dimanche 6 juillet 2014

Conférence sur Beyrouth et le Liban

La conférence de Robert Steuckers, initialement prévue le 12 juillet à Marseille, est reportée à une date ultérieure à cause de problèmes de santé.
Celle de Mohamad Ezzedine est maintenue. Membre actif du RPL (Rassemblement pour le Liban), le mouvement authentiquement révolutionnaire du Général Aoun, M. Ezzedine a récemment publié un petit ouvrage passionnant sur les rapports complexes et tumultueux entre  la ville de Beyrouth et le Mont-Liban. Nous vous attendons nombreux.
 
 

mercredi 25 juin 2014

Vive Son Altesse Royale Stanislas Ier !

« Du Nord au Sud, de l'Orient à l'Occident les flambeaux de l'étoile de l'Empire Invisible s'allument, les temps du réveil parousial et polaire sont proches.... »
Baron von S.
 

Certains disent que la Royauté française ne peut pas être rétablie, car tous les rois sont morts et aucun n’est légitime. Mais c’est la France qui est morte, et le Roi, Lui, se réveille. Or, le Royaume d’Araucanie et de Patagonie est une Nouvelle-France, c’est-à-dire une Gaule très ancienne, totalement archaïque, celle des Indiens Mapuches qui se battent contre la modernité et l’Occident.

Ce 22 juin 2014, le rite solsticial fut un peu spécial : ni celte, ni odinique, ce fut la fête véritable de Jean le Baptiste, l’élection du Roi de la Jeunesse et de la Sphère du Feu, le jour de la Fête Dieu.

 
Ce fut donc un véritable incendie qui prit naissance à Tourtoirac ce 22 juin 2014. Tourtoirac, le bourg aux deux clochers. Après l’Eglise de Pierre et celle de Jean, voici venir la Troisième Eglise, celle de Lazare. Stanislas Parvulesco, l’anti-de Gaulle.

« A l’heure présente, de Tokyo à Dublin, de Stockholm à Palerme et à New Delhi, une multitude de petits groupements et de réseaux activistes recouvrent déjà, comme d’innombrables petits foyers d’incendie, comme une figure de la voûte céleste reflétant ses luminaires sacrés dans les ténèbres d’en-bas, l’espace impérial eurasiatique susceptible, quand il en sera décidé ainsi, de connaître, soudainement, la flambée immense de l’intégration de l’ensemble de ces petits foyers d’embrasement en une seule nappe frémissante, en un seul gouvernement continental d’incendie impérial révolutionnaire ». Constantin Parvulesco,  Le retour des grands temps.

Car le feu de la Saint-Jean constitué par le couronnement de Son Altesse Royale Stanislas Ier fut, en réalité, le début de cette flambée immense et ultime.

 
Ce 22 juin 2014, cent douze ans après le couronnement d’Antoine II le Philosophe, frère du chanteur perpétuel Charles Cros, c’est le petit-fils de Jean Parvulesco qui vient d'être couronné Roi d'Araucanie et Patagonie à la suite de feu le prince Philippe 1er. Joyeux avènement !

Le Royaume d’Araucanie et de Patagonie est un royaume essentiellement littéraire, c’est-à-dire métapolitique et eschatologique, le Royaume de l’Endkampf.

Ci-joint le communiqué de l'Assemblée des Sujets de S.M.

ROYAUME D’ARAUCANIE ET DE PATAGONIE

COMMUNIQUE DE PRESSE

     Nous, sujets de la Maison Royale d’Araucanie et de Patagonie, réunis en ce Nouvel An de la Nation Mapuche, tel qu’institué par S.A.R. le Prince Philippe Ier d’Araucanie ;

    Considérant que la constitution du Royaume ainsi que son acte additionnel imposent que le Souverain professe la Foi en la Sainte Église Catholique Romaine;

    Considérant que les mêmes textes constitutionnels prohibent, au cas où la succession du Souverain défunt serait confiée à un Conseil de Régence, que le Souverain désigné puisse être l’un des  membres dudit Conseil;

    Considérant que le testament politique laissé par Son Altesse Royale le Prince Philippe Ier décidait d’une Régence d’une durée d’environ six mois, permettant de procéder à diverses consultations préalables;

    Considérant que le Conseil de Régence institué après le rappel à Dieu de Feu Son Altesse Royale le Prince Philippe d’Araucanie a cru pouvoir désigner en qualité de Successeur le Président du Conseil du Royaume, membre à ce titre du Conseil de Régence, au motif qu’il avait renoncé à ses fonctions quelques minutes avant sa désignation, dans le but unique de prétendre à ladite désignation, ce qui constitue une violation par abus de Droit des Lois fondamentales du Royaume;

    Considérant que le Conseil a cru pouvoir procéder à la désignation d’un Successeur et recevoir son serment constitutionnel à l’instant même où le chapelain de la Maison Royale, M. l’abbé Jean-Marie Fournier, accompagnait de ses prières l’inhumation de la Royale Dépouille de Son Altesse Royale le Prince Philippe Ier, interdisant ainsi la présence de tout Saint Prêtre de l’Église Catholique Romaine qui pût attester avant l’élection et le serment de la Foi Catholique du nouveau Souverain;

    AVONS DÉCLARÉ vacant le Trône du Royaume d’Araucanie et de Patagonie, faute de désignation valide d’un Successeur selon les Lois fondamentales du Royaume;

    AVONS CONSTATE l’impossibilité de confier la désignation valide d’un Successeur au Conseil de Régence, dès lors que celui-ci a précédemment violé les Lois fondamentales du Royaume par le choix illicite de l’un de ses membres

    AVONS DÉCIDÉ de procéder à la désignation d’un nouveau Souverain dans l’intérêt de la Nation Mapuche en usant de la forme traditionnelle par laquelle S.M. Orélie-Antoine Ier, Fondateur du Royaume, a lui-même été élu par l’acclamation de Son Peuple;

    AVONS ACCLAME NOTRE NOUVEAU SOUVERAIN, SON ALTESSE ROYALE STANISLAS Ier, PRINCE D’ARAUCANIE,

    A CHOURGNAC, en la Maison natale de S.M. Orélie-Antoine, Fondateur du Royaume, où mourut Son lointain Successeur, S.A.R. le Prince Philippe Ier,

    L’AN DEUX MILLE QUATORZE, et le VINGT-DEUX JUIN.

 

Discours d'investiture prononcé par SAR Stanislas Ier le 22 juin 2014, jour du nouvel an mapuche, jour de la Fête Dieu, en présence des patriciens du royaume d'Araucanie.

us de sérieux possible sachant que 800 000 mapuches espèrent en leur déliv


La destinée a placé sur notre tête la couronne d’Orélie-Antoine et dans nos mains son drapeau.us de sérieux possible sachant que 800 000 mapuches espèrent en leur délivrance et en leur liberté.
 
La destinée a placé sur notre tête la couronne d’Orélie-Antoine et dans nos mains son drapeau.

Ce drapeau, le drapeau du royaume d’Araucanie-Patagonie, feu sa majesté le roi Orelie-Antoine Ier l’a fait flotter pour la première fois sur la terre ancestrale des mapuches, il y a maintenant 154 ans.

mercredi 21 mai 2014

Intraitable Charité


 
Giotto
 
Je suis de plus en plus intérieurement obsédé par le concept absolu de Charité. Comme l’avait écrit saint Paul, c’est la vertu théologale eschatologique par excellence, la Foi et l’Espérance n’étant « que » des vertus propitiatoires et pré-apocalyptiques, dont plus personne n’aura besoin face à la Parousie agissante. Or, en notre temps directement opératif de guerre conflagrationnelle totale, c’est la Charité mise en œuvre par l’Esprit qui ensoleille notre route et qui arme nos volontés unificatrices.

Deux textes récents montrent, chacun à sa manière, l’impérieuse nécessité de transmuer la fausse charité moderne, toujours déployée au bénéfice du mensonge, de la paresse et de la rentabilité, en une authentique et intraitable charité évangélique.
 

http://elogedesphenomenes.blogspot.fr/p/le-livre.html

 
Le dernier ouvrage de Bruno Deniel-Laurent est un plaidoyer pour l’Idiotie, c’est-à-dire l’irréductibilité radicale, la solitude intransigeante, la singularité absolue. Comme je l’écrivais naguère, un Idiot est quelqu’un qui se prend pour ce qu’il est, et seuls les médiocres le confondent avec l’imbécile qui se prend toujours pour plus futé qu’il n’est. Prétendre qu’on est intelligent, c’est la définition même de la connerie.
Chaque village avait jadis son Idiot vivant dans l’ivresse permanente ; aujourd’hui les villes sont pleines d’imbéciles alcooliques.

L’Idiot est une majuscule solitaire, face à la masse grégaire des minuscules imbéciles.

BDL fait cette merveilleuse déclaration dans son interview vidéo pour Max-Milo : « A la face des imbéciles, il faut rappeler que l’Idiot participe pleinement à la polyphonie du monde ».

On a effectivement beaucoup plus de chances de rencontrer un trisomique lors d’une cérémonie anniversaire de la confrérie Parousia à l’hostellerie dominicaine de la Sainte Baume, que dans un cercle sédévacantiste, un meeting complotiste ou une réunion de travail sur la spéculation financière.

BDL s’élève dans son livre contre une fausse charité bien spécifique : celle qui consiste à pratiquer l’avortement pour le bien des mongoliens, puisqu’ils ne sauraient vivre que dans la souffrance et les ennuis de tous ordres. Je cite « Pour une théorie du monde multipolaire » de Douguine : depuis que l’Occident est entré dans les temps modernes, « il agit sous la bannière des Lumières, du Progrès, de la Science, de la Laïcité et de l’Intellect, et lutte contre les préjugés du passé, au nom d’un avenir meilleur et de la liberté humaine ». C’est vrai dans tous les domaines, de la géopolitique à la spiritualité, des mœurs à la technoscience : l’Occident nous occupe tout en prétendant nous libérer. Sa dynamique d’expansion réside tout entière dans la fausse charité, aussi bien lorsqu’il s’agit de « libérer » la France en 1945 dans le but caché de l’asservir ou de généraliser la pratique de l’avortement des mongoliens pour leur éviter une prétendue vie mortifère. Cette « politique d’éradication charitable » est le socle de la modernité occidentale, intimement liée à la rationalisation des rapports humains et la propagande athéistique. Le livre de BDL nous démontre que même l’amour de parents pour leur enfant, fût-il trisomique, peut être massivement anéanti au nom d’impératifs économiques. 96 % de bébés mongoliens tués dans l’œuf, 20 % d’enfants de familles homoparentales victimes de pédophilie (contre 2 % pour des enfants de parents normaux), décès quotidien de deux petits en France sous les coups de leur famille,… Les statistiques modernes n’aiment pas les enfants.

Les agnostiques n’ont aucune limite, ce qui est tout à fait normal. Si le Marquis de Sade est le seul athée que je respecte, c’est bien parce qu’il est totalement conséquent avec lui-même, l’inexistence de Dieu abolissant de facto toutes les bornes éthiques. Pour moi, c’est très clair : tout athée qui n’a pas mutilé au moins un bébé dans un but de satisfaction sexuelle ou esthétique est un lâche, un menteur et une ordure. Il n’est donc aucunement question de se plaindre auprès du neurobiologiste darwinien Jean-Didier Vincent, en lui demandant de restreindre le taux d’IVG pour les petits trisomiques : il refusera, et il aura entièrement raison. Il s’agit tout simplement d’abolir la République et de réinstaurer un Roi très-catholique ; Jean-Didier Vincent sera alors immédiatement sommé d’obéir à la loi du Christ, et il aura tout intérêt de le faire, et tout rentrera dans l’ordre (ou plutôt, le désordre juste).

Ce livre de BDL est un véritable appel chrétien au sens des limites, contre l’illimité agnostique. Cela peut sembler comme couler de source, mais c’est un combat diamétralement opposé à celui de Dominique Venner et de toute la Nouvelle Droite en général. Dans son livre « Un samouraï d’Occident », Venner veut démontrer que l’Occident est plongé dans « la métaphysique de l’illimité » depuis la (prétendue) victoire de Jérusalem sur Athènes. Selon lui, la « logique interne d’expansion irrésistible » de notre monde moderne est directement liée à l’extension du christianisme, dont l’athéisme des Droits de l’Homme n’est qu’un avatar profane. C’est la fameuse théorie historique qui veut que l’humanisme soit une sécularisation du christianisme. De toutes manières, c’est très simple : tout est de la faute du Vatican… Ce ne sont pas les skinheads, les gauchistes, les complotistes, les « dissidents », les matérialistes, les sionistes, les éditeurs « provocateurs », les sédévacantistes, les féministes, les libéraux, les néo-droitistes, les antifas, les humoristes, les cathares, les pédés, les journalistes ou les psychanalystes qui me diront le contraire.
 

 
Rembrandt
Chesterton écrivait peu ou prou : « Quand on ne croit plus en Dieu, ce n'est pas pour ne croire en rien, c'est pour croire en n'importe quoi ». Par exemple au Progrès ou à la Démocratie. Ou alors que les maux de notre civilisation viennent de ce que l’on ne vénère plus Belenos ou Odin depuis deux mille ans. Au passage, notons que c’est le paganisme romain qui a interdit toute pratique du paganisme celte en Gaule, bien avant les premiers pas de Marie-Madeleine dans la calanque de Marseilleveyre… Alors, quand on me parle de la tolérance des païens sur le plan religieux, j’ai un peu de mal à comprendre… Il n’y a pas eu de « lente évolution ayant conduit du christianisme à l’athéisme des Lumières » (comme l’écrit Venner), mais une lente prise de pouvoir de la bourgeoisie entrepreneuriale protestante ayant pesé de tout son poids sur les nouvelles techniques comme l’imprimerie pour faire valoir ses idées libérales. Le protestantisme c’est du lettrisme, c’est-à-dire la chosification de la lettre, ce qui est la définition même de l’imprimerie. Contrairement au protestantisme, le cœur du catholicisme n’est pas la Bible, mais Jésus-Christ. Dire que la technique « prométhéenne » toute-puissante prend ses racines dans la conscience catholique, c’est aussi bête que d’accuser Saint Paul d’être la cause première de la misogynie ou de l’antisémitisme. Les hommes ont la religion qu’ils méritent, et si le christianisme s’est répandu comme un feu de paille il y a deux mille ans, c’est peut-être bien aussi parce que les hommes ne méritaient plus d’être païens. Et je suis persuadé que Venner le savait au fond de lui, son dernier geste le prouve à coup sûr…

Bruno Deniel-Laurent a donc tout à fait raison de vouloir démontrer que la mesure et l’équilibre, valeurs intrinsèquement spirituelles et chrétiennes (mais aussi bouddhistes, musulmanes ou celtiques), sont les seules aptes à pouvoir se dresser contre « l’idéologie occidentale du progrès », cette démesure boursouflée comme un gâteau pourri. Un gâteau partagé par les transhumanistes, ces futuristes de l’infantilisme, et les économes avorteurs de mongoliens. Un gâteau moisi qui ne sort certainement pas des cuisines de L’Hôpital et ses Fantômes, hardiment gardées par Vita Jensen et Morten Leffers, plongeurs trisomiques et amis de l’Idiot Lars von Trier.

L’ouvrage de BDL n’est pas un manifeste social, mais un placide épiphénomène des convulsions naissantes. D’autres œuvres de tous ordres s’ensuivront, et la Puissance des Ténèbres reculera comme d’elle-même.

 
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que tout progressisme est un nazisme. La loi du plus fort est l’antienne des Lumières et du monde moderne, ce qui n’est paradoxal que pour les imbéciles. Je l’ai déjà écrit : seule une société rigoureusement organisée en castes strictement hiérarchisées permet de protéger les pauvres, les faibles et les petits travailleurs. Malgré ses évidentes qualités esthétiques, méta-politiques et archéo-dionysiaques, il faut quand même reconnaître que le Troisième Reich hitlérien avait quelques défauts, parmi lesquels on peut citer l’anti-slavisme rabique (dont l’antisémitisme était une composante initiale), l’hostilité farouche envers l’Eglise catholique et la glorification intransigeante de la Technique toute-puissante. Mon avis est que ces erreurs sont intimement liées entre elles, et qu’elles s’ancrent dans une lecture tout à fait erronée de l’Antiquité romaine. J’y reviendrai prochainement. L’eugénisme de masse d’Aktion T4 et la persécution d’évêques bavarois s’inscrivent dans la logique du luthérianisme nürnberger contre celle du catholicisme métaphysique, c’est-à-dire dans la victoire cosmogonique de Dürer (lire la Genèse avec les yeux d’Aristote) sur Giorgione (lire Platon avec les yeux de Saint Jean).

D’ailleurs, notons que ces erreurs fondamentales (anti-russisme, anti-catholicisme et méta-technicisme) se sont toutes trois transfusées, d’une manière ou d’une autre, dans la mentalité occidentale d’après 1945, et sont des « valeurs » aujourd’hui partagées par les tenants de l’idéologie occidentale du Progrès, c’est-à-dire presque tout le monde.

Marc-Edouard Nabe l’avait écrit dans son tract « Et Littell niqua Angot ». « Quand on voit les connards de trente ans de notre époque, on n’a aucune peine à imaginer qu’à la fin des années vingt en Allemagne d’autres trentenaires aient pu trouver dans le nazisme une nouvelle façon de penser et d’agir... […] Je connais beaucoup d’antinazis d’aujourd’hui qui auraient fait d’excellents SS d’hier… […] Le système totalitaire du Troisième Millénaire sait très bien comment était fabriqué celui du Troisième Reich, car le premier est entièrement calqué sur le second : dans sa structure, sa logistique, ses mécanismes, ses dispositifs de manipulation des masses... Le public n’a plus qu’à obéir à ce nazisme « soft » qu’est le spectacle médiatique à outrance, construit de façon peut-être encore plus perverse que celui du Führer. »
 

http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3257:leunuque-raide-texte-integral&catid=41:breves&Itemid=56
 
J’en viens naturellement au second texte charitable dont il me faut traiter ici. Il s’agit de « L’Eunuque Raide » deNabe, publié dans L’Infini n°126 (Printemps 2014).

Rappelons qu’un texte avait été précédemment publié dans cette même revue durant l’été 2000 sous le titre « Mon meilleur ami », évoquant les traits vaniteux et fourbes de Stéphane Zagdanski. Ce dernier est un ennemi notoire de Nabe, un anti-catholique de plus, auteur d’une série de vidéos obscurément logorrhéiques, où il se plait notamment à évoquer longuement « les falsifications pauliniennes », et à clamer par exemple : « Les juifs sont nettement moins benêts que les catholiques sur la question du Mal, c’est quand même eux qui ont inventé Satan ».

 
Jordaens

Lorsqu’un écrivain s’attaque à un homme de pouvoir, cela s’appelle du courage. Quand il s’attaque à un anonyme, cela s’appelle de la charité. Bloy portraiturant des journalistes insignifiants ou Jésus renversant les tables pour chasser les marchands du Temple, c’est pareil : il s’agit à chaque fois de s’en prendre à la Puissance des Ténèbres qui, contrairement à ce que « pensent » les « dissidents », n’a jamais de nom spécifique, et qui s’exprime – ou plutôt, se désincarne – à travers de pauvres êtres falots dénués de tout patronyme. Certains disent que cela ne sert à rien de s’en prendre à de tels vermisseaux, mais ils ont tort : c’est une manière très chrétienne de tenter de les extraire de la perdition, en prenant la peine de les honorer par une bastonnade publique (eux qui sont loin d’en mériter autant). Zagdanski, lui, n’est pas anonyme, mais Nabe ne le nomme pas : c’est peut-être encore plus charitable de sa part.

Zagdanski met en scène un faux dialogue sur Simone Weil entre Nabe et lui-même, dans un chapitre de son pensum « De l’antisémitisme » (1995). Commentant le tableau de Jordaens, il prétend à un moment expliquer le geste de Jésus chassant les marchands, par le fait que ces derniers vendent « des animaux, autant dire du non-temps, donc du non-argent. Autrement dit les marchands vendent l’invendable. Ils marchandent le Temps en troquant du non-temps ». En les chassant, Jésus « fait œuvre d’intériorisation du non-temps par le Temps ». D’accord. Et le fait que ça se passe dans un Temple ne dénoterait-il pas également, et à tout hasard, une volonté de Jésus de découpler l’argent des pratiques religieuses ? Absolument pas, nous répond Zagdanski. Cela signifierait que « le Christ serait venu faire par avance le boulot de Luther : démonétiser la religion. Ce que Simone Weil, comme tout le monde, traduit en : déjudaïser le rapport à Dieu. C’est éminemment risible ». Et c’est antisémite, bien sûr.

« Je me charge de sauver l’âme de mon meilleur ami », écrivait Nabe en 2000, mettant ainsi en relief l’exercice d’une authentique et intraitable charité, contre la fausse charité de son meilleur ami qui, paraît-il, ne manque jamais un mendiant dans la rue par peur de louper à nouveau le Messie.

 « Pour mon meilleur ami, toute personne qui n’est pas de son avis est un antisémite, un homosexuel, ou un Français ». Par ailleurs, et de manière tout à fait logique, on peut noter que Zagdanski est pour la France contre la Gaule. « La France pour moi, dis-je, c'est Paris. Le reste du pays ne m'intéresse pas » (in Pauvre de Gaulle !). Comment pourrait-il donc prétendre un tant soit peu à l’Idiotie ? « Surtout quand on sait quelle idée raciste mon meilleur ami se fait du Français », poursuit Nabe. « Est français tout ce qui n’est pas lui, alors que lui est le plus français de nous tous, dans ce qu’il reproche au Français : lourdeur et insensibilité, arrogance, bêtise psychologique et cécité narcissique ».

Zagdanski a parfois raison, mais cela n’a aucun intérêt. Il ne s'agit pas pour un écrivain d'avoir raison ou tort, encore moins d'être sincère ou non : il s'agit d'être exemplaire, de montrer le scintillement de la lumière du Vide pulsatile et originel, le Vide qui libéra le plein à l’origine des temps.


Mais je dus vite déchanter. Ce texte est une longue litanie dégueulasse, anti-goy tous azimuts : contre Mel Gibson et son film sur la Passion, contre « les objurgations de Tarik Ramadan », contre toutes les religions non-juives (« le judaïsme seul a su ne pas s’abraser en une vulgate populaire accessible sans effort d’interprétation et de méditation »), et surtout contre l’islam, « qui s’est débarrassé de la paternité du judaïsme d’une manière comparable au truquage lexical opéré sur le Nouveau Testament à l’aube du christianisme historique ». Et, évidemment, contre les attentats palestiniens : « Les ultimes combattants du ghetto de Varsovie qui se firent sauter à la grenade en feignant de se rendre aux nazis étaient eux, dans une véritable impasse, inéluctablement destinés au massacre. Leurs suicides furent des actes de courage désespérés. L’attentat suicide palestinien relève par comparaison d’une profonde lâcheté enflée d’un puéril espoir libidinal ». Quand un jeune écrivain se fait exploser à la préface de son livre, lui-même plein de mauvaise foi atrabilaire, on entre dans cette inédite dimension de la bêtise sûre d’elle-même nommée la peur de l’Idiotie rayonnante.

En fait, on ne peut pas vraiment dire de Zagdanski qu'il soit un écrivain ; il se situe entre le lecteur et l’homme de lettres, ce qui est un tout petit peu mieux qu'intellectuel. Il n'a de cesse de tenter de désigner le point précis où brille la lumière, il tourne rationnellement autour de cette singularité comme un phalène attiré par la beauté de Dieu, mais il lui est strictement impossible de quitter véritablement son corps concret pour se jeter dans le vortex ascensionnel de l'Amour total.

A sa manière, Zagdanski est un libéral – à preuve, son anglophilie maniaque répétée dans « Pauvre de Gaulle ! » -, et donc, un authentique nazi (voir la démonstration plus haut).

Malgré les apparences, Zagdzanski est un fanatique de l'écran (cette page blanche sur laquelle copulent l'ironie et la psychanalyse). Il n'aime le corps que dans la mesure où il est entièrement contrôlé par la raison : c'est le crime nazi par excellence. S'il retourne sans cesse à son avantage les critiques d'autoglorification et d'arrogance qui semblent lui être souvent adressées, c'est parce qu'il est gorgé d'un quant-à-soi qui l'empêche – et il semble que cela soit inguérissable – de s'abîmer dans la débilité cosmique.

Pas assez intelligent pour comprendre que l'intelligence n'est qu'une marche d'escalier et non pas le sommet d'icelui, il est hanté par une haine fondamentale de l'Idiotie. Son plus grave handicap est d'être dégoûté par la transe : Zagdanski n'aime pas lâcher prise ; d'où son rejet de la pornographie, de l'hypnose et de toute immédiateté moléculaire, ainsi que de « la musique, la nature, la mer, la pénétration, les nuages, les animaux, et la littérature ». A sa manière, Marc-Edouard Nabe attaque Zagdanski pour son incapacité radicale à comprendre l’Idiotie, c’est-à-dire être « incapable de jouir » de par son « manque flagrant d’incarnation verbale ».

Le profond sionisme de Zagdanski vient du fait qu’il préfère de loin « l’incarnation de la lettre » dans la création de l’Etat d’Israël, à l’incarnation du Verbe dans la personne du Christ. En bon révisionniste déconstructiviste, il découvre chez Bernard Dubourg la preuve de l’inexistence historique de Jésus (« Jésus n’a jamais eu d’existence concrète, son nom et ses dires furent élaborés plusieurs siècles avant notre ère par de très savants sectateurs juifs – les futurs ‘chrétiens’ - en référence cabalistique au Josué de la Bible »), et il aboie gélatineusement dans une de ses vidéos-ruisselets :

« Par la défiguration de l’aletheia en veritas, par la construction impériale de l’ecclesia, par une conception de l’étant sous le seul rapport de la suprématie et de la création, ce qu’il n’est que dans la version gréco-latine de l’Ancien Testament et jamais dans l’hébreu original, où il n’y a pas de sens à parler d’étant, et peut-être même d’être, le christianisme est en Occident le véhicule majeur du nihilisme et qu’il a partie liée avec ses ultimes conséquences ».

Oui, j’ai bien entendu : « Le christianisme est en Occident le véhicule majeur du nihilisme »… Encore un pour qui tout est de la faute du Vatican. Zagdanski parle de « l’immense édifice factice de la théologie catholique », et il cherche ironiquement ce qui, dans le christianisme, « mérite d’être sauvé ».

Il faut vraiment faire montre d’une incommensurable et intraitable charité, pour vouloir sauver une telle andouille.

La charité, ce n’est pas ce que les lecteurs remarquent le plus souvent chez Nabe. Et pourtant, c’est probablement la vertu théologale qu’il pratique le plus intensément. Si la charité de BDL consiste à vouloir limiter l’avortement des Idiots, celle de Nabe consiste à tenter de ressusciter un imbécile – le ressusciter temporairement et une seule fois, car « on ne meurt que deux fois ». Il le fait dans « L’Eunuque Raide », une tragi-comédie en un acte pour bayou crépusculaire, une cérémonie vaudou littéraire et codée où, entre golems argileux au proscenium et copulations semi-zandées en arrière-scène, entre Toto le courier (il arrive sur la droite) et le fossoyeur jardinier (je suppose qu’il arrive sur la gauche), Zagdanski-le-zombie pousse des râles de majorette égorgée pour étouffer les rafales de critiques, et surtout pour ne plus entendre le vaillant Toto qui s’évertue à dire à ses potes que la fête est finie. Il se déguise parfois maladivement en sa grand-mère à la manière d’Anthony Perkins, comme pour répondre à une description entamée dans « Mon meilleur ami » en 2000.

L’Eunuque Raide, c’est l’homme qui a vraiment arrêté d’écrire – et depuis longtemps – pour mixer des images. Lui, l’ironique anti-iconique, qui finit sa carrière en DJ littéraire sans produire aucun remix original…

J’aimerais noter rapidement la cohérence spéculaire de ce numéro 126 de l’Infini, où tous les textes se reflètent et s’amplifient en celui de Nabe suivant d’étranges correspondances picturales : la présence féérique de Shakespeare évoquée par Sollers dans son texte inaugural se déploie sous les traits du fantôme persistant de Hamlet, lequel voltige des mains de la femme de Toto jusqu’au crâne déterré par le fossoyeur, avant d’être finalement manipulé par l’Eunuque Raide, ce Monstre de Frankenstein ; le golem De Gaulle « lance des messages codés pour la radio londonienne » (« Il n’y a que le Chancelier pour croire que le Messie de Meyronnis est un bon texte ! »), qui sont qualifiés de vers surréalistes aussi bien par Toto que par Sollers dans son entretien ; et en plaçant cette saynète sur ce champ de bataille beyrouthin qu’est le Cimetière des Amis pour la Vie, cette vallée de misère où tous les voisins sont minables et racistes, Nabe prouve que la littérature n’est pas autre chose qu’une continuation de la guerre par d’autres moyens, comme l’a presque écrit Steinbeck. Il n’est pas jusqu’à la dernière page de l’index final de la collection L’Infini qui ne se retrouve également éparpillée en pluie de merde sur les trente-trois pages du texte de Nabe…

A la fin, L’Eunuque Raide  profère la dernière parole du dernier jour. Cette fois, la fête est bel et bien finie. Le sifflet du gardien vient de résonner par-dessus les tombes. Nabe écrivait dans son roman « Alain Zannini » (2002) qu’il aurait pu faire l’effort, à l’époque, de l’appeler « Judas Zigoto ». C’est chose faite !

Le Docteur Nabe convie musicalement les imbéciles à se pendre à une branche d’arbre, car il n’y a aucune autre solution pour eux que le suicide quand ils se font sonder les entrailles par ce vrai docteur qui dit toute la vérité (tout le contraire d’un arracheur de dents).

L’anti-messe est dite. Laisser vivre les Idiots et se pendre les imbéciles. Nous bénissons la Charité de l’Esprit Saint. Deo gratias.

samedi 10 mai 2014

Quelque part, en Belgique, Robert Steuckers discute de géopolitique


Depuis l'avènement d'internet et la montée concomitante de l'imbécillité crasse la plus manifeste dans tous les domaines, la géopolitique est certainement devenue la plus corrompue de toutes les sciences. Contre l'avis des démocrates hystériques et complotistes, qui pensent qu'internet est une ouverture sur la connaissance mais qui devient « malheureusement » de plus en plus contrôlée par les forces des ténèbres, je considère au contraire qu'en tant qu' "arme de la CIA" (comme l'a récemment déclaré Poutine), internet est par essence une fermeture spatio-temporelle qui permet de contrôler la Révolution Spirituelle désirée et préparée depuis longtemps par une élite sapientielle.

En tant qu'anti-évolutionniste convaincu, j’affirme que la technique, quelle qu'elle soit, est une catastrophe absolue. Depuis la maîtrise du feu, toute innovation technique ne permet à l’homme que d’accomplir matériellement ce qu’il savait très bien faire auparavant, mais par l’intermédiaire exclusif de son esprit. Vous pensez vraiment que l’homme a attendu l’invention de l’automobile, pour parvenir à se déplacer instantanément sur quelques kilomètres ? On ne pourra jamais s’entendre.

Vous pensez également que l'imprimerie a permis le développement de la littérature et de la connaissance ? Elle a surtout permis la diffusion de l’humanisme, du sacrilège, du luthérianisme. Et l’outil conçu et développé par l’armée américaine qui s’appelle internet, c’est mieux ? Internet permet d'accéder au savoir et à l'anti-savoir de manière instantanée, augmentant ainsi la confusion générale, la démobilisation et la surveillance généralisée des uns par les autres.

Ainsi, tout « dissident » qui nous fait aujourd’hui l’apologie d’internet doit être irrévocablement traité d’incapable, de manipulé, et surtout de collabo ouvert et déclaré. Faites la liste de tous les « dissidents » de plus de trente ans dont le nom était inconnu avant internet, et rayez-les de votre liste.

Robert Steuckers n’a pas attendu internet pour faire de la géopolitique. Ce n’est donc pas un hasard si l’homme est sympathique, compétent, éclairé et radical. Cette interview effectuée par nos amis du cercle de "L'Heure Asie" relève de la plus haute des géopolitiques.
 
 
Le blog de Robert Steuckers : http://robertsteuckers.blogspot.be/

L'Heure Asie : http://lheurasie.hautetfort.com/
 
 
 
 

mardi 18 mars 2014

Salut, Ô Reine !


 
Cela fait 700 ans aujourd'hui qu'a eu lieu l'exécution de Jacques de Molay. 700 ans de défaites, de traîtrises et de mainmise des Puissances des Ténèbres sur notre continent. Or, en histoire, le cycle fondamental, la brique temporelle insécable, possède justement une durée de 700 ans, soit le tiers d'une ère précessionnelle. Il est tout à fait logique, puissamment logique, que la dynamique résurrectionnelle qui est la nôtre prenne appui sur la geste templière, afin de parfaire et parachever cet Empire Transcendantal qui sera, conformément à ce qu’avait prédit saint Jean l’Evangéliste, la Jérusalem Céleste de nos Temps apocalyptiques.
Souvenons-nous aujourd’hui des visions de l’Abbé Souffrant, en 1827 : « L’Empereur de Russie viendra par l’Italie à la tête d’une grande armée, jusqu’au Rhin. Lors du sixième âge, Dieu consolera les prêtres catholiques et les autres fidèles en envoyant le grand Monarque et le saint Pontife. En ce temps-là, un moine qui aura la paix dans son nom et dans son cœur, sera en prière ; il aura la même mission que Jeanne d’Arc. Le Grand Monarque qui sera des Lys, arrivera par le Midi de la France ; il sera amené par le Pontife Saint et par l’Empereur de Russie ».

Après sept cents ans de défaites, la sortie de l’Age de Fer sera maintenant tout à fait providentielle, je veux dire qu’elle sera dictée et suivie par la Providence, depuis les hauteurs. Comprenez-vous le lien très secret et très lumineux entre la Russie, le Pape François et le Midi de la France, ou plutôt les deux Midi de la France : le Midi solaire, la Marseille des celtes et de sainte Marie-Madeleine, et le Midi lunaire, le Midi mérovingien et osirien de Rennes-le-Château ?
Allez, nous saurons bien venger Jacques de Molay comme il le faut, nous n’avons peur de rien, c’est terminé. L’Unité Spirituelle grand-continentale est notre viatique, et le Salve Regina, notre prière permanente et intensive, notre incantation des profondeurs vers la Très-Sainte Pleine-Lune, le visage synodique de la Vierge Marie pleinement et bellement illuminé par le Verbe-Soleil, comme sur l’abside de la chapelle de la Rue-du-Bac.

Salut, Ô Reine ! Salve Regina ! Tout pour la Vierge Marie, Notre-Dame des Armées, la Femme aux douze étoiles.
 



dimanche 16 février 2014

Le complotisme, cet anaconda dont nous écraserons la tête à coups de talon

"Ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à combattre, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes, dans les Hauteurs de l'Air"
Epître de Paul aux Ephésiens, VI.12
 
Le complot, c’est comme le genre (« gender ») : le problème ne réside pas dans l’authenticité de son existence, mais dans le systématisme typiquement moderniste de la théorie qui l’exploite.

Les complots politiques sont une trame de l’histoire depuis quelques centaines d’années. Prétendre qu’attaquer le complotisme revient à nier l’existence de tout complot, c’est aussi stupide que de prétendre qu’attaquer le communisme revient à nier l’existence des inégalités entre les classes sociales. Ce n’est pas parce que nous nous intéressons aux complots et conspirations, que nous nous abaisserons à grossir les rangs des complotistes. Il faut faire comprendre à ces derniers, nos ennemis directs, irréductibles et définitifs, que nous ne leur reprochons pas de parler de complots, objet historique dynamique indéniable, mais d’avoir créé une nouvelle tentative d’étouffer la Révolution Spirituelle et supra-historique en cours en systématisant absurdement la notion de complot, et en enfermant l’esprit dans un immonde cercle de fer absolument contre-productif.

J’ai déjà écrit deux textes sur Parousia contre le complotisme : « Puritanisme et Complotisme, ces plaies de la modernité » (5 octobre 10), puis « Allah Akbar » (1 février 12). J’ai notamment soutenu que le but du complotisme était de générer un espoir démobilisateur (la résignation), alors que les assoiffés de justice avaient besoin du strict opposé : un désespoir mobilisateur (la révolution).

Deux des plus grands écrivains français de ces cinquante dernières années, Dominique de Roux et Jean Parvulesco, connaissaient l’histoire des grandes conspirations, et ils étaient favorables à une révolution grand-continentale : en termes contemporains, ils étaient donc anti-complotistes. Le premier avait décrit dans « L’acier prend le pouvoir » (in « L’Ouverture de la chasse », 1968) la réaction de la CIA, dans les années 50 et 60, à « l’offensive en cours de la révolution mondiale du communisme, ayant son épicentre politico-opérationnel au Kremlin ». La CIA aurait pu logiquement financer des partis frontalement anti-communistes, afin de combattre pied à pied son ennemi russe. Mais la logique politique des Etats-Unis d’Amérique n’a jamais été celle de l’affrontement direct. Karl Haushofer avait déjà décrit la stratégie américaine comme étant celle de l’anaconda : encerclement, enserrement et dissolution. Au lieu de créer et d’encourager des mouvements capitalistes de combat, ils créèrent et encouragèrent des mouvements gauchistes de parodie, des structures politico-culturelles de dédoublement du communisme, ennemi radical – à l’époque – des USA, afin d’en annuler la force en la détournant et la singeant par des opposants tout à fait factices.

Ce mécanisme de la prise en mains des révolutions gauchistes européennes des années 60 par la CIA est décrit ainsi par de Roux :

« Suivant la mentalité protestante du capitalisme outre-atlantique, il est évident, en effet, que la contre-stratégie américaine visait, avant tout, pragmatiquement, à l’efficacité. Or, l’efficacité dans le combat anticommuniste exigeait, en dehors de toute idéologie et selon la dialectique même du marxisme-léninisme historiquement en marche, non pas l’affrontement de l’anticommunisme, mais d’une structure marxiste à une autre structure marxiste. Cette politique dans le monde de la guerre froide – et elle fut la mission primaire de la CIA – cherchait à opposer aux mouvements communistes agissant, démocratiquement ou subversivement en Europe occidentale et ailleurs, au lieu des contreforts traditionnels, une ligne ininterrompue, visible, de mouvements démocratiques et socialistes d’inspiration ou d’influence marxiste-démocratique. […] Paradoxalement, c’est le marxisme, traité par la contre-stratégie souterraine de Washington comme moyen d’action, non comme but absolu – tel qu’il l’était encore, à ce moment-là, pour les tenants ultimes de la révolution mondiale du communisme – qui permit au monde non-marxiste de l’emporter sur le marxisme : c’est le marxisme qui, tourné contre lui-même, devait donc vaincre dialectiquement le marxisme.

Là on touche à l’évidence même : la colonisation américaine de l’Europe occidentale, la mise en chantier de l’Europe atlantique, a été l’œuvre, exclusivement, des partis socialistes et de leurs alliés, démocrates-chrétiens au pouvoir, en France, en Italie, en Allemagne fédérale, en Belgique, en Hollande, voire même en Grande-Bretagne.

Au paroxysme stalinien de la révolution communiste mondiale conçue toujours selon la thèse du stalinisme : « la révolution en un seul pays », le grand capital américain devait opposer ainsi un « mouvement trotskyste », une internationale contre-stratégique utilisant subversivement le socialisme, en tant que vaccin, comme nous venons de le dire ».

Ou, dit autrement : « Mai 68, c’est la fin des espoirs. Les étudiants et les cadres menés par ce goret (rose, déjà !) de Cohn-Bendit ont été chargés de stopper, par leur révolutionnette, tout essor de révolte vraie » (Marc-Edouard Nabe, « La fifille du Pharaon », in « Non », 1998).

Soixante ans après, les acteurs ont changé mais la problématique reste la même. Le communisme représentait à l’époque pour l’Amérique un ennemi géopolitique et non point spirituel, puisque le communisme et le libéralisme sont extraits de la même matrice idéologique. Aujourd’hui c’est le contraire : l’ennemi absolu et radical de l’Amérique est fondamentalement spirituel (il est donc également ennemi d’Israël), et possédera probablement, un jour, une assise géopolitique – c’est là l’objet de tous nos combats et de toute notre détermination. Aujourd’hui, l’ennemi absolu et radical de l’Amérique, c’est la vision du monde en termes d’alliances de civilisation, c’est la vision multipolaire de l’eurasisme que donnait naguère Constantin Leontiev, à savoir « un bloc de Tradition contre le modernisme occidental », comme le rappelle Robert Steuckers dans son texte fondamental sur les relations historiques entre eurasisme, atlantisme et indisme.

Le pouvoir américano-sioniste pourrait très bien attaquer frontalement son adversaire, à savoir cette résurgence de la spiritualité vivante et agissante, en favorisant par exemple des mouvements ouvertement athées qui se battraient pied à pied contre la mise en place d’une spiritualité révolutionnaire supranationale et unificatrice. Mais, comme dans les années soixante, au lieu des contreforts traditionnels, l’Amérique a choisi à nouveau la stratégie de l’anaconda en misant tout sur la singerie de son ennemi le plus radical (la Révolution Spirituelle) ; et cette singerie passe justement par le néo-évhémérisme et le complotisme, derniers coups de boutoir de l’athéisme larvé et viral, tous deux américains jusqu’au bout des ongles, jusqu’au bout du trou du cul.

Pour le dire autrement, et afin que je me fasse bien comprendre : le complotisme est la maladie infantile de l’eurasisme.

Les complotistes d’aujourd’hui sont nos Cohn-Bendit à nous. Et j’espère bien qu’on n’attendra pas soixante ans pour leur crever la panse.

Le complotisme est une colonisation supplémentaire de l’esprit européen par l’Amérique des bas-fonds, l’Amérique des ratés.

Si tant est que nous soyons eurasistes, nous autres hyperboréens, il semble cependant que nous le soyons autrement que l’on ne le serait selon la volonté de puissance de certains. Nous ne sommes pas des complotistes… Nous n’en croyons pas nos oreilles, lorsque nous les entendons parler, tous ces conférenciers internautes. « Voici les modalités du complot ! » C’est avec cette exclamation qu’ils se précipitent tous sur nous, avec une recette à la main, la bouche hiératique pleine de vomi. « Mais qu’importe à nous le complot ? » - répondons-nous avec étonnement. « Voici le complot ! » - reprennent ces sales vociférateurs endiablés : et voici la vertu, le nouveau chemin du bonheur !... Car, en plus de tout le reste, voici qu’ils se piquent de vertu et de puritanisme, nos petits héros… Nous sommes, de par notre nature, beaucoup trop heureux pour ne pas voir qu'il y a une petite séduction dans le fait de devenir eurasiste ; c'est-à-dire immoraliste et aventurier... Nous avons pour le labyrinthe mégalithique de nos ombilics limbesques une curiosité particulière, nous tâchons, pour cela, de faire connaissance de monsieur le Minotaure dont on raconte des choses si dangereuses. Chut ! Ecoutez ! Le Taureau trépigne sur les parois de nos grottes antédiluviennes, il revient à la vie, ses naseaux frémissent et crachent de l’air chaud. Que nous importe votre corde à complots qui, prétendez-vous, nous aiderait à sortir de la caverne ! Vous voulez nous sauver au moyen de votre corde ! Et nous, nous vous supplions instamment de vous pendre avec !

A quoi sert tout cela en fin de compte ! Il n'y a pas d'autre moyen pour remettre l’eurasisme en honneur : il faut d'abord pendre les complotistes.

Le complotisme s’élève contre tout ce qui le dépasse, et son obsession est de rabaisser toute grandeur au niveau de sa propre impuissance atrophiée (les phrases suivantes entre guillemets sont réelles) : les Templiers (« une troupe de talmudistes précurseurs des francs-maçons et tenanciers de réseaux pédophiles »), le Vatican (« le Pape est une créature de Satan - d’ailleurs Bergoglio était trafiquant d’enfants, et c’est une loge maçonnique qui dirige le Vatican »), l’eurasisme (« Douguine est piloté par l’Occident »), la littérature (« chrétiennement parlant, Léon Bloy est sataniste »), les Rois Mérovingiens (« une race d’extra-terrestres »), l’Irak (« Saddam Hussein était un agent américain »), la Russie (« Poutine fait partie du système mondialiste »), le Onze-Septembre (« les avions étaient des hologrammes »), Platon (« le véritable Platon était Gémiste Pléthon, au XVè siècle »), les pyramides d’Egypte (« ce sont les reptiliens Annunakis qui les ont construites »), l’histoire européenne (« le Moyen Age n’a jamais existé, c’est une invention de l’Eglise vers 1600 »),… Lorsque j’entends un de ces crétins m’asséner qu’un complotiste est forcément intelligent puisqu’il doute des réalités officielles, je dégaine ma masse d’armes.

Leur mot d’ordre : tous contre la Sainte-Baume !
Je connais peu de listes aussi déprimantes que celle des dates marquant les défaites successives de l’Eurasie : - 37000 (extinction des Néandertaliens), - 10800 (engloutissement de l’Atlantide), - 2750 (troisième tiers de l’Ere du Taureau : césure du bloc indo-européen initial), - 175 (Saces chassés des Terres du Milieu par les Xiongnu), 843 (Traité de Verdun), 1274 (tentative avortée de Grégoire X d’unifier les Mongols, les Byzantins et l’Europe), 1314 (chute des Templiers), 1825 (dissolution de la Sainte-Alliance), 1945 (américanisation de l’Europe occidentale),… et 2014, où les adversaires les plus fervents et les plus retors du Saint Empire Eurasien sont les complotistes. Mais là, en revanche, il n’est pas sûr qu’ils remportent la victoire. Pas sûr du tout.

En 1942, le révolutionnaire Lucien Rebatet écrivait dans Les Décombres : « Je n’admire pas l’Allemagne d’être l’Allemagne, mais d’avoir permis Hitler. Je la loue d’avoir su, mieux qu’aucune autre nation, se donner l’ordre politique dans lequel j’ai reconnu tous mes désirs. Je crois que Hitler a conçu pour notre continent un magnifique avenir, et je voudrais passionnément qu’il se réalisât ». En 2014, les complotistes écrivent dans leurs torchons collaborationnistes que le nazisme était entièrement financé par les Juifs, et qu’Hitler, en plus d’être le petit-fils de Rotschild, était sataniste de par sa prétendue appartenance à la Société de Thulé.

La guerre totale a lieu entre la conspiration mondialiste de la super-puissance planétaire des Etats-Unis et « l’intégration grand-continentale eurasiatique de la fin » comme l’a écrit Parvulesco : la réunification du continent après quarante mille ans de tragédies historiques déflagrationnelles ; soit, d’une part, l’alliance sanctifiée entre le catholicisme et l’orthodoxie, et d’autre part, la nouvelle émergence des anciens dieux de notre continent ainsi que de tout le petit peuple de nos forêts, de nos landes et de nos lacs, sous l’égide hautement lumineuse et déchirante du Christ-Pantocrator et de la Vierge Marie.

Or, tout raisonnement qui s’élabore en termes de civilisation ou de bloc continental ne peut qu’être systématiquement condamné par le complotisme, qui y verra – ou plutôt, qui feindra d’y voir (car, pour beaucoup d’entre eux, tout n’est que jeu de dupes) – la mainmise de grands groupes financiers internationaux et une variante du nouvel ordre mondial au bénéfice intégral des banques de Wall Street. Alors que la nation est une fabrication complètement anti-traditionnelle (la nation française trouve principalement ses racines dans la cupidité et l’acharnement tout kshatriyen de Philippe le Bel dans la destruction de l’Ordre du Temple, et les autres nations européennes sont majoritairement des productions artificielles élaborées par les bourgeoisies entrepreneuriales pour faire fructifier leurs commerces et industries), elle est aujourd’hui ardemment défendue becs et ongles par les complotistes face au seul mouvement véritablement anti-américain et antisioniste qui tienne, celui de l’intégration supra-nationale grand-continentale et spirituellement unificatrice défendue par les nôtres. Mais, pour le complotiste, tout ce qui s’élève au-dessus de la nation ne peut qu’être une marionnette du Malin.

Lorsque le complotiste se trouvera en face du Paraclet, il L’attaquera en disant que c’est un hologramme envoyé par le Mossad pour tromper les esprits, tout comme son ancêtre avait jadis accusé Jésus d’être un mercenaire romain chargé de défaire les rebelles zélotes en semant le trouble. D’autres complotistes voient dans l’islam une manipulation des Arabes, leur mise au pas judaïque par le rabbin ébionite Waraqa Bin Nawfal, précepteur caché de Mahomet.

Pour le dire encore plus clairement : quels que soient les détours empruntés par les aléas de l’actualité quotidienne, le complotisme se trouve entièrement aux côtés de la conspiration mondialiste, parce que la seule manière de lutter contre la conspiration mondialiste, c’est la grandeur, le lyrisme, la beauté, la grâce, la foi, l’amour et le fanatisme, toutes choses qui passeront toujours pour suspectes aux yeux ultra-rationalistes des complotistes.

Dans chaque réunion publique de type politique ou spirituel, aujourd’hui, se trouvent dix pour cent de complotistes et/ou néo-évhéméristes qui pourrissent l’ambiance avec leurs sales gueules de traviole. Notons en passant que les complotistes sont tous d’une laideur à couper le souffle. Le 18 janvier dernier, à Rennes-le-Château, quelques-uns d’entre eux tentèrent de nous persuader que c’était la Rome chrétienne qui avait envoyé les Huns ravager la Gaule, et que le pic de Bugarach était un parking cosmique pour OVNIs. Les complotistes ésotéristes sont tous frontalement opposés au Vatican, car toute autorité politico-spirituelle ne peut que leur être insoutenable : ce sont des anarchistes honteux, une résurgence de l’éternelle lie de l’humanité, gueularde, atrophiée et vantarde, sous des oripeaux modernes de webmaster urbain. La croyance en l’origine extra-terrestre de la population humaine (ou d’une fraction d’entre elle) relève de cet ultime tour de passe-passe de l’athéisme, consistant à éviter à tout prix de s’en référer à Dieu.

Le 12 octobre 2013, lors de laconférence londonienne avec Alain de Benoist et Alexandre Douguine, quelques-uns d’entre eux affirmèrent que si l’on se trouvait dans cette salle d’hôtel du Bloomsbury pour évoquer « the end of the present world », c’était parce que le Mossad nous l’avait permis. Par ailleurs, ils nous affirmèrent que nos conférences ne servaient à rien si nous ne parlions pas du pouvoir absolu des Illuminati. Douguine perdit du temps à leur rétorquer que, contrairement au capitalisme industriel, le capitalisme financier était un flux principiel, et pas une construction statique. Pas de pyramide (ou d’anti-pyramide) qui tienne dans le monde de la dissolution : c’est précisément la définition de la post-modernité. Que se passerait-il si l’on éventrait tous les hommes au pouvoir, et qu’on les remplaçait par d’autres ? Absolument rien. Les complotistes ont cent ans de retard. Par ailleurs, c’est l’essence du capitalisme qui est proprement sataniste, beaucoup plus que les hommes qui le propagent. Voici une différence essentielle entre le conspirationnisme résistant et intelligent, et le complotisme traître, collaborationniste et imbécile : le premier sait que les forces obscures dirigent les hommes de manière disparate mais convergente, et que les hommes mauvais sont essentiellement le jouet du Mal, les esclaves des forces obscures ; le second croit que ce sont les hommes mauvais qui dirigent tout, et qu’ils possèdent par eux-mêmes un pouvoir énorme : le pouvoir de téléguider des avions sur des tours new-yorkaises, ou d’organiser des complots ultra-rationnels sur des dizaines ou des centaines d’années de distance. L’entité supérieure, pour eux, c’est l’élite. Et pas le Démon. Cette nuance peut sembler insignifiante, mais elle est énorme, et tout le problème est là. C’est encore une manière de croire en l’homme, de croire que certains hommes possèdent des super-pouvoirs comme dans les comics américains. Epuisé d’avoir à affronter autant de connerie orgueilleuse, Douguine se tourna vers moi en me soufflant, l’air désespéré : « C’est incapacitant ». Oui, en effet, tous les complotismes sont incapacitants, parce que c’est justement leur fonction : enrayer et stopper la Révolution Spirituelle, par tous les moyens.

Et ils le savent parfaitement.

Jusqu’à l’avènement d’internet, le complotisme restait cantonné dans des fanzines américains pour débiles légers, à l’instar du bulletin « Conspiracy Theory » de Mel Gibson dans le film éponyme de Richard Donner. La plupart de ces théories étaient alors plutôt amusantes, tant qu’elles ne relevaient que de la sous-culture paranoïde : le fluor est utilisé par les dentistes pour troubler le système nerveux des patients, des hélicoptères noirs en mode silencieux nous surveillent en permanence, le Grateful Dead était une troupe d’espions de la CIA, Oliver Stone est le porte-parole caché de Bush, les reptiles dominent le monde, etc. Mais le film date de 1996, et depuis lors, l’arme de destruction massive américaine dénommée internet a émergé dans le public, offrant un support idéalement symbiotique à la théorie arachnéenne du complot. Jamais on n’aura vu un médium aussi bien adapté à son message. En vingt ans, les tarés plutôt sympathiques sont devenus des leaders vaniteux, complètement intégrés aux modalités du système qu’ils se plaisaient naguère à décortiquer. Il n’y a aucune différence entre Alex Jones et Ronald Reagan. La technique MK Ultra était censée parvenir à transformer un homme moyen en assassin ? Depuis, comme il est dit dans le film de Donner, « la technique auto-suggestion et hypnose » est tombée dans le domaine privé : les webmasters complotistes l’ont entièrement récupérée, usant de l’insulte permanente, la vocifération abjecte et l’avilissement verbal pour hypnotiser l’internaute dubitatif, et le transformer en militant de la démobilisation et en assassin permanent de la Révolution. Chaque complotiste est un sous-produit direct de la CIA : il ne pense et n’agit que par elle, volontairement ou non.

En gagnant en vingt ans un certain pouvoir doctrinal favorisé et propagé par cette arme de guerre américaine qu’est internet, le discours complotiste s’est à la fois asséché et ridiculisé, mais il a surtout gagné en nuisance. Les théories débiles sont passées des revues ronéotypées en cinquante exemplaires aux sites internet à plus de 50000 visites par jours ; c’est exactement comme si un adolescent semi-attardé devenait père de famille du jour au lendemain. Ce dernier serait le père le plus autoritaire, insultant et haineux de tous les temps envers ses propres enfants. C’est ainsi que tout acte de résistance authentique est activement nié par le complotisme (l’anti-Système reconnu comme tel par le Système), tandis que cet acte de résistance est en même temps combattu par le Système officiel. J’affirme que le Système mène la lutte sur deux fronts en même temps : diffusion d’une propagande officielle sur les médias télévisuels de masse, et diffusion concomitante d’une propagande complotiste, opposée binairement à l’officielle, sur les médias internautes. A chaque fois, la vérité se trouve prise en sandwich entre les mensonges du Système et de l’anti-Système. L’anti-messe est dite.

Il ne peut pas exister de poésie ou de littérature complotiste, puisque le complotisme n’enrichit pas le réel mais il l’appauvrit : il l’assèche, l’encercle et le dissout. Le complotiste, c’est le Grand Inquisiteur évoqué par Dostoïevski (dans Les Frères Karamazov) : homme mauvais déguisé en dignitaire de l’Eglise, il refuse toute légitimité à la grâce (incontrôlable par nature) pour promouvoir la société de l’efficacité, une société soumise aux faux initiés comme lui. Le complotiste est un berger manipulateur : c’est un démocrate furieux, motivé par la haine du mystère. Ce qu’il déteste dans la vie, au fond, ce n’est pas que le Mal s’étende un peu partout, mais qu’il se passe des choses dont il ne soit pas au courant. Même si ce sont des forces du Bien qui tentent à couvert d’accroître leur pouvoir (Templiers, Jésuites, MMM), il les haïra avec détermination et les accusera de tous les maux, pour la simple raison qu’il veut connaître dans le détail absolument tout ce qu’il se passe.

Lorsque le Grand Inquisiteur rencontre Jésus, Celui qui fut le point de départ de sa vocation première, il réalise à quel point il a pu trahir cette dernière en l’érigeant en système de pensée aussi stérile que massificateur. Alors, à la fin, le Grand Inquisiteur fait périr Jésus dans les flammes. Le secret de Jésus, c’est qu’il n’y a pas de secret.

Croire que les hommes du Mal contrôlent tout, c’est démobilisant et anti-révolutionnaire, et conséquemment profitable au Mal. Le complotisme n’est pas une variante de la pensée radicale avec laquelle il pourrait être permis de composer en attendant la victoire. Bien au contraire. Le complotisme est un outil de la conspiration mondialiste pour étouffer la Révolution Spirituelle en usant de la stratégie de l’anaconda. A paranoïaque, paranoïaque et demi. Debout au sein de la cellule rayonnante de notre chevalerie spirituelle, nous autres hyperboréens, tenants de l’Europe mystérieuse et du Saint Empire des Temps de la Fin, saurons écraser la tête du complotisme à coups de talon, ainsi qu’il doit être fait.