vendredi 5 février 2010

Mariale Marseille


Il est cinq heures du matin. La nuit est glaciale en ce mardi 2 février, et le mistral impitoyable avec les moelles épinières. Je suis debout sur la plaque du quai des Belges célébrant la fondation de la ville par les Phocéens, au milieu d'un bon millier de persones assistant à l'arrivée de l'Evangile par la mer apporté par la Marine marchande. L'Archevêque de Marseille, juché sur le pont d'un bateau, rend hommage à la Vierge Noire Notre-Dame de la Confession qui a rarement été si belle. De temps en temps, une voiture d'Arabes passe sur le quai en criant 'Alleluiah !'.


La procession vers l'abbaye St Victor est lente et puissante, avec beaucoup de jeunes filles exaltées brandissant fièrement leurs chandelles vertes. J'aime le refrain de cette psalmodie :
'Nous te saluons, ô toi Notre Dame,
Marie, Vierge Sainte que drape le soleil,
Couronnée d'étoiles,
la lune est sous tes pas.
En toi nous est donnée
l'aurore du Salut'.
Ce sont les gens qui ne vont jamais à l'église qui disent que personne ne va à l'église, tous les mecs du genre de Pierre Jovanovic. L'interview de ce type, nouvelle star des rebelles du web, par Johan Livernette est éprouvante : il affirme haut et fort être le premier de l'histoire mondiale à avoir découvert que le chiffre de la Bête représentait l'argent et le système bancaire ! Quelle puissance analytique, bravo ! "L'Apocalypse de Jean, auquel (sic) personne n'a jamais rien compris depuis plus de 1500 ans" déclare ce brave homme - sauf lui, l'ange gardien de l'intelligence autoéclairée, tout fier de citer un e-mail de fan qui lui écrit qu'il "a dépassé toutes les analyses de tous les théologiens faites avant [lui]" (lesquels théologiens ne croyaient pas aux anges, c'est bien connu). On dirait du Jean-Edern Hallier, en nettement moins drôle...   Evidemment, pour Jovanovic, l'Eglise est le temple de Satan (vieille antienne éculée, répétée ad nauseam par tous les ésotéristes de pacotille depuis deux mille ans) ;  les églises prétendument vides devraient donc le réjouir (entre parenthèses)...
Ce matin, le nombre de gens qui bravent le froid et le sommeil (et les minables balivernes crypto-complotistes) pour honorer et chanter Marie donne foi en l'amour.

envoyé par LaurentJames

Après avoir béni Marseille sur le parvis de l'abbaye, Mgr Georges Pontier célèbre une messe émouvante dans la nef pleine comme un oeuf. Je demande à une vietnamienne de mettre le feu au bout de ma chandelle tendue comme une corde d'arbalète.


Il me reste à faire le plein de navettes à la boulangerie de St Victor, devant laquelle jouent fifrelins et tambourinaïres, à l'ancienne. Ce biscuit à la fleur d'oranger en forme de bateau est un des souvenirs les plus vivaces du débarquement de Ste Marie-Madeleine à Massilia. Marseille, ville la plus sainte de Gaule, initiatrice des plus grandes religions en Europe de l'Ouest : le culte de la Lune et de l'Esprit de vie avec Artémis, le culte du Soleil et du Verbe avec Marie-Madeleine. Marseille, ville si détestée par les Français bon teint pour son absence radicale de toute culture parasitaire. Marseille, ville anti-rock, ville électrique, ville montueuse, grotte venteuse qui accueillera bientôt le navire du Mahdî portant haut la bannière hyperboréenne à quatre potences effilées.

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