dimanche 17 octobre 2010

J'attends tranquillement la mort de François Reynaert

La vidéo ci-dessous dépasse toutes les bornes en matière d'arrogance crasse, d'inculture chronique, de satanisme métaphysique et d'inélégance esthétique.
Depuis de très nombreuses années, le dénommé François Reynaert s'affiche comme un parangon de ce snobisme de masse que l'on appelle la culture, disant systématiquement le contraire de ce qu'il faut dire, avec une méticuleuse attention et un acharnement chirurgical.
L'homme se montre désormais encore plus idéologue que jamais. Il veut donner au grand public une synthèse de l'histoire de France, refaisant celle-ci suivant sa morale d'observateur aussi ancien que la bêtise, et niant en bloc le caractère celte des peuples européens.
Alors que Sarkozy, Guaino, Besson et tous les hommes de pouvoir (banquiers, journalistes) ne cessent de répéter à tout bout de champ, du matin au soir et sur toutes les estrades, que la France est une terre de métissage et de mélanges, et qu'il n'y a jamais eu de peuple français, Reynaert affirme que ces gens-là ne parlent que de "France éternelle et de toujours". De plus, pour François Reynaert, l'histoire de France est entièrement ouverte sur l'Europe.
En résumé, pour cet homme, la France est intrinsèquement métissée et ontologiquement européenne : c'est exactement l'avis du lobby médiatico-parlementaire depuis une bonne vingtaine d'années.

François Reynaert dit la même chose qu'Eric Besson : le peuple français est une génération spontanée, qui vit dans l'ignorance la plus totale et qui n'attend que les lumières du libéralisme médiatique pour se libérer.


Cet homme nous dit : "L'histoire de France traditionnelle est très excluante pour toutes les minorités : les femmes. L'alibi est Jeanne d'Arc, toutes les autres sont des méchantes ou incompétentes". François Reynaert ne connaît pas l'existence de Sainte Clotilde.

François Reynaert a décidé que "tous les Français ne savent pas situer Clovis". Sa vulgarité de bourgeois téléramesque lui fait dire de Clovis que c'était "ce mec qui s'est fait baptiser" : François Reynaert parle beaucoup plus mal qu'un lascar de banlieue.  Du tréfonds de sa bibliothèque, cet homme a décidé que le peuple de France était intrinsèquement ignorant, et qu'il ne connaissait rien de sa propre histoire. C'est en partie vrai : le problème est que Reynaert désire enfoncer le clou de l'ignorance libéralo-salonnarde, en affirmant tout simplement que les Gaulois n'ont jamais existé.
Il nous dit : "On a l'impression qu'on a toujours eu des ancêtres gaulois, alors que c'est arrivé très tard dans notre histoire, et que Louis XIV, par exemple, ne pensait pas du tout qu'il avait des ancêtres gaulois". Ce journaliste ne sait pas que la particularité de la France réside précisément dans le fait qu'aucun de ses dirigeants depuis deux mille ans n'a jamais été de la même ethnie que celle de son peuple (ce qui est une situation jamais observée sur la planète, ni dans toute l'histoire de l'humanité adamique). De Mérovée jusqu'à Sarkozy, aucun roi ni président de France n'a en effet été celte, et cela signifie tout simplement pour François Reynaert que le peuple de ce pays n'existe pas. C'est une idée très répandue dans l'inconscient des gens (puisque la France c'est un Etat, et rien d'autre), mais Reynaert a le génie de la formuler aussi clairement et calmement que possible.
"On a décidé d'inventer un ancêtre au peuple à la révolution Française" : cette phrase serait à inscrire au fer rouge sur son ventre de collaborateur.

François Reynaert est un Français anti-gaulois, comme beaucoup, beaucoup de gens.

Je ne prie pas pour la mort de François Reynaert. Je l'attends, le plus simplement du monde.
Non sans une certaine impatience.


mardi 5 octobre 2010

Puritanisme et Complotisme, ces plaies de la modernité




L’Homme qui arrêta d’écrire, le dernier livre de Marc-Edouard Nabe, est un authentique roman d’initiation. J’y ai ressenti la présence physique de Dante dès la première lecture, et la deuxième me fit aussitôt comprendre l’imprégnation du récit par la Divine Comédie. Ce fut assez amusant de voir qu’aucun critique littéraire patenté ne sut déceler l’assomption du roman par le « fidèle d’amour » florentin. Je dus même ronger mon frein avant de rédiger et mettre en ligne mon étude, puisqu’il fallait bien attendre que le roman fût digéré par les critiques incompétents avant de leur placer devant les yeux ce qu’ils n’avaient pas vus. Leur humiliation fut ainsi parachevée par le fait que ceux qui prirent la peine de mettre en lumière le parallèle entre Nabe et Dante ne sont pas des experts officiels en littérature médiévale, ni des hommes de lettres germanopratins, mais plus simplement, des petits amoureux « provinciaux » de littérature comme Petit Jean et moi-même.

Je me trouvais entre Hendaye et Saint Jean Pied de Port lorsque j’écrivis cette étude. Je mettrai très prochainement en ligne un texte sur les découvertes cruciales que j’ai faites au cœur de ce Pays Basque archaïque, et plus généralement, sur l’importance de l’Asie comme ferment révolutionnaire ésotérique européen.

Aucun internaute n’a commenté ma « Divine comédie humaine » (et surtout aucun forumeux du site de Nabe, bien sûr), à l’exception du Libre Penseur. C’est un homme qui sait encore montrer qu’il peut réagir, et qui prend tout le temps nécessaire pour cela. Je le remercie très sincèrement d’avoir pris soin de lire sérieusement mon étude, et d’y avoir consacré un texte argumenté qui reprend en partie trois sujets distincts sur lesquels nos points de vue sont divergents : le principe du complot, les origines du Onze-Septembre et le phénomène de la prostitution.

LLP précise qu’il existe trois points définissant un complot : « son aspect secret, son illégalité et enfin sa capacité à passer en application effective dans le réel ». Il me semble que le nombre et la position sociale, c’est-à-dire la puissance de nuisance des conspirateurs, doit également être prise en compte. Je connais parfaitement la stratégie du chaos mise en œuvre par la Central Intelligence Agency pour contrôler les populations, non seulement sur le plan économique, mais également mental, spirituel et physiologique. Je ne suis pas né du dernier déluge : il était écrit que l’Occident allait tout mettre en œuvre à la Fin des Temps pour asseoir son empire, en remplaçant les fondements de la souveraineté traditionnelle (le Roi, le Prêtre et le Prophète) par leurs anti-principes sataniques (le Capitaliste, le Journaliste et le Parlementaire). J’ai déjà dit et écrit que le libéralisme était une (anti) mystique en action, et non pas une simple gestion pragmatique du réel. Mais je sais aussi qu’il existe de fortes tensions depuis le début entre la CIA et le Pentagone (qui sont à l’origine de l’assassinat de Kennedy, entre mille autres choses) : il faut bien comprendre que la Bête n’est pas d’un seul tenant (elle a sept têtes et dix cornes), et Saint Jean nous décrit même de terribles combats entre ses différentes incarnations : ce sont la Bête venue de la mer et la Bête venue de la terre qui dévorent Babylone au chapitre XVII de l’Apocalypse. Le Diable est celui qui divise, car il est lui-même infiniment fragmenté. Ce point est sans doute un clivage important entre LLP et moi : je ne pense pas que la Bête soit parfaitement organisée, car elle est précisément la source principielle du chaos. Ce qui caractérise notre fin de cycle, c’est l’extrême réceptivité du message satanique par les hommes de pouvoir (et du peuple, par un effet de déplorable capillarité). Si l’homme est atomisé, c’est parce qu’il a été rejoint par le Diable, le prince du Néant. Les éclats du Mal qui cisaillent la chair de l’humanité souffreteuse et palpitante de douleur n’ont pas besoin d’être prodigués avec une discipline de fer pour être efficaces : il leur suffit d’être aussi nombreux que possibles, et de provenir de tous les endroits à la fois. Le financement occulte (ce terme journalistique est, pour une fois, totalement approprié) par la CIA de mouvements gauchistes et terroristes durant les années 60 et 70 est un acte de guerre avéré, et qui répond de fait aux trois points définissant un complot. L’assassinat du Pape au sourire Jean-Paul Ier est une hypothèse qui me semble sérieuse. Mais je ne suis toujours pas d’accord pour dire que « le capitalisme a créé le communisme », sous le prétexte que des banquiers new-yorkais ont financé Engels ou Marx. Les mêmes ont financé Adolf Hitler et Roosevelt, ainsi que tous ceux qui pouvaient les rembourser avec intérêt : leur idéologie ne se trouve pas dans le fait qu’ils prêtent de l’argent à des personnes qui vont les servir politiquement (voire métaphysiquement) à leur corps défendant (ou non), mais justement dans le fait qu’ils ne prêtent de l’argent que parce qu’il y a une chance que ça leur en rapporte encore plus ! Ces banquiers sont les premiers hommes à considérer que l’argent n’a pas d’odeur, et c’est précisément cette « maxime » qui les rend nocifs au plus haut point. C’est la neutralité « humaine » du banquier qui constitue son aspect diabolique : c’est la première fois qu’une caste d’hommes ne considère son prochain que sous l’angle strict de la rentabilité immédiate. Il est évident que le communisme et le capitalisme sont deux verrues bifides de la modernité, mais, à l’instar de la Bête de la terre et la Bête de la mer, elles ont surgi chacune de leur côté (à partir des entrailles du Diable) sans s’être engendrées l’une l’autre.

Ce n’est jamais l’homme (aussi pourri soit-il) qui fait l’histoire, mais c’est la Providence qui guide les hommes. Même quand il est diabolique, aucun homme ne peut être tout-puissant. Si le hasard n’existe pas, c’est bien parce que le destin est fixé de toute éternité par Dieu, et certainement pas parce qu’il resterait des lois physiques à découvrir que nous ne connaissons pas encore ! Le scientisme (d’Auguste Comte à Emile Borel) était une abomination parce qu’il voulait mettre en équation l’intégralité du cosmos ; or, l’extrême singularité spatio-temporelle de Dieu (l’état énergétique minimal du réel) ridiculise d’avance cette tentative. Vouloir tout expliquer par des connexions secrètes situées au-dessus des gens et de leurs faits et gestes, c’est le scientisme des temps modernes.

De manière générale, déceler systématiquement la présence d’un réseau derrière tout événement historique me gêne terriblement. C’est pour cela que je précisais plus haut que la position sociale des protagonistes est très importante : c’est un fait que la possibilité d’une conspiration est d’autant plus élevée que les concernés sont proches du sommet de la pyramide. Mais on ne peut nier qu’il existe des obsédés du complot (ce que j’appelle des idéologues complotistes) qui sont prodigieusement agaçants, et je pense que LLP m’approuvera. Voyez par exemple cette théorie sur « l’origine talmudique de l’islam », thèse issue de travaux du père dominicain Théry et très en vogue chez les archéos-nietzschéens anarcho-branleurs : une rencontre présumée entre Muhammad et le rabbin de la Mecque, associée à un extrait de sourate (XV. 86-87) qui fait référence à des « œuvres » antérieures (les Sept des répétées et la Prédication solennelle), et ils en déduisent – avec preuves à l’appui, bien sûr – que le Coran n’est qu’une vaste entreprise de judaïsation du peuple arabe (lisez, de mise au pas des Arabes par le Talmud). Il existe également des esprits malins qui se plaisent à souligner exagérément l’influence du moine nestorien Bahîra sur les Quraysh (en expliquant que ce moine était un envoyé pour convertir les masses ismaéliennes à sa cause), afin de bien montrer l’action du nestorianisme sur la théologie musulmane, voulant ainsi prouver que l’Islam n’est qu’une hérésie chrétienne qui a réussi. Le but est toujours le même : partir d’une rencontre singulière pour en déduire la présence d’une conspiration secrète, et surtout : nier la présence divine, ne pas croire à l’assomption ni à la grâce, refuser l’invisible. Voilà pourquoi j’insiste bien sur le fait « qu’il est autant absurde de voir systématiquement des complots derrière tout événement historique, que de nier leur présence lorsqu’elle est certaine », et qu’il faudrait le répéter dix fois par minute aux menteurs enragés qui s’acharnent depuis – au moins – six mille ans à vouloir expliquer la présence de Dieu par une malignité surpuissante de l’homme. Certaines « théories du complot » sont ainsi très utiles pour ceux qui veulent combattre la puissance de la Foi.

J’arrive à un point que LLP n’a pas du tout relevé : d’autres « théories du complot » sont également d’une grande utilité pour les puissants, qui s’en servent comme d’un écran occulte afin d’augmenter l’illusion de leur pouvoir et faire peur à tout adversaire potentiel. Je me souviens d’une argumentation documentée de Marwan Muhammad à propos du premier Ku Klux Klan (celui qui fut interdit en 1871) : le mouvement avait trouvé le moyen de développer une imagerie visant à faire croire à son omnipotence absolue dans les états du Sud, et à propager l’idée que chaque Blanc sudiste était un membre secret mais actif du Klan. Cela fonctionna si bien qu’aucun opposant ne se risqua à entrer en rébellion ouverte contre eux. Lorsque le KKK fut démantelé (après l’assassinat d’un sénateur), quelle ne fut pas la surprise des Noirs de constater qu’ils n’étaient que quelques milliers de membres au lieu des millions auxquels ils s’attendaient ! Voilà pourquoi je me méfie des arguments voulant systématiquement me prouver à longueur de journée que les Américains sont toujours les plus forts.

Parmi les nombreuses vérités énoncées par Mahmoud Ahmadinejad durant son magnifique discours à la soixante-cinquième Assemblée générale de l’ONU, imprégnées de ce traditionalisme révolutionnaire qui est la voie de l’avenir le plus incandescent, voici celle concernant le Onze-Septembre :

« En ce qui concerne l’identification des responsables des attentats, il y a trois points de vue. 1) Qu’un groupe terroriste complexe et puissant, capable de traverser avec succès toutes les couches de la sécurité et du renseignement états-unien, ait porté ces attaques. C’est la principale interprétation défendue par les hommes politiques états-uniens. 2) Que certains segments au sein même du gouvernement états-unien aient orchestré ces attaques pour inverser le déclin économique américain et son emprise sur le Proche-Orient afin également de sauver le régime sioniste. La majorité du peuple états-unien tout comme celle d’autres nations et de politiciens sont d’accord avec ce point de vue. 3) Qu’ils aient été perpétrés par un groupe terroriste, mais que le gouvernement états-unien a laissé faire afin de tirer parti de la situation. Apparemment, ce point de vue a moins de partisans. ».

J’adore ce trait d’humour, typiquement ahmadinejadien, concernant la dernière option ! Certes, ce troisième point de vue a manifestement moins de partisans que les deux autres, lesquels s’affrontent binairement par médias interposés depuis neuf ans, permettant à chacun d’y trouver son compte. Mais je remercie Mahmoud de le mettre ainsi en lumière, on l’avait presque oublié ! Et pourtant, rien de plus logique et lumineux que cette explication. Dès le 12 septembre, je me souviens que certains commentateurs avaient fait le rapprochement avec Pearl Harbor, uniquement parce que les attaques surprises des Etats-Unis d’Amérique ne sont pas si nombreuses que cela (c’est le moins que l’on puisse dire). En fait, la comparaison entre les deux événements est d’une justesse redoutable : pilotes d’avions kamikazes, « négligences » de l’armée américaine, rumeurs selon lesquelles le Pentagone était au courant de l’imminence des bombardements, prétexte militaire à l’entrée en guerre des USA (pour des raisons strictement économiques),… Ils n’ont pas lancé de bombe atomique sur Bagdad, mais le nombre de morts civils irakiens depuis le 20 mars 2003 est au moins égal à celui des nippons atomisés à Hiroshima et Nagasaki.

Les puissants du monde entier fréquentent les mêmes clubs et parrainent des démons à tour de bras ; tout homme de bien se doit de remercier LLP pour ses vidéos et conférences qui démontent implacablement certains de ces odieux mécanismes. Ceci dit, je pense que toute entreprise humaine, aussi forte et structurée soit-elle, ne pourra jamais prévoir l’accident ultime : l’Ange Gabriel ou bien la Révolution. Tout au plus peut-elle récupérer l’événement lorsqu’il est mineur et le détourner à son profit après qu’il se soit produit (si les mêmes hommes sont encore en place). A mon sens, l’Empire contre lequel il nous faut combattre jusqu’à la dernière goutte d’âme est, certes, localisé en extrême-Occident : mais il ne suffira pas d’anéantir la Californie et l’Etat de New York pour vaincre. De notion purement géopolitique, l’Occident est devenu une force anti-spirituelle qui peut s’imposer sur n’importe quelle partie du globe : le Néant a besoin de matière vivante pour étendre son royaume de mort. Au fond, cette guerre d’un genre nouveau n’est rien d’autre qu’une confrontation entre le Néant (ce qui reste quand tout a disparu) et le Vide (le principe originel de la matière et de l’anti-matière, c’est-à-dire Dieu). Pour cela, plus que jamais, il nous faut imiter Jésus-Christ (ou l’avatar Vaivaswata, pour utiliser un langage traditionaliste), il nous faut répliquer analogiquement la fonction cosmologique des Trous Blancs : nous serons les quasars de l’humanité renouvelée en incarnant nos esprits par l’engendrement d’enfants beaux, sensibles et intelligents. Et pour cela, je n’ai encore rien trouvé de plus efficace que la pratique maîtrisée, spéculative et opérative du sexe.

Sur ce point précis, il est rigoureusement impossible que je puisse trouver le moindre accord avec LLP. Quand il écrit que « le sexe perdra l’Occident », je pense qu’il commet cette terrible confusion entre le sexe et l’image du sexe que je ne cesse de trouver chez tous les intellectuels réactionnaires ou puritains. Or LLP n’est probablement ni l’un ni l’autre, et il est probable que nous ne donnions pas la même signification au mot sexe. Une bonne partie de notre modernité atrophiée est basée sur la spéculation iconique du sexe : publicité, art « contemporain », attitude « décomplexée » du gay ou du métrosexuel, pornographie ou prostitution esclavagistes, pédophilie florissante, etc. Mais, justement, tout cela n’est pas du sexe, et c’en est même exactement le contraire : toutes ces atrocités sont régnantes aujourd’hui dans le seul but de tuer le sexe, puisque le sexe authentique, lui, est pourvoyeur de valeurs absolument révolutionnaires et radicalement anti-modernes, à savoir : la rencontre métaphysique entre deux êtres (une chose que le pouvoir cherche à détruire par tous les moyens, puisqu’il ne peut pas le contrôler), et une certaine connaissance de soi-même apte à maîtriser son désir de « libération dionysiaque de l’élément action », comme l’écrit Julius Evola dans La doctrine aryenne du combat et de la victoire. J’expliquerai un peu plus loin les raisons pour lesquelles la mystique du kshatriya (entièrement basée sur les arts de la guerre et de l’amour physique, les deux étant rigoureusement complémentaires) est aujourd’hui en partie niée et subordonnée à celle du brahmane, cela aux yeux de beaucoup de gens tournés vers des préoccupations d’ordre religieux. Dire que le sexe est omniprésent aujourd’hui en Occident, c’est exactement comme si on disait qu’il n’y a jamais eu autant de rencontres entre les gens puisqu’il y a Facebook, ou qu’on n’a jamais aussi bien mangé vu que le nombre d’émission de télé consacrées à la cuisine augmente chaque mois. C’est un fait que l’homme d’aujourd’hui est sans cesse tenté par des plaisirs d’ordre ventral (la faim, le divertissement hormonal, le sport, le sexe comme satisfaction d’ordre sanitaire) ; or, ces plaisirs sont bestiaux car leur source n’est pas le désir, mais le renouvellement infini du plaisir : ils tournent en rond sur eux-mêmes comme un Ouroboros glacé et visqueux, livrant l’homme à une solitude conglomératique de consommateur éjecté hors du Temps, replié sur ses seules dimensions spatiales. Je ne suis tout de même pas le premier à écrire que notre époque est basée sur le medium, l’ersatz et le faux-semblant (c’est la malédiction des pécheurs en Enfer dans L’Homme qui arrêta d’écrire). Pour résumer un peu rapidement, notre société récuse le sexe véritable (d’essence aristocratique et guerrière) et en promeut une image inversée et diabolique (accouplée aux valeurs marchandes), ce qui est la définition du puritanisme libéral.

Laissez-moi vous donner une preuve historique de ce que je viens d’avancer.

Comme dans toute société encore profondément marquée par des valeurs traditionalistes, le Japon n’éprouvait aucun problème d’aucune sorte avec le sexe : celui-ci représentait une valeur fondamentale de connaissance gnostique et transcendantale dans la caste des guerriers samouraïs. Et, comme dans toutes les sociétés traditionalistes (de l’Inde pré-aryenne jusqu’au Moyen Age chrétien, en passant par la Grèce des bacchanales), le groupe social des travailleurs imitait les rites initiatiques réservés aux élites, en usant de symboles dégradés. Cette dégradation signifie bien que le niveau d’initiation se trouvait forcément à un niveau plus bas que chez les castes supérieures, mais cela ne se traduit pas par travestissement ou inversion. Ainsi, des séances périodiques de transe collective ont toujours eu lieu dans les masses populaires (souvent sous le contrôle de ces prêtres qui ont pour fonction de rester en contact direct avec le peuple), dans un but cathartique de purification des travailleurs par la danse, le sexe et le sang. Je reprends Evola : « Au niveau le plus bas de la phénoménologie correspondante [à la tradition héroïque, opposée et complémentaire à l’ascèse religieuse], nous observons, par exemple, la danse, employée comme technique sacrée pour évoquer et susciter, à travers l’extase de l’âme, des forces reposant dans les profondeurs. Dans la vie de l’individu libérée par le rythme dionysiaque, s’insère une autre vie, comme l’affleurement de sa racine la plus enfouie. Horde sauvage, Furies, Erinnyes et autres entités spirituelles analogues dramatisent cette force en des termes symboliques ». Au Japon, certains de ces rites populaires, inscrits dans la religion shintoïste, étaient nommés les okagemairi : il s’agissait de pèlerinages au sanctuaire d’Ise, et celui de 1771 qui rassembla deux millions de personnes resta longtemps célèbre pour ses « débordements » orgiastiques. Jusqu’au XVè siècle, des femmes chamans exécutaient lors du solstice d’hiver dans les campagnes japonaises des danses de possession évoquant la déesse Ame no Uzume, qui ranimaient les esprits vitaux de l’assistance en des cérémonies tissées d’irrépressibles transes exaltées. La hiérarchie et la justice sont les fondements sociaux du traditionalisme : ces phénomènes étaient donc toujours circonscrits à un lieu et un moment précis. Or, c’est bien à partir de l’ère moderne de Meiji qu’ils furent progressivement interdits : au lieu d’être vus comme des régulateurs des aspirations mystiques des travailleurs, ils furent désormais perçus comme des sources probables de perturbations dans un monde entièrement livré à la rationalité capitaliste. Les travailleurs devinrent des prolétaires : ils n’eurent dès lors plus le droit de désirer et de jouir. Les manifestations collectives sacrales furent totalement interdites en 1945 par le général Mac Arthur, ainsi que toutes les structures afférentes (telles que les bains publics mixtes). L’Amérique n’aime pas le sexe : elle en préfère la caricature.

Le protestantisme qui a créé la modernité était également extrêmement puritain. On voit où ça nous a menés.

Une société traditionaliste est substantiellement organisée suivant trois castes sociales : la caste sacerdotale (le brahmane) qui détint le pouvoir suprême durant l’Age d’Or, celle des guerriers (le kshatriya) qui gouverna durant l’Age d’Argent, puis celle des travailleurs (le vaisya) qui imprégna la direction de la communauté des hommes à partir de l’Age d’Airain. Chaque caste possède ses propres valeurs parfaitement adaptées au rôle social qu’elle se doit de remplir, toutes valeurs étant subordonnées par ailleurs aux grands principes de la Tradition, bien sûr. Du fait de la dégénérescence de la relation entre l’homme et Dieu, conduisant à la diminution de la proportion d’hommes de qualité, l’Age de Fer vit surgir des religions d’urgence qui assignèrent toutes ces valeurs - à l’origine parfaitement distinctes - à un nombre de groupes sociaux progressivement élargi. Puisqu’il y avait de moins en moins de véritables hommes de connaissance, il advint (pour des questions d’urgence face à la montée du Mal) que la maîtrise de celle-ci devînt accessible à un nombre de gens de plus en plus élevé– d’où la perte affirmée de la notion d’initiation (d’ésotérisme) dans les religions du dernier Age du cycle de l’humanité adamique. Ainsi que je l’ai dit plus haut, la caste sacerdotale était à l’origine répartie entre le Roi, le Prêtre et le Prophète, et personne ne cumulait les fonctions puisqu’elles ressortaient de compétences métaphysiques tout à fait différentes. Les spiritualités de l’Ere du Taureau commencèrent par assimiler le Roi au Prêtre (les pharaons de l’Ancien Empire, les Trois Augustes en Chine, les princes sumériens). En plaçant ensuite Abram sous l’égide inaugurale et bénisseuse de Melchisédech, le judaïsme attribua à un seul souverain les qualités cumulées des trois fonctions sacerdotales. Moïse était à la fois souverain, prêtre et prophète ; il fut par ailleurs le premier à divulguer la Vérité (sous la forme de Tables de la Loi) à tout un peuple qui ne le méritait pas forcément. Le christianisme alla encore plus loin dans la fusion des rôles : le chevalier (le Templier) se devait désormais de réunir en lui à la fois les qualités du guerrier et celles du sacerdoce, subordonnant les premières aux secondes. Quant à l’islam, l’égalité entre les croyants y est autant absolue que radicale : le marchand (le travailleur) se doit de posséder en même temps la maîtrise du Coran et celle des armes (en plus de celle de son métier). Il doit avoir les mêmes vertus humaines que l’Imam. Prise dans sa globalité, cette évolution n’est pas critiquable en soi : elle se fit dans ce sens, car l’emprise du Diable sur tous les hommes était croissante à mesure que l’humanité se rapprochait des Temps de la Fin, et nous serions probablement déjà tous cadavérisés si le judaïsme, le christianisme et l’islam n’avaient pas pris le problème à bras le corps. On peut expliquer cette évolution d’une manière plus politique, en disant qu’il fut demandé au peuple d’être de plus en plus vertueux à mesure que s’accroissait le principe de la démocratie. Or, il n’est pas possible que les travailleurs puissent posséder des vertus identiques à celles de la caste sacerdotale : ce n’est pas leur rôle, et exiger d’eux d’être sages, c’est demander l’impossible (ce qui est absolument normal) ; voilà pourquoi la démocratie ne peut pas fonctionner lorsqu’on fait voter plusieurs castes ensemble sur un même sujet. Je préfère un système qui tient compte de la nature humaine « réelle » pour établir des lois justes qui dépendent de grands principes platoniciens, à un système qui parie sur une nature humaine perfectible pour proposer des lois purement empiriques, et qui s’avéreront au final totalement injustes. Le faible est beaucoup mieux protégé dans une société fortement hiérarchisée où chacun possède une fonction précise adaptée à ses compétences, que dans une société démocratique où on le force à profiter d’une liberté qui le tue à petit feu. Pour le dire un peu rapidement et pour bien me faire comprendre : seule une société « de droite » peut appliquer efficacement les valeurs « de gauche ».

Je me demande si aujourd’hui, à l’aube de la Parousie imminente, il ne serait pas temps de rénover nos sociétés en réintroduisant une stricte classification entre les divers modes de connaissances et d’action, et entre les fonctions sociales afférentes. Une hiérarchie inflexible, autant saine que juste, qui s’affronterait directement et méthodiquement à l’anti-hiérarchie satanique évoquée plus haut : capitalisme, journalisme et démocratie parlementaire au sommet, et puis les travailleurs au-dessous, tous devenus interchangeables entre eux (militaires ou non). Le terme « travailleur » est à prendre au sens le plus large possible, puisqu’il faut bien sûr y inclure les chômeurs et retraités, qui ne servent qu’à occuper des cases sur le grand échiquier du libéralisme matérialiste.

Je finirai par une tentative de mise au point sur le phénomène épineux de la prostitution. J’évacue tout de suite le cas de l’esclavagisme, ou prostitution forcée (par la maffia ou des problèmes sociaux) : je l’ai autant en horreur que LLP, et il est hors de question de le valider sous quelque prétexte que ce soit. Il semble tout de même qu’en France, le nombre de prostituées qui choisissent d’exercer cette fonction soit beaucoup plus élevé que le nombre de celles qui y sont forcées. Le directeur de l’association Autres Regards proclame que « les institutions qui vont sur le terrain peuvent affirmer que très peu de prostituées sont contraintes ». Mais ce n’est évidemment pas le cas partout, et même s’il n’y avait qu’une seule esclave sexuelle, cela serait suffisant pour en parler. Je condamne la prostitution subie avec d’autant plus de fermeté, qu’il oblitère complètement le cas de la prostitution rituelle observé dans toutes les sociétés traditionalistes connues. J’en suis très sincèrement désolé, mais LLP se trompe lorsqu’il écrit que mon affirmation « Si le sexe est sacré, alors les putes le sont aussi » est « totalement anti-traditionnelle chez toutes les sociétés humaines depuis la nuit des temps ». Je cite Jacques Marcireau : « Lorsque les cités sacerdotales et les temples ont pris la suite des anciens cultes en plein air, le cortège féminin du dieu s’est établi à demeure dans l’enceinte sacrée. Les accouplements rituels qui avaient lieu pendant les cérémonies y ont continué sous forme permanente. Ils ont fait l’objet de réglementations et d’offrandes dont la femme, le dieu ou la déesse, et le clergé, ont été les bénéficiaires. Telle est l’origine de la prostitution sacrée ». En d’autres termes, la prostitution était œuvrée par une caste très spécifique de femmes pour les pratiquants spécifiques (guerriers ou travailleurs) d’un temple particulier. On peut être opposé à cet état de fait, et refuser toute forme de prostitution aujourd’hui, mais on ne peut pas nier l’histoire. Et les religions en question n’étaient pas d’obédience satanique, je vous prie de le croire : les hétaïres sacrées du culte d’Aphrodite à Corinthe, les hiérodules du temple anatolien d’Anaïtis à Zela, les courtisanes des temples d’Astarté en Egypte, les devadâsî (ou bayadères) des temples hindous, les prêtresses shintoïstes dédiées à Inari,… L’énumération des temples et religions qui s’adonnaient à la prostitution sacrée serait fastidieuse (lisez le premier livre des Histoires d’Hérodote). Elle commença à disparaître dès l’entrée de l’humanité dans l’Age de Fer, et ce pour les raisons déjà évoquées, liées au fait que la caste des guerriers vit ses valeurs progressivement remplacées par celles de la caste sacerdotale : contrairement aux Temps Anciens, un véritable kshatriya se devait désormais d’être un ascète. L’indice le plus indubitable de cette disparition se trouve au livre XXXVIII de la Genèse, où l’on voit Juda (quatrième fils de Jacob et ancêtre direct de Jésus) coucher avec une femme qu’il prend au départ « pour une prostituée, car elle s’était voilé le visage » (verset 15). Les courtisanes attachées aux temples se voilaient en effet la face, et Juda n’éprouve absolument aucun problème à se lier temporairement (et même procréer) avec l’une d’entre elles. Or, cette femme n’est rien d’autre que sa propre belle-fille qui s’était déguisée pour le tromper ! On peut voir en filigrane de cette histoire la première condamnation connue de la prostitution sacrée. Mille cinq cent ans plus tard, Jésus-Christ S’attache singulièrement à la rédemption des prostituées (la figure de Sainte Marie-Madeleine en est un exemple lumineux), et déclare aux Juifs : « En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu » (Ev. Matthieu, XXI.31). Quant au Coran, il interdit formellement de « forcer ses esclaves femmes à la prostitution » (XXIV.33) et d’épouser des courtisanes (V.7). Il n’est plus question de la prostitution rituelle (ce qui est illustré par le fait qu’il est demandé aux épouses de porter le voile au dehors de la maison pour bien afficher que ce ne sont pas des prostituées, alors que ce voile était précisément réservé aux prostituées sacrées jusqu’à l’époque de Juda) : le Coran ne parle dans les versets précités que des prostituées « de rue » (profanes), dont la prise en mains par des réseaux esclavagistes allait devenir croissante au fil du temps.

Afin de bien illustrer mon propos, j’aimerais donner un dernier exemple pour montrer la différence entre l’esclavagisme sexuel et ce qu’il reste de la pratique antique de la prostitution sacrée. Je prendrai cet exemple dans le monde musulman contemporain. Un type d’esclavagisme sexuel se trouve dans les réseaux saoudiens de kidnapping de fillettes qui accomplissent le hajj en famille (voir le cas récent de Sarah Khetib assassinée dans un hôtel de la Mecque). En face de cette monstruosité, il existe la pratique du « mariage temporaire » dite zawaj al-Mut’a, relation bénie par un Imam (et donc sacrée) entre un homme libre et une femme libre. Contrairement à ce qu’on peut entendre ici et là, cette pratique n’est pas toujours rejetée par les sunnites (voir le texte de Christian Bouchet consacré à « L’islamisme et la sexualité »). L’Ayatollah Khomeiny écrivait distinctement dans Le Royaume du docte en 1979 : « Le mariage, continu ou temporaire, doit être scellé par une formule religieuse prononcée soit par la femme ou par l’homme, ou par leur représentant ».

En réalité, un des plus grands péchés de la modernité consiste à l’effacement des frontières entre les castes : tout se vaut et tout est permutable à l’infini, et une pute est aujourd’hui une contribuable comme tout le monde, d’Orient en Occident ; ce que je trouve absolument exécrable.

Les religions de l’Age du Fer ne peuvent être considérées de manière absolue comme des représentantes intégrales de la Tradition Primordiale. Et c’est bien normal, puisque l’époque dans laquelle elles ont éclos sont damnées jusqu’à la moelle. Evoquer la prostitution sacrée n’a rien à voir avec une quelconque hérésie puisque, bien loin d’ajouter aux dogmes de l’Eglise catholique une lubie contemporaine qui serait un pur rejeton de la modernité, je me contente au contraire de rappeler une très ancienne valeur traditionnelle qui n’a plus cours depuis des milliers d’années. Si cette attitude est hérétique, alors croire au caractère cyclique du Temps l’est également, puisque cette pensée est totalement étrangère aux exotérismes chrétiens et musulmans. Par ailleurs, et de manière plus prosaïque, la danse est rejetée par une certaine morale catholique (voir le Curé d’Ars) et déconseillée par le Coran (XXIV.31 : « Que les Croyantes ne frappent point le sol de leurs pieds pour montrer les atours qu’elles cachent ! »), alors que c’est – on l’a vu – une pratique fondamentale selon Julius Evola pour les guerriers traditionalistes.

Evola s’est évertué toute sa vie à vouloir remettre au premier plan les valeurs du kshatriya, alors que René Guénon considérait comme primordiale la réinstauration de celles du brahmane. Je propose d’accomplir une synthèse de ces esprits révolutionnaires : la Parousie sera opérante lorsqu’une nouvelle caste sacerdotale trialiste possédera pleinement les valeurs souveraines et royales de la prêtrise transcendantale, et lorsqu’une nouvelle caste guerrière se mettra entièrement à son service avec des valeurs vitalistes qui doivent être exclusivement la sienne. La caste des travailleurs sera alors éblouie par cet accord métaphysique entre ces hiérarchies d’un nouvel âge, et s’agenouillera aussitôt en un seul mouvement planétaire pour accueillir et honorer le Juge de Feu.