dimanche 27 décembre 2015

Deux interventions des dernières « Rencontres Eurasistes » du 5 septembre 2015



Texte de ma conférence "L'Atlantide contre l'Atlantisme" : ici

Constantin Parvulesco nous livre une superbe analyse alchimique du Saint Suaire de Turin.


Un grand merci aux Non-Alignés.

Voir leur page : EURASISME ET MONDIALISME.


lundi 21 décembre 2015

Entretien avec Alexandre Douguine



Géopolitique et Eschatologie.
Place de l'Amérique Latine.
La Mission de la Russie.
Le Pape François.
[Entretien réalisé à Moscou, septembre 2015. Montage : Daria D.]

dimanche 20 décembre 2015

Le Roi du Monde contre le Roi Immonde


Soudain, dans un de ses mouvements de générosité aussi brusques qu’enthousiastes, Tony Baillargeat dégagea une pile de livres qui servait de support à une planche en bois pour découper une gigantesque coppa corse, en tira un ouvrage aussi épais que « L’Idiot », puis me le tendit en me regardant droit dans les yeux. « Tiens, je te le donne. Tu n’en reviendras pas. Ce sont des indications pour retrouver le Roi. La clé, la clé absolue, c’est la Résurrection ».

Et nous éclusâmes gaiement ma bouteille de Château Sainte Roseline.

Depuis, je suis plongé jusqu’au cou dans cet ouvrage, qui se révèle comme étant autant crucial pour notre tentative de décryptage de la nébuleuse mystériosophique de Rennes-le-Château, que le parchemin logographique du capitaine Kidd qui permit à William Legrand de découvrir le trésor du Scarabée d’Or.

Et voici « Arsène Lupin Supérieur Inconnu » par Patrick Ferté (1992).



Il s’agit ici de toute autre chose que de ces bouquins ésotéristes autant répandus qu’extrêmement mal écrits, tel par exemple « Mystères et Merveilles de l’Histoire de France – L’Hexagone couronné » par Geneviève Béduneau et Bernard Fontaine, confit d’indigence sur le plan stylistique, mal écrit parce que mal pensé, sans aucune élévation spirituelle, et qui contredit avec insistance son double titre en prétendant nous révéler, d’abord que la France n’est pas un hexagone (c’est un « mythe très moderne »), et puis surtout que l’histoire de France ne contient absolument ni mystères ni merveilles (François Reynaert ou Michel Onfray n’auraient pas dit mieux) : le chamanisme de nos ancêtres du paléolithique sont « de simples rêveries » ; les bardes n’étaient rien d’autre que « les lointains ancêtres de nos journalistes » ; l’existence de Mérovée « reste controversée » ; l’œuvre de Charlemagne est « la cause directe du papisme et donc la cause indirecte de l’Inquisition » ; Louis II « est bègue, ce qui en dit long sur l’ambiance qui a entouré son enfance » ( !) ; Cluny est une transposition des « usages mafieux (avant la lettre) dans l’Eglise », et les Affirmations du Pape Grégoire VII de 1075 sont l’instauration « d’une théocratie largement dictatoriale et totalitaire » ; « le lignage entier de Charlemagne apparaît porteur d’une double tare, l’avidité et la tricherie » ; on sera tout à fait ravis d’apprendre que le baptême de Clovis, avec la transformation de ses armes en fleurs de lis, et l’apparition de la colombe avec la Sainte Ampoule, ainsi que l’Oriflamme ou l’épée Joyeuse, ne sont que des « légendes »,…

Quant aux Templiers, « leur attitude achève de les déconsidérer aux yeux du populaire » ( !), « on supportait mal ce qu’on appelait leur arrogance, leurs manières de soudards ». « Dans le petit monde de l’ésotérisme », déplorent les auteurs, « l’arrestation des Templiers prend la dimension d’un cataclysme de civilisation ». Car Philippe le Bel est bien le seul à réchapper à ce jeu de massacre général : il n’a jamais fait donner de gifle à Boniface VIII, il n’a jamais voulu persécuter les Templiers, il n’a jamais mis sous sa coupe le pape Clément V, et il n’a jamais rogné de pièces de monnaie. Tout le monde le sait depuis des siècles, et les auteurs se désolent que « la vérité historique ne franchisse pas la cour de la Sorbonne ». Des guénoniens qui défendent la Sorbonne…


L’ouvrage entier est un réquisitoire contre les missions papale et impériale, « cette mystique déviée de la mission de la France »… On y traque « le mythe du Grand Monarque » et « la redite régulière du montage prophétique qui l’annonce » ; on y dénigre la Salette et Naundorff (qui serait un frankiste sabbataïste !) ; la Fraternité des Polaires est tout bonnement « une supercherie », et Parvulesco se serait complètement trompé au sujet de Zam Bothiva ; de toutes manières, en ce qui concerne le grand écrivain roumain, la messe est dite : il a « lu un peu trop rapidement l’œuvre de René Guénon » au point de chérir la « contre-initiation », et on finit par poser la question suivante : « l’empire de la fin, si cher à Jean Parvulesco, […] n’est-il pas cette fausse unité, tant attendue, et dont l’empire américain ne fut que les prémices ? » (page 638).

En résumé : ni Mystères ni Merveilles dans l’Histoire de France (pas un mot sur sainte Marie-Madeleine !), ou l’Hexagone couronné par le matérialisme historique.

Contrairement, donc, à ces bouquins prétentieux, lourds et d’une tristesse sans fondement, il existe fort heureusement des livres gais, constructifs, modestes, magiques, mystérieux et merveilleux, tout en étant emplis de véritables connaissances transcendantales à ravir l’entendement. « La France Mystique » de Jean Phaure, ou bien ce livre de Ferté, ne sont peut-être pas de grandes œuvres littéraires, mais ce sont assurément de formidables outils cryptologiques, des parchemins logographiques, permettant de lire le monde dans le sens vertical afin de pouvoir reconnaître son Roi lorsqu’il se manifestera.

« Arsène Lupin incarne l’image parfaite du Grand Monarque de la Fin des Temps ».

« Maître de l’Espace, du Temps, de la mort et des Grands Secrets trônant dans son Aiguille creuse, véritable centrale souterraine située au nombril du monde, axe polaire planté en un lieu mystérieux du Triangle d’Or, brandissant en guise de sceptre un Chandelier à 7 branches, chef des mystères de la Grande Ourse, Arsène Lupin Pantocrator contemple ses antiques et fabuleux trésors royaux et étend sa trame aux quatre coins du monde pour défendre la veuve et l’orphelin, résoudre les énigmes et combattre l’Antéchrist. Roi du Monde contre Roi Immonde ! »

Lutte perpétuelle s’il en est, terrible conflit cycliquement suractivé, affrontement rendu malicieusement translucide par ce kairos éminemment qualifié qui est le nôtre. Le Roi du Monde contre le Prince de ce Monde, lequel peut revêtir une légion de noms suivant les circonstances… Seth est l’un de ces noms les plus éminents. J’y reviendrai très prochainement, ayant découvert – avec l’aide précieuse de quelques-uns de mes amis – des choses d’une importance toute significative lors d’un récent séjour en Enfer, c’est-à-dire en Californie.

Ceux qui dénient toute légitimité au Roi du Monde se retrouvent très souvent dans le camp des sectateurs du Prince de ce Monde, que cela soit par la mise en jeu d’une grande cohérence théologique (ce qui est, pour le moins, tout à leur honneur), ou bien par pure imbécillité infantile et grégaire. Si je voulais paraphraser une expression typiquement actuelle, je dirais qu’il y a des idiots utiles du séthianisme. Ils promeuvent ouvertement des ouvrages séthiens, satanistes et sionistes sans rien y comprendre, par pure crétinerie existentielle, et dans l’impossibilité radicale d’évaluer leur signification profonde.

Et ce sont eux, les pires, bien évidemment. S’il est vrai qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à Ses Saints,il vaut également mieux affronter Seth que ses suiveurs décérébrés.

Les choses ne sont pas très compliquées, finalement. Vous avez le Gentleman Cambrioleur d’un côté, et le Baron de mes couilles de l’autre. Celui-ci, terriblement mal à l’aise, esquisse des sourires en direction du premier, un filet de sueur tiède derrière les oreilles, mais le Gentleman tourne la tête, ne rêvant que de lui décocher un mollard en pleine face. Encore un peu de patience.

Je laisse maintenant la parole à Jean Parvulesco, dont le grandiose décryptage du livre de Patrick Ferté se trouve dans « Le Retour des Grands Temps ». Car, en ce domaine comme en bien d’autres, ce sera toujours Jean Parvulesco qui aura le dernier mot.



P.S.
Certains n’ont vraiment pas l’habitude d’être critiqués… 
Mon petit texte « Le Roi du Monde contre le Roi Immonde » a excité à un point inimaginable les personnes concernées, notamment « le Baron » (pseudonyme du moment : « Vlad von Sternberg ») dont l’épilepsie caractérielle est absolument fascinante. Appelant à l’aide ses connaissances sur Facebook (son seul terrain de combat), il s’est lancé dans une série de messages en roue libre sans aucun fondement, et sans argumentation, bien sûr. Aurait-il perdu le Nord ?
L’ouvrage de son ami Bernard Fontaine s’en prend (avec une belle constance) aux notions d’Empire et de Papauté, attaque les Templiers, défend Philippe le Bel, voit en Parvulesco un contre-initié, et on n’aurait pas le droit d’émettre la moindre petite réserve ?
C’est donc en toute justice vengeresse qu’un certain Ernest Makarov écrit à mon sujet : « Faut le liquidé », message automatiquement approuvé par « Vlad von Sternberg ».
Ce dernier surenchérit, d’ailleurs, en appelant tout simplement à la ratonnade sur ma personne : « Une bonne ratonnade punitive bien ciblée s’impose, Ernest Makarov ».
Appel public à la bastonnade immédiatement approuvé (« liké ») par le grand écrivain Bernard Fontaine, libraire à la Fnac des Halles de Paris.
J’espère que l’auteur de cet appel à une expédition punitive sera capable d’assumer en toute circonstance son message, ainsi que la personne qui l’a publiquement approuvé, et je pense qu’il sait parfaitement que le fait de l’avoir retiré de Facebook ne change strictement rien aux conséquences quelles qu'elles soient, y compris pénales.


jeudi 12 novembre 2015

"Une solidarité anarchiste et révolutionnaire"






Face aux attaques des ennemis de longue date, aussi bien que des ex-laquais retournés,   

Solidarité totale avec Marc-Edouard Nabe !

Seattle, Paris, Ziguinchor, Moscou,... : le monde entier va s'enflammer !




Capitol Hill, 1600 Broadway, Seattle



Tombe de Boulgakov, Cimetière de Novodiévitchi, Moscou




Plochtchad Ilitcha, Moscou




St Paraskevi Martyr (XVIè s.), Musée Spasso-Andronikovski, Moscou 


Etang Tchistoproudny, Moscou


Kremlin, Moscou


Kremlin, Moscou



Notre-Dame de Paris


Université de Ziguinchor, Sénégal


jeudi 1 octobre 2015

Lire et relire ‘Le Secret de Diana Dǎneşti’ de Tony Baillargeat en empruntant les merveilleux sentiers archaïques de la Bourgogne surnaturelle et enchantée

Au début de Madame Chrysanthème publié en 1888, Pierre Loti décrit son arrivée par bateau « au petit jour naissant » sur les rives du Japon, après une nuit calme et pleine d’étoiles. Il est tout d’abord fasciné par la beauté des côtes montagneuses, puis par la « nature exubérante et fraîche » des vallées ombrées. « Quelque vieille petite pagode mystérieuse » apparaît çà et là entre les arbres, comme pour signifier à l’auteur qu’il pénètre dans une région trouble et fascinante. L’on s’attend, dès lors, à lire une évocation renversante de cette rencontre aussi excitante qu’inattendue entre l’écrivain navigateur et la cité de Nagasaki. Bien qu’abordée de longue date par des missionnaires et commerçants portugais et néerlandais, cette cité devait néanmoins présenter encore une nipponité tout à fait extraordinaire aux yeux d’un européen en cette fin de dix-neuvième siècle.

Mais, las ! de par leurs infectes activités péri-industrielles, les marchands européens et américains avaient déjà fait reconstruire Nagasaki à l’image du monde moderne. Pierre Loti désarçonne donc complètement son lecteur avec le paragraphe suivant :

            « Quand Nagasaki parut, ce fut une déception pour nos yeux : au pied des vertes montagnes surplombantes, c’était une ville tout à fait quelconque. En avant, un pêle-mêle de navires portant tous les pavillons du monde, des paquebots comme ailleurs, des fumées noires et, sur les quais, des usines ; en fait de choses banales déjà vues partout, rien n’y manquait.
            Il viendra un temps où la terre sera bien ennuyeuse à habiter, quand on l’aura rendue pareille d’un bout à l’autre, et qu’on ne pourra même plus essayer de voyager pour se distraire un peu… »

            Ainsi, Pierre Loti prédit en 1888 l’avènement de l’uniformisation du monde, ainsi que l’inutilité aussi bien que la nocivité du tourisme, celui-ci étant l’une des causes directes de l’enlaidissement généralisé.

Le tourisme est donc une bête hideuse. Et il n’existe plus que quelques très rares raisons de voyager, outre le retour à la foi vivante et agissante (cas du pèlerinage ou de la guerre sainte). A vrai dire, je n’en vois que trois : retrouver la présence d’un être aimé ; découvrir des saveurs inconnues ; et la principale : lire un auteur à l’endroit même où son œuvre est capable de rayonner le plus intensément possible, littéralement et dans tous les sens. Ainsi, combien de fois ai-je traversé des centaines ou même des milliers de kilomètres pour pratiquer un écrivain sur ses lieux de vie, lisant appuyé contre un arbre, assis sur un rocher ou même enfermé dans une chambre ?... Si je me rends à Stockholm, c’est dans le but exclusif de lire Strindberg. Pourquoi pensez-vous que je sois allé sept fois au Japon ? C’est que ça prend un peu de temps de dévorer tout Mishima ! Et que diable suis-je encore allé faire à Moscou la semaine dernière, si ce n’est pour y terminer Le Journal d’un écrivain de Dostoïevski ?...

C’est ainsi que, durant une partie de ce mois d’août, j’ai longuement emprunté quelques-uns des merveilleux sentiers archaïques de la Bourgogne surnaturelle et enchantée, afin de pouvoir lire et relire Le Secret de Diana Dǎneşti de Tony Baillargeat… Une grande partie de l’ouvrage est en effet puissamment ancrée dans « les ténèbres transcendantes du Regnum Burgundiae », la terre lutine et féérique de la Bregogne morvandelle…

Mais, d’abord, laissez-moi vous évoquer l’Hôtel Belvédère du Rayon Vert.

Après avoir rendu visite à mon arrière-grand-père à Tautavel l’été dernier, je me surpris à longer la Côte Vermeille en direction de l’Espagne. Là, sur la limite méridionale de la Gaule, je découvris le village de Cerbère.



Loin d’afficher un quelconque racisme anti-ibérique en signifiant que les Enfers se situeraient juste au-delà de la commune française, cette toponymie désigne la présence antique de cerfs en ces lieux rocailleux. Kernunos… Il faut alors longer les chemins de fer tout au fond, grimper vers les hauteurs sous un soleil implacablement démesuré, franchir l’étroite rue Magellan, et suivre la rue Watteau pour avoir la surprise de découvrir, en un accord parfait, la présence d’une gigantesque proue érectile de paquebot en partance imminente vers quelque île égéenne dédiée à Aphrodite…


Voici l’Hôtel du Rayon Vert. Construit entre 1928 et 1932, comme indiqué sur son perron en céramique bleue, l’hôtel comprenait un restaurant, un cinéma, une salle de théâtre, et même un court de tennis sur le toit d’où, entre deux services de balles cubistes, l’on pouvait certainement admirer « le soleil qui se couche sur un horizon de mer » et voir surgir le rayon vert, « d’un vert qu’aucun peintre ne peut obtenir sur sa palette » comme l’écrit Jules Verne en exergue de l’ouvrage de Baillargeat. Ce vert est sans doute très similaire à la couleur de l’encre utilisée parfois par Jean Parvulesco pour ses autographes... On retrouve cette encre par deux fois dans le roman d’aventures ésotériste qui nous occupe : elle est d’abord utilisée par un inconnu pour souligner des phrases essentielles de Hermann von Keyserling, et puis surtout par le subrécargue Arsène de Picou-Sinbrac pour rédiger une formule mystérieuse devant permettre de localiser les clefs de l’Ours et du Sanglier.

Il paraîtrait que Gérard Depardieu a traîné son corps superbement anti-politique dans les étages de cet Hôtel Belvédère, au début de cette année… Je l’avais déjà loupé de peu au bar de l’hôtel Angleterre, à Saint Pétersbourg en septembre 2012… 


Depardieu le rabelaisien l’a probablement bien observé, le Rayon Vert. Tout commence ici, donc : par le soleil couchant. « Buvez et bourrez-vous la gueule ! » a lancé Depardieu le 19 avril dernier aux habitants de Saumur, un aigle bicéphale russe cousu sur la doudoune. Quelques semaines auparavant, il se trouvait en Bourgogne pour jouer le rôle d’un éleveur de charolaises. Entre Saumur et Château-Chinon, entre Germaine de Picou-Sinbrac et Henri Sinroc : voici précisément le balancier crucial de Tony Baillargeat, son équilibre intime, le cycle de son humanité édénique.

Il me faut donc maintenant plonger dans son roman, en franchir l’orée vernienne et m’enfouir sous les branchages moussus de ses phrases aussi touffues et enivrantes que les savants entrelacements inouïs de feuilles de frênes burgondes. D’ailleurs, l’une de ces feuilles vient tout juste de s’échapper de mon exemplaire pour tomber dans ma tasse de thé. « Une petite odeur familière : combinaison de notes d’herbe et de saveur acide, le tout enrobé d’un soupçon de vanillé sur un fond de moisi… ». J’ai tant laissé traîner ce roman dans des buissons piquants, contre des rochers zébrés d’insectes, et même en équilibre bancal sur des rus tourbeux…

C’est d’abord une floraison de doubles qui s’empare de mon attention. Des doubles, des doubles partout. Dans ce roman secret et violent, les doubles sont légion. L’Anjou et la Bourgogne, bien sûr, comme je l’ai déjà mentionné, et même l’Anjou et la Transylvanie… par l’intermédiaire du mariage entre Marie Ière d’Anjou et l’Empereur Sigismond Ier du Saint-Empire, fondateur de l’Ordre du Dragon.

Les deux parties d’un double peuvent être complémentaires ou bien antagonistes, et c’est l’ambiguïté, entretenue ou non, de cette relation qui en fait toute la richesse. Je suis d’ailleurs intimement persuadé que l’immense majorité des questions – ou des querelles – théologiques porte en réalité sur la nature (complémentaire ou antagoniste ?) de doubles principiels (ou secondaires) vis-à-vis d’un troisième terme. Filioquisme ou monopatrisme ? Parèdre ou apophase ? Frères jumeaux ou frères ennemis ?

            Le Bien et le Mal sont-ils deux principes cosmiques d’égale importance absolue (et dont les importances relatives évoluent cycliquement), ou bien le Mal est-il le reflet du Bien à travers le miroir de la matière (c’est-à-dire son agissante négation) ?

Il y a « la race angélique » et « la race luciférienne » : les Dǎnesti et les Drǎculea ; la Diana verte et la Diana rouge (« la Lon Chaney du XXIè siècle ») ; Zalmoxis le Roi du Monde et Zemelo la Femme Bleue ; Jésus-Christ et Dracula (« l’un et l’autre ont dû être des frères en des temps antérieurs ») ; la croix chrétienne et le svastika ; Hélios et Hécate ; sainte Germaine de Pibrac et saint Roch ; le Prince de Valachie Bibesco et la comtesse Demidoff ; le double visage d’Anna de Noailles ; Théotokos et Kâlî, déesse du Temps,…

Sans oublier, bien sûr, le double logeant au cœur du roman : Pierre Laroche, le narrateur quinquagénaire délaissé dès le départ par son épouse Marie, et Arthur Brenac, ce jeune compagnon croisé au cimetière du Père-Lachaise, qui lui permettra de rencontrer Diana.

Pierre Laroche et Arthur Brenac. Là aussi : deux principes cosmiques.

Arthur Brenac, je sais d’où il vient (il suffit de regarder une carte), mais j’ignore qui il est.

Peut-être est-il cet enfant du passé, dont nous parle Saint Jean XXIII dans son extraordinaire XXXIe prophétie:

 « Si une étoile s'éteint, elle est déjà morte. Mais la lumière qui s'approche est quelqu'un qui est mort et qui revient.
Dans les cartes du souterrain de fer de Wherner, toujours secrètes, la réponse, à découvert. Le temps n'est pas celui que nous connaissons.
Nous avons des frères vivants, des frères morts. Nous sommes nous-mêmes, le temps nous trouble.
Bienvenue Arthur, enfant du passé. Tu seras la preuve. Et tu rencontreras le Père de la Mère. »


            Les buis ceignent Buxy, village viticole et cordiforme. Les cépages de la côte chalonnaise sont, dans leur majorité, du pinot noir pour les rouges et du chardonnay pour les blancs. Montagny, Givry et Mercurey giclent en gueule. Les collines en pente douce recouvertes de vignobles serrés ? La Toscane !

Cavillonum était un très grand centre artisanal et le plus grand port des Eduens. La Saône, rivière magique à lutins, aux rives herbues pétries de chair de grenouille luisante de sperme auroral. Mais Chalon-sur-Saône ne vaut rien, en dehors de sa Cathédrale Saint Vincent. On y trouve la tombe de Saint Loup de Chalon, cet évêque du VIè siècle dont personne ne sait plus rien. La piéta a été décapitée par les huguenots en 1562, et ces fils de putain pillèrent Paray-le-Monial la même année. 


Voici la chapelle Sainte Anne fondée en 1484 par Oudot de Malain, conseiller du Duc de Bourgogne. La mère enseigne la Bible à sa fille. Qui manducat me vivet propter me, nous dit le phylactère : « celui qui mange mon corps vivra grâce à moi ».

C’est à partir de cet instant que l’ouvrage de Tony Baillargeat se résoudra à ne plus me quitter, s’inscrustant obstinément sous l’objectif de mon appareil photo, comme pour me signifier sa volonté d’ardente désoccultation manifeste et manifestée.

Je l’ai dit : l’histoire de Pierre Laroche, le narrateur du roman, débute par le départ de son épouse Marie. « Je n’avais même pas essayé de rattraper Marie ». Il en pleure pendant des nuits entières, faute d’avoir su l’aimer. Il faudra bien La retrouver, d’une manière ou d’une autre. Et si ce livre constituait également – ou avant tout – la quête éperdue et essentielle de Marie ?



            « Un soirrr, juste ici… J’ai vu la vierrrge, murmura-t-il d’une voix pleine de solennité et de respect ».

            Voici Couches, à proximité du Morvan. Le crapiau morvandiau, les châgnes aux troncs écorchés par le tiatia sauvage. Il faut tourner un bon moment, avant de parvenir à dénicher les menhirs en bord de route, les sept célèbres Menhirs d’Epoigny : le plus grand alignement mégalithique de Bourgogne ! 


Nous sommes sur la ligne de partage des eaux de la Saône et de la Loire. Les Eduens dédièrent ces lieux à Epone. D’Epone à Epoigny, de la nuit des temps archaïques jusqu’à notre post-modernité pré-parousiale, une ligne de feu onomastique tendue comme un fil à haute tension.

Certaines pierres levées possèdent des gravures : une hache, quelques cupules. Un trait creusé fait le tour du sommet de l’une d’elles. Juste au-dessous, se laisse deviner la présence d’un Homme primordial aux jambes arquées. Ne serait-ce pas la déesse Epona chevauchant sa monture ?



Je suis autant ému dans les profondeurs que si je me trouvais dans une cathédrale.

« L’observation des dolmens et des menhirs me semble indiquer lumineusement qu’ils ne sont que des lettres gigantesques d’un alphabet perdu ». Roger Gilbert-Lecomte, Retour à Tout.


            Je pénètre dans l’étrange commune de Couches. Marie-couche-toi-là… Nous sommes le 15 août, et la Vierge est ceinte de lumières au sein de l’église Saint-Martin de Couches. Je m’étends sur le sol froid pour mieux admirer la scène, je me couche là devant Marie et la mire avec attention, comme un dragon veiné de glace scrute un martin pour le gober avant qu’il ne s’envole. Et je me souviens que deux festivités animent régulièrement la vie de Couches : la Fête de l’Oiseau, annuelle, et la Fête de la Vouivre qui se déroule… tous les vingt ans ! La dernière eut lieu en août 2008. Mais que s’est-il donc passé exactement, ici, lors de la première en 1328 ?

            La Saône est hantée par la vouivre, de toutes parts… Allez donc verser vos larmes dans la « Fontaine à chagrin » de Lacrost, vers Tournus. Croyez-moi, vous en reviendrez transformé.

            Ici, à Couches, il ne faut pas marcher bien longtemps avant de trouver un repaire de Serpentaire. « Les anciens connaissaient la science de ces mystérieux courants qui coulent sous nos pieds, ils savaient la géographie sanguine de la ‘Nwyvre’… Ils connaissaient les veines du Dragon… qui donne au corps le moyen de retenir les ravages du temps… »

            Après Epona, après Marie, voici donc Icovellauna, « une déesse celtique qui préside les flux d’eau turbulentes et sacrées venues des entrailles de la Terre ».


« - Quand j’étais p’tiot, le currré nous disait qu’cerrrtaines églises avaient été constrrruites pourrr recouvrrrir cerrrtaines forrrces de la terrre qui, mal dirrrigées, pouvaient fairrre beaucoup de mal.
-          Tu veux parler des forces telluriques ?
-          J’veux parler de forrrces souterrraines négatives ou positives… qui se servent des sourrrces pour cirrrculer… répliqua le vieux qui, sans savoir la signification du mot ‘tellurique’, parlait en effet de ces forces-là. ‘Les veines d’la Vouivrrre’ qu’ma mèrrre les appelait… Les veines du Drrragon, quoi ! ajouta-t-il en reposant lourdement le bout de son bâton maintenant nettoyé, sur le sol. »

Aux alentours de cette source sacrée devrait donc, en toute logique, se trouver la maison de Belenos, la chapelle de Notre Dame de Frêne. Je regarde attentivement autour de moi… Mais je ne vois rien de spécial… Si ! Là ! A cinquante mètres : un château ! Saperlipouille ! (Il faudra quand même que je change de lunettes.) Je me renseigne : il s’agit du château dit de Marguerite de Bourgogne. Fille d’Agnès de France et petite-fille de saint Louis, Marguerite épousa Louis Ier de Navarre en 1305, le futur Louis X le Hutin. Mais, las ! son beau-père n’était autre que Philippe le Bel. Funeste erreur… Ce dernier avait trois fils, qui épousèrent chacun une bourguignonne : après le mariage entre Louis et Marguerite, se succédèrent ceux de Philippe V et Jeanne de Bourgogne, puis de Charles IV et Blanche de Bourgogne (sœur de Jeanne). Tout se passa bien jusqu’au début de l’année 1314, où Philippe le Bel fit jeter au cachot ses trois belles-filles pour cause d’adultère avec… deux frères chevaliers, Philippe et Gauthier d’Ainay. C’est la célèbre affaire de la Tour de Nesle. Après avoir avoué leur forfait, les deux frères furent écorchés vifs, émasculés, reçurent du plomb en ébullition sur leurs plaies ouvertes, furent traînés par des chevaux, et enfin décapités le 19 avril.

Philippe le Bel était décidément très remonté contre les chevaliers, en cette année 1314… Rappelons qu’un mois auparavant (le 18 mars), deux autres furent brûlés vifs sur ses ordres sur l’île aux Juifs, à Paris : Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay. Quand je pense qu’il existe des ésotéristes de bas étage qui tentent aujourd’hui de réhabiliter cette crapule, d’en faire une des merveilles de l’Histoire de France…

Et Marguerite de Bourgogne, alors ? Villon ne l’évoque guère, dans sa « Ballade des dames du temps jadis ». Lorsque son époux devint Roi de France sous le nom de Louis X, il la laissa enfermée dans la forteresse de Château-Gaillard, sise au sommet d’une falaise normande surplombant la Seine. L’histoire officielle française dit qu’elle y mourut en 1315. Mais l’histoire secrète de la Bourgogne n’est pas d’accord : Marguerite aurait été en fait transférée en ces lieux par sa cousine Marie de Couches, où elle finit ses jours vingt ans plus tard…

Je visite le bureau de Claude de Montagu, chevalier de la Toison d’Or et chambellan des Ducs de Bourgogne (notamment de Charles le Téméraire). Ô combien de lancinantes pensées nostalgiques ont dû jaillir en ces lieux de la belle tête de Marguerite, errante de pièce en pièce à la recherche du fantôme de son amant d’Ainay…


 « Arthur traversa plusieurs salles aussi splendides les unes que les autres. Des boiseries formidables rivalisaient de beauté avec diverses tapisseries de laine et de soie. Des armures médiévales hiératiques, parcimonieusement semées ici et là, semblaient garder la mémoire de ces lieux dans lesquels s’étaient noués tant de drames historiques ».

            Je retourne au pied de la tour. Je cherche à m’enfoncer dans le sol, dans l’espoir de trouver un lien entre la mort de Marguerite de Bourgogne en 1334, et l’apparition de la Vouivre en 1328. Là ! Voici l’entrée d’une galerie souterraine. Tout s’assombrit et s’humidifie à mesure que je descends les marches de pierre vers les profondeurs sépulcrales. 


            « De nouveaux escaliers en colimaçons, entourés de murs en granit beaucoup plus étroits que ceux en pierres que nous venions d’emprunter, nous permirent de nous enfoncer plus profondément encore dans les ténèbres telluriques que seule la lampe de Dragan éclairait.
            Ce dernier l’éteignit quand nous arrivâmes devant un couloir long d’une vingtaine de mètres, sur les parois duquel reposaient huit torches allumées. Celles-ci projetaient des ombres effrayantes sur le sol qui nous accompagnèrent jusqu’au bout du corridor ».

            J’arrive tout en bas des escaliers, l’obscurité est prégnante. J’aperçois deux ou trois grilles métalliques plaquées au sol, de l’autre côté d’une porte ajourée. Impossible d’y accéder. Je m’approche autant que je peux. Floc-floc. Des gouttes d’eau giclent hors des grilles, des gouttes à reflets verts. Voilà, j’ai trouvé : l’accès à la rivière souterraine est bel et bien ici, la rivière verte, la veine de la Vouivre.

Qui était vraiment Marie de Couches ? La cousine de Marguerite de Bourgogne n’était-elle pas le reflet de celle-ci à travers le miroir liquide des Eaux d’En-Bas, c’est-à-dire sa vivante et agissante complémentarité organomercurielle ? Pourquoi n’entendit-on plus parler de Marie de Couches après la mort de Marguerite, et pourquoi ne retrouva-t-on jamais le cadavre de cette dernière ?

Après la noire solitude suite à l’exécution publique de son amant et aux premiers mois passés dans la geôle de Château-Gaillard, le corps de Marguerite se purifia définitivement au sommet de la tour de Couches, au contact électrique de la Lune retrouvée. 

« Elle brillait littéralement dans les ténèbres, qui étaient, à n’en point douter, son véritable royaume. Malgré la déficiente luminosité de la lune, elle captait le moindre de ses rayons, les aimantait, les happait pour mieux offrir à ceux qui posaient leurs regards sur elle l’éclat cendré et presque translucide d’une Astarté humaine ! »

Mais Marguerite n’était pas seule, lors de cette intense nuit d’irradiation sélénite. Si Marie de Couches avait organisé le transfert spatial de sa cousine, de la Normandie jusqu’en Bourgogne, c’était pour en organiser également le transfert psychique et spirituel : la transmutation alchimique opérative et ascensionnelle, aboutissant à la fusion du double complémentaire Marie et Marguerite en un troisième terme impérial.

Quelques temps plus tard, les deux cousines s’assirent nues face à face en attendant l’aube, et elles se sublimèrent l’une et l’autre en croquant à pleines dents un citron sous la lumière blafarde de l’étoile du matin.

A partir de cet instant, on ne vit plus jamais les deux filles ensemble. Quand Marie était présente, Marguerite était absente. Et quand Marguerite était présente, Marie était absente. Mais quand Marie ou Marguerite était présente, c’était comme si les deux étaient présentes en même temps. Alors, en plein été caniculaire de l’an 1328, l’une des deux (laquelle ?) se planta au milieu du jardin attenant au château ; elle se dénuda entièrement sous l’œil implacable du soleil à son zénith, et resta ainsi sans bouger pendant des heures, jusqu’à ce que l’ensemble de sa peau rougisse de manière intense, maladive, implacablement érythématique. Elle était à deux pas de la source sacrée d’Icovellauna, dont elle contemplait l’ouverture avec attention. Et puis, soudain, elle se jeta dans l’eau.

La Vouivre de Couches était née.

« Des spirales électromagnétiques de couleur verte, visibles à l’œil nu, s’enroulaient autour d’elle de bas en haut ».

Il ne lui restait plus qu’à devenir immortelle… et puis mourir.

Ce qu’elle fit six ans plus tard, en 1334. Vingt ans après que Marguerite ait pénétré en grand secret sur les terres de Couches. Depuis lors, le cycle guivré de vingt années est ardemment célébré par les villageois, en pleine insouciance solaire.


Je n’y tiens plus. Il me faut une messe.

Ce 16 août 2015, dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, celle de la paroisse de Saint-Vincent-des-Buis se tient en plein air, sous la protection directe de la Vierge de Saint Vallerin.

« En ce temps-là, Jésus disait à la foule : ‘Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde’. Les Juifs se querellaient entre eux : ‘Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?’ Jésus leur dit alors : ‘Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous’. » (Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean).

Un plouc n’est jamais aussi beau que lorsqu’il communie. Moi, c’est la première fois de ma vie que je croque une hostie sous un chêne.

On ne le voit pas sur la photo ci-dessus, mais il y a encore des restes des feux de la Saint-Jean sur l’herbe.



Le Feu du Bel Enos s’est éteint. L’Election du Roi et de la Reine de la Jeunesse est bel et bien consommée.

            Le saint sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ ainsi pratiqué, je commence à m’éloigner vers la nature des alentours. Je marche, longtemps, des heures durant. Le sentier se resserre à mesure que je m’enfonce dans les bois. L’air est chaud, des fourmis volantes se posent sur mes tempes et s’abreuvent à ma sueur.

Soudain, voici l’Allée des Fées.


Partout, de la mousse bestiale, des champignons à profusion, des mottes de terre qui s’agitent par en dessous, des arbres tordus qui s’embrassent pour former un toit de verdure odorante… Des pierres biscornues qui gémissent… Et puis là-bas, tout au fond… une forme blanchâtre qui s’en va… qui revient… de droite à gauche… et qui rebascule de l’autre côté… un voile de brume un peu tourmentée…

Je franchis l’espace hanté. Et je débouche dans une petite clairière. Un panonceau indique que nous sommes dans les bois de Saint Roch. Je n’invente rien !

Mon regard se focalise alors sur un étrange monticule, derrière une haie discrète. Je m’approche lentement. Prendre son temps, c’est une des meilleures manières d’être anti-post-moderne. Ecce homo. Voici l’homme mort, l’homme mort de Saint Roch. Une croix de bois, anonyme et fleurie, plantée sur un tas d’herbes ceint de lourdes pierres. Ceint Rocs.

La première maison est à deux heures de marche, au bas mot. La forêt est profonde, les animaux sont chez eux. Et ne parlons pas des cailloux.

Je n’ai pas le courage de le déterrer pour voir s’il possède toute sa tête.


L’après-midi tire à sa fin. Même en plein été, la Bourgogne vespérale prend des teints automnaux. J’arrive aux alentours de Saint-Gengoux-le-Royal.

La Vierge de l’Apocalypse me tombe d’un coup sur la gueule, sans aucune pitié.


Vierge de lumière, tu es le sourire d’un Dieu qui nous aime, ô Notre Dame !

            Je n’en peux plus, je suis profondément éreinté, je rentre me coucher.

            Pour le troisième jour de mon pèlerinage dans « les ténèbres transcendantes du Regnum Burgundiae », je décide de me rendre à Brancion, un des oppida eduens les plus renommés.

La Chapelle-sous-Brancion se trouve juste à côté. L’homme de Neandertal a beaucoup chanté en ces lieux, jadis. Le village est mentionné comme acquis dans une ordonnance de Gontran, fils de Clotaire, qui avait hérité des cités burgondes après leur défaite devant les francs. Toutes les tombes mérovingiennes qui ont été trouvées ici étaient curieusement tournées vers l’ouest.

L’abside médiévale de l’Eglise Notre-Dame de l’Assomption est renversante. On y voit le Christ couronnant Lui-même la Vierge au sein d’une mandorle parfaitement vulvaire, et tenant un livre sur lequel on peut lire SALVATOR MUNDI. La lumière est revivifiante.


Mais c’est le menhir que je suis venu voir, dans la commune. Le menhir de Nobles, ou pierre levée du champ de la Fa. Il date de 4000 av. J-C, et est gravé d’un trident sur la face est. Mais Jésus l’a dit Lui-même : « Avant qu’Abraham fût, Je suis ». C’est pourquoi l’on peut tenir pour exacte la légende qui raconte que cette pierre levée est consécutive à un pari fait entre Jésus et le Diable, sur celui qui lancerait sa pierre le plus loin à partir du col de Brancion. Or, ce fut ce dernier (le dernier des derniers) qui lança son menhir le plus loin, jusqu’à Uxelles (à près de 100 kilomètres, quand même !). Il y est toujours, d’ailleurs. Depuis cette date, « la contrée tomba sous la domination de Satan ».

Et on enterra les rois, la face vers l’ouest.


           « Dans le livre de notre ami Jean de Rupescissa, un petit paragraphe racontait la brève histoire de chaque ville ou village correspondant au blason choisi. C’est ainsi qu’après de multiples tergiversations, vacillements et déductions qui ne menaient nulle part, je tombai sur Corancy. Parmi diverses informations, il y était indiqué que le village avait été occupé par nos ancêtres les Gaulois et que bon nombre de ses sanctuaires chrétiens avaient été construits sur des lieux de culte beaucoup plus anciens ».

Au sein du château de Brancion se dresse l’Eglise Saint Pierre, « édifiée au XIIè siècle par les puissants sires de ce nom apparentés aux contes de Flandres et aux empereurs d’Orient » (explique une plaque sur la façade). Le parvis de cette superbe église intensément archaïque est appelé « Le Paradis » depuis les origines. Je sais que c’est ici que prendra fin mon pèlerinage. Au fond se dresse une voûte en berceau croisé, avec un Christ en majesté dans une mandorle. Une fresque de la Résurrection des morts parcourt les murs. 


J’entends une voix. Quelqu’un me hèle. Je me retourne. Je pensais avoir à faire au jardinier ! Que nenni. Voici le gisant de Josserand IV de Brancion, mort en 1250 aux côtés de saint Louis (grand-père de Marguerite de Bourgogne) pendant la septième croisade, à la bataille de Mansourah. Joinville écrivit qu’il était « li uns des meillours chevaliers qui fust en l’ost et fu mors de celle bleceure ou servise de Dieu ».

On m’appelle à nouveau. Je me retourne. Et je vois alors le gisant… debout ! « Un fragment de pierre verte splendide » orne sa poitrine. Et je me remémore alors une des plus grandes leçons du livre de Tony Baillargeat : c’est lorsque le gisant se réveille, que l’on comprend la véritable importance du rayon vert.

« Alors qu’il approchait [la gemme] de ses yeux pour mieux la scruter, cette insolite fraction de pierre laissa subitement filtrer, au travers de son éthérique anatomie, un subtil rayon de soleil vert qui toucha Brenac au milieu du front, lui dessinant ainsi une espèce de troisième œil hologrammique et incandescent ! »


« Eh bien, réjouis-toi, noble Eduie,
Cité célèbre entre toutes par le nom du Christ,
Tant que tu garderas, sincère, la foi qu’ils t’ont donnée,
Ta demeure assurée la fécondité du salut.
Louange extrême au Père,
Louange au Fils
Et pareillement au Souffle sacré qui, procédant de l’Un et de l’Autre,
Donne aux martyrs d’endurer mille supplices
Et de vaincre par leur mort. Amen. »

Bernard de Clairvaux.


Laurent James
28 septembre 2015
Saint Venceslas « l’Ivrogne », roi de Bohême et demi-frère de Sigismond Ier