dimanche 2 mai 2010

Vive la Casamance libre !

Je viens de passer plus d’une semaine au cœur de la Casamance, cette région de mangroves et de rizières située au sud du Sénégal, et totalement séparée du reste du pays par la Gambie, cet étrange serpent marécageux sinueusement étiré tout au long du fleuve du même nom. En plus de cette configuration géographique très particulière, le Sénégal se trouve gangréné par une maniaquerie administrative particulièrement agaçante que lui a laissée la France (trop sympa), et qui accroît d’autant plus l’isolement de la Casamance : il s’agit de cette hyper-centralisation structurelle, principe fondateur exclusif de notre pays légué à toutes nos colonies comme autant de cadeaux empoisonnés. A l’instar de Paris, Dakar est la capitale totalitaire du Sénégal : capitale politique, administrative, économique, touristique, commerciale, culturelle, musicale, gastronomique, universitaire, artistique, militaire, scientifique et, enfin, capitale de la mode. Merci du cadeau, les mecs ! hurlent les Casamançais. Si je suis avec les Corses, les Basques, les Normands, les Bourguignons, les Provençaux, les Savoisiens, les Catalans, les Flamands et les Alsaciens (mais contre les Bretons, bien sûr) pour démanteler la France et en finir avec Paris, il n’y a aucune raison pour que je ne me range pas également aux côtés des guerriers révolutionnaires de la Casamance pour exiger, immédiatement et sans conditions, une indépendance totale de leur région dans les plus brefs délais.


A Dakar, on se sent parfois un peu à Paris...

Personne ne s’étonnera si je révèle que la couverture médiatique de ces combats est entièrement nulle et mensongère. On répète partout, en effet, que les rebelles casamançais sont des chrétiens qui s’en prennent à un pays majoritairement musulman, regroupés au sein du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) à visée séparatiste religieuse. En réalité, il est très facile de constater qu’il n’existe aucun clivage religieux à Ziguinchor. Le nombre de mosquées y est le même que partout ailleurs au Sénégal, et le plaisir de marcher dans la poussière rouge sur le rythme syncopé des superpositions sonores et kaléidoscopiques de multiples Allâhu Akhbar ! est aussi vivace que dans les rues de Dakar. C’est simplement le nombre de catholiques qui est ici plus élevé qu’à Saint-Louis, Tambacounda ou qu’au Siné-Saloum, les amoureux du Christ se trouvant massivement chez les membres de l’ethnie majoritaire de la région : les Diolas. Voici un peuple qui ne courbe pas facilement la nuque : des Malinkés jusqu’aux colons français, beaucoup de gens ont tenté de les asservir sans aucun succès. Retenons l’exemple d’Aline Sitoé Diatta, cette splendide révolutionnaire mystico-politique parfois qualifiée de « Jeanne d’Arc d’Afrique » mais que je préfère voir comme une Simone Weil subsaharienne, cette prêtresse-docker de Kabrousse déportée par les français à Tombouctou en 1943 où elle mourut à l’âge de 23 ans (on découvre en une phrase qu’à cette époque, il n’y avait pas que les Nazis qui déportaient des gens, et il n’y avait pas que les Juifs qui en faisaient les frais !). Les Diolas font même partie des très rares Nègres à n’avoir jamais trempé dans aucun trafic esclavagiste ; ce n’est pas pour autant qu’ils vont aujourd’hui faire les malins à Gorée, cette île super-pourrie… Quand on commence à se faire génocider par des Hollandais et qu’on finit par se faire coloniser par Danielle Mitterrand et Richard Bohringer, c’est qu’il y a un problème ! Pourquoi ne va-t-il pas habiter à Auschwitz, cet abruti d’acteur de merde ? C’est beau, aussi, la Pologne ! Qu’il s’achète une maison avec piscine à Birkenau, ça aura plus de gueule !


Le port de Ziguinchor

La réputation des Diolas pour leur sens de l’insoumission est mythique et, à l’instar de tout véritable mythe, elle peut se vérifier chaque jour que Dieu fait. Entre leur religion traditionnelle - basée sur le dieu créateur invisible Atemit - et le monothéisme biblique, la filiation est directe et éclatante. Jean-Paul II ne s’y était pas trompé en rendant visite à la cathédrale de Ziguinchor en 1992, consacrant ainsi une terre africaine comme étant, non pas le berceau de l’humanité (connerie anti-raciste de pacotille, puisque le Paradis Primordial est au Pôle Nord), mais la matrice du futur de celle-ci ! Dire que l’Afrique c’est le passé, comme le font les paléo-anthropologues doctrinaires dégueulassement soumis à une vision évolutionniste de l’homme, c’est encore une façon d’enterrer ce continent dans un inamovible caveau. L’Afrique c’est l’avenir, bordel ! Attendez un peu deux mille ans, et vous verrez ! C’est là-bas que s’épanouira l’Ere du Capricorne ! Après l’Orient, le Sud ! La roue tourne !

Revenons à la Casamance. Ici, la fraternité entre chrétiens et musulmans se pratique quotidiennement et sans aucune arrière-pensée, entre membres d’une même famille, entre familles d’un même village, entre quartiers d’une même ville. Il existe des villages musulmans qui ont un chef chrétien, tout simplement parce que c’est son tour de diriger la communauté ! La richesse des religions animistes anciennement pratiquées au Sénégal, et surtout leur aspect éminemment traditionaliste et non-païenne est sans doute l’explication la plus sensée de cette fructueuse cohabitation de monothéistes pratiquants. On comprend en quelques heures que la rébellion militaire ne peut avoir aucun fondement religieux. Alors, que se passe-t-il ? L’opinion majoritaire à Dakar y voit un combat politique : c’est ce que déclare le « Mouvement pour le Socialisme et l’Unité », assignant au chômage la source de tous les maux. C’est bien une parole de socialiste, ça ! Et la Révolution de Khomeiny, elle a eu lieu à cause du chômage, également ? Il ne peut pas leur venir à l’esprit une seconde, qu’un homme puisse se révolter simplement par amour de la transcendance et de la beauté des astres ?

Il fait quarante-huit degrés à l’ombre : les rigoles de sueur esquissent quelques dessins ésotéristes en des endroits bien précis de ma peau, prévus depuis trois mille ans dans les moindres détails par Dieu sait qui… Le Livre Nègre de Dominique de Roux est le viatique de mes pérégrinations urbaines. Je rencontre Omar, militant actif des forces armées révolutionnaires et membre de l’Atika, la branche militaire du MFDC. Il m’explique en quelques minutes le sens véritable de cette lutte flamboyante contre Abdoulaye Wade, ce pantin dégingandé ami de Sarkozy et de toutes les entreprises multinationales de la planète, qui reçoit chaque année une nouvelle médaille occidentaliste : docteur honoris causa de l’université de Montpellier en 2009, Prix des Communications de Paris-Dauphine en 2008, Citoyen d’Honneur de Lyon en 2005, ... Son fameux Monument de la Renaissance africaine érigé par des ouvriers nord-coréens sur la colline des Mamelles à Dakar, ce n’est pas pour rien que les gens du peuple l’appellent la statue franc-maçonne ! Omar me dit que le nom originel de sa région est la Casa di mança, ce qui signifie en Diola : la Maison du Roi. Il est musulman pratiquant, et ses compagnons de lutte sont aussi bien musulmans que catholiques : tous se battent côte à côte pour exiger une indépendance de leur région et le rejet de la démocratie industrialo-mafioso-maçonnique, et réclamer le retour du Roi. Après la mort de l’abbé Diamacoune Senghor, leader historique du MFDC, ses deux plus proches disciples prirent le relais sans coup férir : il s’agit du chrétien Jean-Marie Biagui et du musulman Kourouma Sané. Ce dernier a été récemment arrêté en France alors qu’il y cherchait des appuis politiques et financiers pour sa lutte armée, ce qui fait de lui le seul prisonnier politique de notre pays ! Vous en avez beaucoup entendu parler, vous ?

La Casamance est le symbole du combat mystique que tout homme se doit de mener, d’abord à l’intérieur de sa propre chair puis dans l’espace social, artistique et religieux qui l’environne immédiatement : une union sacrée entre amoureux de Jésus-Christ et de Muhammad pour renverser la dictature de la modernité et ré-instaurer la Royauté Primordiale. Dans son combat aux côtés de Jonas Savimbi en Angola en 1976, De Roux luttait à la fois contre l’influence des Etats-Unis et celle des Soviétiques pour favoriser l’émergence d’une troisième voie maoïsto-gaullienne. Aujourd’hui, au lieu de dégager deux troncs d’arbre pourris pour laisser place à une jeune pousse prometteuse, il s’agit de réunir les branches touffues de deux arbres costauds (la Bible et le Coran) pour en faire surgir la substantifique moelle éclatante de pureté, l’absolue quintessence de la Foi lumineuse.

Un peu plus tard, je découvris une affiche renversante de beauté sur un mur de l’université de Ziguinchor. Elle annonçait une série de conférences portant sur une récente confrérie musulmane née à Sédhiou (Casamance), dont le succès va croissant d’année en année. Il s’agit du nabisme, dont les principes reposent sur la tolérance, la patience, la méfiance et l’enseignement religieux. Je collai le tract de Nabe sur Barack Obama à côté de ces affiches, avant de pleurer d’émotion d’être si bien compris. En Casamance, Marc-Edouard Nabe est enfin Nègre.




9 commentaires:

  1. Merçi pour nous avoir si bien compris.
    En effet depuis plus de vingt huit ans nous luttons sans merçi contre un système totalitaire articulé autour d'une mafia politico maraboutique soutenu à bras le corps par l'occident au premier rang desquels se trouve malheureusement la France. Refuser la diplomatie de la main tendue, de l'indignité (qui fait qu'on peut traîter à la fois avec l'Iran et les USA, valser entre Taïwan et Pékin) et de la mandicité pour ne compter d'abord sur soi et seulement ensuite sur ses amis dans le respects de notre identité culturelle, c'est ce qui nous vaut tout le mal du monde. Dans ce combat les principaux bailleurs de fonds du sénégal (financiers de cette guerre) sont la France, les USA et le FMI et la Banque Mondiale à travers des financements complaisant vites utilisés à d'autres fin. Nous résisterons par tous les moyens. Merçi pour ta compréhension.

    RépondreSupprimer
  2. laurent ,je bois de l'air ,je te remercie pour toutes tes visions ,tes ambiances de dingue ,ton humour de grand malade .bise stephanie

    RépondreSupprimer
  3. De la pure connerie ce papier. Je ne sais pas on peut publier pareilles imbécillités après avoir fait juste une semaine en Casamance. Ce papier est truffé de raccourcis, trop rapidement pris. Il sourd de ce propos quantité de préjugés que l'on s'épuiserait à traquer dans les blancs du texte. Les témoignages sont à mille lieues de l'objectif. L'explication fait trop de sauts de puce.
    Mon cher tu aurais mieux fait de te taire puisque tu ne connais ni l'histoire de la Casamance ni aux questions relatives au séparatisme. Tu te contentes de nous servir ce que la propagande indépendantiste fait croire aux jeunes Casamançais sans esprit critique. L'analogie avec Paris, c'est le comble. Comme si nous étions les Messieurs Jourdain du bonapartisme. Je crois qu'il te faut une bonne docu et quelques séjours pour oser une prochaine fois proférer sur cette question.
    Mais le mal est fait. Quand les incultes se mettent à disserter, cela produit toujours des catastrophes.

    Moustapha Sarr Diagne.
    Un Sénégalais qui connaît bien et aime bien la Casamance

    RépondreSupprimer
  4. Peux-tu donner au moins l'indice (même le plus ténu soit-il) d'une erreur ou d'une imbécillité dans ce texte, Moustapha ? Eclaire-moi avec ta lumière. Tu es peut-être un fidèle d'Abdoulaye Wade ? Que veut dire ce "nous", dans ta phrase "comme si nous étions les Messieurs Jourdain du bonapartisme" ? Il y a des gens qui combattent fièrement ces Messieurs Jourdain franc-maçons et assassins de leur peuple, et ce sont des gens que j'aime. Et, parmi eux, les jeunes Casamançais qui s'engagent au MFDC ont un esprit très critique, beaucoup plus que tu ne sembles le penser, suffisamment critique pour engager leur vie dans un combat sans retour pour la liberté.

    RépondreSupprimer
  5. Boff !!
    Vas y en Corse faire le meme travail pour le soumettre à TF1, là on comprendra bien tes jugements !!!

    RépondreSupprimer
  6. Etant rigoureusement anti-démocratique ET impartial, j'ai pour principe de publier les messages les plus hostiles mais de sabrer les plus imbéciles. C'est une faiblesse passagère, due à la joie profonde de toucher les rives de l'an 2012, qui m'a incité à laisser passer la phrase ci-dessus de OUZ, dont j'avoue ne pas comprendre un traître mot.

    RépondreSupprimer
  7. pour nous tous l'enjeux est le meme: la vie ou la mort on donneras notre sang a cette terre sacret de la CASAMANCE si c'est le pris de l'independance on le feras pour génération future

    RépondreSupprimer
  8. les casamancais on compris que la verité ne sortiras jamais de la bouche des sénégalais

    RépondreSupprimer