lundi 20 juillet 2009

Pourquoi PAROUSIA ?

Le Temps n’est pas seulement quantifiable et mesurable. De la même manière qu’il existe des espaces sacrés, certaines zones temporelles sont particulièrement qualifiées, c’est-à-dire délimitées par une présence transcendante, ne pouvant être décrite par aucune équation algébrique. Ces zones correspondent à des fins de périodes historiques très singulières. Le nombre de cycles décrivant la structure temporelle est indénombrable, car ils sont tous emboîtés les uns à l’intérieur des autres comme des poupées russes, en une réplique spéculaire du mouvement fractal des astres : l’univers est tissé d’une infinité de respirations qui s’étendent dans toutes les dimensions du temps et de l’espace. Le mouvement global du Temps est hélicoïdal : ni linéaire (contrairement à ce qu’exprime la vision moderne de la causalité toute-puissante) ni cyclique (contrairement à ce que pouvait penser Nietzsche), l’hélice montre une succession de cycles en translation autour d’un axe central. La fin d’un cycle ne se superpose aucunement à son début : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et l’histoire ne repasse pas les plats ; mais la fin d’un cycle est toujours l’analogie de son début, son reflet énergétiquement amenuisé.

Dès le cinquième millénaire avant Jésus-Christ (et probablement avant, mais nous n’en avons aucune trace), le calendrier égyptien tenait compte de la précession des équinoxes dans le calcul des cycles luni-solaires. Depuis, ce phénomène n’a cessé d’être de plus en plus étudié par des centaines de penseurs traditionalistes, de Platon et Héraclite jusqu’à René Guénon et Raymond Abellio. Le point vernal du globe terrestre, situé au croisement de l’écliptique et de l’équateur céleste, est actuellement pointé vers la constellation des Poissons. La précession équinoxiale désigne le fait que ce point se déplace lentement le long de l’écliptique (à cause des marées), et qu’il pointe une constellation différente tous les 2160 ans (an allant dans le sens inverse du zodiaque). Or, toutes les zones de l’univers sont interdépendantes : c’est un postulat de base de l’astrologie sérieuse, réactivé par le principe de relativité générale. Il est donc permis de supposer qu’entre autres influences, celle de la constellation visée par le point vernal puisse avoir son importance sur les civilisations humaines. C’est pourquoi certains auteurs ont tenté de dresser une histoire de l’humanité en prenant cette durée de 2160 ans comme brique élémentaire.

Le miracle est le suivant : si l’on intègre cette brique dans la théorie des Quatre Ages, modélisée par Hésiode mais présente dans toutes les religions traditionnelles, tout en utilisant la Tetraktys pythagoricienne comme structure algébrique globale (basée sur le fait que « tout est nombre » et que dix – unité humaine par excellence – est le nombre complet), le Cycle de l’Humanité adamique devient très rigoureusement compatible avec les traditions égyptienne, hindouiste et biblique, et même avec les eschatologies mayas, sioux, bouddhistes (le Maitraya de la Terre Pure), et bien sûr musulmanes.

Les durées des Ages d’Or, d’Argent, d’Airain et de Fer décroissent selon la suite de Pythagore 4-3-2-1. L’unité élémentaire de cette suite consiste en une succession de trois ères précessionnelles. Ainsi, l’Age de Fer comprend l’Ere du Taureau, celle du Bélier puis celle des Poissons, et dure au total 6480 ans. Précédant celle-ci, l’Age d’Airain, comprenant six ères, a duré 12960 ans. La durée de l’Age d’Argent a été auparavant de 19440 ans (9 ères), et celle de l’Age d’Or a été de 25920 ans : 12 ères, soit le tour complet du zodiaque. Un hadîth donné par al-Tirmidhî rapporte les propos suivants du Prophète de l’Islâm : « L’Heure n’aura pas lieu tant que le temps ne se sera pas contracté, au point que l’année passera comme un mois, le mois comme une semaine, la semaine comme un jour, le jour comme une heure ; et l’heure s’écoulera aussi vite qu’un tison enflammé ne met de temps à se consumer ». La contraction du Temps aux abords de la Fin, visible dans le raccourcissement progressif des quatre Ages de l’Humanité, est le pendant de la dilatation de l’Espace à l’origine du cosmos.

Ce système donne la date suivante pour la sortie de l’Age d’Or, c’est-à-dire la chute de l’homme dans le Temps, son involution dans la chair par la rupture de l’hermaphrodisme originel, son acquisition d’un corps matériel pour pouvoir régner sur le monde manifesté : 36720 ans av. J.-C. Cette date a été calculée par Paul Le Cour en 1937, soit quelques dizaines d’années avant que des paléo-anthropologues ne découvrent que l’Homo sapiens ou « Homme moderne » (dit de Cro-Magnon), d’espèce différente de l’Homme de Neandertal, serait apparu il y a environ 35000 ans.

L’Age d’Airain se termina en 4320 av. J.-C, se dégradant ensuite en Age de Fer (le Kali-Yuga hindou). Il faut bien comprendre que les hommes deviennent de plus en plus mauvais à mesure que leur époque s’éloigne de l’Age d’Or, puisque la mémoire du souffle originel de Dieu se fait progressivement imprécise en eux. Le point vernal entra alors dans la constellation du Taureau (durant 2160 ans) : celui-ci tint le rôle de l’animal sacré dans l’Ancien Empire égyptien (Boukhis, Mnevis et Apis), à Sumer (le Taureau androcéphale), en Inde (le taureau fertile Nandi) ; par ailleurs, la domestication du bœuf s’imposa partout à cette époque, donnant lieu à des figures mythiques comme celle de Shennong en Chine, le Divin Laboureur à tête de bœuf.

En 2160 av. J.-C., l’Ere du Bélier vit surgir le judaïsme comme religion nouvelle. En fait, comme l’écrit Chesterton, le monothéisme a toujours été la religion des peuples traditionnels : « Prolixe quant à sa mythologie, le sauvage est secret sur sa religion ; il vous racontera poliment et pour passer le temps que le soleil et la lune sont les deux moitiés d’un poupon, ou qu’il pleut quand on trait la grosse vache d’en haut ; après quoi il se retirera au plus profond d’une caverne interdite aux femmes et aux blancs, retentissante de mugissements sinistres et dégouttante du sang chaud des victimes offertes, où le prêtre murmure à l’oreille des seuls initiés l’ultime secret des choses : que l’entr’aide est la loi de nature, qu’il est bien d’être honnête, que tous les hommes sont frères, et qu’il n’y a qu’un Dieu qui règne dans les cieux » (in L’Homme Eternel). Mais la religion des Juifs était une chose nouvelle, en ce sens que c’était une tentative de redresser l’homme perdu au milieu de l’Age de Fer en lui redonnant les principes premiers de sa cosmogonie. Dieu s’est alors adressé au peuple juif pour que celui-ci se montre en exemple devant l’humanité tout entière en se rapprochant du souffle primordial. Les liens entre le judaïsme et le bélier sont innombrables : le mois de Nisan (bélier) – celui du départ d’Egypte - vu comme le premier mois de l’année, le sacrifice du bélier par Abraham remplaçant le culte du veau d’or, la destruction des murailles de Jéricho par le son du shophar (corne de bélier), etc.

Mais la sécularisation de la Torah, et sa prise en main exclusive par les scribes et pharisiens lettristes, fit échouer le projet divin de rénover l’humanité. Dieu décida alors d’incarner Son Verbe (la source des Formes, le Yang, la Purusha hindoue) afin de Se donner Lui-même en exemple. Cette intersection entre l’histoire de Dieu et celle des hommes relève d’une extrême singularité temporelle, mais elle n’est pas située hors de l’histoire : elle désigne « simplement » le déclenchement de l’Ere des Poissons, symbole actif du christianisme (Ichthus), qui nous permettra d’aboutir 2160 ans plus tard (soit dans 151 ans) à une triple conjonction temporelle : l’entrée dans l’Ere du Verseau, la sortie de l’Age de Fer et – surtout – la sortie du Cycle total de l’humanité adamique.

Cette durée de 2160 ans est le souffle élémentaire, brique insécable de l’histoire des hommes, car son articulation temporelle est la même que celle de tout être vivant, de sa naissance jusqu’à son jugement post-résurrectionnel. Héraclite écrivait : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », soulignant ainsi l’identité fractale entre la fourmi et la planète Saturne, entre l’homme et l’univers. La vie d’une ère précessionnelle est donc construite à partir de trois sous-durées de 720 années chacune, articulées comme suit : Naissance et apprentissage, Maturité et mort de l’élan initial, puis Renaissance sur un plan inférieur. Dans le cas d’un être vivant, sa renaissance pourra s’opérer sur un plan supérieur de l’existence s’il se trouve être du bon côté de la balance lors de son Jugement, mais la renaissance de l’humanité 1440 ans après l’élan impulsé au début de chaque ère précessionnelle ne peut qu’être dégradée puisque l’Histoire est en permanente dévigoration. Jean Phaure a comparé quelques ères entre elles à l’aune de cette dynamique ternaire, montrant que c’est toujours aux deux tiers d’une ère que celle-ci doit affronter les premiers germes de sa déclinaison finale. Je ne donnerai ici que l’exemple de l’Ere des Poissons, qui vit se développer les premières bourses (à Bruges) et banques (Jacob Fugger d’Augsbourg) au début du XVè siècle : ce siècle correspond à la naissance du capitalisme (et du protestantisme) pour Werner Sombart, et de la modernité pour Guénon. Près de six cents ans plus tard, c’est bien le libéralisme (la Bête de l’Apocalypse stricto sensu) qui est devenu le Maître de notre monde.

Une trentaine d’années après le début de l’ère des Poissons, il se trouva que Ste Marie-Madeleine, St Jean et la Ste Vierge Marie assistèrent tous trois à la crucifixion de Jésus-Christ, et surtout à Son cri de désespoir où Il demanda à Son Père la raison de Son abandon. Cette terrible révélation fit converger les visions des trois témoins en une christologie commune, affirmée encore durant les nombreuses années qu’ils passèrent ensuite ensemble à Ephèse : Jésus n’était pas strictement omnipotent, ce qui pouvait indirectement conduire à la désobéissance d’une partie des hommes. Et si certains hommes allaient emprunter un autre chemin que celui des Evangiles, ils seraient forcément jugés et condamnés à la fin des Temps.

En d’autres termes : chaque cycle historique produit des déchets, ce qui est une des caractéristiques de tout être vivant. Et la poubelle qui s’érigerait à la fin des Poissons serait constituée de la masse des hommes qui auraient refusé le Christ, de ceux qui seraient jetés dans l’Hadès après le Jugement Dernier.

« Il semble bien que d’après toutes les indications fournies par les doctrines traditionnelles, nous soyons entrés vraiment dans la phase finale du Kali-Yuga, dans la période la plus sombre de cet « âge sombre », dans cet état de dissolution dont il n’est plus possible de sortir que par un cataclysme, car ce n’est plus un simple redressement qui est alors nécessaire, mais une rénovation totale », a écrit René Guénon dans La crise du monde moderne.

Après avoir vécu avec la Vierge Marie et St Jean à Ephèse dans une maison qui fut retrouvée à distance par la mystique westphalienne Anne-Catherine Emmerich vers 1820, Marie-Madeleine fut placée par les Juifs dans une embarcation sans voiles ni rames en compagnie de sa sœur Marthe, son frère Lazare et son confrère Joseph d’Arimathie (porteur du Graal), afin que tous se noient dans la Méditerranée. Guidés par une force divine, ils débarquèrent en Gaule dans la calanque de Marseilleveyre quelques mois plus tard. A la manière de Don Quichotte marchant au début du second volume sur les pas de son usurpateur pour montrer aux villageois qu’il était, lui, le véritable Alonso Quijano, ce fut à Massilia que Marie-Madeleine arriva, afin d’abolir le culte d’Artémis d’Ephèse particulièrement florissant en cette cité, et le remplacer par celui de Jésus-Christ. Elle marqua alors définitivement la Provence par ses homélies prophétiques, avant de rejoindre la Sainte-Baume pour se répandre en larmes pendant une vingtaine d’années, ayant compris à quel point il était difficile de tourner la face de l’homme vers Dieu. L’anachorète roumain Jean Cassien arriva en 415 à Marseille, après avoir passé quelques années à méditer dans les déserts d’Egypte, où il croisa des nestoriens, des moines bouddhistes, des zoroastriens, et des gitans qui lui apprirent l’existence du jeu de cartes. Fasciné par Marie-Madeleine, à tel point qu’il tailla des marches d’escalier dans la montagne de la Sainte-Baume pour rejoindre et faire garder la grotte par ses moinillons, et qu’il fonda l’abbaye Saint-Victor sur la rive sud du Vieux-Port à l’endroit où la Sainte avait séjourné, il décida de mettre en images les prophéties de celle-ci, qui devaient encore grandement imprégner la mémoire de la ville : les vingt-deux lames majeures du Tarot de Marseille étaient nées. Elles furent tenues secrètes dans l’enceinte de l’abbaye, jusqu’à ce tournant maudit du XIVè siècle, où les moines à moitié dégénérés (ils empruntèrent de l’argent à des juifs en 1182) se virent interdits de jouer aux cartes en 1337 : le Tarot n’était probablement devenu pour eux qu’un moyen ludique de passer le temps.

L’Apocalypse de Jean fut rédigée à Pathmos suivant un plan réparti sur 22 chapitres (1+7*3), dont l’articulation en trois parties est analogue à celle des 22 arcanes du Tarot (du fait de la proximité de pensée entre Marie-Madeleine et Jean), des 22 siècles de l’ère précessionnelle des Poissons (Jean était prophète), ou de l’existence spirituelle de l’être humain. Marc-Edouard Nabe parle d’autopocalypse à propos de l’ouvrage de St Jean (dans Alain Zannini), montrant ainsi la parfaite identité entre la Révélation johannique et l’histoire ontologique de chacun d’entre nous pris dans sa propre individualité. Etudions le parallèle entre le rythme de l’Apocalypse et celui de l’ère des Poissons. Le premier chapitre est consacré à « l’envoi de l’Ange pour faire connaître la Révélation de Jésus-Christ à ses serviteurs ». Les chapitres II à VII décrivent la naissance des Evangiles (les Vivants) et l’expansion de l’Eglise, puis l’ossification de celle-ci du fait de sa focalisation sur le pouvoir matériel avec Constantin Ier (traduit par la remise à l’Agneau des destinées du monde avec le déroulement des sept sceaux), les désastres provoqués par les cavaliers (j’y reconnais la figure de Clovis « converti » en 496), l’enroulement du ciel sur lui-même (afin de laisser la place à un autre Livre) et enfin l’apparition d’un Ange venu de l’Orient : Muhammad et ses 144000 justes.

Les chapitres VIII à XIV montrent les conséquences du déroulement du septième sceau après un silence d’une demi-heure : ce sont les rugissements des sept trompettes, symbolisant la puissance des épreuves envoyées par Dieu pour vérifier si l’exemple de Son Fils a été suffisant pour fortifier les hommes. Les armées de sauterelles illustrent les Grandes Invasions, la mesure du Temple de Dieu est là pour conjurer les peurs de l’An Mil, les deux témoins qui prophétisent chacun de leur côté sont une métaphore du Grand Schisme de 1054 entre St Léon IX et Michel Cérulaire ; puis le Temple de Dieu s’ouvre à la septième trompette : c’est l’énergie suprême donnée par la maturité. Une Femme enceinte se réfugie au désert pour fuir le Dragon, lequel veut dévorer son enfant afin d’enrayer la venue du Paraclet durant l’ère du Verseau : nous avons ici la plus belle image de l’essor des cathédrales au XIIè siècle. Mais la Bête surgie de la mer et la Bête surgie de la terre parviennent à imposer le règne des Hommes-Chiffres, indélébilement marqués par le chiffre DCLXVI : réunion de toutes les unités arithmétiques sur le boulier du commerçant, infaillible consécration de la finance internationale. Puis des anges annoncent l’heure du Jugement, jetant des faucilles sur terre pour moissonner la colère de Dieu (grande peste noire, Guerre de Cent Ans, destruction de l’Ordre du Temple).

Enfin, les chapitres XV à XXII décrivent la chute des hommes dans le Mal absolu (les coupes en or remplies de la colère de Dieu remplacent le Graal initial qui contenait le Sang du Christ) : le Trône de la Bête régnant en pleine gloire, la Prostituée fameuse assise au bord des grandes eaux mangée par la Bête (les démons se dévorent le foie entre eux, illustration de la Révolution Française telle qu’a pu la ressentir Joseph de Maistre en se basant sur la réversibilité du Bien et du Mal dans les Temps de la Fin), le premier combat eschatologique entre le cheval blanc et la Bête (alliée aux rois de la terre) décrivant la période 1870-1945, puis le règne du Christ pendant mille années comme métaphore de la communion entre Jésus et les Juifs industriellement abattus dans les camps d’extermination. Si Jésus règne à ce moment-là, il faut bien comprendre que c’est parce qu’Il a été décrucifié : c’est ce que Léon Bloy n’a cessé de prédire comme signe indiscutable annonciateur de la Parousie, liant indéfectiblement le Salut du Monde au sort des Juifs. Enfin, le second combat eschatologique rejoint la description de notre époque : la Cité bien-aimée assaillie par Gog et Magog et leurs alliés « aussi nombreux que le sable de la mer », c’est la Palestine colonisée par les sionistes, et c’est plus généralement l’Orient souillé par l’Occident (l’Irak, l’Iran, le Pakistan, le sud-est asiatique, sans oublier le Japon). Et ce « feu qui descend du ciel » marquant le début de la victoire contre la Bête et le faux prophète (XX.9), je le vois briller dans les explosions du World Trade Center le jour du 11 septembre 2001… Le Jugement des nations et l’avènement de la Jérusalem céleste seront les événements qui permettront d’asseoir le règne social du Paraclet, en un communisme spirituel rendu possible par la sacralisation des Justes. XXII.12 : « J’apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail ». L’ère du Verseau sera la première du nouvel Age d’Or du prochain Cycle de l’Humanité, celle où sera complètement rénové l’être humain, où l’homme extérieur sera uni avec l’homme intérieur : le nouvel Adam sera semblable à l’ancien, à ceci près qu’il aura contemplé la Croix. Que l’homme assoiffé s’approche (XXII.17).

Il nous reste à comprendre quel rôle devons-nous endosser en ce début de vingt-et-unième siècle, quelle mission avons-nous à remplir pour préparer et accompagner la venue du Paraclet. Notre terrain d’action doit s’exercer en trois domaines, les mêmes que ceux arpentés depuis au moins sept cents ans par la Bête : la politique, la religion et l’art. Celui qui restreint sa compétence à l’une seulement de ces activités, verra son combat stérilisé quelle que soit la pertinence de ses travaux. Il vient un moment où l’on comprend que l’on ne peut plus combattre le Mal, c’est-à-dire l’Empire américano-sioniste, avec des armes à feu, des pièces de théâtre ou de la concurrence économique. Pour vaincre un ennemi, ou plutôt l’affaiblir suffisamment pour faciliter son renversement par le Mahdi, bras séculier du Jésus Pantocrator, il faut se mettre sur le même terrain de combat que lui. Et la substance de l’Empire est mystique, absolument et dans tous les sens. Il ne faut pas croire les économistes qui vous affirment que le libéralisme est une pratique dénuée de toute idéologie, un empirisme émanant d’une juste gestion de la réalité. Le libéralisme est une machine de guerre contre la religion (et donc contre les principes de la communauté, de la beauté, de la gratuité et de la connaissance), et la plus puissante qui ne soit jamais survenue dans ce monde sub-lunaire ; c’est donc elle-même une religion à l’envers, opposée au principe de subsumation cosmique de la Tradition (où chaque partie aussi élémentaire soit-elle fait partie d’un tout), puisque désormais, plus rien ne fait partie de plus rien. Tout est atomisé. Le libéralisme est basé sur la division infinie de la réalité ; mais pour être vraiment efficace, il a commencé par s’attaquer à la vérité. Laurence Parisot nous dit « La transcendance est une erreur (voire un crime), l’homme est au centre de l’univers et rien n’existe en-dehors de lui, toute source de connaissance ne peut se trouver qu’au tréfonds de son Soi, et la notion même de transmission est une monstruosité (y compris la transmission de l’instinct révolutionnaire, bien sûr ! c’est là tout le travail opéré par le socialisme post-68 : en finir avec le concept de Révolution) ». Le principe de simulacre est évidemment un des fondements du libéralisme ; il est si bien mis au point que certains – dont bon nombre d’intellectuels – croient dur comme fer aux illusions créées par le système. Parmi ces intellectuels, beaucoup (de Muray à Finkielkraut) profèrent un discours intrinsèquement réactionnaire, comme si l’Empire était basé sur des principes révolutionnaires ! Ils critiquent par exemple la pornographie régnante dans nos sociétés, le Désir comme moteur du capitalisme effréné, ainsi que l’individualisme promu comme valeur suprême à tous les étages. En réalité, jamais depuis l’occurrence de l’Age d’Argent l’homme n’a aussi peu fait l’amour, jamais l’homme n’a aussi peu désiré, et jamais n’y a-t-il eu aussi peu d’individus. La société est individualitaire (comme l’écrit Nabe dans Rideau), basée sur la tyrannie du nombre pour écraser l’individu. Un homme fort – c’est-à-dire un individu – ne peut exister qu’à partir (ou à l’intérieur) d’une communauté forte (ou même contre elle) ; s’il n’y a plus de communauté – et jamais n’y en a-t-il eu aussi peu de véritable – l’homme est voué à la faiblesse de l’esprit, du corps et de l’âme.

Le moteur du simulacre est l’écran, commun aux trois mobiles de la modernité que sont le libéralisme, le journalisme et la démocratie parlementaire. Tout est désormais parfaitement organisé pour faire obstacle à la Vérité. La lutte contre l’écran est notre viatique, que nous devons transfuser dans toutes nos activités. En politique, il faut s’armer intérieurement de pureté pour faire face aux monstruosités de l’Empire occidentaliste américano-sioniste, mais également ne pas hésiter à se salir (au sens métaphysique) au contact de mouvements qui divergent parfois de nos aspirations, mais qui peuvent permettre de dévoiler tout un pan du réel aux gens du peuple. Le Parti Antisioniste est le plus bel exemple de cénacle politique sérieux depuis Action Directe. Le mot d’ordre du Parti Anti-Sioniste pourrait être : Pensée Directe. Déterminé, cohérent, chevaleresque, révolutionnaire et métaphysique, c’est le « Parti que Dieu nous a donnés » (pour reprendre l’expression qu’ils utilisent eux-mêmes à propos de Dieudonné : « l’athée que Dieu nous a donnés »). Combattre l’arraisonnement du monde par l’Occident est l’unique bannière acceptable aujourd’hui : le Parti Anti-Sioniste est un parti guénonien.

La grande misère de la plupart des mouvements ésotéristes réside dans leur lâcheté, leur infantilisme et leur abjecte tour-d’ivoirisation. Ils confondent l’ésotérisme avec l’occultisme. Il est temps de reprendre la sagesse antique et le traditionalisme flamboyant aux fades ésotéristes démissionnaires, et de les traiter comme Jésus traita les pharisiens. Etre traditionaliste aujourd’hui est la meilleure manière d’être révolutionnaire, puisque le Système – je le répète – est totalement réactionnaire, en ce sens où il se braque sur l’immanence intrinsèque au libéralisme afin de bloquer toute tentative d’imposition d’une véritable Justice !

Il est permis de penser que l’attaque de l’Iran par les forces occidentales sera une pierre blanche dans l’édification de la victoire finale : c’est loin d’être un hasard si la plus puissante des eschatologies mondiales est celle du chiisme duodécimain des usuli de Téhéran. Muhammad al-Mahdi, le douzième Imam occulté par un repli de l’espace-temps en 874 (probablement la même année que la disparition du Graal), resurgira le moment voulu dans la calanque de Marseilleveyre pour insuffler l’Esprit Saint sur la nuque des combattants invisibles assoiffés de justice céleste. L’union sacrée entre chiites et sunnites sera suivie par l’union entre les révolutionnaires métaphysiques du monde entier, jusqu’à la très sainte Asie où la Chine et le Japon sauront s’allier efficacement pour accueillir l’ultime Bodhisattva afin de ré-orienter le monde. Une nouvelle religion surgira alors, provoquée par cette nouvelle rencontre entre Dieu et l’humanité, faite pour l’Eveil des Justes et la condamnation des Injustes. Cette cosmogonie sera essentiellement bâtie par l’Islâm, puisque c’est la force religieuse qui émergea en fin du premier cycle de l’ère des Poissons pour contrebalancer la Bête qui surgit en fin de second cycle. Je prie et je me bats pour qu’un certain ésotérisme johannique puisse irriguer cette religion de la fin des temps, tissée autour du Vide central de la spiritualité asiatique.

A son tour, le combat artistique n’est pas à prendre avec des pincettes : nous devons nous débarrasser au plus vite du médium dans tous les domaines. Je considère que les principes de création suivants sont essentiellement morts, c’est-à-dire qu’il est aujourd’hui impossible à quiconque de pouvoir faire surgir la moindre parcelle de vérité en utilisant ces outils, désormais entièrement asservis à la Culture sans le moindre espoir de retournement de situation : il s’agit du théâtre, du cinéma et de la peinture. Ces formes d’arts sont toutes basées sur le principe de l’intermédiaire (l’acteur, la scène, l’écran, la télévision, la toile) comme support de l’œuvre, toujours développée sur deux dimensions (lorsqu’elle prétend en avoir trois, on évoque alors la présence d’un trompe-l’œil). En des temps moins dégénérés que le nôtre, la peinture ou le théâtre pouvaient atteindre aux plus hautes des aspirations humaines (même si l’on sait ce que pensait Bloy de la valeur sodomite de l’acteur), mais en une époque comme la nôtre, ils ne peuvent devenir que les bras armés de l’infecte Culture aux mille tentacules. Et comme ce n’était pas suffisant, le cinéma est né au début du vingtième siècle dans le seul but de réifier le monde, et de le déposer tout englué d’halogénure d’argent sur l’autel satanique d’Hollywood.

En revanche, la sculpture et la danse, en mettant l’accent sur la force révolutionnaire du volume (contre la surface) et du corps humain directement exposé (sans prétexte à dramaturgie verbeuse), ainsi que sur la valeur transcendantale de la chair (contre la misère de la viande), peuvent prétendre échapper à toute notion de Culture. Même le plus mauvais sculpteur de quartier possède une capacité de sacralisation de la réalité qui peut faire basculer dans le néant le moindre poste de télévision alentour, alors qu’il faut vraiment aller chercher tout au fond du quatrième arrondissement de Marseille pour parvenir à dénicher le seul peintre intéressant de France - Laurent Pellecuer, qui élabore son œuvre au rouge dans les sous-sols de la Maison Usher.

Quant à la musique et la littérature, nous en avons besoin aujourd’hui plus qu’en tout temps pour nous enivrer amoureusement du langage des oiseaux, cette mystérieuse mélopée édénique que les hommes cherchent depuis toujours à réinvestir, afin d’endosser l’apparence angélique de leur prime enfance au sein d’une Eternité enfin retrouvée.

1 commentaire:

  1. Bon je suis interessé par votre analyse, j'attends d'ailleurs la sortie du livre de Camoin sur ce thème; moi même je mène une enquète sur le thème cyclique de la ROVE DE FORTVNE dans le Tarot et je suis tout particulierement interessé par les echanges entre différentes mouvances spirituelles concrètes comme il semblerait que vous partagez. Je ne sais pas si le reve de Guénon sur la possibilité d'une "Loge" multi-confessionnelle, occidentale et à caractère initiatique est possible...
    En tous je serais heureux de partager nos visions cycliques et je vous mets mon blog pour que vous puissiez consulter les quelques textes que j'y ai mis sur le sujet!
    http://lecycledelarouedefortune.blogspot.com/

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