samedi 28 août 2021

SAINT FERNANDEL

 

Hagiographique rabelaisienne de l'Idiot Chevalin


"Le rêve de Fernandel est d'être le seul interprète d'un film de trois mille heures qui s'appellerait Histoire mondiale de l'Humanité, où il jouerait simultanément tous les rôles - bébés, femmes et animaux compris."




Préface de Michel Marmin

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Illustrations de Pellecuer



Se procurer l'ouvrage (cliquer)


lundi 5 juillet 2021

Sortir d'ici, aller au Paraclet

                                                     

"L'homme est en instance de déité."








dimanche 4 juillet 2021

Dimanche 27 juin - Saint Fernand

 

J'ai cinquante-et-un ans, je suis heureux, en pleine forme physique, et je vous emmerde !




jeudi 18 février 2021

Nouvelle édition de "Présence de Jean Parvulesco"

    Le samedi 12 novembre 2016, quelques pratiquants de la prose enchantée de Jean Parvulesco se réunirent en l’église princière du Monastère de Negru Voda au cœur de la Valachie roumaine, afin de célébrer une Panikhide – Vigile pour le repos du défunt et consolation pour ses proches – lors du sixième anniversaire de la naissance à Dieu du grand écrivain.

    Décision fut prise en l’occasion, à l'initiative de son fils Constantin et de ses petits-fils, le Prince Stanislas d'Araucanie et Cyrille Duc de Zota, de fonder le Comité Jean Parvulesco. Celui-ci vise non seulement à entretenir la mémoire de l’écrivain, mais surtout à prolonger sa pensée géopolitique d’avant-garde dans l’histoire contemporaine…

    Plusieurs conférenciers intervinrent en suite du service liturgique mémoriel, pour évoquer la personnalité de celui qui écrivait que La géopolitique transcendantale est une mystique révolutionnaire en action, tout en mettant en avant les racines spirituelles du continent eurasiatique. Cette journée confidentielle fut le prodrome des futurs colloques de Chișinău (République de Moldavie) dont l’importance géostratégique est aujourd’hui notoirement reconnue au niveau international.

    Une plaquette – conçue et illustrée par Pellecuer – fut éditée à cette occasion sous le titre Présence de Jean Parvulesco, recueillant les interventions de Robert Steuckers, Laurent James, Emmanuel Leroy, Vanessa Duhamel, Iurie Rosca, Alexandre Douguine, et Marc Gandonnière.

    Ce n'est pas lui faire injure que de révéler que Christophe Bourseiller fut l'un des premiers à commander notre recueil. C'est peut-être la présence ainsi réactualisée de Jean Parvulesco qui lui donna l'idée de partir aussitôt à sa recherche !

    La première édition ayant été rapidement épuisée, et considérant les demandes qui nous ont été faites, nous avons décidé de procéder à une nouvelle édition, revue et augmentée.

    Le recueil est disponible exclusivement à la commande, au prix de 12 € (frais de port inclus), à l’adresse suivante :





dimanche 17 janvier 2021

Mes plaies sont infectes et purulentes, Par l'effet de ma folie. (Ps. 38, 5)

 

Le masque Laibach est le seul masque que j'accepte de porter dans une église, car il ne repose délibérément pas sur l'absolutisation de la santé physique, et donc ne rejette pas la pensée du Christ.




mercredi 9 décembre 2020

Lire et relire « Le Songe de Cent-Cinquante » de Tony Baillargeat en parcourant les lieux suprêmement métaphysiques de la ville de Lyon


« J’existe, mon bien-aimé, et c’est pour vous adorer ». Marie-Antoinette d’Autriche à Axel de Fersen, lettre du 29 juin 1791

    Si la France était encore chrétienne, si la France était mariale, johannique et magdalénienne, si la France était restée la fille aînée de l’Eglise, si la France n’avait pas trahi les Evangiles au bénéfice intégral de la République des Vaincus, si la France n’avait pas sombré corps et biens dans la mangeoire à cochons du libéralisme, alors il est fort probable que sa capitale serait toujours la ville de Lion sur le Rosne – ce jardin éminemment platonicien où poussaient des fleurs aussi substantielles que Maurice Scève, Louise Labé, Sébastien Gryphe, Philibert Delorme, Clémence de Bourges, Dom Polycarpe de la Rivière, ou encore le barde chanoine Loÿs Papon, et cette prodigieuse Société Angélique (qui servira de très-ardent fil rouge à ce texte),… « Ville du sud habitée par des gens du nord » comme il se dit parfois, Lyon est l’avers à la fois solaire et énigmatique de notre pays, la cité de Paris en constituant le revers nocturne, crépusculaire et secrètement mortifère. La barque d’Isis se trouve depuis longtemps fichée tout au fond des égouts bestiaux de la Ville usurpatrice de Lumières...

    Fluctuat et Mergitur, quia diu !


Il y a cinq ans (déjà !), j’empruntai les sentiers les plus archaïques de la Bourgogne pour suivre les traces moussues d’Arthur Brenac, avec Le Secret de Diana Dǎneşti comme viatique.

Cet été, le deuxième tome des Aventures d’Arthur Brenac, entièrement basé sur le culte orphique du Secret, me faisait pénétrer au cœur de la ville de Lyon. J’étais alors littéralement bouleversé par ma lecture de L’Ange à la fenêtre d’Occident de Meyrink, qui n’avait pas quitté ma poche pendant plus de trois mois, et qui m’aida alors grandement à entretenir ma perception surnaturelle des rues de Lyon grâce à sa surpuissante faculté féérique de superposer ma vision d’autrefois aux choses qui m’entouraient.

Ma vision d’autrefois… Ô, ma vision d’autrefois…


Je suis né, en effet, dans les mirobolantes brumes de Myrelingues. J’en connais des recoins tout à fait insoupçonnés, et certains de ses manoirs les plus étranges me sont devenus bigrement familiers. Je suis un Fils du Brouillard, et je vous prie de croire que je voue chaque jour à tous les Enfers le damné fils de bâtard qui osa, un certain jour de 1536, verser du poison dans le verre du fils aîné de François Ier, conduisant celui-ci à abandonner l’idée de redonner à Lyon son statut de capitale des Gaules… Renouer les entrailles de notre pays autour de la Pierre-des-trois-évêques, véritable omphalos druidique de notre rêveuse patrie, … La translation du centre calcaire des chemins intérieurs de la France à partir du massif du Pilat jusque vers les rives bourbeuses de la Seine fut le signal de la mise à mort de l’Olympe gaulois.


« Oui : Lugdunum est la véritable capitale de la France, la France antérieure » s’écrie Arthur Brenac au pied de l’Horloge astronomique de la Primatiale Saint-Jean. « Une France écologique, énergétique, magique et éternelle ! Contrairement à Paris, plus mécanique, engluée dans une centralisation des pouvoirs et extirpant sa force d’un contre-pouvoir néfaste et ténébreux ! Oui, Paris est une contre-capitale où tout ce qui en sort de mauvais se déverse sur la France… »


Lyon est évidemment complètement morte aujourd’hui, pour la simple raison qu’à l’instar de Strasbourg, Bordeaux ou Marseille, elle a subi de plein fouet l’invasion massive de Parisiens qui, croyant fuir leur cité sépulcrale, en apportent au contraire les miasmes les plus putrides dans leurs bagages dégueulasses : restaurants vegans, locaux antifas, islamo-gauchisme, progressisme sociétal, hausse de l’immobilier, mairie EELV non-genrée et inclusive.


Désacralisation permanente, profanation de la Gaule surnaturelle et enchantée.


Aussi, Le Songe de Cent-Cinquante, second volume des aventures d’Arthur Brenac prenant sa source dans les sous-sols lucifériens de la place d’Aligre et débouchant sur les rives lumineuses du lac souterrain de Fourvière, peut-il être lu comme la mise en œuvre du désenfouissement de la barque primitive d’Isis pour la resacraliser sous l’égide du comte de Saint-Germain, mais aussi, et plus généralement, comme la description onirique mais tout à fait précise de la lutte frontale des forces archaïques et suprêmement transcendantales de notre pays contre cette puissante armée des ténèbres, qui va bien finir par sombrer à force d’être battue par les flots de nos vertigineux crachats déflagrationnels. 


Eprouvés par une monstrueuse cérémonie démoniaque souterraine, horrifique Fête de l’Âne visant à en terminer une fois pour toutes avec l’Enfance, nos deux héros – Arthur Brenac et le narrateur Pierre Laroche – se rendent à Lyon au début du chapitre 11 en compagnie de la mystérieuse Agnès de Lupé et de son petit protégé Cent-Cinquante. Ils prennent alors possession d’un appartement situé dans une bâtisse protégée par Sainte-Catherine, à deux pas de la place des Terreaux. Sise dans la niche d’angle, la main gauche de la sainte repose sur la roue ferrée de son supplice, dont la mécanique se brisât après une prière ardente. Décision fut alors prise de la décapiter : des rigoles de lait s’échappèrent de son corps mutilé…

    Je décidai de suivre les chapitres suivants du livre de Tony Baillargeat comme autant de stations, au cours de ce véritable chemin de croix que fut, en ce mardi 11 août absolument caniculaire, la montée quasi-souffreteuse vers Notre-Dame de Fourvière. Et comme chaque station se doit d’être marquée par un autel, je mis en scène l’ouvrage au sein de l’environnement décrit par le livre même, et le photographiai afin d’en propulser la charge symbolique dans toutes les dimensions à la fois, dans une surintensification permanente de sa présence gnostique, comme en état de permanente résurrection.



    « Comme magnétiquement attiré par un site précis, j’effectuai un tour complet du quartier en tournant quatre fois sur la gauche, empruntant successivement la rue Sainte-Marie-des-Terreaux, la rue Sainte-Catherine, la rue Terme pour enfin retomber une fois de plus sur la rue d’Algérie. Cet itinéraire formant les contours d’un carré imparfait, me ramena devant une entrée particulière où Arthur me demanda de m’arrêter aussitôt.

    Il s’agissait du numéro 21.

    […]

    Surplombées d’une énorme tête de diable sylvestre, les deux portes d’entrées ouvertes, magnifiquement ciselées et de couleur verte, étaient surmontées d’un tympan à arc en tiers-point, soutenu de part et d’autre par une colonne à chapiteau feuillagé. »


    Si Budapest ou Varsovie sont souvent décrites comme des « Paris de l’est », ce n’est nullement le cas de Prague, la ville la plus absolument essentielle de notre continent, structurée suivant un axe royal résolument alchimique, s’étendant de l’œuvre au Noir (la Tour Poudrière) à l’œuvre au Vert (le Pavillon de l’Etoile Tournoyante) – un sentier ésotérique des hauteurs que je me réserve de dévoiler pour certains de mes lecteurs les plus fidèles, ponctué de Visages Verts dont la fonction est de guider le voyageur sur la voie droite. 


    « Les quatre premiers régimes de l’œuvre du feu, de l’œuvre philosophique par excellence – je nomme le nigredo, l’albedo, le citredo et le rubedo, soit la melanosis, la leucosis, la xanthosis et la Iosis – se doivent d’être franchis de par la seule vertu philosophique prédestinée de celui qui opère suivant les règles. Le cinquième régime, par contre, celui de l’œuvre au vert, ne peut en aucun cas être connu ni franchi de par la seule vertu philosophique de celui qui, à son heure, s’y verrait aboutir : pour qu’il se fasse connaître et se laisse franchir, le cinquième régime exigera le « secours extérieur » de quelqu’un qui s’avérera être, chaque fois, Chidher le Vert. […] 

    Ce n’est pas l’impétrant qui peut désirer l’entrée sous le régime de l’œuvre au vert, c’est l’insondable mystère de l’œuvre au vert qui en appelle à la montée occulte de qui doit en connaître, héroïquement, le très intime espace d’ouverture. Certains, néanmoins, auront tenté de forcer le passage à l’œuvre au vert sans y être appelés à le faire, et leurs cadavres jonchent impitoyablement les parages médiumniques de la ligne de passage. De ceux-là, dans Le Visage Vert, Gustav Meyrink dira « qu’ils ne possédaient pas les armes voulues pour prendre d’assaut la forteresse, et leur appel au combat n’a pas réveillé les dormeurs ».

    Car être éveillé est tout ».

    Jean Parvulesco, Sur la réapparition du Visage Vert


    Et si Prague est le seuil de la Transfiguration, alors Lyon est le seuil de Prague.

 




    C’est à l’instant précis où je me trouve face à ce Visage Vert jouxtant Sainte Catherine, que je comprends que mon pèlerinage littéraire va se transformer en jeu de la marelle urbanistique : un jeu qui va de la terre jusqu’au ciel ; entre la chance et le puits, tu reviens et c’est fini ; lance bien la pierre, et prends garde où tu mets tes pieds.
    Alors, c’est bien compris ?
    Dans chacune des images suivantes – à l’exception évidente des détails de bâtiments – se cache le livre de Baillargeat, il vous faudra le chercher en scrutant attentivement la photo.
Où est Tony ?
    Et surtout, prenez bien garde où vous mettez les pieds.



    Et pour commencer, ne vous arrêtez pas devant cette échoppe, qui affiche tout simplement « Le christianisme n’existe pas » et qui ne vend pas la Religion, mais la Vie.
    Cela me permet de me souvenir que Lyon est la ville de France où il y a le plus de sectes par habitant. Le passage, en cinq siècles, des Fendeurs Charbonniers à l’Eglise de Scientologie (qui a pignon sur rue au-dessus des Terreaux) est une chute sévère… Huysmans dit de Lyon dans Là-Bas que c’est « la ville où subsistent toutes les hérésies ». Mais on n’est plus à l’époque de l’abbé Boullan, Jean Bricaud, Cagliostro ou Allan Kardec, et les hérétiques d’aujourd’hui sont ces lavasses ex-marxistes pacifistes et féministes qui rêvent à un monde nouveau en psalmodiant du funk au lieu de poignarder des hosties dans des messes lucifériennes. Le satanisme n’est plus ce qu’il était. Il est aujourd’hui ouvert et tolérant, et se revendique comme une minorité religieuse qui a le droit d’émettre des messages d’amour comme tout le monde.



    Les quatre protagonistes, déguisés en nonnes et vieux chartreux afin d’échapper à leurs poursuivants, parviennent à atteindre le quai St Vincent. Sur la droite, la façade du café Voxx, fermé pour cause de délabrement. Aucun jeune étudiant agité dans les parages…
    « Comme pour se donner un répit, [le chartreux] tourna ensuite son regard vers les hautes tours d’angle de la Basilique qui se dressaient en face ».



    Le pont de la Feuillée s’élance au-dessus de « l’âme tourmentée de Souconna », la déesse celte de la Saône « pleurant la mort des Eduens et celle des Séquanes, ses fils qui se firent en d’autres temps une terrible guerre autour de ses replis fluidiques ».



    La Saône est incontestablement la plus belle rivière du monde. La plus lacrymale étant l’Huveaune, la plus sacrifiée la Bièvre, la plus mystique le Water of Leigh, la plus morbide l’Ozon rhodanienne, et la plus triste la Shiragawa. 
    Alors que les personnages du roman traversent le pont pour se rendre dans la Primatiale Saint Jean, je décide de rester quelques instants sur la Presqu’île pour déjeuner. Allez-y sans moi, les amis, je vous rejoindrai plus tard !... Je sillonne tout le quartier de l’Opéra, descendant même jusqu’à Saint Nizier dans l’espoir de dénicher l’un de ces bouchons fréquentés depuis ma plus tendre jeunesse : ils sont tous fermés. Il faut dire qu’on est en plein mois d’août… Mais il est possible que le confinement leur ait cloué le bec… Il en reste une petite dizaine, de véritables bouchons… c’est à peu près le nombre d’authentiques pizzarias existant encore à Marseille, d’estaminets à Lille ou de restos servant la vraie daube à Nice. Les Fédérations, Chez Paul, le Garet, … le Musée… tous fermés. 
    Nom de Dieu ! Là ! que vois-je ! Bon sang, je n’en crois pas mes yeux ! Un Bouillon, en pleine rue Tupin !!! Le Bouillon, la grosse escroquerie parisienne du moment, la tendance bistrot de mes deux, la brasserie du pauvre pour snob à l’envers ! En juin dernier, lorsque j’ai appris que Chez Jenny vendait aux enchères tout son mobilier pour se transformer en Bouillon, j’en ai vomi de haine pendant plusieurs heures… Chez Jenny, la meilleure choucroute de Paris, la brasserie de Lucienne Boyer, Django Reinhardt et Belmondo, l’égrégore de l’Ordre Noir aux marqueteries de Charles Spindler où nous organisâmes le 23 novembre 2012 cette réunion si singulière en souvenir absolutoire de Jean Parvulesco, … mise aux enchères démocratiques et muée en Bouillon pour pouilleux… Il n’y a qu’un seul et unique Bouillon, c’est Chartier (surtout pas celui de Montparnasse), et il ne vaut plus rien depuis la disparition de la plaque de Lautréamont.
    Qui que vous soyez, désormais, éloignez-vous !
    Et dire que je retrouve cette plaie gustative à Lyon… Il faut dire que les lyonnais ont toujours été les pires ploucs de province, littéralement possédés par l’instinct du suivisme parisianiste. Un lyonnais, c’est quelqu’un qui est déchiré entre un immense complexe d’infériorité vis-à-vis de Paris, et un immense complexe de supériorité vis-à-vis de Marseille. Le lyonnais est situé tout en bas de l’échelle de l’humanité française, depuis que sa cité a perdu le statut de capitale des Gaules. Il ne connaît strictement plus rien à la richesse sépulcrale de sa ville, prétend à tout vent que Lyon est la deuxième ville de France (à quoi ça lui sert ?), et pense sérieusement qu’elle est connue dans le monde entier, de la Californie jusqu’au Japon. 
    Je suis bien content de ne plus en côtoyer depuis vingt ans. Les seuls amis qu’il me reste à Lyon – ô combien précieux ! – sont des loups-garous. Et je ne rigole pas.

    Je finis par dénicher un bouchon ouvert : il s’agit d’un truc branché, classé au top de ce nid grouillant de bobos qu’est Trip Advisor, et qui sert de la salade lyonnaise… sans lardons ! Histoire de pouvoir faire un peu de jogging avant de reprendre le boulot… Hors de question pour moi d’entrer dans cet enfer absolu. Je préfère mille fois bouffer un mauvais kebab qu’un plat revisité pour lecteur de Télérama. La solidarité entre blancs, très peu pour moi sur ce coup-là. Le bobo n’est pas mon frère – il en est même exactement le contraire.



    J’arrive sur la place des Célestins, sous un soleil toujours autant implacable. Des enfants se baignent nus dans la fontaine, tout au fond. « L’emplacement de la Place des Célestins semble avoir été le cœur des activités des Templiers, puisque d’après les rares écrits qui témoignent de leur présence dans la capitale des Gaules, ils y érigèrent une commanderie et une chapelle… » La Commanderie Templière fut muée en couvent des Célestins en 1312, lequel fut détruit par les protestants, les incendies, puis transformé en théâtre en 1792. Le fameux Théâtre des Célestins… Fernandel a joué dans ces murs… L’un des points-clés de la géographie sacrée de Lyon.



    « La rue du Port du Temple qui va du Quai des Célestins à la place des Jacobins atteste également d’une activité fluviale importante ».
    J’appelle Tony pour le mettre au courant de ce que sont désormais les activités de cette rue, qui joint le quai de Saône à la place des Jacobins : le Nautonier a définitivement laissé place à l’Hétaïre.




    J’emprunte la rue Axelle-Dorier (1997-2020) pour retrouver les rives de la Saône.

    « L’Homme aux dés professa :
    - A bord du navire Argo, nous sommes allés en Colchide Monsieur Brenac, et au bout d’épreuves surhumaines, nous y avons conquis une nouvelle Toison…
    Comme convenu, le Nautonier Claude Prévost prit la suite :
    - Celle-ci nous permet depuis d’absorber le jour les rayons du soleil, pour les réémettre dans la nuit la plus noire… Tous les Frères d’Héliopolis sont les annonciateurs du Grand Roi à venir… Nous sommes ses Jean-Baptiste… La Quête de la Pierre Philosophale n’a pas d’autre raison que de permettre de former sur terre une Garde Rapprochée d’Initiés qui lui ouvrira le chemin… »



    Je me décide enfin à traverser le fleuve sacré.
    « A la surface de la Saône apparaissaient sournoisement les lignes troubles de quelques courants contraires ».



    La chapelle saint-Pierre des Templiers sur la rive gauche, et la Primatiale Saint-Jean sur la rive droite, en un face-à-face intensément fécond.
    « La Saône comme miroir… Le reflet évanescent de l’Eglise de Pierre apparaissant juste en face, sur l’autre rive… à travers l’Eglise de Jean… Oh, tu es merveilleux Arthur ! » se pâme la délicieuse Agnès de Lupé. 
    Et puis, se détachant du ciel bleu comme le ferait un autel néo-gothique flamboyant d’une chapelle mariale, voici le Troisième Terme Impérial et Michaélique : Notre-Dame-de-Fourvière, cette œuvre incandescente rouge sang qui est exactement à Lyon ce que la cathédrale Saint-Guy, Saint-Venceslas et Saint-Adalbert est à Prague.
    Rien n’est trop beau pour notre Reine.
    Je passe devant les terrasses de bouchons de carton-pâte du Vieux-Lyon, où sont entassés des milliers de touristes affamés. 
    Derrière le Palais de Justice se trouve ma rue favorite du quartier, l’une des plus anciennes et des plus charmantes, bordée de traboules somptueuses : la rue des Trois-Maries. Voici le magnifique bas-relief qui justifie son nom :



    Patrick Berlier indique avec pertinence dans le tome II de La Société Angélique, indispensable source de documentation sériée et passionnante sur les énigmes parcourant l’histoire secrète de Lyon, irriguée par la seigneurie de Lupé, Le Songe de Poliphile et le château spirituel de Frédéric Mistral à Châteauneuf-de-Gadagne :
    « Cette scène offre une ressemblance certaine avec la célèbre stèle des Trémaïé, aux Baux-de-Provence ». 
 A ma connaissance, nous avons ici la seule référence à Lyon de la légende des Saints de Provence, et conséquemment la seule présence de Sainte Marie-Madeleine. 
    Car il faut bien que l’évêché de Saint Pothin, arrêté et mis à mort en même temps que sainte Blandine en 177, fût inspiré d’un christianisme transféré de Jérusalem à Colonia Copia Felix Munatia Lugdunum par des voies géographiques intermédiaires, et la seule station possible en Gaule était alors Massilia… Même si cela arrache la gueule des lyonnais de le reconnaître, la première ecclesia gauloise n'a pu que s’établir à Marseille, sous l’égide de Joseph d’Arimathie, saint Lazare, … et de ces trois Saintes en gloire qu’étaient Marie Madeleine, Marie Jacobé et Marie Salomé.



    « Après avoir parcouru deux cent cinquante mètres d’un pas rapide, nous étions enfin arrivés sur la Place Saint-Jean, à gauche de l’entrée principale de la cathédrale du même nom. Au-dessus de nos caboches, le soleil resplendissait dans un ciel azur… »
    Au-dessus de la mienne, également… La chaleur est toujours autant terriblement accablante.
    Je reprends ma lecture.
    « La place semi-piétonne remplie d’une foule disparate, constituait le parvis de la primatiale. Une fontaine, édifiée en son centre, reproduisait un petit temple antique dans un style néo-renaissance abritant une sculpture de Saint Jean-Baptiste baptisant le Christ. […]
    La Primatiale St Jean était une nef équilibrée née de l’accouplement tantrique et amoureux de l’Art Gothique et Roman. Le premier, aérien et volatil, élevait dans les airs ses voûtes sur croisée d’ogive et ses célestes désirs alors que le second, terrestre et fixe, enracinait son chevet à trois niveaux et ses appétences infernales au plus profond du sol, face à la Saône. 
    Deux tendances, deux forces, presque deux dieux se croisaient là... […]
    La façade occidentale présentait trois portails très ouvragés, dont les piliers étaient couverts de plusieurs centaines de médaillons en bas-relief quadrilobés, figuratifs et narratifs assez étonnants. Encloses dans des carrés d’à peu près dix-huit centimètres de côtés, des images de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la vie des Saints et des scènes de vie monastiques se mélangeaient à de singulières sculptures fascinantes et animalesques qui délivraient en effet de bien curieux messages codés. »
    On y trouve des corbeaux, une autruche, des sirènes, Melchisédech bénissant Abraham, la déesse Cybèle entre deux loups, un phénix renaissant de ses cendres, un chevalier combattant un escargot géant ,…



    « Selon Arthur Brenac, il s’agissait sans nul doute possible de représentations allégoriques figurant les différentes étapes du Grand Œuvre alchimique. A vrai dire, à y regarder de près, plusieurs médaillons n’enfermaient que très peu de scènes religieuses.
    Près du Portail Sud par exemple, quatre lièvres dont les têtes liées entre elles par les oreilles formaient un carré parfait. Leurs corps dessinaient les branches tournantes d’un surprenant svastika qui tapaient directement dans l’œil !
    Malgré le quadrilatère dans lequel ils étaient enfermés, ils donnaient l’impression de former les curieux rayons d’une bien drôle de roue… »

    Combien d’heures ai-je passé, adolescent, à contempler ces tourbillonnants lapins gammés, en proie à de terribles convulsions d’organes ?...



    Je pénètre dans la Primatiale – et dans le chapitre 15 - en passant par la Porte des Pèlerins.
    « Sur notre droite se trouvait l’allée centrale, au fond de laquelle trônait l’abside de style romano-byzantin. […]
    D’architecture romane, le chœur présentait une double rangée de sept fenêtres en ogive très évasée qui éclairaient l’Autel majeur.
    Etonné, je remarquai que les quatre dernières arcades de la nef, celles étant les plus proches de l’entrée, s’écartaient singulièrement de l’alignement des autres, subissant à droite une légère déclivité.
    Cette forme me rappela instinctivement la touchante inclinaison de tête de Jésus sur la croix… »
    Très-admirable métaphore de Pierre Laroche, qui me fait littéralement pleurer d’amour…



    Je remonte toute l’aile gauche de la primatiale en même temps que les quatre personnages. 
    « On va devoir remettre les pendules à l’heure… dit Arthur qui se positionna devant une horloge astronomique se trouvant à droite de l’entrée, contre la paroi. C’était une espèce de tour carrée maçonnée, de deux mètres de largeur, surmontée d’une tourelle octogonale qui supportait un dôme culminant à environ neuf mètres de hauteur …. »
    Construite en 1538 par un bâlois angélique, l’horloge – au cadran singulièrement ovale – fut évidemment détruite par les huguenots vingt-cinq ans plus tard. Mais il faut les comprendre, ils avaient tellement souffert… L’Eglise mit plusieurs dizaines d’années à réparer les dégâts.



    « La partie basse était décorée de guirlandes et de fruits alors que la partie supérieure exhibait diverses statues de saints en bois coloré. 
    Deux superbes cadrans ornaient la façade, respectivement un calendrier perpétuel en bas et un astrolabe au-dessus. Ce fût sur ce dernier que le vieux chartreux porta toute son attention.
    Il chevaucha facilement la petite barrière de protection noire qui entourait l’horloge puis posa directement ses yeux sur la Mère : ce boîtier au fond duquel étaient logés le limbe, toutes les couronnes fixes et le tympan unique qui ne se différenciait pas, ici, du panneau frontal de l’horloge ».
    Je laisse Arthur analyser l’Ourobouros mécanique et ses interconnexions zodiacales par l’émetteur-récepteur qu’est le coq à la crête en cuivre au sommet de l’horloge, pour scruter les curiosités celto-lycanthropiques de l’abside. 




    Je reviens à Patrick Berlier.
    « L’intérieur de la cathédrale présente des détails tout aussi énigmatiques [que les médaillons]. Un vitrail montre la Vierge Marie avec une main blanche démesurée, par amalgame, nous dit Grasset d’Orcet, avec la déesse gauloise Mare, la main d’œuvre. Mais la longue main était l’apanage du dieu celte Lug, représenté aussi par un corbeau, à l’origine du nom de la cité. Les adeptes tardifs du culte de Lug étaient nommées les Lug-gariens, les adorateurs de Lug. L’Eglise en a fait les loups-garous, un thème fantastique repris par l’un des médaillons et par un chapiteau du chœur ». 




    La colline qui prie est originellement la colline des Lug-gariens, qui revêtaient une cape pour se protéger des regards pour pratiquer leur culte durant les nuits de pleine lune, lorsque celui-ci devint interdit aux environs du cinquième siècle.



    A l’instar d’un groupe de français interrompant nos héros – qu’ils prennent pour des nonnes et chartreux – pour leur demander gentiment à visiter la chapelle de Saint-Jean l’Evangéliste, je demande à l’accueil s’il est possible de voir la célèbre chapelle des Chanoines. Las ! celle-ci est malheureusement close, pour cause de contraintes sanitaires…
    C’est alors qu’un sacristain se propose très gentiment de me faire découvrir cette chapelle. Il sort une grosse clef de sa poche, et ouvre lentement la lourde porte en contrebas d’un escalier.



    Ah, quelle splendeur dorée, quelle lumière mielleuse ! Une Vierge à l’Enfant est doublement couronnée tout au fond : une couronne de lumière et une couronne d’ombre faite de douze étoiles.
    Le sacristain me désigne au plafond, sculptée sur une clé de voûte, la célèbre Main Guérisseuse.



    « Cette Main qui guérit se trouve physiquement sculptée sur une clé de voûte de la Primatiale, dans la chapelle des Chanoines, la plupart du temps fermée au public et pour cause, c’est à cet endroit, marqué au sol par une étoile en laiton, que se trouverait d’après Urbain de Larouanne, un alchimiste de l’Aude, le point G de la cathédrale ! »



    Je place l’ouvrage juste au-dessous de cette Main authentiquement lug-garienne, afin qu’il puisse se charger en puissances aussi bien telluriques que célestes.
    Et je me souviens des lignes fulgurantes d’Edouard Brasey, dans son Grimoire des Loups-Garous
    « Lorsque, dans le repas sacrificiel de la Cène, le Christ donne à manger son corps, sous la forme de pain, et à boire son sang, sous la forme de vin, ne reproduit-il pas, sous un aspect allégorique et non violent, les Lykaia d’Arcadie ? L’immersion dans le lac que le loup-garou doit traverser avant de se transformer en loup rappelle le baptême par lequel le disciple du Christ devient chrétien. Là où les disciples de Lycaon étaient pris de folie louvière et s’en allaient terroriser les bois durant neuf années sous leur apparence de fauve, les apôtres du Christ sont illuminés par l’Esprit Saint et vont sur les chemins pour transmettre la bonne nouvelle sous leur identité de saints missionnaires. » 
    Et que dire de Thiess, le petit loup-garou lituanien qui vivra à jamais dans les profondeurs de mon cœur palpitant d’enthousiasme christique ?...
    « En 1692, à Jurgenburg, en Lituanie, un certain Thiess témoigna sous serment que les loups-garous d’Allemagne et de Russie, dont il faisait partie, étaient en réalité les « chiens de chasse de Dieu », sorte de milice guerrière sortie des enfers où elle s’était opposée aux sorcières et aux démons. Il expliqua notamment que lorsque les loups-garous mouraient, leurs âmes s’en allaient au paradis en récompense de leur lutte contre les puissances de l’Enfer. Cet étrange lycanthrope angélique fut finalement condamné à dix coups de fouet pour idolâtrie et croyances superstitieuses ». 
    Cet étrange lycanthrope angélique…

    Je décide alors de rejoindre les personnages du roman vers l’Horloge.
    Dieu ! mais que se passe-t-il ? Une fumée poudreuse et noirâtre a envahi le transept Nord, et les quatre personnes ont bel et bien… disparu !... avec la tête du coq de cuivre tombée au sol.
    Qu’importe où se trouvaient à l’instant Arthur Brenac, la de Lupé, Cent-Cinquante et Laroche, dans mon rêve ou perdus dans le monde réel, j’étais trop épuisé pour partir à leur recherche. 
    J’émerge de la Primatiale par la Porte centrale au-dessus de laquelle figurait la statue du chevalier en armure, debout, une épée et un bouclier en mains.
    Avant d’emprunter la montée du Gourguillon pour grimper jusqu’à Fourvière, je décide de vérifier si les quatre individus ne se trouvent pas – par le plus grand des hasards – sur la petite place du Change… là où trois hommes et une femme furent aperçus sous le règne de Louis le Débonnaire, pénétrant à l’intérieur d’un char volant qui produisit tellement de vibrations en atterrissant qu’il fit s’incliner tout un bâtiment de la place !




    « Cet extrait vient d’un texte de l’Evêque d’Agobard, l’évêque de Lyon qui au IXè siècle raconta l’histoire de quatre personnes enlevées par un vaisseau volant à bord duquel ils avaient pu visiter les merveilles d’un autre monde situé entre ciel et terre, appelé Magonia. »
    Plus aucune trace de cette abduction, bien sûr.

    En route vers les Hauteurs – sous une chaleur terrible.



    Cette montée était l’entrée principale de la ville par l'ouest, et la seule voie entre le marché aux bestiaux des Minimes et la Presqu’île.
    « D’une longueur de quatre cent mètres, cette rue complètement pavée, pittoresque et étroite, était bordée de maisons qui, pour certaines, dataient de l’époque médiévale. Ornées d’animaux fantastiques, leurs fenêtres à meneaux évoquaient ici tout un passé magique que l’on devinait toujours en activité.
    Il eût été facile pour un esprit rêveur et nostalgique de se projeter au-delà de certains vitrages poussiéreux, d’imaginer derrière, quelques sorciers ou alchimistes œuvrant encore devant leurs fourneaux, creusets, cornues ou autres alambics en cuivre.
    A coup sûr, si l’on devait rechercher le cœur secret de Lyon ou plutôt de Lugdunum, c’était sans conteste dans les parages qu’on pouvait espérer le retrouver… » 



    Sur ma gauche, voici un vieil escalier descendant dans une sombre venelle étroite… C’est ainsi que tout en bas de l’effilée impasse Turquet, je retrouve ces « deux maisons du XIVè siècle qui exhibent fièrement leurs superbes galeries à pans de bois », que je connais bien… Turquet – ou plutôt, Turquetti – était un marchand piémontais, qui obtint de François Ier le privilège d’installer à Lyon une fabrique de draps de soie. L’industrie soyeuse lyonnaise était née.





    Je reprends l’ascension. A l’intersection de la montée du Gourguillon et de la rue Armand Caillat, voici « cet espace préservé offrant une vue imprenable sur l’église Saint-Georges et sur la Saône qui coule gracieusement derrière elle ». 
    Au début du roman, « c’est là, sur cette petite place triangulaire formée par la séparation des deux rues, et juste devant deux portes en bois enfoncées dans un portique d’allure romaine que le Nautonier pratiquait ses tours de magie, le dimanche où Agnès de Lupé le rencontra pour la première fois »…



    Tiens donc ! juste en face, voici un bien curieux Manoir…



    Ecce Ecclesia !

    Je me plante devant la façade occidentale, « protégée par un beau lion ailé, figé dans une position hiératique ». 
    « Quatre colonnes en granit de Baveno supportent les trois sublimes arcatures du porche. Celui-ci, surmonté par huit anges cariatides monumentaux, tous armés d’une épée, a une profondeur d’une dizaine de mètres au bout duquel deux énormes portes ouvertes en bronze invitent à pénétrer dans l’édifice supérieur…
    Au-dessus des anges, une vierge à l’enfant trône au centre d’un fronton triangulaire, entourée de plusieurs personnages à genoux de chaque côté d’elle ».



    J’achète un litre de Badoit sur l’esplanade, que j’avale en cinq secondes avec la Capitale des Gaules à mes pieds… Sur la gauche se dresse la Croix-Rousse, la colline qui travaille. Ca sera pour demain.



    Je vais prendre le frais dans la crypte.
    « Des anges singuliers supportent les retombées des voûtes qui, soutenues par des piliers couronnés de chapiteaux gravés d’étoiles à six branches, n’atteignent pas une hauteur de dix mètres. »
    J’arrive devant l’autel « où sont sculptés quatre anges coupant des blés et quatre autres cueillant des raisins.
    Sept vitrages éclairent de manière feutrée la colossale statue en pierre dorée de Saint-Joseph portant l’enfant Jésus. 
    A la base enfin, un haut-relief représente la mort du Saint-Patriarche. »

    Je serpente à l’extérieur de Fourvière… Je prends à droite, contournant le « phare républicain » qu’est la tour métallique de la colline, la « Tour Eiffel de Lyon » bâtie en 1894, soit cinq ans après celle du Champ-de-Mars. Damné suivisme parisianiste des lyonnais… 
    Je passe devant « la ficelle des morts » à main gauche, cette fine structure métallique menant au cimetière de Loyasse en traversant le fameux Jardin des Hauteurs, et arrive devant la façade de la célèbre maison de Nicolas de Langes…




    Je reprends en mains La Société Angélique de Patrick Berlier, mais cette fois-ci le tome I, focalisé sur Dom Polycarpe de la Rivière, les énigmes du Pilat, et les jardins secrets de la Société Angélique. D’ailleurs, il y a bien longtemps, c’est Berlier en personne qui me dévoilait, ici même, les arcanes de cette Société... et qui me désigna, un peu plus bas, la scène du supplice d’Ixion sculptée dans une vieille pierre.
    « Le chapiteau de la colonne de droite s’orne de quatre petites têtes, bouches ouvertes. Ces quatre têtes ne symboliseraient-elles pas la Cité des Quatre, Hébron la capitale des géants Anaqim […] ? Ces Anaqim ou Néphilim étaient les Hommes du Nom, ce Nom Imprononçable IHVH ou Iahvé que semblent épeler les quatre têtes du chapiteau, chacune énonçant l’une de ses composantes, les lettres hébraïques Yod-Hé-Vav-Hé ».



    « Sur le chapiteau de la colonne de gauche apparaissent aux angles deux personnages émergeant d’une gaine végétale, ce que l’on nomme en architecture des hermès ou des termes. Leur bras sont tendus vers l’arrière pour aller saisir, de chaque côté, les longues moustaches de deux personnages centraux dont on ne voit que les têtes. Il y a donc quatre têtes également sur ce chapiteau.
    Ces personnages moustachus constituent d’abord une façon de rappeler le souvenir de Jean Lemaire de Belges, l’un des membres de l’Académie de Fourvière. C’est lui en effet qui en 1525 introduisit le mot « moustaches » dans la langue française. La mode du port de la moustache est arrivée de Venise à la même époque.
    On dirait que les termes, qui ne sont pas moustachus, tentent d’arracher les moustaches des têtes centrales, un peu comme s’ils voulaient se les approprier. Plus symboliquement, ils essaient sans doute de les forcer à livrer leur secret. En un mot, ils tentent de leur tirer les vers du nez, les moustaches ressemblant également à des gros vers. Les personnages centraux ouvrent grand la bouche comme pour pousser un cri qui paraît marquer l’étonnement plutôt que de la douleur. Etonnement et colonne renvoient au Livre de Job (26, 11) : « Les colonnes des ciels vacillent ; à sa menace, elles s’étonnent ».
    Assurément en ce lieu se pratiquait la kabbale hébraïque (la Rue Juiverie n’est pas si loin), mais aussi cet art du calembour nommé Langue des Oiseaux. »

    Les Bacchantes, bien sûr…
   Je n’ai pas retrouvé les personnages du roman... Mais où peuvent-ils bien être ? Je suis exténué. Je rentre me coucher.




    Le lendemain matin, je suis en pleine forme. Je reprends le métro avec pour mission d’explorer la Croix-Rousse, le cimetière de Loyasse et l’île Barbe. Pierre Laroche, Arthur de Brenac, Agnès de Lupé et le petit Cent-Cinquante ne peuvent tout de même pas avoir disparu à jamais au pied de l’Horloge astronomique de la Primatiale Saint-Jean… Ils ont dû tomber dans un puits, et vont certainement réapparaître au détour d’une page en cette journée.

    Le plateau de la Croix-Rousse est écrasé de chaleur. 
    J’ai habité une dizaine années sur la colline qui travaille : d’abord sur les pentes (rue Burdeau) puis le plateau (rue Richan) ; c’est dire si je connais les lieux. 
    Connu sous le nom de DJ EL.COM, j’ai écumé pendant tout ce temps des espaces nocturnes aussi divers que l’Opera Mundi ou le Kafe Myzik – les vrais croix-roussiens s’en souviennent. Il était possible de mener des aventures très intenses à l’époque, dans une atmosphère à la fois passionnée, violente et fructueuse.
    Aujourd’hui, quand je constate l’insolence des consommateurs du Café du Gros Caillou, vautrés dans des transats comme des porcs fatigués face au Mont Blanc en sirotant des bouteilles de Corona… 
    Le Roi de l’Europe mérite quand même autre chose que de se faire benoitement scruter par des bobos en déshérence. 
    Par exemple, de servir de point de perspective au livre de Tony Baillargeat.



    (Si si, regardez bien la ligne d’horizon, le Mont-Blanc est bien visible)


    « A la Croix-Rousse, la Vogue des Marrons est devenue d’une tristesse absolue, sans ces troupes de bouilleurs de crus venus de Savoie qui vendaient naguère des diots marinés dans l’eau-de-vie : c ‘était dix francs le verre, que tu remplissais à volonté d’Apremont toute la journée spiralant ainsi autour du Gros-Caillou avec le Mont-Blanc comme ligne d’horizon. Aujourd’hui, la Vogue c’est kebab et coca-cola… Une grosse montagne de merde. » (11 août 2016)

    Aucun lyonnais n’évoque non plus le fait que le Gros Cailllou ait été déplacé de plusieurs dizaines de mètres vers l’est – le faisant passer du quatrième au premier arrondissement ! – pour pouvoir construire un parking souterrain : sacrilège absolument dément pour une telle pierre bénite… Vous ne trouverez aucun blog, aucune discussion sur aucun réseau social, aucun article de journal… Ils n’en ont absolument rien à secouer, du moment que le quartier devient sûr et de bon niveau social… 


    (le livre de Baillargeat est évidemment absent de cette photo repoussante)

    Ah, c’est certain que la sécurité est maintenant assurée sur la place Colbert… Les boomers ouvrent des restos vegans, et leurs enfants sont tenanciers de bars antifas juste à côté… Plus aucun Arabe dans les parages, désormais… c’est pas comme à mon époque… On est bien, entre Blancs, maintenant, c’est super cool. On peut combattre l’extrême-droite tranquillou…
    Les pentes de la X-Rousse sont devenues depuis quinze ans pleines de studios de création, de magasins d’art nègre (les commerçants sont évidemment blancs), de locations de solex, d’écoles de yoga… Il y a un resto qui s’appelle « La Crêpe de Paris ». 
    L’Enfer Absolu.




    Il y a même – je vous jure qu’il n’y a aucun trucage ! – un tag à la gloire de Benoit Hamon. Lyon est la seule ville au monde qui puisse arborer une telle chose.




    La cour des Voraces n’a pas beaucoup changé, fort heureusement. Et dire que ces parasites victorieux (The Conqueror Worms) osent se réclamer des Canuts…



    Descendant jusqu’à la rue des Fantasques, je m’arrête comme à mon habitude à la verticale de l’entrée du tunnel de la X-Rousse, jouissant du point de vue sur tout l’Est de la région lyonnaise – l’Est, ce cher Est, le plus fantasque des points cardinaux... Je suis de l’Est, moi, de l’Est lyonnais, à la lisière de l’Isère, à l’orée des Terres Froides du Dauphiné… Ici, à l’endroit même où je me trouve, poussent les seules vignes de la cité.

    Je passe devant un tag splendide « Jésus Roi des Rois, Reviens ! »… 

    Et puis, voici le point nodal. Le Nombril organique de Lyon.



    Je trouve ceci dans un almanach de Lyon de 1745, à propos de la rue des Fantasques : « on nomme ce chemin ainsi parce que c’est un endroit fort écarté, servant à des gens d’un caractère particulier, qui veulent éviter la compagnie ».

    Le Songe de Cent-Cinquante : « Logeant dans ce quartier, à l’angle de la rue des Fantasques et de la rue Grognard, il avait eu tout le loisir de voir depuis quelque temps, de drôles d’hommes et de femmes, hippies modernes pour la plupart issus de différentes ethnies, s’extirper d’une plaque d’égout posée non loin en plein milieu de la route, et dissimulant un puits vertical s’enfonçant dans les entrailles de la colline.
    Jean Daspry connaissait cette entrée pour l’avoir régulièrement empruntée lors de ses visites dans les catacombes lyonnaises. Elle menait, d’après lui, directement aux fameuses arêtes de poisson. […]
    Cet ensemble de galeries situé à trois mètres sous la surface des pentes tirait son nom de l’aspect général du plan de ces couloirs. D’une longueur totale de plus d’un kilomètre, cette structure souterraine se composait d’une colonne principale de 156 m et de trente-deux galeries parallèles de 30 m chacune, réparties en seize paliers de niveaux différents ». 



    Dieu sait si je les ai pratiquées dans ma jeunesse, ces arêtes de poisson… la salle des Fêtes, la salle du Démon, les marches du Géant, la galerie du Gardien (second Gros Caillou de la Croix-Rousse, et qui n’a jamais été déplacé, lui),… le dernier niveau est noyé par la Saône. Très vaste réseau souterrain, découvert officiellement en 1959 et d’origine tout à fait inconnue, qui débouche dans les sous-sols de l’église Saint-Bernard… Le rapport interne des Services Techniques explicite : « Dans la dernière galerie découverte, nous avons trouvé une quantité importante (de l’ordre de 4 à 5 m3) d’ossements humains paraissant très anciens (crânes, tibias, côtes, etc.) ». 
    L’Enigme des Arêtes de Poisson est un ouvrage de Walid Nazim qui fait le tour de la question, proposant un éclaircissement absolument passionnant, et tout à fait convainquant. 
    « Ce gigantesque réseau – le plus grand de France et même d’Europe dans sa catégorie – a été pensé avant d’être construit, et ce dans un but précis qui nous échappe encore. Aucune erreur de conception n’a été commise, ce qui implique des compétences énormes, et a requis un travail considérable : en prenant en compte les trois structures, nous arrivons ainsi à un souterrain d’un développement de près de quarante kilomètres de galeries de deux mètres sur deux mètres quarante […] Cela représente un volume de quatre cents mille mètres cubes de terre qui fut extraite à cette fin… sans compter le nombre de pierres nécessaires pour garnir un tel espace !
    Qu’est-ce qui peut bien justifier une telle mise en œuvre, qui plus est suffisamment discrète pour que rien dans les archives [avant 1959] ne transpire de la construction de ce réseau ? »

    Et puis, un peu plus loin, ce paragraphe absolument fondamental :

    « Rappelons que l’architecture des Arêtes de Poisson est identique à celle des Sarrazinières, et qu’il est avéré que celles-ci ont été construites bien avant le XVIIè siècle. […]
    On en trouve des vestiges de Lyon jusqu’à Miribel, et lorsque l’on se pose la question de savoir à qui appartenait l’ensemble de ce territoire au fil des âges, on tombe sur un détail troublant : en effet, au XIIIè siècle s’étendaient là les terres du Sire de Beaujeu, depuis Miribel jusqu’aux Terreaux, aux Portes de Lyon, incluant toutes les collines de la Croix-Rousse. Et les légendes racontent qu’il aurait fait établir tout un système de communications souterraines formant un double couloir voûté, semé de retraites, qui lui permettait de faire circuler entre Lyon et Miribel deux lignes de troupes en sens inverse. Voilà donc la description de nos Sarazzinières, associées à un nom loin d’être anodin : celui de Guillaume de Beaujeu, dernier Grand Maître des Templiers à siéger en Terre Sainte, ce justement à la fin du XIIIè siècle… ».



    Et c’est ici qu’il me faut en terminer avec ce sujet précis, car les ramifications seraient par trop importantes à déployer, et pourtant Dieu sait si le sort de Guillaume de Beaujeu, qui fut le seul Grand Maître à faire le tour des commanderies templières d’Europe avant de se rendre en Terre Sainte, et qui fit construire les Arêtes de Poisson – Walid Nazim en fait une admirable démonstration - sur le modèle du souterrain templier de Saint Jean d’Acre (Arêtes qui passionnèrent Nicolas de Langes, Jean-Baptiste Willermoz et l’abbé Saunière), est en réalité au cœur même de la trame interne de ce deuxième volume des aventures d’Arthur Brenac – car au centre irradiant de la toile brumeuse qui forme les contours de la Société Angélique.
    Nazim termine son ouvrage sur ces paroles qui devraient faire trembler l’édifice souterrain sur lequel repose la structure de la France : 
    « Car si l’Arcadie est un symbole en soi, d’abord celui d’un âge d’or, ensuite celui d’un fleuve souterrain caché, Et In Arcadia Ego pourrait vraisemblablement signifier, derrière son sens symbolique : Je Suis Dans les Arcades, Arcade signifiant ici « Ouverture pratiquée sous un arc dans un mur, qualifiée du nom de l’arc dont elle a la forme ».
    C’était donc ça, le secret des Templiers, c’était donc ça le sens à donner à la disposition des Arêtes. Ils ont bâti seize croix sous terre, à trente mètres de profondeur, au cœur d’un labyrinthe, et y ont muré leur Trésor. Ils l’ont placé sous la protection du signe de la Croix, celui du mystique T’au égyptien, du Taw qui signifie Yahvé, la clé à même de libérer leurs richesses des entrailles de la terre.
    Et in Arcadia Ego signifierait alors, tout simplement, « Je suis dans les Arêtes ». De là vient la légende que Lyon fut le secret le mieux gardé d’Europe ».




    Et voici le cimetière de Loyasse, « le plus ancien cimetière de Lyon, situé sur la colline de Fourvière ». 
    Dieu, combien de nuits ai-je passé jadis en ces lieux enchantés à converser avec les dizaines de lutins qui y prospéraient encore…



    Le mausolée Roux-Lupin se voit de loin… Un curieux trio de mémés gyrovagues traine dans les alentours, elles me regardent du coin de l’œil … 
    « Quatre acrotères en forme de visage ensommeillé sont posés sur les quatre coins du toit. Ils entourent deux frontons triangulaires à l’entrée et à l’arrière du mausolée… Un bestiaire particulier dévoile ici tous ses charmes : un serpent qui se mord la queue et entoure un sablier ailé, un phénix, des hiboux, des corbeaux… ».

    Je trouve la porte, située de l’autre côté du bâtiment. Et là, que vois-je ? Un ouvrier travaillant à genoux à l’intérieur du mausolée, gravant sur le marbre le nom de l’un des membres de la famille Roux mort il y a peu.
    Cela me donne l’opportunité absolument incroyable de pouvoir pénétrer à l’intérieur du monument, et de pouvoir photographier l’ouvrage déposé aux pieds des stèles funéraires de tous les Lupin : 



    Colette et Louis Pierre,



    Antoine,



    et tous ses futurs « enfans et petis fils ».

    Pas de trace d’Agnès…




    L’ouvrier me demande très gentiment des infos sur ce que je suis en train de lire. Je lui montre la page où il est écrit que le tombeau de ce mausolée est l’une des entrées qui permettent de se rendre au très-mystérieux lac souterrain de Fourvière. Je lui demande s’il peut ouvrir la plaque pour que l’on puisse se glisser dans le tombeau et voir où ça mène. Il part alors d’un rire aussi franc que possible, et me rétorque avec un puissant accent lyonnais : « Oh ben vous, vous savez y faire, alors ! Je peux pas vraiment vous aider, je me ferais ben mal voir par mes patrons si j’y faisais ce que vous dites !… »
    Je le remercie à nouveau, et décide de me rendre à mon ultime étape arthurienne : l’île Barbe.



    En sortant du cimetière, je retrouve les trois vieilles immobiles devant la tombe de Maître Philippe, « le Raspoutine lyonnais »… Elles me semblent beaucoup plus proches des trois sœurs funestes de Thomas de Quincey que des Trois Maries… 
    Mater Suspirorum, Mater Lacrimarum et Mater Tenebrarum sont venues recharger leur potentiel énergétique sépulcral…




    Insula barbara !
    L’île aux druides de Lugdunum... 
    La pointe avancée de l’érémitisme souconnien, l’Ile de la Cité originelle.
    Je dépose le deuxième tome des aventures d’Arthur Brenac à l’endroit précis où Charlemagne venait s’asseoir pour méditer, sur la pointe de l’île, face à la Saône, après qu’il eût transféré une partie de sa bibliothèque à l’abbaye bénédictine consacrée à Saint Loup, évêque de Lyon…
    
    Avec toutes les énergies accumulées au cours de ce pèlerinage lyonnais, cela ne m’étonnerait guère que ce livre ne se transforme en boule de lumière blanche pour éclater dans l’atmosphère… Une Fontaine Blanche cosmologique…



    Quand, soudain ! Un petit murmure derrière moi, à peine perceptible…
    « Mère de la mer… Sauve-moi des eaux noires ! »
    Je me retourne, fais quelques pas… je me rapproche d’un petit amoncellement de roches, caché sous les arbres, en bordure d’une plage que l’on dirait souterraine.
    Et là ! …voici Arthur Brenac, Pierre Laroche et le petit Cent-Cinquante couchés sur le sol, enchainés entre eux au niveau des chevilles, le visage recouvert de fiel noir, et Agnès de Lupé, en pleine beauté renversante.
    Je les rejoins prudemment… Ils me reconnaissent ! car chaque personnage de roman sait reconnaître le lecteur qui l’aime lorsqu’ils se rencontrent dans la vraie vie, celle de l’ivresse des profondeurs. Ils m’enjoignent à les accompagner à la nage, en direction d’une autre plage que je n’avais jamais remarquée jusqu’alors. Une plage sur laquelle se trouve échouée une barque, dont la figure de proue n’est autre qu’Isis.
    « La dernière barque isiaque en bottes de tiges de papyrus était celle du comte de Saint-Germain ».
    Le petit Cent-Cinquante et la belle Agnès prennent place dans la barque. Je m’évanouis de bonheur, sur les airs mozartiens chantés par Agnès de Lupé « dont l’embarcation s’estompait dans des brumes évanescentes grandissantes »… Je me laisse choir sur la plage « où étaient éparpillés ici et là, des restes d’organismes éteints depuis des dizaines de millions d’années… »



    C’est au pied d’une immense statue de la Vierge Marie que je me réveillais bien plus tard, sous un ciel d’un bleu éclatant.

ILS
M‘ONT ETABLIE
LA GARDIENNE
DE ST PIERRE
DE CHANDIEU
19 SEPTEMBRE
1861

Je suis en même temps seul face à Marie et seul avec Marie.

Et c’est en toute logique que je termine ce texte ce 8 décembre 2020, fête des Lumières de l’Immaculée Conception, car 

Tout est arrivé par Marie, tout passe par Marie, tout changera grâce à Marie.