vendredi 5 mai 2017

Le combat apocalyptique et définitif entre la Gaule et la France


« La France tombera très bas, plus bas que les autres nations, à cause de son orgueil et des mauvais chefs qu’elle se sera choisis. Elle aura le nez dans la poussière. Il n’y aura plus rien. Mais dans sa détresse, elle se souviendra de Dieu. Alors elle criera vers lui, et c'est la Sainte Vierge qui viendra la sauver. La France retrouvera alors sa vocation de Fille aînée de l'Eglise, et elle sera le lieu de la plus grande effusion de l'Esprit Saint. »
Marthe Robin au Père Finet, 1936.

« On a copieusement écrit, depuis Jules César, sur la « douce France », mais personne, je crois, n’a fait, sur ce pays, l’étrange découverte que j’énonce ici : la France est la terre promise du Satanisme. »
Giovanni Papini, Le Diable.

La carte de France du résultat du vote au premier tour des présidentielles de 2017 est d’un intérêt métaphysique absolument fondamental.



Un blog a déjà effectué la comparaison exacte entre cette carte et celle du Royaume de France au XIIè siècle, constatant que la France de Macron se superposait rigoureusement à celle des Plantagenêt. La coïncidence est stupéfiante. Mais quelle en est la raison ? Quelle est la véritable constante historique de cet état de fait ?


 D’abord, je commencerai par souligner le fait que la France de Macron ne s’oppose pas seulement à celle de Le Pen, mais également à celle des abstentionnistes puisque la répartition géographique de l’abstention au premier tour se superpose à celle des votants frontistes. C’est un fait : on vote beaucoup à l’ouest. Ceci est un point très important sur lequel je reviendrai par la suite, et qui bat déjà en brèche la persistante tromperie consistant à affirmer que s’abstenir de voter, c’est donner une voix au FN. Et si, au contraire, l’abstentionniste qui se décidait soudain à voter le ferait pour Le Pen ? N’est-il pas étrange que l’injonction démocratique à mettre son bulletin dans l’urne repose toujours sur l’assurance que ce bulletin sera obligatoirement opposé au Front National ?

Cela fait des dizaines d’années que je me tue à répéter à tout le monde que la fracture ontologique de la France ne se situe pas du tout entre le nord et le sud (avec souvent la Loire choisie comme frontière arbitraire, ce qui est d’autant plus stupide que ce fleuve prend sa source dans le sud du pays), mais entre l’ouest et l’est.

La France anglaise, athée ou néo-protestante, semi-plate et entièrement tournée vers l’Océan infranchissable contre la Gaule catholique, celte, montagneuse et méditerranéenne, orientée vers le cœur du continent.
Neustrie contre Austrasie.
Les Plantagenêt contre le Saint-Empire.
La France des gagnants de la mondialisation contre celle de l’abstention. Enfouis dans leurs terriers sur les pentes du Mont-Cenis, les lapins ne votent pas.
La France de Macron n’est pas celle du vin, du fromage et de la charcuterie. Le duc d’Aquitaine préfère les crêpes au beurre.

Je suis traversé en permanence par la vision de Claude-Sosthène Grasset d’Orcet, pour qui l’histoire de la France est modelée par deux courants tour à tour antagonistes et complémentaires, portés par deux confréries initiatiques invisibles, deux « races » spirituelles absolument distinctes l’une de l’autre : les Phrygiens et les Delphiens.
D’un côté : les Gastrolâtres (selon l’acception de Rabelais), les Ménestrels de Murcie, Jeanne d’Arc et le pays Beaucéan, la Madone assise, les paysans travailleurs aux dieux solaires, les Jésuites et les Templiers, l’Ordre chrétien populaire et révolutionnaire. Son moteur secret est le Graal solaire, lié à l’épopée spirituelle des Templiers en vue de l’établissement supra-national du Regnum Sanctum. Le lieu phrygien par excellence est la Paroisse de l’Eglise primitive des Gaules. La crypte de l’Abbaye Saint-Victor en constitue le modèle absolu.

De l’autre côté : les Engastromythes (toujours selon Rabelais), les Ménestrels de Morvan, l’Oriflamme de Montjoie Saint-Denis, la Madone debout, l’Aristocratie torricole, les élites franques, capétiennes, etc. Son moteur secret est le Graal lunaire. Pour Grasset d’Orcet, les Albigeois faisaient partie de cette invisible confrérie, liée à la cosmogonie mérovingienne, ce qui est d’une logique irréfutable. Il est très important de comprendre que la voie cathare ne se situe résolument pas du côté celte. Le lieu delphien par excellence est le Château royal, concrétisé par la ville néo-isiaque de Paris.  

Ces deux « confréries » souterraines symbolisent le rapport permanent et cyclique entre le Soleil et la Lune, le rapport entre un certain peuple et une certaine aristocratie, soit un reflet, à mon sens, du rapport historique entre la communauté de l’être, ou communauté organique primitive (celle de l’Age d’Or, l’ordre dorique ou guelfe) et la société hiérarchisée advenue pendant l’Age d’Argent (l’ordre ionique ou gibelin). Comme je l’ai proposé à Rennes-le-Château en janvier 2014on peut assigner une signification supplémentaire à ces deux courants de l’histoire française vus par Grasset d’Orcet, une signification directement liée à une double origine fondationnelle de notre pays, soit la coexistence intrinsèquement française, tacite ou explosive suivant les époques, entre une cosmogonie celte solaire et une cosmogonie mérovingienne lunaire.

La première pourrait prendre racine chez Sucellos, le dieu gaulois qui tue et qui ressuscite, et sa parèdre Nantosuelte, déesse de la fécondité, puis se prolonger avec le culte initialement massaliote de Marie-Madeleine, s’incarner dans la Paroisse celte et hellène de l’Eglise Orthodoxe primitive des Gaules, rayonner dans la théologie anti-dualiste de Scot Erigène, et se magnifier à travers l’épopée spirituelle et grand-continentale des Templiers. L’âme entièrement tournée vers l’est, vers les replis constantinopolitains de l’Empire vivant et agissant. Le rite templier était byzantin. Grandeur de Rome et de ses devenirs successifs à travers les âges.
La cosmogonie mérovingienne, quant à elle, régit l’esprit de la noblesse exogène élue pour hiérarchiser et centraliser la France sur un axe séthien, construisant un Château royal afin de mieux pouvoir défendre notre barque durant la traversée nocturne du monde d’en-dessous, la barque insubmersible de Paris.

Les cœurs géographiques de ces deux cosmogonies sont au sommet de deux régions sacrées, ce sont deux montagnes ardentes dont j’ai bien fini par comprendre qu’elles étaient absolument inconciliables entre elles : il s’agit bien de la Sainte-Baume et du pic de Bugarach, deux monts analogues géologiquement inversés : les couches du crétacé à la base, et les jurassiques tout en haut. Plus on est proche du sommet, et plus on remonte le temps.
Et si l’on est de l’une de ces montagnes, on ne peut pas être de l’autre.

Le combat apocalyptique et définitif entre la Gaule et la France a débuté au moment précis où Sainte Marie-Madeleine appela Saint Michel pour l’aider à chasser l’antique dragon de la grotte de la Sainte-Baume afin de pouvoir y prendre sa place. Vue du ciel, la courbe minérale du massif de la Sainte-Baume dessine les contours exacts d’un dragon allongé au sol. Terrassé par la nouvelle Isis, l’âme du dragon ne fut malheureusement pas emprisonnée à Tarascon comme le raconte la légende. Elle s’en alla jusqu’aux contreforts des Pyrénées pour y établir son foyer ardent, puis de là s’agrandit progressivement en spirale inversée jusqu’aux frontières du pays, édifiant ainsi le royaume de Seth.

Bien avant la Saint-Barthélemy, qui vit émerger au grand jour le clivage sanglant entre Phrygiens et Delphiens, le XIVè siècle constitua l’un des sommets visibles de la confrontation la plus ardente entre ces deux courants (évoqués à leur manière par certains historiens comme Camille Jullian ou Ferdinand Lot). Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent brûlés vifs sur l’île de la Cité, en cet endroit dénommé aujourd’hui le Square du Vert-Galant. A quelques centaines de mètres, et un an plus tôt, Philippe le Bel se faisait construire la Grande Salle du Palais de la Cité, ornée des statues de tous les rois de France, depuis Pharamond jusqu’à lui-même. Le roi Philippe voulait renforcer sa légitimité au-delà de Clovis, en rappelant que les trois « races » (Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens) n’en formaient plus qu’une dont les sangs s’étaient mélangés en lui, le Bellator Rex.

La Révolution française constitua un autre sommet visible de la confrontation entre Paroisse et Château, puisque selon Grasset d’Orcet, reprenant la thèse de Nicolas de Bonneville, « Louis XVI aurait été condamné à mort par un collège de jésuites archigaulois en février 1785. Il était accusé d’avoir renié la loi de la race Belenus ». Cette loi n’étant autre que le Pacte de Saint Remi entre peuple et élites, héritier d’un pacte druidique visant à protéger les paysans des ravages de la guerre, et rendu caduque lorsque ces dernières se sont livrées à la spéculation sur le grain à partir de la Renaissance.
On ne peut certes pas affirmer que ces « jésuites archigaulois » aient choisi la bonne stratégie. Ceux qui les ont aidés à accomplir leur vengeance avaient d’autres idées en tête. La Gaule a voulu se venger de la France, mais l’Occident a tout raflé. Une leçon à retenir.

Du Mexique au Cambodge, les pays du monde entier sont passés de manière plus ou moins violente, plus ou moins rapide, de leur état antérieur merveilleusement archaïque à la modernité athée, agglutinante et diarrhéique. La spécificité de l’histoire de notre pays est qu’elle est nettement modulée, non pas en deux mouvements mais en trois : d’abord la Gaule (élément de la gigantesque matrice celte de l’Europe), puis la trahison de la Gaule par la France, et enfin la trahison de la France par l’Occident.
Cette tragédie en trois temps suit la trajectoire géographique suivante : de Massalia à Lyon, puis de Lyon à Paris.
Marseille fille ainée de l’église, cité de Magdala, de son frère Lazare puis de saint Jean Cassien, cité du Tarot et de la Vierge Noire des cryptes de Saint-Victor, dont la photographie inaugure « Le Mystère des Cathédrales » de Fulcanelli. Mille ans après, Lyon prend le relais et transforme le mystère en énigme avec le réseau souterrain des Arêtes de Poisson renfermant le trésor 3Q15 de Guillaume de Beaujeu, et puis Rabelais et l’imprimerie.
Et la Société Angélique décida de partir à Paris. Déchéance de l’énigme en occultisme. La France est un TGV à l’envers (Marseille-Lyon-Paris) qui fonce en droite ligne vers le gouffre anal de la Conciergerie.

Mystère / Enigme / Secret. De l’initié magdalénien à la chandelle verte au franc-mac GLNF, la chute est rude.

L’élaboration de la France autour de l’Ile-de-France se fit délibérément contre son peuple, tous nos rois (de nature ethnique absolument différente de la nôtre) s’étant scrupuleusement, précautionneusement et très minutieusement appliqués à débarrasser le pays de la moindre trace de langue, de culture ou d’architecture celtes. Haine radicale et absolue des Francs envers notre foutre.
Céline n’écrivait pas autre chose dans ses Bagatelles, quand il trouvait que nos rois avaient vraiment un drôle de nez

Et je me répète sur le fait que l’occidentalisation du monde a fait exactement subir à la France ce que la France a fait elle-même subir à la Gaule, en usant des mêmes méthodes et des mêmes moyens. L’éradication anti-traditionaliste de la civilisation celto-chrétienne par l’appareil administratif parisien est le modèle structurel et archétypal de l’occidentalisation du monde.

L’Occident est une méta-France. Les « valeurs universelles de la France », celles des Droits de l’Homme, de Jules Ferry, d’Alain Madelin, d’Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon sont le cadre historique du Nouvel Ordre Mondial.

Voter Macron, c’est voter pour l’Occident qui tue la France.
Voter Le Pen, c’est voter pour la France qui a tué la Gaule. Juste un décalage temporel entre les deux.
Ne pas voter, c’est sentir bouillir dans ses veines le sang très-ancien du loup-garou. Le loup-garou solaire, celui qui s’éveille lorsque la Pleine Lune tombe à midi. Le plus dangereux, le plus irréductible de tous les loups-garous.

Il est encore trop tôt pour que se lève le conflit définitif, celui qui réglera tout car il touchera au nœud du problème ; un conflit qui n'aura pas lieu entre patriotes et mondialistes (comme le pensent les « dissidents » souverainistes de tous bords), mais entre nationalistes (de gauche comme de droite) et partisans de l’Empire véritable, l’Empire du Saint-Esprit. L'histoire du monde montre que la naissance des nations s'est faite avec celle de la modernité. L'effondrement des empires – ET DONC des spiritualités authentiques – est le corollaire de ce mouvement historique. Il n'y avait que 80 pays en 1920, et aujourd'hui plus de 200 !

Les nations ont été inventées pour morceler les Empires, et détruire les religions qui en constituaient le socle. Le Saint-Empire romain germanique et l’Empire ottoman se sont toujours combattus, mais c’est bien la même force historique qui a provoqué leurs chutes à tous deux. Le nationalisme, c’est le morcellement des spiritualités et l’avènement historique du règne de la laideur. Une tragédie de même nature – satanique, bancaire - se terre derrière la fin des Habsbourg et celle du califat ottoman.
Et une joie radicale de même nature – christique, apocalyptique – se love dans la volonté de redresser chacun d’entre eux.
Car relever l’un, c’est aussi relever l’autre.
Rebâtir son Empire ne peut se faire qu’en aidant les autres à rebâtir le leur. Du moins, à ne pas les empêcher de le faire. Petite leçon de géopolitique internationale. Si vous pensez que l’Empire se fera en bombardant sans discontinuer l’islam, gare au retour de bâton.

Demandez à Jacques de Molay ce qu’il pense du nationalisme.

Un nationaliste indien, chinois, russe ou japonais est un mystique, car sa nation est un Empire, c’est-à-dire une civilisation, et elle est porteuse d’une spiritualité qui lui est propre.
Un nationaliste luxembourgeois ou panaméen est un idiot.
Un nationaliste français est un masochiste inconscient. Car la France s’est construite contre son peuple. Nous sommes les indiens des Francs. Once Upon a Time in the West (voir la carte ci-dessus). Il vous faudra combien de Macrons pour le comprendre ?

L’histoire entière de la France peut se résumer en une phrase toute simple : chaque nouveau dirigeant est pire que le précédent. Et ça fait 1500 ans que ça dure. C’est ça l’histoire de la France, ça n’est rien que ça et ça n’est que ça : l’histoire d’une chute libre dans l’Occident.

Giscard nous a fait regretter Pompidou.
Mitterrand nous a fait regretter Giscard.
Chirac nous a fait regretter Mitterrand.
Sarkozy nous a fait regretter Chirac.
Hollande était le seul et unique homme politique à être capable de nous faire regretter Sarkozy.
Est-il possible qu’il existe un homme qui puisse nous donner la nostalgie de la présidence de Hollande ? Le temps n’est-il pas enfin venu de briser la longue chaîne des colombins cosmiques ?

Non. Pas encore. Voici venir un banquier de chez Rothschild. L’existence physique de Macron est la preuve que nous ne sommes pas encore sortis du Vortex de la Merde.

Je suis aussi loin que possible de toute attitude démissionnaire. Je ne veux pas que la lutte contre la France au nom de la Gaule permette à l’Occident de tout rafler, car je vis en 2017 et pas sous Louis XIV, et en 2017, mon ennemi absolu est l’Occident bien plus que la France puisque la France a déjà presque tout perdu, il n’y a rien de plus stupide que de mener une guerre de retard, et les plus grandes salopes sont bien les gauchistes et les droitards qui estiment que Macron est le moins pire des deux (et même le moins pire des onze), le mensonge révoltant de l’esclave qui vote là où on lui dit de le faire.

L’horrible dégueulis démocratique.

En Europe, il ne peut y avoir qu’un seul Empire, car il n’y a qu’une seule Rome. Où qu’elle soit. Laissez les historiens se disputer entre eux pour savoir si la France est héritière ou non de l’Empire romain. Ce dernier n’a qu’un seul héritier : l’Eglise. L’Eglise une et indivisible, catholique (universelle dans l’espace) et orthodoxe (permanente dans le temps).
 Faut-il vraiment que je vous fasse une vidéo de vingt heures avec la lecture intégrale du De Monarchia de Dante ?

« Comme l’Eglise a son fondement, ainsi l’Empire a le sien. Le fondement de l’Eglise c’est le Christ. C’est pourquoi l’Apôtre a dit aux Corinthiens : nul ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, et ce fondement c’est le Christ Jésus. Le Christ est la pierre sur laquelle a été bâtie l’Eglise.  Le fondement de l’Empire, c’est le droit humain. Maintenant, voici ce que je soutiens : de même qu’il n’est pas permis à l’Eglise de s’opposer à son fondement, mais qu’elle doit, au contraire, toujours s’appuyer sur lui, selon la parole des Cantiques : ‘quelle est celle qui s’élève du désert, comblée de délices, appuyée sur son bien-aimé’ ; ainsi l’Empire n’a pas le droit de faire la moindre chose contre le droit humain. Or l’Empire agirait contre le droit humain, s‘il se détruisait lui-même ; donc l’Empire n’a pas le droit de se détruire. En effet, morceler l’Empire serait le détruire, car l’Empire consiste précisément dans l’unité de la Monarchie universelle ; aussi est-il évident que l’autorité qui détient la charge de l’Empire n’a pas le droit de briser l’Empire ». (Livre III)



A la recherche d’une troisième voie impériale, qui passe notamment par la réconciliation romaine entre catholicisme et orthodoxie sous l’égide du Christ-Pantocrator, le regard toujours tourné vers l’est, puis par la venue de cette «Eglise Apocalyptique de Marie» qu’attendait Parvulesco, laquelle sera la réactivation de l’ancienne Religion polaire de la Terre et du Feu, notre but est de favoriser l’émergence de ce que l’on peut appeler, selon son propre désir, l’Empire du Saint-Esprit, l’Etoile Verte, ou bien le Royaume Eurasien de la Fin des Temps.

« Seule l’épée est la garante du règne de l’Amour et de la vertu de Dame Charité ». Saint Bernard de Clairvaux

N’espérez en rien, ne votez jamais. Priez, créez et prenez les armes.



mardi 20 décembre 2016

La Romanie comme projet




La rencontre entre le Pape François et le Patriarche Cyrille le 12 février dernier a été un événement historique majeur.
Jusqu’à présent, le Vatican n’avait pu rencontrer que les instances politiques de la Russie, à cause du blocage de l’ancien Patriarche Alexis II (qui avait refusé que Jean-Paul II ne se rende en Russie).
Or, tous les événements historiques sont des traces visibles de ce qui se déroule dans l’invisible. L’histoire est l’empreinte du travail de l’Esprit-Saint.
Et si les églises catholique et orthodoxe, ces deux poumons de l’Europe comme le disait Jean-Paul II, présentent aujourd’hui les signes extérieurs d’une union retrouvée, d’un retour à la maison, c’est bien parce que les temps sont venus et qu’il ne peut pas en être autrement. 


La dernière fois qu’une telle réintégration a failli avoir lieu, c’était le 6 juillet 1439 avec le Concile de Florence.
1439, c’est la période critique du saccage définitif et sans retour de l’Europe par la modernité. C’est le début irréversible de l’occidentalisation de l’Europe.
Le décret du Concile de Florence d’union entre Grecs et Latins, validé à Sainte Sophie le 12 décembre 1452 (cinq mois avant la chute de Constantinople), affichait l’ambition de parvenir à la « définition de certaines vérités théologiques et normes doctrinales qui sert de guide aux esprits qui espèrent la fin du schisme » (cf. Joseph Gill, Le Concile de Florence, Ed. Desclée & Cie, 1964).
Il avait failli renverser l’histoire en proclamant l’accord entre Latins et Grecs sur des points cruciaux, comme : la procession du Saint-Esprit ; le principe de l’eucharistie ; les quatre fins de l’homme ; la primauté du Pape ; le Filioque. En ce qui concerne ce dernier point (« L’Esprit-Saint qui procède du Père par le Fils »), n’oublions pas qu’il avait d’abord été introduit au IIIè Concile de Tolède en 589 par les Wisigoths, et ensuite proclamé en Gaule franque contre l’opinion de l’Eglise latine. C’est Charlemagne qui l’a introduit au Concile d’Aix-la-Chapelle en 809 (par l’entremise de Théodulf), et il fut alors refusé par le pape Léon III. 


Sur ce point comme sur bien d’autres, l’art reste une des possibilités les plus hautes de parvenir à trouver un troisième terme impérial. Je vois dans l’icône de la Trinité de Roublev, exécutée un peu plus de dix ans avant le Concile de Florence, la plus grandiose des tentatives de ré-unions des églises orthodoxe et catholique, dans sa manière de représenter les relations entre le Père (au centre, sous le chêne de Mambré), le Fils (à droite, sous la montagne en surplomb) et l’Esprit (à gauche, sous la tente d’Abraham symbolisée par une Eglise). Le contour des trois Personnes forme une coupe, centrée sur une coupe visuellement présente sur la table. Le Fils Se mire dans celle-ci, prévoyant Sa mission douloureuse. Le Père se donne à l’Esprit en Le regardant : Spiritus ex Patre procedit, tout en tournant Son corps vers le Fils : L’Esprit procède du Père par le Fils. Le Père passe par le Fils pour se donner à l’Esprit. « Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit » (Jean XX 21-22). De plus, le Père et le Fils tournent tous deux Leurs regards en direction de l’Esprit : Spiritus ex Patre Filioque procedit. Merveilleuse synthèse harmonique du monopatrisme et du filioquisme, naturellement basée sur la communion consubstantielle entre le Père et le Fils.
Le Concile de Florence faisait suite à de nombreuses tentatives d’union, émanant souvent des empereurs de Byzance (je reviendrai sur ce terme) qui demandaient de l’aide militaire aux papes, la plupart du temps contre les Ottomans. En 1043, le Patriarche Cérulaire se sentit ainsi menacé par l’alliance politique conclue entre l’Empereur et le Pape. Il fut excommunié par le cardinal Humbert, légat du Pape Léon. Jean V Paléologue demanda également de l’aide au Pape en 1365 (contre l’avis de St Grégoire Palamas). Les exemples sont nombreux.


C’est ici que j’aimerais mentionner la pensée de Jean Romanidès, ce prêtre et théologien né au Pirée en 1927, docteur de l’Université d’Athènes et professeur à la Faculté de Théologie de Thessalonique à partir de 1968. Un recueil de textes traduits en français a été publié par Alain Santacreu (un ami de Jean Parvulesco, qui aurait bien aimé être aujourd’hui parmi nous) dans la collection Contrelittérature qu’il dirige chez L’Harmattan : Théologie Empirique. Je cite Jean-Claude Larchet, dans son résumé des principaux thèmes de la pensée de Romanidès : « les trois degrés de la vie spirituelle (purification, illumination, glorification, ou divinisation) ; le christianisme comme thérapeutique ; l’opposition de la théologie franque – imposée à l’Occident par Charlemagne – à la théologie romaine (c’est-à-dire de l’empire romain, improprement appelé byzantin par les historiens, et de sa continuation après la chute de Constantinople, improprement appelée « Byzance après Byzance ») ; la différence radicale entre la doctrine catholique-romaine du péché originel (issue d’Augustin) et la conception orthodoxe du péché ancestral ; le Filioque comme produit de la théologie des Franks ; le schisme de 1054 non pas comme le résultat d’un écart progressif entre l’Occident et l’Orient selon une opinion devenue courante, mais comme le produit de la politique des Franks imposée aux papes ; l’opposition de la théologie orthodoxe des énergies divines incréées à la doctrine de la grâce créée », etc. Et je rajouterais l’hésychasme vu comme fondement de la foi orthodoxe, la prière du cœur perpétuelle qui guide et sous-tend la vie du croyant.
Je suis particulièrement intéressé par sa vision de la « franko-latinisation de l’orthodoxie », qui peut prendre des accents significatifs dans le cadre de notre réunion. Laissez-moi vous lire l’extrait d’un texte de Jean Romanidès portant sur ce thème.
« Le monachisme aura été le plus grand obstacle à la franko-latinisation de l’orthodoxie. N’était-il pas, en effet, le gardien de la tradition biblique des prophètes et des apôtres, le cœur même de la tradition patristique ? Les Franks connaissaient la force du monachisme, parce que lorsqu’ils conquirent la Gallo-Romanie, au Vè siècle, le monachisme orthodoxe avait atteint son plus haut point. Aussi cessèrent-ils de choisir les évêques parmi les moines, et transformèrent-ils les évêques en administrateurs responsables du peuple asservi. Pour finir, les Carolingiens franks chassèrent les évêques romains. Ils s’instituèrent eux-mêmes évêques et abbés, coopérèrent avec leurs concitoyens franks, devinrent des policiers oppresseurs du peuple qu’ils maintinrent dans une obéissance servile par l’institution d’une religion de la crainte. Sans doute est-ce pour cela que tant de clercs franks furent massacrés par les Gallo-Romains pendant la Révolution. »
Cette vision pourra sembler excessive, mais elle entre singulièrement en résonance avec celle de Grasset d’Orcet pour qui l’histoire de France était modelée par deux courants, deux « races » tour à tour antagonistes et complémentaires : les Phrygiens (paysans, travailleurs aux dieux solaires, Templiers, Jésuites) et les Delphiens (aristocrates, châtelains). Lors de ma conférence donnée à Rennes-le-Château en janvier 2014, j’avais proposé d’assigner une autre signification à ces deux courants de l’histoire française, c’est-à-dire d’y voir la coexistence intrinsèquement française, tacite ou explosive suivant les époques, entre les cosmogonies celtes et mérovingiennes.
Je prononçai alors les mots suivants : « La Révolution française constitua également un sommet visible de la confrontation entre Paroisse et Château, puisque selon Grasset d’Orcet, reprenant la thèse de Nicolas de Bonneville (1788), « Louis XVI aurait été condamné à mort par un collège de jésuites archigaulois en février 1785. Il était accusé d’avoir renié la loi de la race Belenus ». Cette loi n’étant autre que le Pacte de Saint Remi entre peuple et élites, héritier d’un pacte druidique visant à protéger les paysans des ravages de la guerre, et rendu caduque lorsque ces dernières se sont livrées à la spéculation sur le grain à partir de la Renaissance. »

Revenons au concept de « franko-latinisation de l’orthodoxie ». Je le trouve passionnant, car il superpose à ces visions de doubles courants dans l’histoire de France, celle du christianisme originel (celui d’avant la création des Etats Pontificaux) et celle du catholicisme modelé par la dynastie carolingienne. Le christianisme originel étant celte, paysan, collégial (de structure orthodoxe, pourrait-on dire) et le catholicisme étant d’obédience châtelaine (structure verticale). 
Je ne dis pas que j’adhère pleinement à cette vision de Jean Romanidès, car en tant que catholique, j’estime que l’épopée carolingienne était historiquement nécessaire, afin de rassembler l’Europe face aux divers dangers qui la menaçaient gravement.  
Cependant, l’intérêt de cette vision est qu’elle assure un socle commun aux catholiques et aux orthodoxes. Romanidès écrit même : « L’Eglise de Rome ne s’est jamais séparée de l’orthodoxie mais, tout au contraire, elle a été détruite, conquise de force par les Francs et les Italiens non Romains, et a disparu ». Ce qui faisait dire au Père Fontrier qu’en devenant orthodoxes, les Français ne font que revenir à la foi de leurs ancêtres, entièrement fondée sur la tradition des Saints de Provence.
Je finirai par citer Mgr Philarète : « L’Empire romain fut bilingue ; et opposer, comme on le fait parfois, Pères latins et Pères grecs, c’est projeter dans le passé une situation qui n’a existé qu’après la conquête franque, et qui a vu s’affronter un christianisme franc, dit latin, à un christianisme orthodoxe, dit grec. Romanidès parlera des Pères hellénophones et latinophones de la Romanité. […] Le concept de Romanité permet de situer dans leur vrai contexte les disputes et les luttes dont nous parlons. Ce cadre est celui de l’unité fondamentale de la civilisation romaïque ».
Romanidès aimait le projet de la restauration politique de l’Empire romain, sous le nom de Romanie, projet entièrement compatible avec l’eurasisme bien compris.

Revenons à ces discussions entre les empereurs « byzantins » (ou plutôt « romains ») et les papes. Les Grecs orthodoxes se méfiaient, car l’Union signifiait en réalité : Réduction des Grecs (retour à l’église latine).
Rome demandait une allégeance spirituelle aux Grecs, et leur apportait en retour une aide politique et militaire.
Mais aujourd’hui, il faut bien comprendre que le rapport entre Est et Ouest s’est totalement renversé. C’est la première Rome qui va puiser un renouveau spirituel dans la troisième Rome, en échange d’une aide politique.
Car la France et l’Occident sont bel et bien sous l’emprise radicale des puissances des Ténèbres, et il est quand même définitivement acquis qu’ils ne s’en libéreront jamais par eux-mêmes.
Manipulés par les puissances atlantistes, les Baltes, les Polonais et les Ukrainiens ont pris le risque de mettre à nouveau l’Europe à feu et à sang, réinstaller le chaos sur le continent eurasiatique, contrairement à la Moldavie et la Bulgarie.
Au final, au lieu d’être un pont entre l’Europe et l’Asie et de n’avoir que des amis à leur frontière, ces pays sont un mur, une barrière inutile et n’auront plus autour d’eux que des ennemis qui les anéantiront.
En ce qui me concerne, je suis et je reste catholique, apostolique et romain, et fidèle envers notre chef de famille. Je suis persuadé que le Pape fait tout pour préparer la grande réintégration nuptiale et impériale des deux églises en une Troisième, qui n’est en réalité rien d’autre que la première Eglise, celle d’avant 752 et la création des Etats pontificaux. Ses principales missions : lutte frontale contre l’IOR (la banque du Vatican), retour de la collégialité dans l’Eglise, affirmation selon laquelle il est « évêque de Rome » (en conformité avec les prophéties de St Malachie et de Jean XXIII),… sont là pour en témoigner. 
Par ailleurs, ses liens avec le huitième siècle sont troublants : le dernier pape extra-européen de l’histoire avant François a été Grégoire III le syrien, « l’ami des pauvres et des misérables », décédé en 741 ; le premier miracle eucharistique des hosties sanglantes s’est produit en 750 à Lanciano (ville du centurion Longinus), et le dernier a eu lieu en 1996 à Buenos Aires, sous les yeux de Mgr Bergoglio !...


Cette rencontre entre le Pape et le Patriarche, prophétisée il y a vingt ans par Jean Parvulesco dans Un retour en Colchide, va féconder un nouveau cycle historique sous l’étendard blanc de la Vierge Marie, Elle qui a accompli la destinée terrestre que Dieu avait prévue pour l’humanité et qui constitue le socle commun le plus puissant entre catholicisme et orthodoxie.
Nous lutterons désormais de toutes nos forces pour la « Transfiguration christologique impériale ».

Texte de ma conférence donnée à Câmpulung-Muscel (Roumanie), le 15 novembre 2016.
Traduit en roumain par Iurie Rosca :

jeudi 11 août 2016

Le rêve du retour à l’Eglise originelle



« Je me sens déjà vivre dans ce Paris enseveli, réduit enfin à l’état pur ! Les hommes comme moi y seront beaucoup plus à l’aise que dans celui des couturiers pédérastes et des abrutis milliardaires. Et j’imagine assez bien les Champs-Elysées troués par les bombes et envahis par des fourrés obscurs où les nouveaux hommes d’ici voisineront avec des bêtes sauvages et nobles qui leur rendront le goût de l’ennemi… »
Raymond Abellio, La Fosse de Babel

   Une poignée d’ennemis – ainsi que des gens qui ne me sont ni amis ni ennemis – me demandent de me positionner clairement, m’expliquer, résumer et préciser mes positions, etc. Pourtant, je ne crois pas cacher quoi que ce soit de manière générale, et je ne suis pas le genre d’homme à pratiquer le culte du secret. Malheureusement pour moi, ai-je envie de préciser…
   Si j’ai un défaut, c’est en effet celui d’être outrageusement ouvert / pas dans le sens tolérant, mais ouvert comme un livre ouvert, dénué de toute zone d’ombre ou de cachette à double fond, sans aucune page collée ou repliée sur elle-même. 
   La plupart des problèmes que j’ai rencontrés dans ma vie sont directement liés à cette absence totale de toute prudence de ma part. Les vicieux adorent ça, bien sûr.
   Le seul avantage de ma lisibilité absolue, c’est qu’il est rigoureusement impossible d’établir aucun dossier sur moi bourré de révélations inédites. Je ne parle pas ici de l’éventualité de dresser un portrait de moi (à charge ou à décharge). Non, j’évoque plutôt ce genre de dossier politique que les cloportes élaborent parfois dans le dos de leurs ennemis, afin de détruire leur réputation sans risque de confrontation directe, bien au chaud dans leur profonde lâcheté incurable. Et bien, avec moi, ça ne peut pas marcher parce que – je me répète – il ne peut y avoir aucune révélation d’aucune sorte à faire sur mon compte. 
   Procurez-vous donc ma fiche RG, je vous en prie : vous verrez que vous n’apprendrez strictement rien sur moi.
   Mon premier degré permanent m’expose à tous les risques (celui d’être mal compris, surexposé, etc.), mais il me protège en même temps de toute malsaine curiosité. Vous voulez tout savoir sur moi ? Il suffit de me lire. 


   Pour ceux qui ne le savent pas encore : je ne suis pas, et n’ai jamais été un militant d’aucune sorte. J’en suis même le contraire absolu, et sur tous les plans. Je n’en ai ni l’étoffe, ni la tournure d’esprit, et je n’en possède pas les capacités humaines. Je ne m’en fais pas forcément gloire, mais c’est ainsi. Religion pure, croyance ardente et pratique permanente, spiritualité vivante, active et agissante : voilà mon monde.
   De manière générale, je n’ai jamais possédé aucune carte de parti, d’association, de mouvement, etc. Je n’ai même jamais été abonné à aucune revue, aucun journal, aucun bulletin. 
   Tout comme il est impossible que j’eusse été membre une seconde du PS, de la CGT, du PIR, de l’AF, du PC ou de E&R ; quelles que soient les sympathies personnelles que je puisse entretenir avec des gens issus de tous ces milieux-là, bien sûr.
   Non, je me reprends : je n’ai évidemment aucun ami socialiste.
   Et le Front National ?, me demande-t-on. Ecrivant depuis plus de vingt ans des textes rigoureusement anti-démocrates, anti-républicains et donc anti-nationalistes (et également anti-complotistes ou anti-marxistes), c’est-à-dire totalement anti-occidentalistes, il ne peut exister aucune personne sensée qui pourrait me désigner comme ayant appartenu, ne serait-ce qu’une seconde et demie, au Front National. Je n’ai jamais assisté à aucune réunion du FN, et j’exècre le drapeau bleu-blanc-rouge. Toux ceux qui m’ont croisé cinq minutes dans leur vie ou lu une seule demi-ligne de mes textes savent pertinemment qu’il est impossible de me faire passer pour frontiste. Cela serait bien mal me connaître (ce qui n’est pas grave), mais surtout ne rien comprendre au FN (ce qui est problématique, si l’on prétend vouloir connaître son époque). Aucun antifa ne serait capable de proférer une telle ânerie (ils sont très bien renseignés).
   Il y a bien une association à laquelle j’ai naguère appartenue. Il s’agit de « la Maison des Amis de Marie Magdala » sise à Nans-les-Pins, à quelques kilomètres de la Sainte-Baume. Mais elle n’a malheureusement pas survécu au décès du Frère Devoucoux du Buysson, le 25 octobre 2012…

La sainte maison hui ceinte d’orties

   Je me répète : je ne sais pas si je suis un bon écrivain, mais je suis parfaitement lisible.
   Remarquons que Parousia a toujours été un mouvement entièrement gratuit, sans carte de membre ou autre vilénie de ce genre. La majorité des conférences et lectures publiques que j’ai données étaient gratuites, et lorsqu’elles ne l’étaient pas, c’était dans l’unique but de rembourser les frais de salle. Je n’ai jamais gagné un centime d’euro (bien au contraire !), et jamais censuré la moindre critique. Toutes mes vidéos, pages de blogs, etc. sont ouvertes à tous les commentaires depuis le début (ce qui me vaut quelques petits ennuis amusants, on y reviendra prochainement).
   Outre le fait d’être dénué de toutes les « qualités » qui font d’un homme un bon militant, la raison principale qui m’empêche – et qui m’empêchera toujours – d’être un membre de parti est l’absence de liberté de parole inhérente à cette fonction. 
   Tout le monde peut se tromper. Et un directeur de parti en tout premier lieu. Or, il sera toujours interdit à un militant de le remarquer publiquement. Ô suprême abjection.
   Jean Parvulesco peut se tromper. Alexandre Douguine peut se tromper (j’ai relevé des points de désaccord avec sa doctrine dès le premier texte que je lui avais consacré en janvier 2011). Jean-Michel Vernochet peut se tromper. Cela n’entame pas mes convictions profondes, et ne m’empêche pas de les lire, de les pratiquer, … et de les critiquer lorsque j’en éprouve la nécessité, n’étant justement pas un homme de parti.
   Pour moi, J.-M. Vernochet est avant tout l’auteur d’un grand livre d’entretien avec Carlos, cet homme à propos duquel Chavez a publiquement déclaré en 2009 : « On l'accuse d'avoir été un terroriste. Mais il fut en réalité l'un des grands combattants de l'Organisation de Libération de la Palestine ». On peut lire l’assertion suivante de Carlos dans L’islam révolutionnaire (Ed. du Rocher, 2003) :
   « Je suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. » (p. 23)


   Je n’ai pas changé d’un iota depuis mes premiers écrits publiés dans la revue Cancer !, et notamment – surtout ! – sur mon anti-occidentalisme radical. 
   Je n’alignerai pas ici toutes les raisons pour lesquelles vous, occidentaux, êtes nos ennemis absolus, à nous autres européens. L’Occident, c’est la trahison totale de la moindre notion de civilisation au bénéfice de la bourgeoisie, d’abord commerçante puis financière ; historiquement, les premières victimes en ont été les peuples européens (à partir – au moins – du quinzième siècle), puis ensuite les peuples du monde entier colonisés par cette même bourgeoisie de plus en plus proche du pouvoir politique, jusqu’à parvenir à l’absorber complètement.
   L’Europe est notre espace charnel, la terre de nos ancêtres actuellement en dormition dans l’attente de son Assomption. « L’Europe de l’Assomption finale de l’Europe », comme l’écrivait Jean Parvulesco. L’Europe de la conscience transcendantale ou le désenfouissement de l’Atlantide. Alors que l’anti-civilisation occidentale (« l’Atlantisme » ou la Grande Parodie) est une anomalie, une abominable tumeur dont le développement métastatique n’a fait que s’accroitre depuis les révolutions américaine et française pour donner corps au nationalisme dans sa phase de cristallisation du dix-neuvième siècle, puis au globalisme dans sa phase de dissolution.
   J’affirme qu’il n’y a aucun conflit de civilisation entre l’Orient et l’Occident. La raison en est que l’Occident n’est pas une civilisation, et c’en est même exactement le contraire.
   Il faut trouver les bons moyens, les plus légitimes, pour lutter contre l’Occident. C’est ce que Jean Parvulesco appelait « les dernières voies polaires », parmi lesquelles il comptait : la plus haute littérature, la mobilisation des « fraternités polaires », ainsi qu’une certaine voie dominicaine de « pénétration du taoïsme en France » (suivant les leçons du grand initié Albert de Pouvourville). Il est surprenant de remarquer que ces deux derniers chemins passent par la Chine, et j’y reviendrai un peu plus loin.
   A ces moyens de lutte, nous pourrons rajouter sans faillir les points suivants : la redécouverte des anciennes religions de la Terre et du Feu, le retour aux mystériosophies celtiques, la pratique régulière et exaltée du catholicisme intégral, … ou, pour les musulmans, la transfusion sanguine d’islam révolutionnaire.
   Sur ce dernier point comme sur tous les autres, je n’ai jamais caché mes opinions, et ceux qui les découvrent en 2016 en seront pour leur frais. Les accords Sykes-Picot (ou plutôt, Grey-Cambon) sont un exemple historiquement très précis d’occidentalisation du monde procédée à découvert il y a cent ans (partage de l’Empire ottoman en cinq parties au bénéfice intégral de la France et de l’Angleterre, et directement à l’origine de la création ex nihilo de l’état d’Israël), et toute tentative de renversement religieux des nations arabes modernes issues de ces accords par l’instauration d’un califat musulman supranational ne peut être perçue que comme un acte de justice suprême. 
   Orient et Occident de René Guénon est sans doute l’un des ouvrages les plus importants à (re)lire en ce moment. Le chapitre IV contient cette phrase admirable, dont chaque mot éclaire notre époque de manière fulgurante : « Le vrai panislamisme est avant tout une affirmation de principe, d’un caractère essentiellement doctrinal ; pour qu’il prenne la forme d’une revendication politique, il faut que les Européens aient commis bien des maladresses ; en tout cas, il n’a rien de commun avec un ‘nationalisme’ quelconque, qui est tout à fait incompatible avec les conceptions fondamentales de l’Islam ».
   Laissez-moi le plaisir de citer également ce paragraphe (c’est écrit en 1924) : « Il n’y a qu’un moyen pour les Occidentaux de se rendre supportables : c’est, pour employer le langage habituel de la politique coloniale, qu’ils renoncent à l’assimilation pour pratiquer l’association, et cela dans tous les domaines. […] En somme, dans bien des cas (et nous pensons surtout ici à l’Afrique du Nord), une politique d’association bien comprise, respectant intégralement la législation islamique, et impliquant une renonciation définitive à toute tentative d’assimilation, suffirait probablement à écarter le danger, si danger il y a ; quand on songe par exemple que les conditions imposées pour obtenir la naturalisation française équivalent tout simplement à une abjuration (et il y aurait bien d’autres faits à citer du même ordre), on ne peut s’étonner qu’il y ait fréquemment des heurts et des difficultés qu’une juste compréhension des choses pourrait éviter très aisément ; mais, encore une fois, c’est précisément cette compréhension qui manque tout à fait aux Européens ».
   Je rappelle ce qu’écrivait Roger Gilbert-Lecomte à propos de La crise du monde moderne : « En présence des sujets que Guénon traite, tous les Occidentaux nient effrontément l’évidence. Nous nous chargeons d’apporter des miracles de râles et de sang qui seront des preuves à leur mesure ».

Esquisse (M. A.)

   Par ailleurs, en tant que non-musulman, et par respect pour l’islam, évitant soigneusement toute ingérence paternaliste, j’estime que je n’ai pas à donner mon avis sur la branche islamique qui doit régir le califat sunnite (hanafite, hanbalite pro-Taymiyya ou Nedjdite, madaniyya, naqshbandi, …) et/ou chiite. Je n’ai aucune leçon d’aucune sorte à donner à aucun musulman quel qu’il soit. Mais s’ils veulent vraiment combattre l’EI pour des raisons théologiques et/ou politiques, les musulmans feraient mieux de tenter de réformer Daech de l’intérieur (ce qui, d’après mes informations, est déjà le cas pour certains d’entre eux), ou bien de les affronter directement les armes à la main pour obtenir le califat qui leur convient (la silsila naqshbandi ne comprend-elle pas de grands guerriers du Caucase ? Je pense notamment au Cheikh Ismail ach-Chirwani), plutôt que de soutenir ces sauvages bombardements occidentaux qui frappent à tort et à travers, tuant à l’aveugle des milliers de civils, et ne parvenant à obtenir que des recrudescences d’attentats sur le sol des pays agresseurs.
   En tant que catholique apostolique et romain, je n’ai donc aucun avis à donner sur la branche musulmane qui dirigera le califat, et même si j’ai mes préférences personnelles (bien sûr qu’un califat mystique, ésotérique et stellaire serait absolument merveilleux !), je laisse les musulmans se débrouiller entre eux. Imagine-t-on des musulmans émettre des vetos pour indiquer que, selon eux, l’Europe devrait être catholique, évangélique ou bien charismatique ? J’admets bien volontiers, cependant, que le wahhabisme saoudien (que j’ai précisément appelé la « Bête de la Terre » dans un texte de 2012) me répugne viscéralement, correspondant sur tous les points à une protestantisation de l’islam (retour fumeux « aux origines », puritanisme exacerbé, interprétation individualiste des Ecritures sans médiation spirituelle, vénération sans vergogne de la finance, etc.). 
   Par ailleurs, la filiation autoproclamée entre les wahhabites saoudiens et Ibn Taymiyya est absolument introuvable et tout à fait factice. Contrairement à ce que prétendent les wahhabites, Ibn Taymiyya était probablement membre de la confrérie soufie Qadiriyya, et bien qu’ayant beaucoup discuté et condamné les positions de Ibn ‘Arabi, il en est toujours resté un grand admirateur.


   On peut être catholique tout en restant hors de l’église, comme Simone Weil. On peut aussi être catholique en faisant tout ce qui est possible pour en sortir. Il existe même des catholiques qui considèrent qu’être catholique en 2016, cela consiste à se mettre au service de la justice révolutionnaire, c’est-à-dire de l’islam. Le catholicisme permet une multiplicité presque indéfinie d’attitudes, de visions et de positionnements, précisément parce que le catholicisme – tout comme l’orthodoxie, et contrairement au judaïsme, à l’islam et au protestantisme – n’est pas du tout une religion du Livre, comme se plaisent à le souligner honteusement les médias et les ignorants, mais plutôt une religion de l’Esprit, centrée sur la personne même de Jésus Christ. 
   La vraie faute, la honte absolue et ineffaçable, c’est la trahison de la religion de ses ancêtres pour en épouser une autre. Cela s’appelle une apostasie, une désertion, la plus infecte des faiblesses. Je ne vise ici que ceux qui trahissent une religion « justifiée » ; si la religion de leurs parents est fausse (sataniste, agnostique, protestante, kopimiste), ils sont les bienvenus, évidemment ! Je pense plutôt à Blanrue, par exemple, qui après avoir passé sa vie à vouloir prouver que les fondements du catholicisme étaient faux (Jésus n’a jamais existé, le Saint Suaire de Turin est une copie, etc.), s’est converti à l’islam après avoir tout bonnement constaté que le catholicisme était dénué de toute foi… Il n’y est vraiment pour rien, le chameau ?... Mais il y a également d’autres convertis tout autant malsains, à qui je rappellerai bien volontiers cette sentence radicale de Douguine :
   « Je suis un croyant orthodoxe convaincu, et j’ai une opinion extrêmement négative de celui qui trahit la religion de ses ancêtres et qui veut ensuite enseigner aux autres les principes spirituels de sa nouvelle croyance. La foi est une question de choix pour chacun, mais je ne fais pas confiance aux transfuges. Si un homme change de religion, je lui conseillerai de s’abstenir pendant quelques années au minimum, et peut-être des décennies, de critiquer la religion qu’il a trahie ». (in "Le prophète de l'eurasisme", éd. Avatar, p. 266)

   Pour en revenir au califat islamique : je ne vois pas pourquoi je dénierais aux musulmans le droit d’obtenir sur leur propre terre ce dont je rêve ici pour les chrétiens, à savoir une autonomie totale, civilisationnelle, politique et spirituelle ! Tout traditionaliste sait parfaitement que l’ennemi est ce Veau d’or pluri-centenaire qui s’appelle la Nation. Et ce n’est pas parce que la caste marchande de la post-modernité veut aujourd’hui abolir la nation, cet instrument idolâtre que la caste marchande de la modernité nous avait précédemment imposé, qu’il faut se mettre aujourd’hui à la défendre. 

Albrecht Dürer, Le Couronnement de la Vierge (gravure sur bois) - 1528

   Contre la France : les Gaules et l’Empire du Saint-Esprit, dans un même mouvement à la fois centripète et centrifuge d’une splendide cohérence, radicalement incompatible avec les intérêts de la finance mondialisée. C’est la condition absolue du Ré-Enracinement, parce que « Les besoins d'un être humain sont sacrés » (Simone Weil) : cette voie politique, à la fois microcosmique et macrocosmique, intègre harmonieusement le village autonome au sein d’un faisceau de forces continentales unificatrices et fédératives, reflétant sur le plan terrestre le couronnement religieux du vitalisme païen des cultes populaires par la Vierge Marie des Temps de la Fin. « Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas. »

   L’Empire du Saint-Esprit, c’est l’Empire paraclétique du Troisième Règne, et donc de la Troisième Rome et ses Cosaques. C’est la réinstauration de l’Eglise antérieure de par les épousailles organiques entre le poumon du catholicisme et le poumon de l’orthodoxie, la réactualisation de l’union au sein du christianisme entre ses principes fondationnels et son eschatologie céleste. C’est l’Europe de la Très-Sainte Vierge Marie, le retour spontané à la Maison Verte dont les fondations sont profondément implantées dans certains endroits bien précis de notre continent. La brisure de la solitude post-moderne. Le recours à la pierre et à son âge sacré. L’appel de l’Arche.
   Mais il est vrai que pour certains, la Russie ne serait qu’un pur produit de l’Occident, un membre à part entière de « l’Empire » … Bien pire qu’une méconnaissance totale de la vaste et profonde Russie, délimitée par les steppes, les forêts et la toundra, cette vision des choses prouve une ignorance radicale des principes structurels de l’Occident, et ne peut être elle-même que typiquement occidentale. Il n’existe aucun oriental capable d’émettre un tel avis, fût-il tchétchène. 
   Il y a quelqu’un qui sait parfaitement que la Russie n’est pas occidentale : Recep Tayyip Erdoğan. C’est après s’être politiquement rapproché du Kremlin, suite aux pressions kurdes exercées sur lui par les USA, qu’un putsch militaire fomenté depuis les profondeurs de la Pennsylvanie a failli le renverser… « Ceux que nous imaginions être nos amis [l’Occident] prennent le parti des putschistes », a-t-il publiquement constaté. Notons que Gülen, le cerveau du coup d’état raté, est un soufi laïque pro-européen et qui « condamne toute forme de terrorisme » … 
   Je constate que la tentative de récupération politique par les américains des deux zones pivots que sont l’Ukraine et la Turquie est un double échec total. Obama n’avait pas prévu que la Crimée rejoigne aussi naturellement la Russie. Contemplez donc la majesté de ces processions orthodoxes qui sillonnent depuis des semaines l’Ukraine en tous sens sous l’égide du Patriarcat de Moscou, ces centaines de milliers de fidèles gyrovagues savent très bien qu’ils marchent pour l’Orient flamboyant et le Christ Pantocrator, et contre l’Occident nationaliste et américain. 
   J’espère que la Turquie va se détourner définitivement des vilenies occidentales, abandonner toute velléité de rejoindre l’Union Européenne, et parvenir à établir une alliance solide et fructueuse avec l’Organisation de Coopération de Shanghai, car ce sont bien la Russie et la Chine qui sont ses alliés les plus naturels.


   La vieille vision de « l’équilibre des puissances » au sein de l’Empire entre USA et Russie (j’allais écrire URSS) et de « la grande conspiration planétaire américano-soviétique » est très datée FN années 80, c’est vraiment du frontisme ringard. Les choses ont un tout petit peu changé depuis, et il n’y a plus guère que Pierre Hillard pour y être encore empêtré. Ce sont souvent des musulmans de l’Ouest qui ont aujourd’hui pris la relève de cette impéritie avec d’autres arguments, proclamant que la Russie est du côté de l’Empire parce qu’elle serait tout simplement anti-musulmane. Moi qui connais bien Kazan, je peux vous affirmer que les musulmans y vivent indéfiniment mieux que dans n’importe quelle ville européenne, avec sa mosquée Qolsarif (« la plus grande d’Europe ») illuminant les rives de la Volga aux côtés de la cathédrale orthodoxe de l’Annonciation ; et c’est exactement la même chose dans les huit autres républiques musulmanes de Russie. Quant au Loup blanc Tchétchène, qui s’est successivement battu contre les Sarmates, les Tatars, Tamerlan, puis les Cosaques à partir du début du dix-neuvième siècle, et a progressivement étayé son soufisme guerrier, c’est une autre histoire…
   Aussi est-il amusant de comparer l’idiotie profonde des militants FN et assimilés avec celle des complotistes musulmans d’Occident, qui croient tous deux (les premiers s’en réjouissent, et les seconds le déplorent) que la Russie est un pays où les musulmans seraient sans cesse combattus par le gouvernement de manière systémique. 
   Ces complotistes musulmans occidentaux anti-russes sont des « libres-penseurs qui nous empêchent de penser librement » comme l’écrivait Chesterton. Lorsque deux orientaux se battent l’un contre l’autre (ou que l’un veut s’émanciper de l’autre), il y aura toujours sur ma droite un complotiste musulman pour affirmer que les deux sont payés par l’Occident, et sur ma gauche un autre complotiste musulman pour proclamer que celui des deux orientaux qui n’est pas musulman est forcément du côté de l’Occident. Les deux complotistes se détestent cordialement l’un l’autre, mais tous les deux se trompent gravement. Lequel est payé par l’Empire ?
   Et je ne parle pas du complotiste anti-musulman qui déclare que le pion de l’Occident, c’est l’oriental musulman… 
   Cher complotiste musulman occidental, quand le gouvernement chinois interdit aux musulmans du Xinjiang de pratiquer le Ramadan, implante des millions de Hans sur la terre des Ouighours (comme ils le font au Tibet) tout en persécutant ces derniers (plusieurs centaines de morts par an !) et crée un « World Muslim City » (un Disneyland musulman) dans la région du Ningxia, quand l’impitoyable politique chinoise de répression du Mouvement panislamique d’Indépendance du Turkestan Oriental est comparable sur bien des points aux guerres de Tchétchénie, cela signifie-t-il que la Chine fait également partie de l’Empire ? Est-il possible de me répondre sur ce sujet précis ? La Birmanie fait-elle partie de l’Empire à partir du moment où elle retire leur citoyenneté aux musulmans Rohingya ? Sans parler de l’Inde, un pays assurément membre à part entière de l’Empire, puisque le BJP hindou au pouvoir entretient la discrimination des musulmans bengalis. Et le Mali, la Mauritanie et le Niger qui font la guerre à l’AQMI ? Tous des piliers de l’Empire !
   L’Empire, c’est le monde entier, en fait.  
   A moins que… le complotiste musulman occidental n’ait tout simplement décidé que le critère absolu pour décréter qu’un pays soit partie intégrante de l’Empire ne réside pas vraiment dans sa politique anti-musulmane (car alors, la Chine, l’Inde, etc. seraient membres de l’Empire, ce qu’il ne dira jamais), mais dans le fait que sa population majoritaire soit blanche. Il ne l’écrit pas (et pourquoi donc ???), mais il le pense très fort.
   Ce qui est très amusant, cependant, c’est que le complotiste musulman occidental et anti-raciste (c’est-à-dire racialiste au plus haut degré, puisqu’il ne fait que raisonner en termes de race du matin au soir et du soir au matin) se trompe lourdement sur la Russie. Les tchétchènes, caucasiens pure souche, sont ethniquement beaucoup plus blancs que les russes, lesquels sont touraniens, ouralo-altaïques, nordico-slaves et turco-tatars. Cela constitue même une des raisons majeures du conflit ukrainien (les nationalistes de l’ouest se revendiquant d’une race authentiquement slave, et considérant les russes comme des métèques).

Anige, Portrait de Kubilai Khan

   Ne commettons pas l’erreur des commentateurs géopoliticiens de tous bords qui ignorent systématiquement le rôle crucial et fondamental de la Chine : l’Île chinoise du Chungwa Kuo, « la terre du milieu » toujours en position de défense métaphysique, suivant en cela les hautes préoccupations antérieures des Mongols. Car la Chine et la Russie partagent des origines mongoles de natures singulièrement distinctes, relatives à deux descendants de Gengis Khan : Kubilai Khan et la dynastie Yuan pour la première, Djötchi et sa Horde d’Or pour la seconde. N’oublions pas que le Royaume des Tatars, ou Horde d’Or, était ainsi décrit par le raciste occidentalo-centriste Karl Marx : « La boue sanglante du joug mongol ne fut pas seulement écrasante, elle dessécha l’âme du peuple qui en était la victime ». On comprend donc que les (néo, archéo)-marxistes – un des courants les plus redoutablement occidentalistes, paternalistes et colonialistes de ces deux derniers siècles – ne pourront rien comprendre à la Russie jusqu’à la fin des temps (ce qui ne saurait tarder). 
   C’est l’affrontement ou le rapprochement – suivant l’époque considérée – entre des visions et perspectives mongoles tout à fait différentes, celle de Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan et fondateur des Yuan, et celle de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan et conquérant des steppes russes, qui constituent l’histoire millénaire des relations entre Chine et Russie, qui tracent la ligne de rupture et de confrontation entre ces deux pays-civilisations, ligne que d’aucuns nomment « la ligne rouge du Sinkiang ». 
   Si la Russie est un pont vers l’Inde, la Chine est un pont vers l’Islam.
   On veut toujours voir la main de l’Arabie Saoudite, des Etats-Unis, de la Russie, de la France, d’Israël, … derrière n’importe quel événement lié à l’islam dans le monde. La possibilité de la présence de la Chine n’est jamais évoquée. « Les Chinois ont des connivences impersonnelles dans le monde entier » écrivait Dominique de Roux. 
   Et pourtant, les liens secrets et profonds entre Chine et islam sont bien connus par certains. A peine vingt ans après la mort de Mahomet, l’oncle de celui-ci fut reçu en Chine par l’empereur Tang Gaozong. Les musulmans s’établirent dès lors un peu partout sur la Terre du Milieu, et surtout au sein de la capitale Xi’an où s’élève encore de nos jours une splendide mosquée construite en 742.
   Lisez donc Aperçus sur l’Esotérisme islamique et le Taoïsme de Guénon pour en savoir plus sur ces connivences impersonnelles… Guénon, que Céline est allé rencontrer chez lui plusieurs fois, selon certaines sources… « Les Chinois à Brest le plus tôt possible !... » « que toute cette Gaule et toute l'Europe, les yites avec, changent de couleur, qu'ils ont bien fait assez chier le monde!… »…

Mosquée de Xi’an

   « Islam hors d’Europe ! » Ca se lâche maintenant de tous les côtés. Il y en a même certains qui posent naïvement la question : « C’est vrai, on peut dire ce qu’on veut, maintenant ? ». C’est assez amusant de voir des gars de quarante-huit kilos et demie appeler sur leurs ordinateurs à virer tous les musulmans du continent européen, puis, tout excités, cliquer sur « Publier » en se pourléchant les babines… Ils enjoignent tout le monde à mener la bataille finale du fond de leurs bureaux, alors qu’ils suent de trouille en regardant leurs chaussures quand un type un peu basané passe devant eux dans la queue de la boulangerie.
   Ils vont se rendre compte très vite qu’il est un peu plus difficile de dégommer des Arabes dans la rue que des zombies sur « Call Of Duty ».
   « Islam hors d’Europe ! » … Et si l’Europe commençait par quitter les terres d’Islam ? Ca ne vous est jamais venu à l’idée ?
   La moindre des choses serait, d’abord et avant tout, d’arrêter immédiatement de bombarder l’Orient. Vous ne me verrez jamais rangé aux côtés de l’armée française démocratique et républicaine en guerre contre un pays musulman. Est-ce bien clair ? 
   Et aucun attentat ne me fera changer d’opinion. Bien au contraire. Chaque attentat me conforte dans ma détermination à m’éloigner encore un peu plus de l’Amérique et d’Israël. A chaque attentat, j’entre un peu plus dans la résistance : je me rapproche de l’Île Tournoyante, des Lutins et des Hommes Verts. Parce qu’à chaque fois, la possibilité du Grand Renversement se fait plus forte.


   Le lendemain même de l’égorgement du curé octogénaire de Rouen, je me suis rendu en courant au bord du Lac des Fées dans la Vanoise. Vous ne savez pas où c’est, et vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est bien pour cela que j’y suis allé. Je suis resté trois jours sur ses rives scintillantes, le temps de méditer sur la lecture de trois ouvrages explosifs et bouleversants, trois fusées transcendantales : Le Passeur de Dieu du Père Zanotti-Sorkine, Notre-Dame de Semur par Germain Arfeux et La Mecque de glace, premier roman de Jean-Paul Bourre (ça fait longtemps que je ne lis plus que des livres écrits par des amis, ou plutôt des compagnons). Trois trajectoires tout à fait différentes, mais bellement analogues : celle d’un trentenaire parisien dépressif (double pléonasme) qui décide de se faire initier à la vie monastique par le Père Stanislas au cœur du massif des Bauges ; celle d’un bourguignon mystique qui partage avec nous sa dévotion cosmologique envers la collégiale Notre-Dame des Nuages ; et celle d’une horde de loups sauvage, glaciale et barbare en route vers le Cap Nord et « l’expérience mentale du froid ». 
   Ce sont à chaque fois des êtres humains qui se prennent à jouer au divin (et même à jouer aux Dieux), guidés par l’esprit de l’Assomption flamboyante, polaire et dangereuse, pour l’accomplissement de tous les mystères au sein des merveilles harmoniques de la mort. Les Fées du lac m’aident à m’immerger sans respirer sous les eaux calmes et lumineuses, m’envelopper sous les nappes d’algues vertes et pactiser avec les entités informelles en dormance sous les rochers liquides. Là, je rêve à ces livres magiques, ces trois aventures distinctes, mais où l’on retrouve à chaque fois un narrateur qui rencontre quatre porteurs de bonnes nouvelles  - des moines montagnards, les quatre évangélistes, et quatre « romantiques extrémistes » -  en route dans un véhicule de feu (un monastère sur le chemin haut du Paradis en Savoie, le vaisseau mystique de Semur propulsé par la bague nuptiale de la Sainte-Vierge, et une Land Rover wagnérienne) pour un Voyage Vertical vers la Femme Absolue. 
   Dans notre monde du quotidien, là où les livres magiques et le Lac des Fées sont devenus lointains, les hommes ne jouent pas au divin ; ils se prennent sérieusement pour Dieu, ou alors ils se prennent à jouer au malin, ou encore ils ne jouent tout simplement jamais.


   Revenons-en aux attentats. J’aimerais préciser que l’attentat non ciblé est un mode d’action qui me dégoûte singulièrement. Il faut dire que, contrairement aux véritables satanistes, je goûte peu aux déchiquètements d’enfants sur la chaussée et aux éventrations de femmes hurlantes de peur suraiguë. Contrairement aux satanistes, la douleur des enfants, quel que soit leur sang, m’est une déchirure profonde et une souffrance sans limite.
   Cependant, aux yeux du terroriste lui-même, un attentat est toujours ciblé, au moins sur le plan du concept : la salle de rédaction de Charlie-Hebdo ; un concert de rock où on croit pouvoir s’amuser à embrasser le Diable sans que cela ne porte à conséquence ; la célébration populaire de la prise de la Bastille (98 morts et 73 blessés – je parle du bilan de la Bastille, pas de celui de Nice). Tous ces aspects de la France contemporaine qui me font bouillir de haine depuis toujours… Nous noterons cependant que les terroristes ne s’attaquent pas directement aux banques ni au gouvernement. « L'EI vise mal » lit-on sur l’excellent blog L’Heure Asie. Oui, et c’est « parce qu’ils ne sont pas là pour nous aider, mais pour nous punir » m’a susurré récemment un frère devant le reliquaire de Sainte Marie-Madeleine. Certes : « on » n’a qu’à pas voter pour des gens aussi détestables sur le plan de la politique internationale. L’ennui, c’est qu’il semble difficile pour les terroristes de réunir dans un champ de maïs les dix-huit millions six-cent soixante-huit français qui ont voté pour Hollande le 6 mai 2012, afin de les punir tous d’un seul coup. Alors ils tapent dans le tas (et il ne faut pas s’étonner que des musulmans français soient également tués dans ces attaques terroristes, puisqu’ils ont aussi voté en masse pour Hollande). Mais si Abdelmalik Petitjean (prénom et nom codés en profondeur) et ses frères s’attaquent maintenant aux prêtres octogénaires et aux bonnes sœurs, il n’y aura plus rien ni personne pour s’opposer à la grande guerre civile qui vient  – même pas moi.
   Je prétends que presque plus aucun attentat n’aura lieu en France lorsque ce pays aura cessé tout bombardement et toute action armée sur les terres musulmanes (et, de plus, pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres). C’est une proposition qui tombe sous le sens, mais personne ne la soumet. 
   J’ai bien écrit : presque plus aucun attentat. Car il y a toujours le gros problème de la laïcité à la française, laquelle n’a vraiment rien à voir avec la laïcité dont parle le Pape François. Si la France était catholique, il n’y aurait aucun problème avec l’islam car cette religion, comme toutes les autres religions minoritaires du pays, serait respectée dans son intégralité, le principe de l’assimilation n’existant dès lors tout simplement pas. Les musulmans seraient bien mieux traités par un Empereur catholique dans un nouveau Saint-Empire, qu’ils ne le sont aujourd’hui dans la république laïque française, ou que les chrétiens d’Orient ne le sont dans l’Etat Islamique. 


   Aujourd’hui, on voit fleurir ces épouvantables réunions œcuméniques sous la houlette de notre gouvernement laïque : on a l’imam (« ceux qu’ont fait des attentats, c’est pas des vrais musulmans »), le rabbin (« prenez donc exemple sur Israël ») et le prêtre catholique (« il faut faire une messe de l’amour »). On a même dégagé du pourrissoir un ou deux pasteurs protestants, pour bien montrer qu’on a raclé dans tous les coins. Des protestants, nom de Dieu… Nos wahhabites à nous. Huit guerres civiles en moins de quarante ans, la France du XVIè siècle mise à feu et à sang par des extrémistes puritains financés par l’Angleterre et l’Espagne, des enragés qui ont vandalisé et détruit autant d’églises dans nos campagnes que les révolutionnaires républicains. Et je ne parle pas des morts ; car ils en ont tué à foison, des catholiques, avant que ces derniers ne réagissent timidement par le fameux massacre de la Saint-Barthélemy, en réalité « l’atrocité, malheureusement imaginaire, d’un vieux Fait-Paris qui eût pu être un si grand acte, mais qui, par l’effet d’un concert inouï de maladresses, n’a été, hélas ! rien de plus qu’une espèce d’effusion sentimentale. » (Léon Bloy).
   Quand le protestant se croit prédestiné par Dieu, il pense qu’il le restera quels que soient son mérite et ses actes. D’où son impunité totale. C’est ce concept, un tantinet illégitime, qui est à l’origine de leur fameuse « destinée manifeste ». On s’étonne que le mufti wahhabite saoudien Abdel Aziz ben Abdullah al-Cheikh veuille imposer comme seule version du Coran celle du roi Fahd, mais moi j’ai connu des évangélistes suisses qui voulaient bien réciter le discours de la Vierge à la Salette, mais en l’expurgeant de tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre étroit de leur vision mariale terre-à-terre. Oui, un protestant peut aller jusqu’à vouloir censurer la Vierge Marie !!!
   Remarquez bien que le protestantisme français a fleuri dans les régions cathares, c’est très net sur les cartes géographiques.
   A partir du moment où on fait venir des huguenots dans ces réunions médiatiques post-attentats, pourquoi n’invite-t-on pas des responsables scientologues, des franc-macs ou des prêtres satanistes ? Ils ont bien invité un représentant de l’athéisme, qui tient la main aux autres atterrés en une large et belle farandole d’amour infantile… Remarquons l’absence permanente du moindre représentant de la troisième religion de France, à savoir le bouddhisme (plus d’un million de pratiquants, contre 600000 juifs). Je prétends que le racisme anti-chinois des médias et du gouvernement est de même nature que la haine viscérale de l’islam véritable, laquelle n’est d’ailleurs qu’un prolongement et une réactualisation de la haine anti-catholique des siècles passés.
   Un catholique qui ne souhaite rien tant aux musulmans de France que de passer sous les fourches caudines de la laïcité républicaine, c’est exactement comme l’aîné d’une fratrie qui se serait fait violer par le père de famille et qui, au lieu de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que son petit frère puisse échapper au même sort que lui, lui lancerait au contraire avec une mauvaise foi hargneuse : « Tu verras, ça fait mal, mais on ne peut rien y faire, ce n’est qu’un mauvais moment à passer ».
   Il faut aujourd’hui des musulmans courageux pour oser exprimer sur la laïcité française ce qu’aucun catholique n’ose plus dire depuis les exactions du petit père Combes. Pour autant approximatifs qu’ils soient, les propos de l’imam niçois Sadouni (« S'il y a des attentats, c'est la faute de la laïcité des Français ») me semblent moins graves que ceux de Julien Dray, qui a carrément déclaré que les victimes de l’attentat de Nice ont été en partie causées par « la pression populaire des gens qui n'ont pas envie d'attendre de partir après la fin du feu d’artifice ».

L’ogre Combes dévorant les enfants de France (Le Pèlerin, 1902)

   Et comme pour bien appuyer le clou sur la mise à mort nationale de la transcendance, la France ressort de la naphtaline la Brigade Nationale, « section créée jadis pour lutter contre l’Armée du Roi », afin d’aider à faire tomber « les djhadistes ». J’espère que les royalistes auront la décence de ne pas applaudir à cette décision.
   Et les fausses solutions pleuvent de tous les côtés : destruction des mosquées de France, éradication de l’islam, etc. Certains parlent même de Grand Rembarquement, ou les Pieds-Noirs à l’envers ! Mais même s’il n’y avait aucun musulman en France, il y aurait toujours des attentats à partir du moment où l’armée française persiste à attaquer jour après jour des pays musulmans. Regardez le cas de l’Espagne : Aznar déclarait encore en 2004 que la guerre d’Irak aux côtés de Bush était « stratégiquement bonne pour l'Espagne » ; le peuple le vira du pouvoir après les explosions des bombes du 11 mars 2004 dans les trois gares de Madrid. Zapatero retira ensuite les troupes espagnoles d’Irak où elles n’avaient rien à foutre, et plus aucun attentat n’eut lieu en ce pays depuis. Et pourtant, il y a toujours des mosquées en Espagne (où se trouvent deux fois plus de musulmans qu’en France, pour une population de 46 millions seulement).
   Notons que cela ne s’est pas fait sans quelques représailles sur des musulmans par des espagnols un peu énervés, ce dont on ne parle jamais. C’est à Madrid qu’une grande mosquée a brûlé en mars 2016 pour venger les attentats de Bruxelles, pas en France. Certains s’étonnent que les français, malgré leur racisme spécifique dénoncé du matin au soir par tous les gauchistes de France, n’aient pas déjà commis des actions de vengeance dans tout le pays (ce genre de réactions s’est vu partout, et de tous temps). Ce n’est pas qu’ils soient moins racistes que les autres peuples européens (ou que n’importe quel peuple d’Afrique ou d’Asie), mais c’est peut-être parce qu’ils sont plus lâches. Ils s’animent contre le bougnoule sur Facebook ou en petit groupe pendant l’apéro, mais dans la rue, ils marchent vite en baissant les yeux.
   C’est très franchouillard, c’est-à-dire stupide et franco-centré, de prétendre qu’il n’y a rien de plus raciste qu’un français. La seule spécificité authentiquement française, c’est la jouissance dans la dénonciation aux autorités des activités de son voisin. Il y a le gauchiste qui veut dénoncer à certains flics que leurs collègues n’aient pas verbalisé des français ayant proféré une ou deux phrases anti-arabes à Nice après les attentats ; il y a celui qui veut profiter de l’ambiance particulière de la France en 2016 pour signaler sur PHAROS l’activité d’un de ses ennemis en le faisant passer pour un pro-Daech, etc., etc. Internet, ou la lettre de dénonciation tous azimuts des temps modernes. Qu’en aurait pensé Clouzot ? La dénonciation aux autorités, c’est la seule véritable passion française. Bande de cacahouètes pourries.


   En septembre 2014, François Hollande a été le premier chef d’état européen à accompagner Obama pour le bombardement massif du sol irakien. Un an plus tard, il décida d’engager la France dans le bombardement aérien de « Dash » en Syrie ; il déclara alors solennellement que c’était dans le but de stopper le terrorisme sur le sol français. Est-il légitime de constater que l’opération a légèrement échoué ? J’en connais qui ont démissionné (ou qui se sont fait virer) pour des fautes professionnelles un peu moins graves que celle-ci.
   « Nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak, et nous continuerons à frapper ceux qui, justement, nous attaquent sur notre propre sol, dans leur repaire » a chaleureusement déclaré Hollande le 15 juillet dernier. Mains propres et tête haute.
   « L’occident occit », comme l’écrit Germain Arfeux.
   « Il faut maintenant entrer dans le temps de l’action », disent-ils tous, ce qui est faux à double titre. D’abord, parce que nous sommes déjà depuis plus de vingt ans dans le temps de l’action (le bombardement perpétuel de pays musulmans sous l’égide des USA). Ensuite, parce que si nous voulons sortir par le haut de cette problématique, il faut au contraire entrer dans le temps gandhien de l’inaction, c’est-à-dire l’arrêt immédiat des agressions militaires. Mais il est vrai que « l’action » fait tourner l’industrie à fond les manettes (vidéos de surveillance, sécurité électronique, etc.), alors que l’inaction ferait au contraire chuter les ventes d’armes. Ce qui serait tout de même très regrettable, même si ça aboutirait à l’arrêt des actes de terrorisme en France. 
   Certains disent que le fait d’arrêter de mener la guerre aux pays musulmans reviendrait à « se déculotter face aux terroristes ». Je trouve que l’interdiction de la braderie de Lille est un déculottage bien plus ridicule et éhonté. On proclame partout fièrement que « les terroristes ne nous empêcheront jamais de vivre normalement, il ne faut pas avoir peur, c’est ce qu’ils veulent » (ce qui est faux : ce qu’ils veulent, c’est que l’on arrête de bombarder les pays musulmans), mais ce sont les autorités qui interdisent les braderies, les manifs, les réunions… Bientôt l’annulation des Fêtes de Bayonne ? des oursinades de Carry-le-Rouet ? du carnaval de Saint-Pierre-de-Chandieu ?
   Par ailleurs, j’aimerais bien faire comprendre que cela fait très longtemps que l’on ne vit plus « normalement », et la cause n’est en rien imputable aux terroristes islamistes. Vous avez entendu parler du décret européen interdisant l’acquisition d’un alambic pour distiller de l’alcool ? Ce n’est pas une décision salafiste, mais de technocrates bruxellois. A la Croix-Rousse, la Vogue des Marrons est devenue d’une tristesse absolue, sans ces troupes de bouilleurs de crus venus de Savoie qui vendaient naguère des diots marinés dans l’eau-de-vie : c ‘était dix francs le verre, que tu remplissais à volonté d’Apremont toute la journée spiralant ainsi autour du Gros-Caillou avec le Mont-Blanc comme ligne d’horizon. Aujourd’hui, la Vogue c’est kebab et coca-cola… Une grosse montagne de merde. Et le décret interdisant de se soigner avec des plantes naturelles ? Toute herboristerie est désormais considérée comme un centre terroriste, et Ma médecine naturelle de Rika Zaraï rejoint la liste des livres interdits en France, entre Le Licite et l'Illicite en Islam  (Youssef Qaradhawi) et Hitler = SS (Gourio et Vuillemin). Et le décret interdisant l’acquisition (ou la création) de fours à bois ? Il n’y a plus que quatre véritables pizzérias à Paris. Et dans vingt ans, plus une seule à Marseille. Je rappelle que cela fait quatre cent cinquante-et-un mille quatre cent quarante ans que l’on cuisine au feu de bois. Est-ce que vous trouvez vraiment que l’on vit « normalement » ? Et tout ceci n’est que l’écume d’une très profonde désespérance, un vide absolu de toute vibration du sacré, que les moins de vingt-cinq ans qui me contactent régulièrement me font atrocement toucher du doigt. Comme l’avait très bien théologiquement analysé Papini, la France c’est l’Enfer. Tous les lucifériens le savent d‘ailleurs très bien, et ils en connaissent les raisons profondément kundaliniennes.


   Sur ce point comme sur bien d’autres, les corses sont à la pointe de la pertinence et de la vérité. Avec les marseillais, bien sûr. Si jamais vous vous sentez un peu trop mal dans votre peau, là-bas en France, venez deux ou trois heures à Marseille. Aucun dépressif ici (sauf dans les quartiers parisiens du Panier et du Vallon des Auffes). Commentant l'annonce du groupe armé FLNC dit du 22 Octobre, où il était clairement dit : « Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et à vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entière, si elle veut éviter que les conflits qu’elle sème à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol » (je ne retiens pas ici les éléments de leur déclaration avec lesquels je suis en désaccord), le groupe Sangue Corsu écrivait le 29 juillet dernier : «  Si la Corse figure parmi les cibles potentielles c'est à cause de l'ingérence de l'état en matière de sécurité, et avant tout à cause de son engagement militaire au Moyen-Orient, engagement dans lequel notre peuple n'a rien à voir, les nationalistes corses étant intrinsèquement anti-impérialistes et ne soutiennent donc pas chez les autres ce qu'ils n'acceptent pas chez eux. »
   Les chasseurs Rafale bombardent Raqqa de très très haut ; c’est dans le but d’épargner la vie des soldats français que ces derniers ne sont pas envoyés aux combats au sol. Résultat ? Faillite totale de la stratégie militaire (même de hauts gradés l’affirment publiquement), les bombardements aériens ne servent strictement à rien dans ce genre de configuration, et les bombardés – ou leurs sympathisants – se vengent conséquemment en tuant des civils français dans des attentats. Pour le résumer en une phrase, on peut dire que, contrairement au monde antique où les soldats se sacrifiaient pour sauver les populations civiles, on a affaire ici à des militaires qui protègent leur vie en ne se battant pas physiquement, quitte à ce que les civils qui les paient avec leurs impôts se fassent tuer à cause de l’inefficacité totale de l’entreprise générale. Vous voulez faire plus court ? On a des civils français qui meurent pour protéger les soldats. Tout le monde trouve ça normal ? OK, pas de problèmes…
   Parmi les déclarations intéressantes de hauts gradés militaires concernant cette question, je vous conseille ce texte du colonel Michel Goya : « Bombarder et espérer » (novembre 2015). Les passages suivants sont particulièrement significatifs : « Je faisais partie de ceux qui estimaient que l’engagement de la France contre l’Etat islamique en septembre 2014 n’était non seulement pas nécessaire mais qu’il était même dangereux » ; « En 2014, les mêmes qui se taisaient à l’époque sont soudainement devenus horrifiés par ces « égorgeurs de Daesh », dont on semblait alors découvrir l’existence ». Sur ce point, je rajouterais qu’il n’y avait pas que ceux qui se taisaient jusqu’alors qui devinrent soudain horrifiés par Daech en 2014, mais il y avait également ceux qui faisaient l’apologie franche et directe des jeunes français partis « faire le djihad » (comme on dit vulgairement) contre Bachar ; je ne parle pas de brochures interdites qui circulaient sous la gandura, mais des grands médias mystico-révolutionnaires que sont TF1 ou le Figaro Magazine, dont une dizaine de pages avait été entièrement consacrée début 2014 au parcours « romantique » d’un jeune homme de banlieue engagé en Syrie dans la « bataille pour la justice ». Je me souviens alors avoir été très étonné de voir qu’une telle revue, qui militait d’un côté contre le port de la burka en France, et contre les prières musulmanes dans les rues françaises, vantait de l’autre côté des hommes qui combattaient à la kalachnikov à l’étranger en scandant « Allahu akbar ! ».  
   Autres phrases intéressantes du colonel Goya : « En termes d’effets stratégiques, l’Etat islamique, qui, il faut le rappeler, n’avait tué aucun Français avant que nous lui déclarions la guerre, est pour l’instant, gagnant. » ; « On peut engager des hélicoptères d’attaque et même des forces de raids, spéciales ou d’infanterie légère, depuis la Jordanie, l’Irak, le Kurdistan irakien ou syrien. Cela implique bien sûr de faire prendre des risques à nos soldats mais dans cette guerre où, en quatorze mois, 100 % des pertes françaises sont civiles, on peut peut-être l’envisager. Quand on ne veut pas de pertes, on ne lance pas d’opérations militaires. Quand on veut gagner, on prend des risques. » 
   Je peux vous assurer que si jamais l’un de mes proches était touché dans un attentat, vous ne me verrez pas cautionner toute cette merde en glorifiant la guerre contre l’EI, le petit doigt sur le pantalon aux côtés de Valls et Hollande … Je lui ferais passer un mauvais quart d’heure, au principe sacré de la cohésion nationale devant le danger terroriste…


   Tous les complotistes estiment que Daech est un produit de l’Occident. C’est normal, puisque presque tout, sur la planète, est d’une manière ou d’une autre un produit de l’Occident. A commencer par les complotistes eux-mêmes. Mais il y a des produits directs, et des produits indirects.
   Les anti-complotistes qui nient tout soutien de l’Occident à la plupart des troupes musulmanes anti-Bachar (l’ASL, par exemple) m’agacent autant que les complotistes qui affirment que Daech est une création directe des USA. Il existe un millier de preuves pour contrer les premiers, ne serait-ce que ces propos de John McCain en octobre 2015, où il se plaint de ce que la Russie bombarde des mercenaires anti-Bachar armés et entraînés par la CIA. Quant aux seconds, il faudrait qu’ils comprennent que Daech n’est pas une armée façonnée dans un laboratoire de la Maison Blanche, mais au départ une coalition d’officiers baasistes de l’armée irakienne en lutte ouverte contre les chiites mis au pouvoir en Irak par les américains. Et s’ils possèdent des armes américaines, c’est parce qu’ils ont attaqué et pillé des bases US installées en Irak. Ce n’est pas très difficile à comprendre, et ce n’est pas parce que la dissidence française n’en parle jamais que cela n’existe pas.

   Je ne vais surprendre personne en écrivant que j’aime beaucoup les chiites, et que leur tradition ésotériste, notamment la théosophie des Saints Imams, est une des merveilles de l’esprit humain. Ce sont d’abord les lectures de Henry Corbin et Louis Massignon qui m’en ont persuadé, avant que l’amitié solide avec des chiites, d’abord au Liban et ensuite à Marseille ne me conforte dans cette conviction. J’ai été pendant un certain temps très proche du Parti Antisioniste (sans y être encarté) et du Centre Zahra. Mais mon absence de tout militantisme, ni d’esprit de clan, m’autorise à remarquer ce fait étrange qu’aucun site de la dissidence française n’ait jamais évoqué la mise au pouvoir de chiites en Irak par les américains, et encore moins que des sunnites aient ensuite été persécutés pendant dix ans un peu partout sur le sol irakien, et même dans la prison d’Abou Ghraib ! 
   Une communauté arabo-berbère de Marseille (je ne dirais pas laquelle) m’avait invité dans ses bureaux en 2010. Alors qu’il était de bon ton, à l’époque, de louanger la geste d’Ahmadinejad, les responsables de cette communauté avaient, à ma grande surprise, complètement dénigré le rôle géopolitique de l’Iran en m’affirmant que c’était un pays faussement antisioniste, qu’Ahmadinejad travaillait en coulisse de concert avec les américains et les israéliens, et que le P.A.S. n’allait pas durer longtemps car tous les Arabes de France sont sunnites. C’était un discours, en quelque sorte, hors caméra, et dès que leurs textes et vidéos furent relayés et démultipliés par la dissidence officielle française, la tonalité se retourna complètement dans le sens du poil pro-iranien.
   Et cette tendance générale anti-sunnite dans la dissidence non-musulmane n’a pas changé. Il y a six mois, un éditeur activiste dénigrait publiquement, à mon propos, « la folie d'une pensée totalement déconnectée du réel ». Aujourd’hui, il affirme en toute sérénité sur Facebook : « le sunnisme est une anti-Tradition ». Contrairement au Temple de Seth, je présume ?... 
   C’est d’autant plus singulier que cet homme s’était, semble-t-il, donné pour mission de faire adhérer les musulmans de France au Front National. Ce genre de propos ne va peut-être pas l’y aider. A le suivre, il faudrait donc reconnecter 85 % des musulmans du monde entier au réel, en leur apprenant qu’ils se trompent de Tradition depuis 1400 ans. Au travail.
   En ce qui me concerne, l’établissement d’un califat chiite avec l’Iran pour épicentre (pays dont les frontières n’ont jamais dépendu d’aucune volonté occidentale) est un de mes vœux les plus chers et les plus ardents, et je pense qu’il n’y a aujourd’hui rien de plus réaliste et pragmatique que de promouvoir la coexistence d’un califat chiite et d’un califat sunnite, dont les frontières sont à déterminer entre les protagonistes en question, sans aucun occidental autour de la table. Encore une fois : que les musulmans se débrouillent entre eux, sur leurs propres terres.


   Venons-en à la coalition occidentale anti-EI : Albanie, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Bahreïn, Belgique, Canada, Danemark, Emirats Arabes Unis, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Finlande, France, Hongrie, Italie, Jordanie, Luxembourg, Maroc, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Qatar, Royaume-Uni, Suisse, Tchéquie et Turquie.
   Il faut, non seulement cesser tout bombardement, mais se retirer immédiatement de cette coalition mortifère. Je rappelle que les bombardements du 19 juillet dernier ont fait au moins 56 morts dont 11 enfants à Manbij (Syrie), juste une semaine avant l’égorgement du père Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray. Il me semble qu’il y a une petite différence dans le traitement de l’information entre ces deux événements. Le représentant de la Syrie auprès de l’ONU a même parlé de 164 civils tués.
   Bombarder, et espérer…
   Je ne comprends pas la position de ceux qui, ayant estimé que Daech est une création de l’Occident, se rangent donc aux côtés de l’Occident pour l’éradiquer. La coalition occidentale anti-EI serait-elle moins occidentale que l’EI ?
   Par ailleurs, j’entends dire dans tous les milieux de la dissidence française que, quels que soient les tenants et les aboutissants d’une question politique, il suffit d’écouter ce qu’en dit BHL, et on sait alors que la vérité se trouvera automatiquement dans le contraire de ses propos. C’est tout à fait possible, effectivement. Or, il se trouve que BHL vient de sortir un film à la gloire des combattants kurdes Peshmergas armés directement par les occidentaux pour lutter contre Daech. Je comprends donc, en vertu de cette inflexible loi, que tous les dissidents de France se sont donc « automatiquement » placés aux côtés de Daech, afin de soutenir ces derniers contre les kurdes, amis de BHL et armés par l’Occident ? Il ne semble pas que cela soit l’option retenue par la dissidence. La loi béhachélienne connaitrait-elle donc de sérieuses exceptions ?
   C’est difficile à suivre, la dissidence française…


   Quelqu’un écrivait ceci sur Facebook, en août 2011 : 
   « L’occident de merde, l’état de vie le plus amorphe de l’histoire, doit crever au plus vite, l’occident, la démocrattttiiieeee, les doigts de l’homme, la tolérance, - tout ça doit être détruit au plus vite. L’occident, le système le plus ignoble de l’histoire, cette immondice sémitico-chrétienne-rationaliste, ce monstre hideux de bêtise et d’incontinence crasse, doit crever maintenant. Tout est en place. Jamais contradictions internes n’auront été poussées à ce point. Seuls les sous-hommes de droite soutiennent encore les ruines d’un tel système, c’est son rôle historique, à ces pauvres étrons, soutenir ce qui tombe ; qu’il crève, et vite ; d’ailleurs il crèvera très vite. La situation est révolutionnaire, c’est-à-dire dialectique : seuls les plus extrêmes réactionnaires s’en sortiront. Les nazis les plus nazis, et les pires musulmans. Tout le reste, dans sa faiblesse ontologique, va se dissoudre dans le rien qui le constitue. » 
   Et quelques jours après les attentats du Bataclan, le même « likait » sur son mur des tracts « Defend Paris » (en anglais, bien sûr) et prônait la revanche de l’Occident contre ces « pires musulmans » dont il dressait l’éloge en 2011…
   N’avait-il pas lui-même désormais rejoint les rangs de ces « sous-hommes de droite [qui] soutiennent encore les ruines d’un tel système » ?... C’est tout de même terrible, l’impact du réel… Il a fallu un seul attentat pour transformer un radical en extrémiste.

Explose électrique
Mutant métallique
Tu agresses la ville
Tu violes tu détruis
Etc., etc.

   Tout ça, c’était avant ; tant que la panique n’existait que sur les pistes punk, on jouait au radical en prenant des poses glaciales de jeunes gens modernes. Aujourd’hui que la panique existe pour de vrai dans les rues, on s’énerve vraiment et au lieu de braquer le président et d’exploser sa gueule, on se met du côté des forces de l’ordre. C’est qui, la poupée dégonflée
   Dans un autre genre (pas très éloigné), cela me fait penser à ces trotskystes américains devenus soudain militaro-occidentalistes après le Onze Septembre. 
   Je songe également à Maurras évoqué par Rebatet dans Les Décombres, très au courant des manœuvres du gouvernement pour faire précipiter le pays dans la guerre civile, mais qui, le 3 septembre 1939 où la France déclare la guerre à Hitler dans le sillage direct de l’Angleterre, se raidit dans son uniforme derrière son bureau et dit à Rebatet, à sa grande surprise : « En avant ! Puisque voilà la guerre, en avant pour notre victoire ! […] Le vin est tiré, il faut le boire. Nous n’avons plus maintenant qu’un devoir : celui de nationaliser cette guerre qui est si peu nationale. » Rebatet écrit, dépité : « Inutile dès lors de lui représenter la vanité d’une pareille entreprise, au milieu de tous les Juifs, de tous les Anglais, tous les maçons de l’univers, avec Daladier, Albert Lebrun, Yvon Delbos : il avait refermé son sophisme sur lui, il était inaccessible. »
   Toute ressemblance avec des événements contemporains est malheureusement éclatante.
   « La presse éjaculait de dégoûtante façon un patriotisme de septuagénaires et de cabotins. […] Le colonel-comte de La Rocque venait de proclamer qu’il fallait désormais choisir entre le barbarisme et la civilisation ». 
   La véritable collaboration, au sens le plus infect du terme, se trouve dans cette réaction des royalistes et des nationalistes, et pas du tout dans le futur parcours de Rebatet.

   En politique, rien ne me fait plus vomir que lorsque l’ultra-droite se met délibérément au service de la République (en ce qui concerne l’ultra-gauche, la surprise est nettement moins importante) …


   Après l’attentat du 14 juillet à Nice (ah, « la tradition française du 14 juillet », comme osent l’écrire certains pseudos-traditionalistes !!! ; mais où est la surprise, lorsque d’autres s’exclament par ailleurs « Une France soumise aux papes, non merci ! »), d’aucuns demandaient : « Mais quand va-t-on leur rendre les coups qu’ils nous donnent ? », sans voir que ça fait plus de vingt ans que leur armée tue des dizaines de milliers de civils sur les terres musulmanes… Les coups, ça fait bien longtemps qu’on a commencé à les donner. Beaucoup de journalistes disent qu’il faut prendre exemple sur Israël pour faire face au terrorisme. Le message est-il bien compris par tout le monde ?
   Je ne commencerai à respecter un va-t-en guerre (de quelque bord qu’il soit) que s’il quitte son écran d’ordinateur pour partir lui-même au combat, physiquement, sur le terrain et les armes à la main. Dans les années 1970, Maurice Ronet ou Dominique de Roux partaient combattre dans les maquis du Mozambique sans aucun effet d’annonce. En 2016, des gens du même âge louangent indécemment la guerre pour les autres sans quitter leur fauteuil. 
   Sans connaître personnellement aucun de ses membres, je me sens bien plus proche du Lys Noir que d’un certain eurasisme facebook. Dans une récente lettre ouverte à Abdelhamid Abaaoud, le Lys Noir écrivait : « Tu auras réussi à faire chanter la Marseillaise dans les écoles et à faire déplier les drapeaux bleu- blanc-rouges aux balcons des appartements des citoyens du monde de Paris... Ce chant de merde que nous n’aimons pas plus que toi, ce drapeau ensanglanté et médiocre que nous haïssons comme toi, cette devise fausse sur l’égalité, la liberté et la fraternité, auront eu au moins le mérite de clôturer une partie de notre histoire nationale. En effet, grâce à toi, nous savons enfin que toi et nous n’avons plus de pays, ici... que la République nous est définitivement étrangère et qu’elle nous occupe, nous les anciens Français, comme elle vous humilie, vous les désespérados d’appartements conspiratifs. »
   Voir aussi, dans un tout autre registre, le texte de David Vesper « Les Boussolés » dans la pétillante revue littéraire « Adieu ».

Sol de l’Institut français de Dakar

   C’est ainsi que l’on voit aujourd’hui émerger deux tendances eurasistes éminemment paradoxales, en regard des soubassements principiels de cette mouvance a priori révolutionnaire : une tendance néo-con dont le seul désir est « to preserve the western civilization » (je cite dans le texte, ces nouveaux eurasistes étant bien souvent… américains), et une tendance ouvertement luciférienne et sataniste. L’alliance objective entre ces deux groupes est très logique, puisque l’eurasisme n’est pour eux qu’un outil de combat contre l’islam, de défense du monde blanc ainsi que de la « civilisation » occidentale… laquelle est fondamentalement luciférienne, ce que je ne m’échinerai pas à démontrer ici, quelques centaines de penseurs l’ayant fait avant moi. La « spiritualité luciférienne », qui constitue la justification de l’individualisme radical de par la volonté de contrôle intégral de son être propre et de son existence, et de par son refus de servir toute puissance principielle et démiurgique (« Non Serviam »), est la base (anti)théologique du libéralisme philosophique, humaniste et économique.
   Et cette complémentarité entre l’Occident et l’Ange rebelle est valable sur tous les continents. Sait-on, par exemple, que la pointe occidentale du continent africain est précisément occupée par une ambassade américaine, et que le sol carrelé à l’entrée de l’Institut français d’à côté est gravé d’un immense pentacle pseudo-wiccan ? 

   Je suis toujours abasourdi de voir certaines personnes dénoncer un jour le « satanisme de nos élites » à propos de l’étrange cérémonie d’inauguration du tunnel du Saint-Gothard, ou bien dénoncer le fait que l’un des mentors de Hillary Clinton, Saul Alinsky, ait fait un éloge public de Lucifer, puis, le lendemain, annoncer fièrement la célébration de l’anniversaire du « High Priest of the Church of Satan » à Moscou en décembre prochain… 
   Au fait, ils en pensent quoi, les satanistes, des meurtres de prêtres par Daech en France ? Je suppose que l’Etat Islamique remonte sérieusement dans leur estime, n’est-il pas ? 

Affiche diffusée par des luciféro-eurasistes. « Hail Satan ! »

   « L'Ordre de l'Eurasie est le duel cruel et déclaré avec l'Adversaire puissant et habile, avec l'ordre de Seth, celui de l'Ane rouge, l'Ordre de la Danse de la Mort. » Douguine (La grande guerre des continents).
   Je me suis intéressé à l’eurasisme, car j’y voyais un mouvement d’avant-garde artistique et spirituel, une force motrice ésotériste et révolutionnaire. Les branches néo-cons et lucifériennes sont des contre-sens absolus à ses principes. La tendance pro-russe néo-con, cela consiste tout bonnement à réduire la Russie aux dimensions d’une nation, et à répondre aux injonctions de la petite politique pour servir les petits intérêts du moment : une simple défense de la souveraineté nationale. Quant à la tendance luciférienne… Dominique de Roux écrivait : « Satan vit du non-discernement, il bouche les trous par où l’esprit, l’illumination peuvent entrer. Satan, les ténèbres de l’imbécillité ».
   Le luciférien a ceci de particulier, que plus il est intelligent, et plus il est bête. Dit autrement : un luciférien met toujours son intelligence (et Dieu sait si elle est souvent grande) au service exclusif de l’imbécillité. Il désire, par exemple, lutter contre le principe de la création et pour l’affrontement entre les dualités jusqu’à les faire exploser, mais il ne comprend pas que l’équilibre absolu réside dans le nombre 1 (le vide pulsatile et divin), et pas dans le nombre 0 (le vide gelé et séthien). La science occidentale est sataniste (aristotélicienne) parce qu’elle estime qu’un système est en équilibre lorsque la somme des forces exercées sur lui est nulle, alors que l’équilibre est obtenu lorsque le produit de ces forces vaut 1 (comme le savent tous les platoniciens). Mais l’Unité est l’ennemi absolu des lucifériens, c’est la plus grande des prisons pour eux, et ils leur préfèrent le Zéro qu’ils assimilent à la liberté originelle, celle de la non-procréation et de la destruction de toute production démiurgique.
   Le sataniste est obsédé par la dualité, qu’il croit être l’apanage des religions monothéistes. Mais ce n’est pas le chrétien qui a inventé l’ombre et la lumière, la mort et la vie, la lune et le soleil, la laideur et la beauté. Et, contrairement à ce que disent les satanistes, le chrétien ne voit pas en ces couples autre chose que des notions complémentaires, dont l’union crée toute l’harmonie du monde. Il n’a jamais proclamé que la lumière était essentiellement supérieure à l’obscurité, ni que la laideur devait être combattue au bénéfice exclusif de la beauté, puisque les unes et les autres ont été créées par Dieu, et que toute chose a sa propre place dans l’univers. Il suffit d’être entré une fois dans sa vie dans une église gothique où fleurissent les figures grotesques pour en être convaincu. Le grand théologien Hugues de Saint-Victor a écrit, par exemple, au douzième siècle : « Le laid est encore plus beau que le beau lui-même. Celui-ci, de fait, nous enchaine au monde sensible et éteint en nous le désir de la beauté parfaite ; celui-là nous délivre de la grâce passagère en nous donnant la nostalgie de l’idéal dont le laid déchoit en y aspirant » (cité par Germain Arfeux). 
   Le retour à l’Unité primordiale illustré par l’Assomption de la Vierge Marie n’est pas la victoire de la lumière sur l’ombre, mais la transfiguration des deux en un Troisième terme impérial : le nombre Un.
   C’est le sataniste qui nous semble très bête, lorsqu’il proclame que l’ombre est supérieure à la lumière, ou que la destruction est supérieure à la création – ou encore, que l’ombre est la véritable lumière, et que la lumière n’est qu’obscurité, soit « la vision finale, définitive et totale du monde de la revanche séthienne, qui n’est que le rêve sénile et creux, que la petite promenade somnanbulique de la revanche des ténèbres, du chaos et du non-être sur le monde de la lumière perpétuellement naissante, sur l’ordre divinement souverain de l’être nuptialement assujetti à l’Unique » comme l’écrivait clairement Jean Parvulesco.
   Il y a toujours chez le sataniste un vieux fond de rébellion infantile envers les religions qui me laisse pantois, et c’est encore pire quand il a dépassé le stade de l’adolescence. Par ailleurs, sa profession de foi est d’autant plus inutile que le monde est devenu aujourd’hui luciférien de manière presque officielle. Aussi, être sataniste en 2016, ce n’est plus lutter courageusement contre l’Inquisition pour tenter d’asseoir le règne de Lilith l’avorteuse, mais promouvoir Barack Obama et les étapes-clés de la création de l’état d’Israël. Les temps changent...

   Mais le sataniste sérieux, conséquent avec lui-même, sincère, cultivé, sachant manier la langue française et écrire des livres ambitieux, celui qui connaît autant le Diable que nous autres, catholiques et orthodoxes, et qui surtout ne se camoufle en aucune manière et se déclare ouvertement sataniste (très important !), c’est un sataniste que je saurai toujours apprécier en tant qu’ennemi respectable. J’irais même jusqu’à écrire que je suis capable de l’admirer. Même s’il est le plus dangereux de tous. 

Clé de voûte de Notre-Dame de Semur : Couronnement de la Vierge

   Nous ne sommes ni puritains, ni libres-penseurs : nous n’avons pas pour habitude de lancer l’anathème « sataniiiste ! » à chaque personne qui aurait l’heur de nous déplaire. Déclamer du Crowley sur scène ne relève pas du satanisme, d’abord parce que l’espace théâtral est par nature un lieu profane (j’en ai fait bien d’autres !, et à l’époque où jouer du Costes n’était pas tout à fait devenu du dernier chic), et ensuite parce que Crowley n’a jamais été un véritable sataniste. Tous les véritables satanistes le savent parfaitement. 
   Par ailleurs, il existe un abîme entre ceux qui se servent de leur main gauche pour amplifier par contre-réaction les gestes de leur main droite, et ceux qui voient dans leur main gauche le seul et unique outil pour tracer leur voie dans le sillon du cosmos.

   La compétition actuelle, qui ne fait que s’intensifier chaque jour que Dieu fait, et qui va bientôt connaître une ampleur inouïe, entre la Russie et Daech pour la prise de Constantinople et de la basilique Sainte-Sophie est un véritable événement de portée eschatologique. Mais la guerre absolue, le combat radical et définitif, le véritable Endkampf de notre cycle adamique, c’est la guerre des fils de Seth contre le katechon chrétien, et de manière générale contre toute spiritualité authentique, vivante et agissante. Les Séthiens visent à instaurer l'anomie généralisée sur terre : l’Occident ubique et éternel, le règne de « Celui à qui l’on a fait tort ». L’atatürkisation de Sainte-Sophie est le fruit de leur travail : ni église ni mosquée, mais musée ! Ceux qui sont bien renseignés connaissent la tentative très récente de vampirisation de Sainte-Sophie par quelques centaines de séthiens, dans le but de contrecarrer tout Empire spirituel, qu’il soit orthodoxe ou musulman, considéré par eux comme une grande parodie de l’Empire eschatologique de Seth, lequel devra émerger des profondeurs chthoniennes du Véritable Israël (à partir de Rennes-le-Château, bien sûr). 
   Car les véritables satanistes (je ne parle pas de ceux qui se tournent vers Satan par provocation envers leurs parents, ni des satanistes esthétisants qui pullulent dans le hard-rock ou la musique industrielle, milieux où presque tous les musiciens – comme c’est curieux !... – militent en faveur de Pravyï sektor, à de très rares exceptions près), les véritables satanistes sérieux et cohérents ont prêté allégeance à une entité, ou plutôt une série d’entités, qu’ils estiment être les premières divinités historiques du peuple juif, et l’état d’Israël ne correspond rien de moins pour eux qu’à la consolidation historique du retour du Serpent des cavernes, destructeur de la Création-Prison. Le judaïsme originel, spiritualité ô combien salutaire, n'est-ce pas…
   En résumé : Israël est bel et bien le Grand Satan pour les satanistes (sionistes autoproclamés), mais dans un sens éminemment positif.

   Ce n’est pas parce que le séthiens ne sont pas nombreux que leur influence est nulle. Leur position sociale importante, notamment aux Etats-Unis (surtout en Californie), leur permet de diffuser leurs actions - plus que leurs idées – au sein d’éminents milieux universitaires, politiques ou militaires (il est rare qu’un berger ou un tourneur-fraiseur soit sataniste). Mon prochain texte sur la ville de San Diego saura vous en convaincre.


   Je suis un fanatique absolu de la splendeur de l’orthodoxie grecque, roumaine et russe, un amoureux radical de la Communion des Eglises orthodoxes et ses quatorze églises autocéphales, un enthousiaste fervent de sa liturgie de Jean Chrysostome, de ses fols en Christ et de ses néomartyrs. 
   Les instances politiques, françaises ou russes, ne m’intéressent pas. Je ne me sens concerné que par les espaces sacrés de la pratique religieuse.
   Je travaille pour la réunification intégrale du catholicisme et de l’orthodoxie, suivant des raisons proprement eschatologiques et assomptionnelles. Cette action sera la meilleure manière de ré-orienter le christianisme européen, c’est-à-dire de le désoccidentaliser. « Nous autres Européens, amis du Christ et guerriers de Madame notre Mère et notre Reine, combattants du Mystère de la Charité, ce fruit divin mis par la Très-Sainte Eucharistie à portée de notre humaine capacité d’aimer » - comme me l’écrit un ami très cher – aurons alors accompli tout le travail que nous avions à accomplir.
   Cette intégration nuptiale, dynamique et vorticiste, cette « transfiguration christologique impériale » ne pourra qu’être historiquement accompagnée par l’émergence d’autres pôles spirituels civilisationnels : l’islam sur les terres musulmanes du Moyen et du Proche Orient, la Terre Pure de Maitreya en Extrême-Orient, les grandes voies de Kalkî en Inde, la Mutation vertueuse de l’Empire du Milieu, et bien d’autres. Tous ces royaumes seront intensément pacificateurs et convergents dans leur victoire définitive contre l’Occident, c’est-à-dire contre Lucifer et ses armées blindées.
 
   Le retour à l’Eglise originelle permettra d’assurer la victoire propitiatoire, johannique et coronaire du Grand Véhicule de la main droite – l’Orient – sur la petite voie de la main gauche - l’Occident -, ce minable accident de l’histoire dont plus personne ne parlera dans quarante ans.

Christ bénissant (de la main droite) – Mosaïque de Sainte Sophie