quoi que ce soit. Deuxièmement : quelle que soit la laideur supposée des vitraux de Knoebel, elle me semble infiniment moins scandaleuse que l'interdiction de chanter le "Notre Père" dans cette cathédrale à l'occasion de la commémoration de ses 800 ans, interdiction promulguée par l'adjoint au maire Jacques Cohen qui, s'il avait eu en face de lui des catholiques un tantinet virils, aurait dû immédiatement se faire empaler.

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  7. Merci pour votre réponse. D'accord avec vous sur la question artistique. Je n'étais pas au courant de l'interdiction de ce Jacques Cohen qui s'est fait aussi connaître pour avoir perturbé "techniquement et physiquement" l'hommage à sainte Jeanne d'Arc du 9 mai 2010 sur le parvis de la Cathédrale. Que ces enfoirés défendent la laïcité dans la rue, on peut comprendre, mais que vient foutre leur jargonnerie dans une cathédrale? Ils vont demander de mettre des portraits de Chirac à la place du Christ bientôt, pour la gloire de la fraternité triponctuée. On pourrait en rire s'il restait nombre de catholiques debout, mais où sont-ils passés?

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