lundi 27 juin 2016

Bienvenue dans la maison du Cancer

Tout franchissement du pont solsticial de l’été se doit d’être accompagné d’une cérémonie à la hauteur de l’événement, suivant un rite providentiel celtique et catholique.

L’an dernier, j’étais au sommet de la pyramide du Roy d’Espagne en compagnie d’un arpenteur, spécialiste de la géographie sacrée de Marseille, cité bâtie comme un Temple solaire.



« Le carré base de cette pyramide indique précisément le Solstice d’été lors de son coucher, et le Solstice d’hiver lors de son lever », m’écrit-il.

Car Marseille est une ville sacrée, absolument et radicalement sacrée. Et « si Tracé il devait y avoir, c’est qu’il avait toujours existé depuis des temps immémoriaux selon le processus d’une chaîne ininterrompue d’Initiés commanditaires ».

Aux innombrables spécialistes de l’axe Saint Sulpice – Rennes-le-Château, je me permets très humblement de mettre en regard un autre axe, au moins aussi important et fondateur : l’axe Saint Victor – Sainte-Baume.

Car nous autres, nous sommes tous bel et bien de cette montagne-là : la Sainte-Baume, définitivement. Nous y vivons ; nous y respirons et nous y vivons.

Cette année, la cérémonie du Feu sacré se tint sur une petite colline de calcaire sur l’île de Ratonneau, en pleine Grèce intensément gauloise.


Et s’il y a bien une chose à retenir dans toute cette affaire, c’est que je suis Cancer ascendant Cancer.

Le gonflement des eaux du Nil.

En synergie rythmique avec mon flux sanguin.

Bienvenue.



jeudi 10 mars 2016

Papillons

Ô joie ! ô liesse ! ô exaltation !
N’ai-je donc tant vécu que pour ces papillons ?

Je papillonne beaucoup depuis quelques semaines… J’ai un travail de fond, bien sûr. Une trame harmonique, une colonne essentielle sur laquelle je me suis recentré très ardemment ces derniers temps. Des choses très sérieuses, du lourd, à tous les niveaux… On en reparlera… Mais, Dieu ! marchant récemment sur quelque sentier de Provence pour me changer les idées, je vis alors soudain s’envoler dans tous les sens une poignée de lépidoptères multicolores comme un feu d’artifice chinois, les ailes toutes légères en parachutes de membranes diffractantes !

Du coup, j’ai décidé de faire comme eux… de papillonner dans les airs pendant un petit moment. Pas longtemps, non, juste le temps de faire une petite pause, dérouler un peu ma trompe entre les rayons de lumière et déployer les écailles sous le mistral virulent. Se disperser à tous vents est parfois une bonne manière de reprendre pied.

Mon premier papillon fut un héron. Un héron cendré, que j’ai choisi de placer dans une Arche.

Chacun sait qu’une des manières les plus efficaces de ne jamais mourir est de se faire portraiturer par un peintre. Et bien c’est pareil pour les animaux. Esquisser la silhouette d’un animal l’empêche de finir à l’abattoir. C’est une des motivations profondes du Projet Arche (du moins, je l’imagine) : publier des dessins d’animaux pour les sauver, les sauver de la torture et de la cruauté. Car l’homme n’a jamais été aussi cruel avec les animaux que depuis qu’il proclame qu’il en est lui-même un, d’animal. Pendant des centaines de milliers d’années, il ne serait jamais venu à l’idée d’un être humain de faire du mal gratuitement à un animal, d’abord parce que l’homme était bien meilleur qu’aujourd’hui, et ensuite parce que l’homme ne sait véritablement torturer que son propre frère. Faire du mal à son cousin, c’est déjà plus difficile. Alors, un ressortissant d’une autre espèce, n’en parlons pas.

Je suis persuadé que les chevaux peints dans la grotte de Lascaux caracolent encore quelque part, probablement du côté de Tourtoirac.

Et puis, d’un seul coup, l’humanisme a fait irruption, avec ses idées égalitaires et ses pratiques exterminatrices. Plus l’homme est devenu mauvais, et plus il a voulu s’afficher comme fondamentalement bon. En proclamant que les animaux ne sont que des automates, puis uniquement de la chair à consommer, l’homme ne faisait qu’annoncer l’ère de l’industrialisation de sa propre carne. On peut mesurer le degré d’une civilisation à sa manière de traiter les vaches : entre la jeune Mélanie Calvat qui discutait avec elles dans leur propre langage au bord d’un torrent alpin, et l’humaniste pratiquant qui leur brûle les naseaux pour rigoler avec des décharges électriques au fond d’une rigole de merde et de sang dans l’abattoir du Vigan, la chute est sévère.

Trois cent soixante-sept animaux sont d’ores et déjà sauvés par l’Arche, dont la murène étoilée, le lynx des neiges, le poussin et la rainette verte.

Lorsque je fus contacté par les nautoniers de l’Arche, je songeai d’abord à une vache. Puis à une girafe, une chouette et un hippopotame. Ce fut finalement un héron. Par amour pour Giorgione, bien entendu.


 Trois amis me demandèrent ensuite de leur donner des textes, destinés à être publiés sur des supports bien différents. Le premier est une joviale étude de « L’Homme qui arrêta d’écrire » de Marc-Edouard Nabe. Mis en ligne ici même en août 2010, cet Argus bleu est heureux, désormais, de voleter dans les pages aérées et lancinantes de la revue de Guillaume Basquin, « Les Cahiers de Tinbad ».


Placés sous l’égide flamboyante de Joyce, ces Cahiers sont passionnés et exigeants. On y trouve des poèmes « d’un jeune inconnu qui répond au nom d’Ordener », dont l’enchanteresse morbidité fait songer aux chansons de José Maria Arguedas qui trouaient les pages du numéro 3 de la revue exil, l’été 1974. Il y a des chants galactiques, aussi, « d’un jeune homme nommé Piotr Léoni ». Et puis, une déclaration de guerre totale à internet. Enfin ! At last ! Ça vient ! Si, de manière générale et cohérente, ces Cahiers vomissent la numérisation (des films, des photos, des textes), parce que « les livres de Tinbad, eux, n’existeront que sous forme imprimée, sur beau papier, même si c’est une aberration économique… », « Uniformisme virtuel » de Fabrice Pastre s’en prend violemment, et de manière exemplaire, à la négation de l’écriture portée par la mise en réseau des mots sur internet.

J’ai déjà dit (et écrit) que l’histoire de l’être était concomitante avec l’histoire de la lettre. Après la séparation verticale des hommes d’avec la transcendance, illustrée par l’invention inaugurale de l’écriture qui mit les principes de la connaissance suprême à la portée du tout-venant, la séparation horizontale des gens les uns des autres a été contemporaine de la séparation des lettres mise en œuvre par l’imprimerie. Le protestantisme, matrice de l’isolement moderne de l’homme, est né avec l’isolement mécanique de la lettre. Puis la dissolution post-moderne de l’individu s’accomplit avec l’écriture électronique (sur ordinateur), chaque lettre se désincarnant dans la réalité non-visible de ses propres pixels. Enfin, la mise en réseau mondiale de ces pixels et leur délocalisation instantanée ont fait germer la pensée en toile d’araignée, la pensée en réseau, ainsi que la surveillance généralisée « des uns par les autres », en réalité celle de tous par le Grand Rien.

« Le flicage par tous pour tous, sale concept » écrit Fabrice Pastre. « Plus on est éteint dans la vie, plus on se fait passer pour vivant ». D’où le succès indéniable, notamment sur Facebook, des plus morts d’entre les morts, ces zombies absolus qui tapent pour dire qu’ils s’amusent (il faut le dire vite !). « L’incapacité d’aligner trois mots n’effraie plus personne ; gloire au selfie ! Un smiley vaut mieux qu’un long texte ». Cette émoticônisation de l’écrit s’accompagne d’un rameutement de la pensée, un regroupement en meute de zombies pour signifier que l’on s’est décidé à penser tout seul.

« La frustration est l’un des dénominateurs communs de l’internaute. Fils de téléspectateur, il fabrique son image à sa guise sur la toile, raconte son bonheur sur les réseaux sociaux ; mais lorsque son écran se transforme en miroir, et cela arrive irrémédiablement, c’est un désastre. La haine commence à lui monter dans les doigts pour finir par gicler de son azerty gras et lourd. Ces araignées d’une médiocrité étincelante expirent leur rejet d’eux-mêmes à travers une orthographe hésitante… »

« Eradiquer cette saloperie ne va pas être une mince affaire », soupire le lumineux Fabrice Pastre. Oui, c’est vrai. Mais on y travaille. Un bon bloc de réalité en pleine face. Ça viendra.


Mon second texte, lui, est un louvet (Hyponephele lupina). Il attend la sortie d’une revue parisienne violente, radicalement urbaine et pétrolifère pour pouvoir prendre son envol. 
Patientons.

Quant à mon troisième, il est consacré aux Tapisseries de l’Apocalypse d’Angers et devrait sortir dans un recueil littéraire de l’Anjou à paraître en septembre, un de ces beaux machaons porte-queues semeurs d’ivresse visuelle que l’on voit s’envoler parfois dans ces paysages viticoles du Saumurois. Il m’est arrivé de me  prendre pour une personne sérieuse, pendant l’été, la prairie angevine reconnaissant la suave pression de mes pas, quand je m’aventurais avec mon filet de soie après les colibris et les papillons, aux zigzags agaçants…



Mais qui donc!... mais qui donc ose, ici, comme un conspirateur, traîner les anneaux de sa trompe vers ma poitrine noire ?

Mon Dieu ! Mais c’est Moyen ! le roi souterrain de la Dark Variété belge, le Mithridate débourseur de thunes, le chanteur bateleur et charlatan de tous les rituels cosmiques.

Moyen, le Papillon Noir.

Seul contre personne, ce mystique intégral qui aime dormir profondément, marcher dans la forêt en de longs périples au bout de l’après-midi, et qui a une inclination certaine à danser le rigodon (dis donc), tient toujours ses promesses : aucun leurre des profondeurs chez lui. En guise d’exorde à son futur disque destiné aux connaisseurs, il vient de mettre en musique deux de mes textes (que j’écrivis l’an dernier, me permettant alors de sortir de mon anéantissement estival), et a même demandé à un ami commun d’illustrer la pochette. Je ne donnerai pas l’identité de ce dernier, mais je révélerai simplement qu’il s’agit du meilleur peintre de France.


Pour écrire un peu, il faut lire beaucoup.

Je sors d’une confrontation avec Arthur, le petit enfant à « la sensibilité cachée », la Triphène Fiancée difficultueusement issue des larmes de Marie, sa mère. Vaincu par les cauchemars, il tente d’immerger son Atlantide de tristesse dans les verres de rhum du bar sénégalais de Souleymane, « l’homme qui vous soûle ». Le petit Arthur a des ailes transparentes de papillon et des cheveux d'une longueur ondulée, qui flottent autour de la gentillesse de son front.


 Avez-vous remarqué la sourde présence de Lautréamont en ces lignes sombres et pleines de poison ?

Tout commence et tout finit avec Lautréamont. Grand Paon de nuit, il loue un piano dans sa chambre minuscule, ouvre ses larges ailes d’écaille et saigne de l’encre.

Ecoutez religieusement cette émission de radio de Jean-Paul Bourre. Le dernier meneur de loups de la Gaule surnaturelle et enchantée y évoque les chants du plus beau papillon de notre pays, « la solitude souveraine de Maldoror, ce grand prêtre de l’Etoile Noire ».



Et puis ?

Que se passe-t-il lorsque l’aube paraît enfin ? Lorsque la lave liquide, insensée, noire et dévorante fond au soleil retrouvé de l’archaïsme originel ?

Deux mille ans sont passés, il est temps de retrouver le Roi des Rois. Platon l’exige.

Retour à la Grèce, retour à l’Europe antérieure.

La fille du matin, l'Aurore aux doigts de rose, s’est décidé à briller dans les cieux, et nous voyons alors luire les mille feux de l’Union organique des deux poumons vivants de Jésus-Christ.





1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.
Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se « parler de vive voix » (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Églises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

2. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.
Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

3. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’« Ancien Monde », nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

4. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus « semence de chrétiens ».

5. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : « Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn 17, 21).

6. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !

7. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Évangile du Christ et du patrimoine commun de l’Église du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.

8. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.

9. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Élevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.

10. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins.
Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

11. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est « le fruit de la justice » (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Églises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués.
Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

12. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Évangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Églises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre : « Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 P 4, 12-13).

13. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, « car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14, 33).

14. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.

15. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.

16. Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Évangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.

17. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.

18. Les Églises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27-29).

19. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.

20. La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.

21. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10).
Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.
Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

22. Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

23. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Éduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous « avez été rachetés à un cher prix » (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.

24. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Église du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Évangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.
Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir « les uns pour les autres la même aspiration » (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Église à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Rm 15, 20).

25. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.

26. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Églises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

27. Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.

28. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.

29. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) !
Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 P 2, 10).

30. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !

François                                                                                                                   Kirill
Évêque de Rome                                            Patriarche de Moscou et de toute la Russie
Pape de l’Église catholique




Et le Concile de Florence ? Ne conviendrait-il pas maintenant de l’exhumer de toute urgence, et le ranimer sous le souffle brûlant de nos volontés impériales jusqu’à ce que le Feu vivant des grandes épousailles aurorales n’embrase l’Est et l’Ouest en une vaste et gigantesque flamme d’Amour intégral ?

Ne faudrait-il pas rappeler, ici même, et sans tarder, les termes précis de ce Décret d’Union signé d’un commun accord le dimanche 5 juillet 1439 entre Grecs et Latins, et le déclamer quotidiennement à tous vents jusqu’à se faire saigner du nez ?

DECRET DU SAINT CONCILE GENERAL DE FLORENCE

Eugène évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour servir de monument à perpétuité, du consentement de notre cher fils en Jésus-Christ, Jean Paléologue, illustre empereur des Romains, et de ceux qui tiennent la place de nos très vénérables frères les patriarches et des autres prélats représentant l’Eglise d’Orient.
Que les cieux et la terre se réjouissent, parce que la muraille qui divisait les deux Eglises d’Orient et d’Occident vient d’être renversée, et la paix et la concorde sont rétablies : car la pierre angulaire qui est le Christ, qui des deux Eglises n’en a fait qu’une, a joint, par le lien indissoluble de la charité et de la paix, l’un et l’autre mur, et les maintiendra par le lien d’une unité perpétuelle. Après une longue nuit de tristesse et l’obscurité épaisse et désagréable d’une longue division, le jour serein de l’union tant désirée est apparu à tous. Que l’Eglise notre mère se réjouisse donc de voir ses fils revenir à l’unité et à la paix après avoir été si longtemps divisés ; elle qui auparavant a pleuré si amèrement leur division, qu’elle rende grâces maintenant à Dieu avec une ineffable joie de les voir dans une si admirable concorde. Que tous les fidèles de l’univers entier tressaillent de joie, et que tous ceux qui portent le nom de chrétiens se réjouissent avec l’Eglise catholique leur mère. Voici en effet que les Pères de l’Orient et de l’Occident, après une trop longue période de dissentiment et de division, s’exposant à tous les périls de terre et de mer et surmontant tous les obstacles, pressés qu’ils étaient par le désir de l’union et du rétablissement de l’antique charité, sont venus à ce saint concile œcuménique, pleins de joie et d’ardeur, et leur noble dessein n’a pas été déçu. Car, après de longues et laborieuses recherches ils ont enfin, par la clémence du Saint-Esprit, atteint cette union si désirée et si sainte. Qui donc pourrait rendre au Dieu tout-puissant des actions de grâces dignes de ses bienfaits ? Qui pourrait ne pas s’étonner des richesses d’une si grande miséricorde ? Quel est le cœur de pierre que n’attendrirait pas cette grandeur de la divine bonté ? C’est vraiment une œuvre divine et non l’invention de la fragilité humaine ; c’est pourquoi il faut l’accueillir avec une intense vénération et la célébrer par des chants divins. A vous louange, à vous gloire, à vous actions de grâces, ô Christ, source de miséricordes, qui avez fait un si grand bien à l’Eglise catholique votre épouse, et qui avez montré de nos jours les miracles de votre amour, afin que tous racontent vos merveilles. Vraiment Dieu nous a fait un don grand et divin, et nous voyons de nos yeux ce que beaucoup d’autres, malgré leur ardent désir, n’ont pu contempler. En effet, les Latins et les Grecs réunis dans ce saint synode œcuménique ont donné les uns et les autres tous leurs soins pour discuter, entre autres choses, avec la plus grande diligence et un examen assidu, l’article de la procession divine du Saint-Esprit. Après avoir rapporté les témoignages de l’Ecriture et un grand nombre de textes des saints docteurs de l’Orient et de l’Occident, dont les uns disent que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, et les autres qu’il procède du Père par le Fils, tous cependant exprimant la même chose en des termes différents, les Grecs ont assuré qu’en disant que le Saint-Esprit procède du Père, ils n’entendent pas exclure le Fils, mais il leur semblait, disent-ils, que les Latins professaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme de deux principes et de deux spirations, c’est pourquoi ils s’abstinrent de dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Les Latins, au contraire, ont déclaré qu’en disant que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, ils n’entendaient pas exclure le Père, comme s’il n’était pas la source et le principe de toute divinité, savoir du Fils et du Saint-Esprit, ni prétendre que le Fils ne tienne pas du Père cela justement que le Saint-Esprit procède du Fils, ni enfin admettre deux principes ou deux spirations ; mais ils affirment qu’il n’y a qu’un unique principe et une seule spiration de l’Esprit-Saint, comme ils l’ont toujours tenu. Et comme de tout cela résulte une seule et même vérité, ils sont enfin tous convenus d’un même accord et ont fait d’un consentement unanime l’union suivante sainte et agréable à Dieu. Donc, au nom de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, avec l’approbation de ce saint concile œcuménique de Florence, nous définissons que tous les chrétiens doivent croire, recevoir et professer cette vérité de foi, que le Saint-Esprit est éternellement du Père et du Fils, qu’il tient son essence et son être subsistant à la fois du Père et du Fils, et qu’il procède éternellement de l’un et de l’autre, comme d’un seul principe et d’une unique spiration. Nous déclarons que les expressions des docteurs et des Pères, affirmant que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils, n’ont pas d’autre sens et signifient que, comme disent les Grecs, le Fils aussi est la cause, et comme disent les Latins, le principe de subsistance du Saint-Esprit, tout comme le Père. Et parce que tout ce qui est au Père, le Père l’a donné à son Fils unique en l’engendrant, sauf sa paternité, le Fils a reçu éternellement du Père par qui il a été engendré de toute éternité, cela même que le Saint-Esprit procède de lui. Nous définissons, en outre, que le Filioque, qui est l’explication de ces termes, a été ajouté légitimement et avec raison au symbole pour éclaircir la vérité et parce que la nécessité était alors urgente.
Nous déclarons aussi que le corps de Jésus-Christ est véritablement consacré dans le pain de froment, qu’il soit azyme ou fermenté, et que les prêtres doivent user de l’un ou de l’autre pour consacrer chacun selon le rite de son Eglise, orientale ou occidentale. De plus, que les âmes des vrais pénitents morts dans la charité de Dieu, avant d’avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence pour leurs péchés de commission et d’omission, sont purifiées après la mort par les peines du purgatoire, et qu’elles retirent un soulagement de ces peines par les suffrages des fidèles vivants, à savoir le sacrifice de la messe, la prière, les aumônes et les autres exercices de piété, que les fidèles ont coutume d’offrir pour d’autres fidèles, suivant les institutions de l’Eglise. Que les âmes de ceux qui, après le baptême, ne se sont souillés d’aucune tache, et celle aussi qui, après avoir commis le péché, ont été purifiées ou dans cette vie, ou après avoir été séparées de leurs corps, comme on l’a dit plus haut, sont aussitôt reçues dans le ciel, et voient clairement Dieu en trois personnes, tel qu’il est, les unes cependant plus parfaitement que les autres, selon le degré des mérites. Que les âmes de ceux qui meurent dans le péché mortel, ou avec le seul péché originel, descendent aussitôt en enfer pour y être punies, quoique par des peines différentes. Nous définissons aussi que le Saint-Siège apostolique et le pontife romain a la primauté sur l’univers entier ; que ce pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre prince des apôtres, les véritable vicaire du Christ, le chef de toute l’Eglise, le pasteur et le docteur de tous les chrétiens, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui a donné en la personne de saint Pierre le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Eglise universelle ; ainsi qu’il est contenu également dans les actes des conciles œcuméniques et dans les saints canons. Nous renouvelons, en outre, l’ordre des autres vénérables patriarches tel qu’il est fixé par les canons, de sorte que le patriarche de Constantinople soit le second après le très saint pontife de Rome, celui d’Alexandrie le troisième, celui d’Antioche le quatrième, et celui de Jérusalem le cinquième, sans préjudice de tous leurs privilèges et droits.
Donné à Florence, en session synodale publique solennellement célébrée dans la cathédrale, l’an de l’incarnation du Seigneur mil quatre cent trente-neuf, la veille des nones de juillet, l’an neuvième de notre pontificat.
[in Histoire des Conciles d’après les Documents originaux, Charles-Joseph Héfelé, Tome VII 2è partie, Paris, 1916]


Nous le savons, Saint Jean Cassien sera la figure de proue de cette réunion des hauteurs, laquelle se fera beaucoup plus rapidement que tout ce que l’on peut imaginer. D’après un ami, elle est même presque déjà terminée.

Ainsi, nous ne sommes pas près d’oublier l’occurrence de cette Divine Liturgie roumaine orthodoxe dans les cryptes de l’Abbaye Saint-Victor de Marseille, ce 29 février dernier, jour où l’Eglise d’Orient célèbre la Saint Cassien. Cette Divine Liturgie fut tenue aux pieds de Notre-Dame de Confession – la Vierge Noire de Marseille, et en présence des reliques de ce Père de l’Eglise qui tailla à partir de l'an 410 des escaliers de pierre sur les flancs de la Sainte-Baume afin de pouvoir accéder plus facilement au lieu de retraite de Sainte Marie-Madeleine.




Aura-t-on oublié que Marseille est la seule et unique ville grecque de France ? Le seul point de jonction possible entre Orient et Occident ?

Jamais un pape n’est venu prier à Marseille.

Le Pape François viendra.

Il s’agenouillera devant le visage de Saint Lazare gravé sur la paroi de l’archaïque chapelle bimillénaire, avant de grimper sur les hauteurs de Notre-Dame de la Garde pour prendre l’air du large.



Ô joie ! ô liesse ! ô exaltation !

N’ai-je donc tant vécu que pour ces papillons ?

dimanche 27 décembre 2015

Deux interventions des dernières « Rencontres Eurasistes » du 5 septembre 2015



Texte de ma conférence "L'Atlantide contre l'Atlantisme" : ici

Constantin Parvulesco nous livre une superbe analyse alchimique du Saint Suaire de Turin.


Un grand merci aux Non-Alignés.

Voir leur page : EURASISME ET MONDIALISME.


lundi 21 décembre 2015

Entretien avec Alexandre Douguine



Géopolitique et Eschatologie.
Place de l'Amérique Latine.
La Mission de la Russie.
Le Pape François.
[Entretien réalisé à Moscou, septembre 2015. Montage : Daria D.]

dimanche 20 décembre 2015

Le Roi du Monde contre le Roi Immonde


Soudain, dans un de ses mouvements de générosité aussi brusques qu’enthousiastes, Tony Baillargeat dégagea une pile de livres qui servait de support à une planche en bois pour découper une gigantesque coppa corse, en tira un ouvrage aussi épais que « L’Idiot », puis me le tendit en me regardant droit dans les yeux. « Tiens, je te le donne. Tu n’en reviendras pas. Ce sont des indications pour retrouver le Roi. La clé, la clé absolue, c’est la Résurrection ».

Et nous éclusâmes gaiement ma bouteille de Château Sainte Roseline.

Depuis, je suis plongé jusqu’au cou dans cet ouvrage, qui se révèle comme étant autant crucial pour notre tentative de décryptage de la nébuleuse mystériosophique de Rennes-le-Château, que le parchemin logographique du capitaine Kidd qui permit à William Legrand de découvrir le trésor du Scarabée d’Or.

Et voici « Arsène Lupin Supérieur Inconnu » par Patrick Ferté (1992).



Il s’agit ici de toute autre chose que de ces bouquins ésotéristes autant répandus qu’extrêmement mal écrits, tel par exemple « Mystères et Merveilles de l’Histoire de France – L’Hexagone couronné » par Geneviève Béduneau et Bernard Fontaine, confit d’indigence sur le plan stylistique, mal écrit parce que mal pensé, sans aucune élévation spirituelle, et qui contredit avec insistance son double titre en prétendant nous révéler, d’abord que la France n’est pas un hexagone (c’est un « mythe très moderne »), et puis surtout que l’histoire de France ne contient absolument ni mystères ni merveilles (François Reynaert ou Michel Onfray n’auraient pas dit mieux) : le chamanisme de nos ancêtres du paléolithique sont « de simples rêveries » ; les bardes n’étaient rien d’autre que « les lointains ancêtres de nos journalistes » ; l’existence de Mérovée « reste controversée » ; l’œuvre de Charlemagne est « la cause directe du papisme et donc la cause indirecte de l’Inquisition » ; Louis II « est bègue, ce qui en dit long sur l’ambiance qui a entouré son enfance » ( !) ; Cluny est une transposition des « usages mafieux (avant la lettre) dans l’Eglise », et les Affirmations du Pape Grégoire VII de 1075 sont l’instauration « d’une théocratie largement dictatoriale et totalitaire » ; « le lignage entier de Charlemagne apparaît porteur d’une double tare, l’avidité et la tricherie » ; on sera tout à fait ravis d’apprendre que le baptême de Clovis, avec la transformation de ses armes en fleurs de lis, et l’apparition de la colombe avec la Sainte Ampoule, ainsi que l’Oriflamme ou l’épée Joyeuse, ne sont que des « légendes »,…

Quant aux Templiers, « leur attitude achève de les déconsidérer aux yeux du populaire » ( !), « on supportait mal ce qu’on appelait leur arrogance, leurs manières de soudards ». « Dans le petit monde de l’ésotérisme », déplorent les auteurs, « l’arrestation des Templiers prend la dimension d’un cataclysme de civilisation ». Car Philippe le Bel est bien le seul à réchapper à ce jeu de massacre général : il n’a jamais fait donner de gifle à Boniface VIII, il n’a jamais voulu persécuter les Templiers, il n’a jamais mis sous sa coupe le pape Clément V, et il n’a jamais rogné de pièces de monnaie. Tout le monde le sait depuis des siècles, et les auteurs se désolent que « la vérité historique ne franchisse pas la cour de la Sorbonne ». Des guénoniens qui défendent la Sorbonne…


L’ouvrage entier est un réquisitoire contre les missions papale et impériale, « cette mystique déviée de la mission de la France »… On y traque « le mythe du Grand Monarque » et « la redite régulière du montage prophétique qui l’annonce » ; on y dénigre la Salette et Naundorff (qui serait un frankiste sabbataïste !) ; la Fraternité des Polaires est tout bonnement « une supercherie », et Parvulesco se serait complètement trompé au sujet de Zam Bothiva ; de toutes manières, en ce qui concerne le grand écrivain roumain, la messe est dite : il a « lu un peu trop rapidement l’œuvre de René Guénon » au point de chérir la « contre-initiation », et on finit par poser la question suivante : « l’empire de la fin, si cher à Jean Parvulesco, […] n’est-il pas cette fausse unité, tant attendue, et dont l’empire américain ne fut que les prémices ? » (page 638).

En résumé : ni Mystères ni Merveilles dans l’Histoire de France (pas un mot sur sainte Marie-Madeleine !), ou l’Hexagone couronné par le matérialisme historique.

Contrairement, donc, à ces bouquins prétentieux, lourds et d’une tristesse sans fondement, il existe fort heureusement des livres gais, constructifs, modestes, magiques, mystérieux et merveilleux, tout en étant emplis de véritables connaissances transcendantales à ravir l’entendement. « La France Mystique » de Jean Phaure, ou bien ce livre de Ferté, ne sont peut-être pas de grandes œuvres littéraires, mais ce sont assurément de formidables outils cryptologiques, des parchemins logographiques, permettant de lire le monde dans le sens vertical afin de pouvoir reconnaître son Roi lorsqu’il se manifestera.

« Arsène Lupin incarne l’image parfaite du Grand Monarque de la Fin des Temps ».

« Maître de l’Espace, du Temps, de la mort et des Grands Secrets trônant dans son Aiguille creuse, véritable centrale souterraine située au nombril du monde, axe polaire planté en un lieu mystérieux du Triangle d’Or, brandissant en guise de sceptre un Chandelier à 7 branches, chef des mystères de la Grande Ourse, Arsène Lupin Pantocrator contemple ses antiques et fabuleux trésors royaux et étend sa trame aux quatre coins du monde pour défendre la veuve et l’orphelin, résoudre les énigmes et combattre l’Antéchrist. Roi du Monde contre Roi Immonde ! »

Lutte perpétuelle s’il en est, terrible conflit cycliquement suractivé, affrontement rendu malicieusement translucide par ce kairos éminemment qualifié qui est le nôtre. Le Roi du Monde contre le Prince de ce Monde, lequel peut revêtir une légion de noms suivant les circonstances… Seth est l’un de ces noms les plus éminents. J’y reviendrai très prochainement, ayant découvert – avec l’aide précieuse de quelques-uns de mes amis – des choses d’une importance toute significative lors d’un récent séjour en Enfer, c’est-à-dire en Californie.

Ceux qui dénient toute légitimité au Roi du Monde se retrouvent très souvent dans le camp des sectateurs du Prince de ce Monde, que cela soit par la mise en jeu d’une grande cohérence théologique (ce qui est, pour le moins, tout à leur honneur), ou bien par pure imbécillité infantile et grégaire. Si je voulais paraphraser une expression typiquement actuelle, je dirais qu’il y a des idiots utiles du séthianisme. Ils promeuvent ouvertement des ouvrages séthiens, satanistes et sionistes sans rien y comprendre, par pure crétinerie existentielle, et dans l’impossibilité radicale d’évaluer leur signification profonde.

Et ce sont eux, les pires, bien évidemment. S’il est vrai qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à Ses Saints,il vaut également mieux affronter Seth que ses suiveurs décérébrés.

Les choses ne sont pas très compliquées, finalement. Vous avez le Gentleman Cambrioleur d’un côté, et le Baron de mes couilles de l’autre. Celui-ci, terriblement mal à l’aise, esquisse des sourires en direction du premier, un filet de sueur tiède derrière les oreilles, mais le Gentleman tourne la tête, ne rêvant que de lui décocher un mollard en pleine face. Encore un peu de patience.

Je laisse maintenant la parole à Jean Parvulesco, dont le grandiose décryptage du livre de Patrick Ferté se trouve dans « Le Retour des Grands Temps ». Car, en ce domaine comme en bien d’autres, ce sera toujours Jean Parvulesco qui aura le dernier mot.



P.S.
Certains n’ont vraiment pas l’habitude d’être critiqués… 
Mon petit texte « Le Roi du Monde contre le Roi Immonde » a excité à un point inimaginable les personnes concernées, notamment « le Baron » (pseudonyme du moment : « Vlad von Sternberg ») dont l’épilepsie caractérielle est absolument fascinante. Appelant à l’aide ses connaissances sur Facebook (son seul terrain de combat), il s’est lancé dans une série de messages en roue libre sans aucun fondement, et sans argumentation, bien sûr. Aurait-il perdu le Nord ?
L’ouvrage de son ami Bernard Fontaine s’en prend (avec une belle constance) aux notions d’Empire et de Papauté, attaque les Templiers, défend Philippe le Bel, voit en Parvulesco un contre-initié, et on n’aurait pas le droit d’émettre la moindre petite réserve ?
C’est donc en toute justice vengeresse qu’un certain Ernest Makarov écrit à mon sujet : « Faut le liquidé », message automatiquement approuvé par « Vlad von Sternberg ».
Ce dernier surenchérit, d’ailleurs, en appelant tout simplement à la ratonnade sur ma personne : « Une bonne ratonnade punitive bien ciblée s’impose, Ernest Makarov ».
Appel public à la bastonnade immédiatement approuvé (« liké ») par le grand écrivain Bernard Fontaine, libraire à la Fnac des Halles de Paris.
J’espère que l’auteur de cet appel à une expédition punitive sera capable d’assumer en toute circonstance son message, ainsi que la personne qui l’a publiquement approuvé, et je pense qu’il sait parfaitement que le fait de l’avoir retiré de Facebook ne change strictement rien aux conséquences quelles qu'elles soient, y compris pénales.