mercredi 8 novembre 2017

Entretien avec le Cercle Curiosa (Mai 2011)



J'avais donné un entretien au Cercle Curiosa en mai 2011.
Il avait alors été publié dans un ouvrage,  édité par Alexipharmaque en février 2013.
Après accord de l'éditeur, voici aujourd'hui l'entretien dans son intégralité.


Laurent James, vous notez que le temps des maîtres est passé, et que celui qui cherche à s’étancher se retrouve seul, fatalement. Est-il encore possible d’accéder à la source en affirmant sa propre individualité ? Vous posiez cette même question à Guillaume Dustan il y a quelques années, pourriez-vous y répondre vous-même ?

Je ne me lasserai jamais de citer cette phrase absolument fondamentale de Jean Phaure : « Le long escalier descendu au long des Ages d’Argent, d’Airain et de Fer l’a été collectivement ; c’est individuellement, mais par l’Amour et la Connaissance, que nous pouvons aujourd’hui espérer le remonter ». L’histoire de ces derniers siècles peut en effet se résumer à une lente dissolution de toutes les véritables communautés humaines, qui basaient le principe de leur cohésion verticale sur la volonté de produire une connaissance transcendantale, tout en s’accompagnant d’une lente affirmation des parties les plus basses de l’individu, celles qui tendent à le couper de toute relation intime d’ordre musical avec le cosmos. Pour résumer ce phénomène, on peut dire que l’essence de la communauté s’est effondrée au bénéfice intégral de la substance de l’individu. Or, de fausses communautés ont vu progressivement le jour, sur le principe d’une cohésion horizontale de sous-individus déstructurés : tout est désormais réduit au lieu commun de la substance luciférienne, qui n’est autre qu’indifférenciation, confusion et division (le chaos), à l’opposé même de l’essence divine qui est harmonie, fusion et distinction (l’ordre). Il va de soi que cette substance luciférienne est le substrat métaphysique de l’argent, ce liant planétaire de la vaste confiture moisie des derniers hommes, et que tout ceci relève d’une dynamique entièrement régentée par le Banquier, Souverain de l’Apocalypse et Prince de ce Monde. Nous trouvons ici un autre exemple du mensonge réactionnaire, qui ne cesse de claironner que l’individu est la brique de la société moderne. On peut au contraire démontrer en cinq minutes que n’importe quel Néandertalien des rives de la Vistule méritait plus d’être dénommé individu qu’un technico-commercial au service marketing d’une entreprise pétrochimique auxerroise. Jean Phaure proposait donc tout simplement de renverser le Vortex de la Merde, en réinvestissant l’essence élective de l’individu contemporain par la restauration du désir de l’unité primordiale (l’amour) et de la hiérarchisation de soi sur le modèle des lois cosmiques (la connaissance). Je rajouterai que cette émergence nécessaire du surhomme est tout à fait compatible avec la loi des cycles de l’humanité, puisque l’on peut remarquer qu’à chaque nouveau manvantara (cycle de 64800 ans), il surgit un nouvel Adam : l’Homo Heidelbergensis en 451440 avant notre ère (date de création de l’homme adamique, couronné à la fois par le Fils – la découverte du langage – et le Saint-Esprit – la maîtrise du feu). Le Néandertalien en Europe en 321840, l’Homme Moderne en Afrique en 192240… Notre manvantara actuel est le septième du grand cycle – le kalpa – qui en comporte quatorze. Les sept jours de la création du monde évoqués dans la Genèse sont une description de ces sept manvantaras, dont le reflet eschatologique se trouve dans les sept églises d’Asie auxquelles s’adresse Saint Jean. C’est en 2160 que s’opérera donc la prochaine mutation génétique de l’espèce humaine, qui peut se décrire selon les outils de la biologie quantique par une rencontre entre le déterminé et le Vide Suprême. Elle donnera naissance à ce que j’appelle l’Anarchiste Solaire, dont Antonin Artaud fut une des plus ardentes préfigurations au cours du dernier siècle, pour peu que l’on veuille bien le lire sérieusement. Ce pauvre Dustan sentait très-obscurément l’occurrence d’une telle révolution intégrale, qu’il n’a su traduire qu’en des termes infantiles et épileptiques, rejetant ses espoirs sur un paganisme polynésien d’opérette très éloigné des exigences disciplinaires régnant jadis sur le continent de Mû.



II. En essayant d’imaginer le temps qualifié, on peut se figurer une hélice spiraloïde en mouvement, hélice composée elle-même d’hélice etc. Que pensez-vous des travaux de Jeremy Narby ? Pensez-vous que certaines drogues bien utilisées peuvent ouvrir certaines portes jusqu’alors verrouillées ? Les psychotropes offrent-ils de simples illusions ou sont-ils un don fait aux hommes ?

Je connais peu la pensée de Narby. Sa célèbre phrase « Pour un être humain comprendre la biosphère est sans doute aussi compliqué que pour une fourmi comprendre New York » est entièrement fausse. La structure de New York est ordonnée selon ce que l’esprit humain moderne croit comprendre ce qu’est l’ordre : diagonales, parallèles et perpendiculaires en superpositions compliquées de grilles développées sur trois dimensions. Or, l’ordre véritable – le cosmos – est évidemment plus qualifié que quantifié. Comme l’a très bien démontré Guénon dans Le Règne de la Quantité, ce n’est pas le volume qui donne du sens à l’espace, mais la direction de ses principales lignes de fuite, ou son orientation, si vous préférez. La structure générale de New York n’est pas orientée : c’est un système clos qui n’existe que par rapport à lui-même, et si la fourmi ne le comprend pas, c’est surtout parce que l’ordre de cette ville est infiniment moins complexe que l’ordre intérieur, organique, de la fourmi, laquelle existe entièrement par rapport au monde. Or, si New York peut être harmonieuse, la biosphère, elle, est harmonique : je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’être musicien pour comprendre la différence essentielle entre ces deux termes. Il n’est pas si compliqué que cela pour un homme de comprendre la biosphère, parce que la structure de l’homme est analogue à celle de la biosphère. Il suffit de se connaître soi-même pour connaître le cosmos. Paul Claudel faisait remarquer que connaître réellement un élément consistait à naître avec lui (« co-naître »). La plupart des méthodes d’accès à la connaissance mises en œuvre par les guides spirituels de tous ordres reposait sur le principe de la renaissance d’une partie de leur esprit, une re-virginisation spirituelle pour être le mieux à même de recevoir et de comprendre. Des druides gaulois jusqu’à Miyamoto Musashi (qui prônait la subsumation par le vide), ça se vérifie. Le danger est que n’importe quel profane peut croire que s’il s’agit d’être vierge pour accéder à la connaissance, alors il peut être, lui, un aussi bon Brâhmane que les autres. Et comme il ne tarde pas à s’apercevoir que s’il parvient facilement à rejoindre le Néant, le Vide lui reste absolument inaccessible, alors il risque de vouloir précipiter artificiellement les choses en prenant de la drogue. Le problème est le suivant : à l’instar des autres véhicules célestes disponibles pour une élite compétente et disciplinée, la drogue, ça se mérite. Les psychotropes ne sont pas un don fait aux hommes de manière générale, mais un don fait à certains hommes. C’est une question très liée à la médication, par ailleurs : le Prêtre qui connaît les substances permettant d’ouvrir le crâne en deux pour y laisser pénétrer la lumière céleste, connaît également les substances qui guérissent les souffrances du guerrier ou du travailleur. De même que l’artiste est un Prophète dégénéré, le médecin est un Prêtre sans autorité légitime. Prenez l’exemple de l’alcool, et regardez le nombre impensable de gens qui ne savent pas boire. Vous avez ceux qui racontent très rapidement des imbécillités, alors que l’alcool devrait permettre, au contraire, de recevoir des éclairs de vérité ! C’est toute la différence, au fond, entre l’alcoolique (Gainsbourg) et l’ivrogne (le Professeur Choron). Si l’alcool est interdit dans l’Islam, c’est bien parce que cette religion ne croit pas en l’homme, et qu’elle prend toutes les conclusions qui s’imposent face à son abrutissement progressif. Moi, ce qui me rend particulièrement dingue, ce sont les gens qui se droguent par délassement, pour « souffler un peu », pour « se vider la tête », etc. Ils sont toujours guidés par le principe du plaisir, jamais par celui du travail et de la distinction. Dominique De Roux s’est beaucoup dépensé pour diffuser en France les oeuvres de drogués de haute teneur comme Allen Ginsberg, Burroughs et Claude Pélieu. Il disait que ces écrivains annonçaient une future mécanisation de l’homme et une humanisation de la mécanique – ce qui est par ailleurs une assez bonne description de la prochaine Ere du Capricorne (l’Age d’Or du prochain Manvantara), laquelle sera paradoxalement placée sous l’égide du Royaume Africain. Regardez le tableau Dustheads de Basquiat, vous comprendrez ce que tout cela signifie. Il reste que le seul Prophète du vingtième siècle à avoir su utiliser systématiquement la drogue comme moteur de connaissance métaphysique fut Roger Gilbert-Lecomte, et que ses écrits sont encore loin d’avoir percé la croûte d’ignorance qui les protège heureusement de toute récupération par la Culture.


III. Vous considérez la Russie comme un glacis perdu dans les limbes d’un sommeil magnétique. Le réveil de l’Est sonnera le grand retournement des valeurs. Avez-vous une idée des signes qui pourraient démontrer le réveil de l’ours Russe ? Comment interprétez-vous les récentes déclarations de Vladimir Poutine, proposant un espace commun entre l’Europe et la Russie ? S’agit-il selon vous d’une simple proposition économique et politique ? Y voyez-vous autre chose ?

Il faut lire Genève ou Moscou de Drieu La Rochelle, qui montre les raisons pour lesquelles la seule issue pour un jeune homme de 1927 était de lutter pour « les Etats-Unis d’Europe », c’est-à-dire une structure politique permettant de faire émerger un troisième terme entre le capitalisme et le communisme, ou plutôt, entre l’impérialisme de l’Amérique et celui de la Russie. Drieu, en effet, ne pensait pas du tout que le communisme représentât une quelconque alternative au capitalisme, écrivant que ces deux systèmes étaient intimement liés par le matérialisme et la Machine. Il pensait que la Russie et les USA étaient beaucoup plus proches que ce que l’on imaginait, d’une part parce que « la Russie avait rejoint l’évolution démocratique européenne à son point extrême de développement, l’américanisme », et d’autre part parce que le capitalisme était entré dans une deuxième phase de son histoire où, après le « capitalisme anarchique et le temps des doctrines » (basé sur une alliance formelle entre l’ordre bourgeois et l’ordre traditionnel), surgissait le « capitalisme organisateur et le temps des méthodes », basé sur le renversement des pères et l’établissement d’un ordre nouveau. « Aujourd’hui, le Capitalisme tend par divers moyens à organiser la production. Le principe ancien grâce auquel a pu naître et grandir le Capitalisme, ce fut la concurrence. Or, nettement le Capitalisme se retourne contre son principe d’origine pour le corriger et, de correction en correction, il prend le chemin de l’anéantir », allant jusqu’à écrire : « le capitalisme veut communiser la consommation, c’est-à-dire qu’il lui faut la rendre égalitaire ». Pasolini décrit le même processus dans ses Ecrits corsaires, évoquant la seconde phase d’un capitalisme qui se débarrassait de l’ordre ancien (Eglise, armée, etc.) pour établir un nivellement radical de l’humanité. Par ailleurs, Drieu réfutait le fascisme – du moins, en 1927 – car il ne croyait pas aux solutions nationales quelles qu’elles soient. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de proposer une alternative en érigeant un modèle spécifiquement européen, puisque l’Europe est définitivement morte – tuée, entre autres, par la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci ayant été orchestrée dans le but d’en finir définitivement avec le Continent du Milieu. Aucun dirigeant n’a pris la peine d’écouter les conseils de Drieu ou de Jacques Maritain, lequel plaidait également pour une souveraineté politique de l’Europe. Ils en avaient encore le droit, du temps où l’Europe valait quelque chose. En 2011, personne ne peut dire sérieusement que l’Europe soit prise en tenailles entre le modèle américain et le modèle russe, car il n’existe strictement aucune différence entre les USA et l’Europe sur le plan historico-symbolique : c’est bien la matrice de l’Occident, qui s’est diffusé sur presque toute la planète. La Russie, elle, a la chance d’avoir vu naître sur son sol un des plus grands Prophètes des derniers siècles : Dostoïevski, et de l’avoir très intelligemment digéré. Le peuple russe est le plus authentiquement cultivé du monde, et je vous défie de trouver un habitant de Saint Petersbourg ou de Moscou qui ne sache pas par cœur un passage entier des Frères Karamazov, et qui n’embraye pas ensuite sur une apologie de Khlebnikov ou de Marina Tsvetaeva. Lisez la préface aux Possédés, cette lettre stupéfiante adressée à Alexandre II, et vous verrez que Dosto avait tout compris sur la destinée métaphysique de la Russie. Il pensait que, à l’instar de tout grand pays, la Russie devait conserver son entière autonomie et ne pas se rallier à l’Europe. Il n’y a pas de différence de fond entre les pensées métapolitiques de Dostoïevski et les idéaux des fondateurs de l’eurasisme des années 1920, les Troubetskoy et Alexeiev : il s’agit toujours de s’opposer au pétersbourguisme, et de s’ancrer dans l’immutabilité polaire de l’Empire des Premiers Temps, celui qui servit de plate-forme de lancement de l’Homme de Néandertal vers l’au-delà des montagnes de l’Altaï. Le problème de Poutine est de ne pas avoir pu (ou voulu) se placer sous l’égide du Métropolite de Moscou, ce qui constitue la cause directe de son échec partiel face à la Banque. Mais on peut considérer que la Russie est elle-même – essentiellement – une autorité spirituelle, et que le processus d’enlaidissement et de souillure du pays par la modernité finira par tomber sur un os. Souvenez-vous de ce que disait Saint Maximilien Kolbe : le grand renversement aura lieu lorsque la Vierge apparaîtra sur la Place Rouge. Ce sera alors la véritable inauguration du Royaume Eurasien, que devra ensuite impérativement, impérieusement et impérialement intégrer l’Europe si ses membres ne sont pas déjà complètement dévorés par la peste bubonique.


IV. Vous qualifiez Jean Parvulesco, décédé récemment, de « Roumain du Néolithique ». Pouvez-vous expliciter ?

Un orientaliste aussi réputé que Marcel Granet écrivait que le continent indo-européen constituait une seule et même civilisation, des côtes de l’Irlande jusqu’à la Mandchourie. Pierre Gordon parlait, quant à lui, «d’Eglise du Néolithique » pour évoquer la spiritualité pré-moderne de nos pères, dont les reliques minérales (cromlechs, dolmens, mégalithes, stazzonas) tracent sur la peau de notre continent un arc calligraphique infiniment émouvant, qui fait inévitablement pleurer d’amour tout homme un peu sensible et équilibré (donc pas un parlementaire, ni un journaliste, et ni un banquier). La Roumanie est une de ces rares contrées européennes (avec la Sicile, l’Ecosse, la Corse ou la Saxe) à posséder encore un lien avec le Néolithique, et ce lien a un très beau nom : l’archaïsme. Pour savoir en quoi ça consiste, il suffit de voir les premières secondes des Contes de Canterbury de Pasolini : il s’agit simplement d’une poule qui court sur le sol battu d’une ferme ; la façon dont elle court, ou plutôt dont Pasolini nous montre cette course, nous fait immédiatement comprendre que le film ne se situe pas dans une banlieue romaine du vingtième siècle, mais dans une époque très antérieure, une époque où la poule sentait précisément la place qu’elle occupait dans le cosmos, ou pour le dire plus précisément : elle savait qu’elle le sentait sans le savoir. Aujourd’hui, la poule sent qu’elle ne sait plus rien. L’archaïsme, c’est un monde où la morale n’a rien à voir avec les mœurs. Pour en revenir à la Roumanie, c’est un pays qui a toujours été décrit comme la terre du milieu. Je vous invite à lire la description de la Roumanie par De Roux dans L’Ouverture de la Chasse : « Comme le Tibet, la Roumanie est un pays circulaire, un pays central – une Fondation du Milieu – qui tourne catastrophiquement sur lui-même, de gauche à droite dans ses périodes amères ou fastueuses, de droite à gauche dans les Temps de ses ordalies ». Il ajoute un peu plus loin : « Bucarest c’est l’Assomption de l’Europe comme le disait Raymond Abellio, une latinité antérieure, innocente ou peut-être pure, dans ses profondeurs interdites, et choisir l’Europe n’est-ce pas choisir cette plus grande latinité ». Il serait indécent pour moi d’insister sur cette notion de latinité, de réitérer le fait que, contre cette idéologie purement moderne d’identification totale entre la Bretagne (Grande ou Petite) et la celtitude, d’absorption et de folklorisation du Celte au bénéfice exclusif du biniou et des crêpes aux algues, il faut répéter jusqu’à se faire saigner du nez que le Celte est d’abord et avant tout un Latin d’Orient.


 V. Vous avez plusieurs fois critiqué le « conspirationnisme ». Le conspirationnisme est-il en lui-même une conspiration de la modernité (dans le sens où il explique rationnellement des faits hautement symboliques) contre l’aléatoire, c'est-à-dire le Divin ?

Le Divin n’est pas l’aléatoire, il est la Providence, c’est-à-dire le cœur d’un mécanisme non modélisable par les hommes. Certains aspects du conspirationnisme le font ressembler au scientisme, cette suprême hérésie dix-neuviémiste de la science, qui reposait entièrement sur l’orgueil imbécile de vouloir tout comprendre et tout prévoir par la seule description mécaniste du monde. Donnez-moi les coordonnées de tous les points de l’espace et la direction de leurs mouvements à un instant donné, et je vous dirai quels sont ces paramètres à l’instant d’après, affirmait vaniteusement Laplace, fasciné par la prédiction absolutiste des événements. Aujourd’hui, le conspirationniste vous dit : « Décrivez-moi tous les aspects d’un fait divers, et je vous expliquerai dans le détail quels sont les paramètres qui l’ont provoqué », fasciné par la causalité absolutiste des événements. Or, contrairement à ce que pensent ces deux hérétiques, si le hasard n’existe pas, ce n’est pas parce qu’il reste des lois à découvrir, mais parce que ces lois sont à jamais incompréhensibles pour l’espèce humaine. Elles peuvent harmoniquement entrer en résonance avec l’esprit du Brâhmane, et par suite façonner le cadre de la société traditionaliste construite à l’image de la musicale harmonie des sphères, mais elles ne peuvent pas être décrites avec des outils humains. C’est ce qu’ont toujours voulu faire les sorciers lucifériens : scruter les lois divines pour parvenir à les maîtriser. Regardez les films des conspirationnistes les plus célèbres de la planète Internet : Zeitgeist, et vous apprendrez par exemple que les religions monothéistes ont toujours été les armes de domination les plus efficaces des Maîtres Invisibles (leur fameuse « Jesus myth theory »). Etant de nature profondément solaire et johannico-dionysiaque, ces gens de Zeitgeist sont parmi les très rares personnes à parvenir à me rendre dépressif en trois secondes. Ce n’est pas vraiment l’aspect psychologique du conspirationnisme que j’attaque : cela s’appelle la paranoïa, et c’est en général une attitude assez saine et souvent justifiée (chez le créateur, tout du moins). Non, ce qui m’agace, c’est son rôle politique absolument contre-productif, fondé sur un espoir démobilisateur, alors que c’est au contraire d’un désespoir mobilisateur dont l’homme a besoin en ce début de vingt-et-unième siècle pour parachever la Révolution Métaphysique. Enfin, voyez les théories dégueulasses des conspis à propos des révoltes arabes : les mecs vous expliquent qu’elles sont totalement manipulées par le Pouvoir avant même qu’elles n’aient commencé. En bon paranoïaque anti-conspirationniste, je suis certain que l’on prouvera un jour que la plupart de ces conspis sont payés (consciemment ou non) par la CIA. 


VI. Vous décrivez la France comme un peuple d’origine Celte toujours dominé par une élite Franque. Existe-t-il une explication Traditionnelle de ce fait ? Vous notiez également que les assoiffés devaient renouer avec leurs racines Celtes, pourquoi ?

Cela me rend toujours autant malade d’avoir à expliquer ce phénomène, que personne – de l’ultra-droite à l’ultra-gauche – ne comprend ni n’accepte, et qui est pourtant une évidence absolument indéniable : la Gaule est un pays occupé depuis mille cinq cent ans. Cela fait trente ans que je demande à tout le monde de me donner un autre exemple de pays qui se soit fait entièrement contrôler par un nombre infime d’étrangers (le rapport était probablement au plus de 1 contre 1000) sous-civilisés, et qui se soit ensuite soumis des pieds à la tête sans le moindre soupçon de révolte envers ses occupants, aboutissant à la perte d’identité la plus radicale possible : le changement de langue, puis de nom. Un des nombreux signes de cette malédiction historique est que les Français (puisqu’il faut bien les appeler comme ça) sont le seul peuple au monde à ignorer complètement quelle est leur ethnie. Ce connard intégral d’Astérix aurait mieux fait de se battre contre Mérovée plutôt que contre Jules César. Les Celtes savaient s’habiller, boire, manger, prier, chanter, danser, et leur société était traditionaliste autant qu’il était possible de l’être à leur époque (on oublie souvent de dire que les Prêtres – les Druides – partageaient la fonction de Brâhmane avec les Prophètes authentiques – les Vatès, et les Artistes – les Bardes). Les Francs, eux, étaient des sous-hommes au sens traditionaliste du terme. Les terres originelles de Clovis étaient situées à l’extrême nord de la Belgique ; il est cycliquement logique que notre pays crève irrémédiablement aujourd’hui sous la férule de Bruxelles, cette maléfique cuvette de chiottes. S’il est vrai que la Gaule est au Nouveau Testament ce qu’Israël a été à l’Ancien, il est tout aussi vrai que la France a trahi le Nouveau Testament exactement comme Israël a trahi l’Ancien : par la réification de la connaissance, l’ennoblissement de l’outil (le légalisme et la monnaie) comme principe de souveraineté, le renversement du Prêtre par le Roi, puis du Roi par le Bourgeois. La Gaule était initialement élue par Dieu. Prenez une carte géographique de la Gaule, et faites un point sur chaque endroit où la Vierge Marie est apparue : lorsque vous rejoindrez les points par une ligne continue et que vous verrez apparaître la lettre M comme par enchantement, je gage que vous en aurez les larmes aux yeux. La France, elle, est inscrite dans un hexagone qui n’est rien d’autre que l’étoile de David, et cet hexagone s’est précisément établi sous le règne de Clovis. La France est le premier pays à s’être jeté à corps perdu dans les bras moisis de la modernité. Pour éviter de me référer à nouveau à Guénon qui, dans son ouvrage Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, a parfaitement analysé la lutte perpétuelle de la nation française contre la féodalité et le système de castes, je citerai une belle formule de Rodolphe Badinand (tirée de son Requiem pour la Contre-Révolution) : « En brisant la féodalité, les Capétiens ont vitrifié le dynamisme des communautés organiques ». Tout admirateur de Philippe le Bel est mon ennemi irréductible, sans aucun compromis possible. Pierre Asselineau est un patriote français sincère et cohérent, c’est-à-dire républicain et laïc, puisque c’est sur la terre de France qu’ont émergé ces deux fléaux. En revanche, un catholique royaliste qui évoque « cette histoire française qui commence un soir de décembre 496, et qui se prolonge » est, lui, absolument impardonnable. Comme si les Gaulois avaient attendu les Francs pour être catholiques ! Comme si Sainte Marie-Madeleine n’était jamais venue en Provence en février 43 pour déclamer des homélies de feu sous l’inspiration du Saint-Esprit ! Comme si l’histoire de la Gaule était tout à fait négligeable ! Et l’épopée héroïque de Vercingétorix, c’est de la merde ? Cette ignorance de l’histoire de ses pères est ignoble, et donne entièrement raison à Marc-Edouard Nabe lorsqu’il écrit que la Collaboration est le moteur essentiel de la France. La lutte principielle entre l’Orient et l’Occident se reflète à notre niveau par la lutte entre la Gaule et la France, qu’il faut réactiver et remporter, un point c’est tout. Je me trouvais il y a quelques heures sur la piazza del Duomo, la place centrale de Catania aux pieds de l’Etna, assistant à une célébration du cent cinquantenaire de l’unité italienne. C’est toujours très émouvant de voir un peuple heureux d’entonner l’hymne de son propre pays avec joie et fierté, des troupes d’écoliers en pleine santé agiter leur drapeau chéri en riant aux éclats, les yeux tournés vers l’immensité du ciel bleu comme une aubergine. On voit bien que le maire de Catania est de chez eux : il utilise l’argot sicilien pour s’exprimer, et il possède la même physionomie qu’eux : ça se sent bien, c’est physique : s’il ôtait soudain son écharpe tricolore, il pourrait facilement se fondre dans la foule sans que l’on puisse le distinguer d’un pâtissier ou d’un prof de collège. Connaissez-vous une ville française de 300000 habitants où cela serait possible ? Vous avez vu les gueules de Delanoë et de Gérard Collomb ? Vous êtes-vous déjà demandé sérieusement la raison véritable pour laquelle la France est le seul pays où le nationalisme soit si difficile à vivre ? On se plaint toujours dans les milieux « de droite » que, s’il est admis d’être patriote indien, islandais ou congolais, il ne l’est pas d’être patriote français. Mais pourquoi, nom d’une pipe ? Au lieu de vous en plaindre, ne pourriez-vous pas réfléchir à la raison profonde de cet état de fait ? Et ne me répondez pas, s’il vous plaît, que c’est entièrement dû à la prégnance culturelle néo-gauchiste, car je peux vous assurer que celle-ci n’est pas en reste en Italie, où les inscriptions anars pourrissent les façades des églises baroques de Vaccarini tout autant que les paroisses de quartier angoumoises. Relisez Bagatelles pour un Massacre, notamment ce passage où Céline évoque la spécificité ethnique de nos rois de France ; il écrit « Juif » au lieu de « Franc », mais cela ne change rien au fond du problème : jamais aucun souverain de ce pays, à quelque échelle que ce soit (départementale, régionale, nationale), n’a été issu des entrailles du peuple qui le constitue. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de France, il n’y a que l’Ile-de-France. La France n’est pas un pays, c’est un concept, une idée, un point-virgule. D’où cet écart monstrueux qui a toujours existé chez nous entre le Travailleur et le Roi, écart non pas de compétence et de valeur (ce qui serait tout à fait normal et légitime) mais un fossé ethnique abyssal, d’autant plus injuste que la valeur humaine et cosmologique du Travailleur celte est nettement plus élevée que celle du Souverain franc. Lorsque je discute avec un Arabe ou un Noir qui se plaint d’être sous-représenté racialement au niveau des assises visibles du Pouvoir, je lui rétorque qu’on élira certainement un Président noir (ou métis bien entendu) bien longtemps avant d’avoir un Président possédant l’accent alsacien, ch’ti ou marseillais. Vous imaginez, à la place de Harry Roselmack, un présentateur corse issu des hauteurs de Bocognano ? En Hongrie, le prince Arpad est légitime, lui : c’est un magyar ! Que Sarkozy retourne chez sa mère, et battons-nous pour établir la chrétienté souveraine au cœur de la cosmogonie celte ! 


VII. Julius Evola pensait qu’à l’extrême pointe du Kali-Yuga, c’est la masse des travailleurs, la plèbe, qui prendrait le pouvoir. On raille l’anti-communisme d’Evola dans certains milieux, en prétendant qu’il s’est trompé, puisque le communisme est tombé. Pourtant, si l’on observe bien le mouvement du monde, on pourrait en déduire que la dernière ruse du Diable est d’instaurer, via le New World Order, un communisme de marché, inspiré du modèle Chinois. En ce sens Julius Evola avait vu juste. Qu’en pensez vous ?

Evola s’est bel et bien trompé sur ce point, puisque les travailleurs n’ont jamais pris le pouvoir dans aucune société. C’est la (fausse) caste des bourgeois qui a pris le pouvoir, renversée elle-même par la suite par sa propre force de dissolution : l’argent ! Plus la dissolution est effective, et plus l’agent de cette dissolution se dissout lui-même. Le Diable n’existe qu’en tant qu’il s’auto-anéantit perpétuellement. Comme l’écrivait Monseigneur Cristiani dans sa Présence de Satan : « Satan, dans sa rage de voir nier Dieu, préfère se nier lui-même plutôt que de se révéler ». L’argent est à la fois l’arme et le virus de la bourgeoisie. Drieu a bien démontré que le bourgeois est rapidement devenu autant esclave du libéralisme que le prolétaire, puisque le capitalisme a prouvé qu’il n’avait besoin de Personne pour fonctionner. Personne, c’est l’anti-ange Samaël, le Troisième Œil du Cyclope Lucifer, celui qui intervient en « personne » dans le réseau informatique mondial lorsque le trader fait un retour chariot sur son PC pour lancer un programme automatique de transactions commerciales. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsqu’il n’y aura même plus besoin de centrales financières internationales pour activer le satanisme radical, lorsque le renversement de l’ordre traditionnel sera entièrement accompli au sein du Royaume Intérieur de chaque être humain vivant sur cette planète. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsque, longtemps après que l’esprit de chacun d’entre nous se soit fait renverser par l’âme (ce Philippe le Bel de l’individu), et que notre corps bourgeois soit entré à son tour en rébellion contre notre âme pour avoir plus de « libertés », chaque corps sera divisé contre lui-même en des luttes organiques incessantes. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsque nous serons physiquement morcelés en une infinité de micro-régions vibrionnantes, lorsque notre intime schizophrénie rhizomatique sera économiquement rentable et imposée par le Système entièrement désindividualisé.


VIII. Dans divers de ses écrits, Jean Parvulesco fait référence à « l’Empire Eurasiatique de la fin ». Le terme de Royaume Eurasiatique vous semble plus approprié, pourriez vous expliquer en quoi le Royaume est préférable à l’Empire ?

Le sommet absolu de la littérature, c’est le conte de fées. Connaissez-vous un seul conte de fées qui se déroule dans un Empire au lieu d’un Royaume ? Jamais aucun enfant n’a rêvé d’épouser la fille d’un Empereur, et c’est au Bon Roi que le Chat Botté ou Maistre Goupil font des entourloupes. Le pouvoir du Roi est justifié par l’autorité du Prêtre et du Prophète, celui de l’Empereur ne l’est que par sa propre volonté. Je reviens à Rodolphe Badinand : ses conceptions impériales sont intéressantes, mais elles relèvent toujours de ce satané paganisme militant anti-chrétien, qui croit déceler les sources de l’égalitarisme dans la religion chrétienne ! Ca ne lui dit vraiment rien, le Christ-Roi ? Au fond, on en est resté à la lutte entre guelfes et gibelins. Or de la même manière qu’il faut se déclarer résolument de droite et de gauche (et pas « ni de droite ni de gauche », attitude infantile des anarchistes bazookables), il faut savoir se montrer à la hauteur des enjeux eurasiens et se réclamer à la fois guelfe et gibelin. Ce qu’il faut, c’est un Royaume à l’échelle eurasienne, le Roi – dont la fonction est strictement politique – exerçant sa souveraineté dans un cadre défini par les guides des grandes spiritualités et/ou religions présentes sur le territoire, lesquels sauront faire converger leurs lignes dogmatiques eschatologiques sous le contrôle éthique, esthétique et transcendantal d’un Prophète. Ce Prophète ne sera pas affilié à une religion établie, mais possédera l’autorité suprême de celui qui est initié à la connaissance des Principes Primordiaux. La radicale nouveauté de ce modèle politique, jamais encore mis en œuvre, est aussi importante que le fut la mise en place de la fonction du Roi après la fin de l’Atlantide. Le Roi fut le garant de la conformité traditionaliste des nations, au moment où les ethnies se mêlaient pour former des peuples au grand bénéfice des marchands. Ce système que je propose, avec un Roi justifié par un conclave de guides (un chrétien, un musulman, un bouddhiste) sous le contrôle d’un Prophète, sera le garant de la conformité traditionaliste des nations européennes, en ce début de l’Ere du Verseau où les religions se mêlent pour former des conflits indifférenciés au grand bénéfice des banquiers. 


IX. Selon Theodor Herzl « Israël a le corps en Occident, et le cœur en Orient ». Comment peut être interprétée cette assertion ?

Israël est la tête de pont de l’Occident sur les terres d’Orient, une souillure politique et métaphysique des terres sacrées et plus-que-qualifiées de l’épopée de Jésus-Christ. De toute manières, il est strictement impossible de se réclamer à la fois d’Orient et d’Occident. C’est comme les prétendus bisexuels : en réalité, tous les bisexuels sont homosexuels, sans aucune exception. Mais sur Israël, je ne veux pas raisonner en terme de territoire : les frontières de 1967, le plateau du Golan,… tout ceci ne vaut strictement rien. La question d’Israël est plus un problème de temps que d’espace. De tous les pays du monde, Israël est le seul dont on puisse proclamer qu’il se situe vraiment à la jonction entre modernité et tradition. C’est un pays qui avait toute sa place à l’époque de Moïse, puisque les Juifs étaient un des seuls peuples de l’Ouest à posséder le trésor de la Tradition, les sumériens, les égyptiens et les cananéens l’ayant tout à fait perdu. Les Celtes, les Scandinaves et les Grecs vivaient également dans des sociétés traditionalistes (dans la mesure où on pouvait encore le faire en plein milieu de l’Age de Fer), et la distinction entre les races assignait chaque peuple à une terre. La souveraineté des Juifs en Israël était alors pleinement justifiée. Elle devint totalement illégitime au moment précis où l’Ange Gabriel annonçât à Marie la venue de Jésus-Christ. Israël est une terre chrétienne depuis l’Annonciation, et la seule manière légitime de régler la question serait d’envoyer immédiatement l’armée du Vatican pour occuper Jérusalem et prendre la tête politique du pays, qui serait automatiquement rebaptisé Palestine. Cette terre étant également sacrée pour cette religion justifiée et traditionaliste qu’est l’Islam, une légitimation du pouvoir temporel par une autorité spirituelle, équitablement répartie entre le Pape et un guide musulman de stature équivalente (sur le modèle de ce que j’évoquais il y a un instant pour l’Eurasie), sera reçue par tous les hommes de bonne volonté comme un signal fort de respiritualisation planétaire. 


X. Quel rôle métaphysique la France a-t-elle à jouer dans l’avenir ? Si le fameux arc Paris/Berlin/Moscou/Tokyo se met en place dans l’avenir, que représenterait la France dans cet arc selon vous ?

Je ne reviendrai pas sur les raisons pour lesquelles la France n’a aucun rôle à jouer, et que c’est à la Gaule de s’engager dans le combat des temps de la Fin. Aussi, permettez-moi d’évoquer le rôle primordial de la ville de Marseille, qui est aujourd’hui la dernière ville de France pour la simple raison qu’elle fut la première cité de Gaule, introduisant le culte magnifique d’Artémis d’Ephèse, puis couronnant six cent ans plus tard les noces des Celtes avec le Soleil-Jésus par l’intermédiaire de Sainte Marie-Madeleine. Laissez-moi donc, s’il-vous-plaît, être un tantinet catholique, et préférer à l’axe crépusculaire dont vous parlez, l’axe eschatologico-flamboyant Marseille-Rome-Athènes-Moscou-Téhéran-Pékin-Kyôto. C’est un Axe de Feu Purificateur, un collier Royal formé de perles qui seront, chacune à sa façon, une capitale parousiale apte à servir d’écrin pour l’Avènement de la Jérusalem Céleste. Nous aurons certes beaucoup d’épreuves à traverser avant de parvenir à réaliser cette Alliance des Temps Derniers, des épreuves cent mille fois plus dures que celles subies récemment par le Japon qui, contrairement à ce que prophétisent les bouches d’égout, sortira purifié des catastrophes qui l’accablent. Dieu a voulu avertir le peuple nippon qu’il devait corriger son attitude envers le cosmos. Le Kansai n’a pas été touché : c’est la partie la plus saine du Japon, la plus pure, et elle saura redevenir ce pôle spirituel qu’elle était avant la dégénérescence de l’Ere Meiji (imposée par les Américains). Amaterasu, cette Sainte Vierge d’Extrême-Orient (comme le savait pertinemment Parvulesco) saura reconnaître les siens. Mais lorsque ce sera au tour de l’Europe que Dieu Se décidera à faire des injonctions pour que nous changions d’attitude, nous aurons alors vraiment intérêt à savoir prier de manière efficace. C’est là où le grand tri se fera entre les enfants de l’aube et ceux du crépuscule, entre ceux qui intégreront le temps de la Nouvelle Alliance, et ceux qui tomberont hors du temps, les déchets de Dieu. Je veux vous montrer exactement ce qu’est un enfant lumineux de l’Apocalypse, en laissant la parole au policier japonais chrétien Ha Minh Trang (d’origine vietnamienne), qui a participé aux opérations de secours lors du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011, un homme qui s’est débattu dans la gueule sanguinolente de Satan.

« Hier, j’ai fait une émouvante rencontre avec un enfant japonais qui m’a donné une leçon d’humanité. J’avais été envoyé dans une école primaire pour distribuer de la nourriture aux victimes du séisme. J’ai repéré dans la file un jeune enfant de 9 ans environ qui ne portait sur lui qu’un T-shirt et un short alors qu’il faisait très froid. Je l’ai interrogé. Il m’a raconté qu’il a vu l’auto de son père emportée par la vague. Quand je lui ai demandé où était sa mère, il m’a dit que sa maison était située juste au bord de la mer. Sa mère et son petit frère n’avaient certainement pas pu se sauver à temps.

Voyant qu’il avait froid, je me suis défait de mon manteau de policier et je l’ai mis sur ses épaules, puis je lui ai donné ma ration alimentaire. L’enfant a pris le paquet contenant la nourriture entre ses mains et s’est incliné pour me remercier. Puis, il est allé déposer le paquet dans la caisse où se trouvaient les rations prêtes à être distribuées. Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas mangé la ration alimentaire. "Parce qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ont encore plus faim que moi !"

Après l’avoir écouté, je me suis détourné et suis allé dans un endroit isolé, pour que l’on ne me voie pas pleurer. Pouvais-je me douter qu’en ce moment de misère extrême, un jeune enfant de 9 ans me donnerait une telle leçon d’humanité, une émouvante leçon d’abnégation et d’esprit de sacrifice ? »

J’ai appris ce témoignage par cœur, comme un Pater Noster nucléaire. Sachons élever nos enfants dans l’amour de la justice et de la pureté révolutionnaire : ils en auront besoin pour les temps difficiles qui s’annoncent, où – à l’instar des enfants de Sendai et de Zafferana Etnea – il leur faudra défier Vulcain.


jeudi 21 septembre 2017

Jean Parvulesco et la géopolitique transcendantale

Un colloque d’une importance fondamentale se tint à Chișinău (République de Moldavie) les 26 et 27 mai 2017. Le thème était : « De l’Atlantique au Pacifique : Pour un destin commun des peuples eurasiatiques ».
Chișinău est une ville centrale, c’est-à-dire omphalique et dextrogyre.

L’une des capitales de l’Empire qui vient.



Le colloque fut d’abord béni par le Métropolite de Moldavie, le Père Nicolae Ciobanu.
Deux autres autorités religieuses de premier plan faisaient partie des dix-huit intervenants : l'archiprêtre Nicola Madaro  de la cathédrale Saint-Georges de Venise, et le Frère Isidor du Mont Athos.





Spécialiste de grande littérature russe, Anna Gichkina a récemment écrit cet aphorisme : « Lire Dostoïevski est un châtiment ; ne pas le lire est un crime ».



Voici mon intervention, le texte correspondant est donné ci-après.



Le Comité Jean Parvulesco a l’honneur d’être l’un des organisateurs de ce colloque.
Ce Comité a été fondé par les descendants de Jean Parvulesco, Constantin et Stanislas (co-auteurs du texte de cette intervention) en date du 12 novembre 2016 à Câmpulung-Muscel, en Roumanie, non loin de Pitești, lieu de naissance de l’écrivain Jean Parvulesco (et jumelée avec Chișinău). Un service religieux orthodoxe fut alors célébré en l'église princière du Monastère de Negru Voda, commémorant le décès de Jean Parvulesco survenu le 21 novembre 2010, à l’intention à la fois du repos de son âme, de l’unité de l’Eglise et de la plus grande Europe. Une réunion fut ensuite tenue sur le thème : "Les racines spirituelles de la grande Europe eurasiatique".
(Une publication de ces allocutions est présentement en cours, il est possible d'en commander un exemplaire sur le lien suivant : https://www.lepotcommun.fr/pot/0u22zl5r ).
Ce thème a été la ligne de fond de toute sa pensée, aussi bien poétique que géopolitique, affirmée au cours de ses nombreux textes et ouvrages, dont certains sont actuellement en cours de traduction en langues roumaine et russe.

Il est parfois difficile pour nombre d’entre nous d’établir un lien direct entre la spiritualité et la politique. On se souvient que Charles Péguy craignait que « la mystique soit dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance ». Or, il est fort possible que nous nous trouvions aujourd’hui à une époque si particulière que ce soit au contraire la politique qui donne naissance à la mystique, et afin précisément de pouvoir être dévorée par celle-ci.
Ou, dit autrement : les événements politiques majeurs de notre temps sont tous concernés directement par la spiritualité, et de plus en plus, car la politique se débarrasse aujourd’hui complètement de l’idéologie pour entrer tête la première dans la géopolitique. Et, comme l’écrivait Jean Parvulesco en 2005 : « C’est la géopolitique en tant qu’expérience gnostique abyssale de l’histoire qui en pose les buts ultimes, et tend en avant les ultimes raisons eschatologiques en action ». Ou alors, de manière encore plus claire : « La géopolitique transcendantale est, en effet, une mystique révolutionnaire en action ».

Deux événements très importants eurent lieu en Europe durant la même période que la fondation du Comité Jean Parvulesco en fin d’année dernière, deux événements politiques absolument opposés l’un à l’autre.
L’élection de M. Igor Dodon à la présidence de la Moldavie d’une part, et la transformation du Régiment Azov en parti politique à Kiev, le 14 octobre 2016, d’autre part. Une dénommée « Marche de la Nation » menée par Azov, Praviy Sektor, C14 et d'autres formations nationalistes  a alors réuni plusieurs milliers de personnes dans les rues de la capitale ukrainienne.
Ces deux événements témoignent de la présence réelle, dans le champ politique européen, de deux pôles spirituels absolument opposés entre eux, deux ennemis irréconciliables dont la lutte sans merci se tient depuis les origines de l’humanité.
D’abord un pôle continental anti-atlantiste, régi par la volonté d’unification de destin des peuples eurasiatiques, porté par une foi vivante et agissante, catholique à l’ouest et orthodoxe à l’est, un pôle d’obédience christique et mariale pour lequel Jean Parvulesco a combattu durant sa vie entière.
Et puis, en face, un pôle violemment nationaliste, en réalité dépendant intégralement des forces atlantistes.

Les discours tenus publiquement par les dirigeants du Corps National, la branche politique du mouvement Azov, évoquent ouvertement une volonté d’en finir avec l’Eglise et toutes ses valeurs. Les textes théoriques et publics des intellectuels d’Azov, tels que Olena Semenyaka, coordinatrice du projet « Reconquista Azov » et membre du service de presse du Parti, mettent en avant une conception gnostique et anti-cosmique du monde basée sur le rejet absolu de l’idée messianique chrétienne au service intégral des Dieux des profondeurs. Ils estiment que le monde moderne, qu’ils prétendent combattre sans merci, est symboliquement incarné par le christianisme. Différentes modalités de la Voie de la Main Gauche sont proposées dans ses textes afin de faire intégrer la musique Black Metal et ses valeurs « nationalistes et chthoniennes » dans l’espace politique de l’assemblée de Kiev. Ces modalités peuvent être (je cite) : l’athéisme radical et nihiliste, l’occultisme, le satanisme théiste, et les cultes païens archaïques reliés à l’« aryano-luciférianisme ».
Je rajoute que le 17 mars 2017, un Manifeste politique national pan-ukrainien a été signé à la Maison des professeurs à Kiev entre les responsables des forces nationalistes les plus importantes du pays. Parmi les vingt points du Manifeste se trouve ceux-ci : « Reconnaître la fédération de Russie comme un pays agresseur à tous les niveaux de la diplomatie internationale. » ; « Reconnaître juridiquement certaines zones des régions de Donetsk et Louhansk comme des territoires occupés et développer un véritable plan pour libérer la Crimée et le Donbass de leurs occupants. Procéder immédiatement à la mise en œuvre d’actions concrètes allant de la reconnaissance militaire et du sabotage à la guerre économique et de l’information. » ; « Assurer à la langue ukrainienne le statut de langue d’État unique. ». Le texte de ce véritable manifeste de guerre ouverte a été déclamé par le chanteur du célèbre groupe de rock gothique ukrainien Komu Vnyz.
Il faut bien comprendre que ces mouvements ne se déclarent pas anti-eurasistes, dans la mesure où ils estiment être les seuls véritables pan-européens, revendiquant l’héritage de la Révolution Conservatrice. C’est la vieille tradition bien connue de l’inversion des paramètres : le vrai soleil c’est la lune, l’enfer est la porte du paradis, etc.

Nous comprenons donc aisément que ces deux pôles politiques très récemment inscrits dans l’espace européen sont la face visible de deux pôles spirituels antagonistes : le premier pôle est christique, ecclésial et favorable à la notion d’Empire comme serviteur du Christ, basé sur un faisceau d'alliances pacifiques entre souverainetés européennes et une synergie économique au service de l'homme, un Empire de la Paix ; le second pôle peut également être favorable à l’Empire mais avec une finalité toute différente, c’est l’Empire du Dragon détourné du Christ et résolument hors de l’Eglise, un pôle nationaliste par idolâtrie et ouvertement luciférien.

Les ramifications françaises du luciférianisme sont également très importantes, et elles ne sont pas près de faiblir depuis que la carte du Tarot « Le Pendu » vient d’être élue président de la République, l’envoyé des profondeurs parrainé par le maître Barack Obama.
On évoque toujours, à juste titre, la Révolution française, mais ces événements sont également la prolongation directe de la Révolution américaine, dont les Pères fondateurs n’étaient absolument pas chrétiens. Thomas Paine, qui en fut l’inspirateur, publia après celle-ci « The Age of Reason » qui constitue une des plus violentes attaques jamais écrites contre la Bible et les Evangiles. Il y dénonce la conception virginale du Christ, et écrit des phrases comme :
« Ce n’est pas un Dieu, juste et bon, mais un diable, sous le nom de Dieu, que la Bible décrit ».
« Un bon maître d’école est plus utile qu’une centaine de prêtres ».
« Le Vatican est un poignard au cœur de l’Italie ».
ou encore des professions de foi progressistes comme : « La nature humaine n’est pas vicieuse d'elle-même ».
Une véritable littérature de Pendu par les pieds, d’homme à l’envers.

Un écrivain russe encore trop peu connu en France a donné des prédictions qui correspondent tout à fait à notre monde contemporain. Il s’agit de Daniel Andreiev, qui prévoit dans son ouvrage « Roza Mira » (La Rose du Monde), écrit en prison sous Staline et parfois comparé à la Divine Comédie, la transformation des Etats nationaux en machines infernales, en centrales de production d’énergie négative.

Le seul avantage de notre époque repose sur le fait que la visibilité politique de ces deux pôles spirituels (l’un christique et l’autre luciférien) soit d’une clarté absolue. Néanmoins, la dernière chance pour certains est de tenter d’introduire la confusion et de mélanger ces deux pôles, ou plutôt de les inverser, et ceci au seul bénéfice du mal, bien entendu. L’inversion des paramètres dont je parlais à l’instant.
Il y a le détournement en Ukraine du principe de la Révolution Conservatrice par des nationalistes autoproclamés lucifériens. Et puis, en ce moment même, a lieu en France une tentative de récupération de Jean Parvulesco au service intégral de la puissance des ténèbres, essayant d’inverser sa pensée et de le faire passer pour un membre de la secte des Adorateurs du Serpent, c’est-à-dire un contempteur des religions assimilées à des égrégores dégénérés et des vampires psychiques, un ennemi absolu des trois monothéismes vus comme des trahisons de la spiritualité première, un opposant radical au processus de la création démiurgique et un gnostique fidèle de Lilith l’avorteuse.
Notre grand écrivain catholique, notre grand visionnaire de l’Empire Eurasiatique du Saint-Esprit a écrit de nombreux textes très clairs sur toutes ces questions, et notamment deux que l’on peut trouver dans « Le Retour des Grands Temps ». Il pressentait sans doute déjà, de son vivant, l’éventualité d’une telle malversation.
Il est beaucoup plus simple d’attendre qu’un écrivain soit mort pour lui faire dire le contraire de ce qu’il a toujours dit.

La notion d’Empire défendue tout au long de sa vie par Jean Parvulesco ne doit pas être confondue avec la volonté d’hégémonie politique au service d’un seul pays.
D’abord, il livre un appel à ce que (je cite) « les uns et les autres nous trouvions comment revenir à la vision contre-révolutionnaire de l’Empereur Mystique, le grand Alexandre Ier, et de la Sainte Alliance des Trois Empires chrétiens, l’Empire d’Allemagne, l’Empire d’Autriche et l’Empire Russe, ce qui revient à prévoir à terme l’intégration du catholicisme et de l’orthodoxie en une seule instance impériale de présence et de témoignage de vie au sein d’une même et seule structure impériale d’Eglise ».
N’oublions pas que Guillaume II, qui se considérait lui-même comme l’Empereur de l’Atlantique, appelait son cousin Nicolas II, l’Empereur du Pacifique.

« Ainsi les actuelles retrouvailles nuptiales de la Russie et de l’Europe vont-elles devoir imposer le retour du sacré vivant au sein de la communauté impériale grand-continentale », écrivait encore Jean Parvulesco.
L’Empire est la structure naturelle de toute organisation communautaire. Il est basé sur le principe de subsidiarité : tout ce qui peut être réglé politiquement par la base doit être réglé par la base.
Ce sont les communautés naturelles qui régissent elles-mêmes leur propre organisation, l’économie de leur territoire.
Le principe de l’Empire est celui de l’unité suprême au sommet, et de l’hétérogénéité à la base.
On retrouve le principe spirituel de la monarchie, liée à une logique organique de la vie des peuples, et qui fait qu’un empire est naturellement lié à la notion de civilisation.
Le philosophe catholique et anti-communiste Jean Daujat a parfaitement décrit la manière dont les corporations de métiers des XIIè et XIIIè siècles en France furent codifiés par Saint Louis, mais pas organisés ni dirigés par celui-ci. « Ce qui couronnait tout l’intense mouvement de la vie sociale du XIIIè siècle était l’inspiration chrétienne de la politique mise au service du règne du Christ dans l’ordre temporel dont les souverains se considéraient comme les ministres », écrit-il. Et encore : « Tous les rois de France, en étant sacrés à Reims, s’engageaient à préserver le peuple contre toutes rapines et iniquités. »

Des événements historiques tels que la querelle des Investitures puis, bien plus tard, le Traité de Westphalie, ont engendré la dislocation des Empires, et conséquemment de leurs spiritualités, puis l’avènement des nations athées et orgueilleuses qui se sont toutes mises à guerroyer les unes contre les autres. Au seul bénéfice intégral de la puissance financière régnant sur le chaos.

Personne ni aucun peuple ne doit être identifié ni s’identifier lui-même au pouvoir impérial. Le pouvoir impérial n’est pas l’attribut d’une nation, mais un attribut divin prêté et repris au souverain. Et il a pour seule fin le service des communautés.
Aucun pays européen, aucune nation européenne n’a hérité de l’Empire de Rome. C’est l’Eglise elle-même qui en a hérité, comme l’a bien expliqué Soloviev dans son ouvrage « La Russie et l’Eglise Universelle », où il écrit les phrases suivantes :
« Les grandes puissances du monde ancien n’ont fait que passer dans l’histoire : Rome seule vit toujours. La roche du Capitole fut consacrée par la pierre biblique, et l’empire romain se transforma en la grande montagne qui, dans la vision prophétique, était née de cette pierre. Et la pierre elle-même, que peut-elle signifier, sinon le pouvoir monarchique de celui qui fut appelé Pierre par excellence et sur qui l’Église Universelle — cette montagne de Dieu — fut fondée ? »

L’Eglise est une et indivisible, à la fois catholique (universelle dans l’espace) et orthodoxe (permanente dans le temps). 
L’Empire et l’Eglise sont donc indissolublement liées l’un à l’autre.
C’est ce que démontre avec superbe Dante dans son De Monarchia.

Je terminerai ma courte allocution en citant une phrase très significative de Jean Parvulesco, extraite d’une conférence donnée à Neuilly le 20 décembre 1994, titrée « La signification suprahistorique du massacre des Romanov ». Cette phrase permettra d’effectuer une ouverture à la fois sur nos origines les plus lointaines et sur la thématique précise de notre colloque.
« Ainsi que l’observait Guido Giannettini dans un de ses essais géopolitiques d’avant-garde, pour la première fois depuis des temps indéfinis, depuis la fin même, peut-être, du néolithique, les hommes d’un même sang et appartenant à la même vision fondamentale de l’être et du monde, à une même civilisation profonde, se retrouvent à nouveau ensemble, prêts à intégrer l’ancienne unité de leur prédestination commune, de l’Atlantique au Pacifique. »







Cousin de Vlad Tepes, Stefan cel Mare brandit la croix au cœur de Chișinău


La plupart des interventions se trouvent ici :