vendredi 4 décembre 2009

Les racailles de banlieue sauveront nos âmes




Cette vidéo correspond à un texte écrit en novembre 2005, lors des fameuses "émeutes de banlieue".
Lars von Trier venait de sortir Manderlay, qui entrait furieusement en résonance avec les vibrionnantes glossolalies abrahamiques de lascars enfiévrés de lyrisme incantatoire. Après une lecture mise en scène de ce texte sur la scène de la Main d'Or, Pierre Cormary et le Stalker me chièrent dessus sur leurs blogs respectifs : ils avaient en effet ouï dire que leurs visages avaient été utilisés pour illustrer un passage sur les "droitistes professionnels" de notre époque. Cormary était même tout émoustillé, parce qu'il croyait que sa face avait été sifflée par une foule en délire. Il pensait déjà être une star de l'overground... Bien entendu, personne ne les avait reconnus, et c'est uniquement le caractère comique de l'inscription de leurs visages goguenards dans des cartes à jouer (2 de pique et Dame de coeur) qui fit sourire quelques spectateurs.
Cormary élargit le débat, et s'en prit alors à l'ensemble du spectacle, notamment à son titre : "Les Possédés". Ce fat voulait alors montrer à tout le monde qu'il était dostoïevskien, et il monta sur ses poneys pour s'écrier qu'être possédé est une tare, et qu'il est idiot de s'en faire gloire. Dostoïevski aurait évidemment été le premier à reconnaître qu'un écrivain se devait d'être possédé, puisque Dosto était un fin connaisseur de Platon - ce qui n'est pas le cas de Cormary.
"Car le poète est une chose légère, ailée et sacrée, qui ne peut composer avant d'être inspirée par un dieu, avant de perdre sa raison, de se mettre hors d'elle-même. Tant qu'un homme reste en possession de son intellect, il est parfaitement incapable de faire oeuvre poétique et de chanter des oracles. [..] les poètes ne sont rien d'autre que les interprètes des dieux, chacun possédé par celui qui le possède." (Ion, 534)
Tant que j'y suis, et pour rester cinq minutes en Russie, voici ce qu'écrivait Céline dans Bagatelles pour un Massacre à propos du Théâtre Marinski à Leningrad :
"Ballet veut dire féerie. Voici le genre le plus ardent, le plus généreux, le plus humain de tous !... Qui l'ose ?... L'âme se décline et se lasse... La verve n'est plus soutenue par une folie d'ensemble. Plus aucun créateur au coeur de tous ces poèmes.. Comment les accabler ? Ils sont partis vers la Raison... La Raison leur rend bien... Ils ne parlent plus que Raison... raisonnablement... brelan de cloches si fêlées... Les voici tout croulants de raison... Tant pis !... Les catastrophes les plus irrémédiables, les plus infamantes ne sont pas celles où s'écroulent nos maisons, ce sont celles qui déciment nos féeries..."


Aujourd'hui, de nouvelles caricatures de nos amis sillonnent la Toile (cf. ci-dessous). Elles sont encore plus réussies que naguère. Un dissecteur de cadavre et un bateleur porcin : voilà qui est moins noble qu'être intégré à un jeu de cartes, mais mon respect infini pour le Tarot de Marseille me fait évidemment préférer cette version haute en couleurs.





1 commentaire:

  1. Bonjour Laurent,
    voilà, j'ai récemment fait enlevé par un site spécialisé dans le nettoyage du net cette assez indésirable image de moi sur le blog qui l'avait créée : http://waowwwaow.blogspot.com/. et je la retrouve chez vous. Alors, je pourrais bien entendu refaire appel à eux, mais je préfère vous le demander directement et vous prier de retirer au plus vite cette image. Merci beaucoup.

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